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IIT. LA BALANCE DES COMPTES ET L'ÉCONOMIE CAPITALISTE

L'équilibre de la balance est done presque toujours réalisé grâce aux mouvements des changes. En temps normal, le change agit plutôt comme un indice du déséquilibre que comme un mode d’ajustement et c'est l’lévation ou l’abaissement du taux de l’escompte qui est, par son influence sur le mouvement des capitaux à court terme, le véritable remède du déséquilibre dé la balance. Mais, en temps de crise, l’influence des variations du taux de l’escompte est très faible et le taux d'intérêt varie suivant la confiance que chaque monnaie inspire aux capitalistes : c’est alors la baisse du change

qui réalise à nouveau l’équilibre,mais au prix de troubles de tout ordre.

Il est naturel qu’en présence de pareilles évolutions, l'Etat ne reste pas inactif. En temps normal, il exerce son influence par la direction de sa pclitique commerciale; en temps de crise son action s’éteno à tout le champ de l’activité économique. Or, il faut bien reconnaître qu’en temps de crise, l’efficacité de l’action de l'Etat est très limitée, à moins que le Gouvernement ne se décide, ainsi qu'il a dû le faire pendant la guerre (surtout en Allemagne), à prendre lui-même la direction de la vie économique tout entière; sinon son rôle se borne à limiter le plus étroitement possible les mouvements désordonnés de la spéculation sur le marché des changes, car les prohibitions d'exportation des capitaux sont facilement tournées et la taxation des prix n'est pas un remède qui puisse être appliqué partiellement ni temporairement. Le moyen le plus efficace dont l'Etat dispose pour modifier, en temps de crise ccmme en temps normal, l'équilibre des relations extérieures, reste donc le contrôle du mouvement des marchandises : les variations des tarifs douaniers, les créations et les suppressions de prohibitions ont en effet une influence certaine et rapide sur les mouvements du commerce extérieur, et c’est là d’ailleurs une arme dont tous les Gouvernements ont usé et peut-être même abusé depuis le début du xix£ siècle.

Nous avons déjà brièvement exposé, au début de cette étude, la théorie mercantiliste de la balance du commerce, et la politique douanière à laquelle elle avait

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donné naissance. Les gouvernements s’efforçaient alors d'accroître les exportations et de diminuer les importations, de manière à faire entrer chaque année dans le pays de nouvelles quantités de métaux précieux. Sans doute les gouvernements actuels ne se proposent-ils plus le même but d’accroître le stock de richesses métalliques ; mais ils continuent à favoriser le développement de l’exportation des produits manufacturés en limitant étroitement leur importation. A l’abri de hautes barrières douanières, les industries nationales peuvent ainsi accroître leur production et, favorisées par l’entrée des matières premières en général non taxées, exporter au dehors ce qui ne peut être consommé à l’intérieur.

Jusqu'au début du siècle dernier, l'Angleterre, seule de tous les grands pays, s’était toujours abstenue de suivre une telle politique : la supériorité de son . industrie, plus’ancienne et mieux outillée, rendait inutile de hautes barrières douanières qui auraient seulement élevé le prix de la vie et augmenté par suite les prix de revient des marchandises. Mais, depuis que le développement industriel rapide des Etats-Unis et de l’Allemagne menace ses industries même sur le marché national, depuis que la baisse des changes européens a favorisé l’entrée en Angleterre de produits fabriqués belges, français, tchéco-slovaques.…, la politique anglaise se modifie et la prédominance du parti conservateur laisse bien penser qu’à moins d'événements imprévus le protectionnisme sévira en Angleterre comme ailleurs. Est-il besoin d’insister sur le caractère éminemment protecteur des droits de dounae en Allemagne

aux Etats-Unis, en France? Les droits sont établis à la demande des producteurs, sans qu’il soit tenu compte, dans une mesure suffisante, de l’intérêt des consommateurs : en Allemagne la formation des cartels et la pratique du dumping en sont la meilleure preuve.

Aussi la balance commerciale de tous les grands pays industriels présente-t-elle un excédent considérable d’exportations de produits manufacturés, tandis que leur balance des comptes présente un excédent régulier d'exportations de capitaux. Au contraire la balance commerciale des pays neufs présente, au début tout au moins, un excédent d’importations d'objets manufacturés et leur balance des comptes un excédent d’importations de capitaux. En résumé, l'excédent de production des pays industriels sert à mettre en valeur les pays neufs et les colonies. Aussi peut-on dire que l’économie moderne, appelée généralement capitalisme, répond au besoin actuel de mise en valeur des richesses du monde : la politique de la production avant tout, qui la caractérise, est aujourd’hui nécessaire, et, s’il paraît regrettable que l'intérêt du consommateur soit aussi constamment négligé, on ne peut nier que ce régime n’achemine rapidement le monde vers une complète exploitation de ses richesses.

Mais l’économie capitaliste pourra-t-elle s’adapter à de nouvelles conditions, lorsque tous les pays seront arrivés à un degré de civilisation matérielle voisin de celui de la France ou de l'Angleterre d'aujourd'hui ? L'évolution de la balance des comptes des pays neufs se poursuit toujours, ainsi que nous l'avons vu, vers la

même forme, qui est celle des pays anciens. Autrement dit, les pays neufs développent d’abord leur industrie, puis cherchent à rembourser les dettes qu’ils ont contractées envers les pays anciens, enfin ils s’efforcent eux aussi d'exporter à l'étranger, dans d’autres pays neufs, l’excédent de leur production en y plaçant des capitaux. C’est cette évolution qui a déjà provoqué des luttes économiques très vives pour la recherche de débouchés nouveaux et il est à croire que ces luttes provisoirement atténuées par la nécessité de réparer les ruines de la guerre, deviendront à nouveau dans quelques années la cause essentielle des conflits entre les nations.

Si les pays anciens marquaient des progrès rapides, l’équilibre économique du monde pourrait se maintenir, grâce à la persistance d’un écart constant entre la situation des pays anciens et celle des pays neufs. Mais il semble qu’il en soit tout autrement et que le cercle des pays arrivés à un développement industriel intense ne cesse de s’agrandir. On peut donc prévoir qu'après de violentes luttes et des accords indispensables, les nations seront contraintes de cesser leurs exportations de capitaux et de ramener leur production au niveau de leur consommation. Il paraît bien que c’est la baisse du taux de l’intérêt qui sera l’agent économique de cette transformation, en même temps que l’accroissement de la rémunération du travail humain. Ne faut-il pas penser qu’alors le régime capitaliste, bien nommé parce qu'il aura permis la formation rapide des capitaux nécessaires à l’exploitation des richesses du monde, sera incapable de s’adapter aux conditions nouvelles de la vie écono-

mique et que des principes différents présideront aux mouvements de l’activité humaine? C’est un problème encore trop lointain pour que l'expérience actuelle nous fournisse des moyens suffisants de le résoudre avec certitude : il ÿ faudrait d’ailleurs un immense travail de synthèse et l’aide d’une imagination large et réaliste.

Vu : le Président de la thèse, CxaRLes RIST Vu : le Doyen, BERTHELEM Y Vu et permis d'imprimer, Le Recteur de l’Académie de Paris,

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