‹ La bande du cheval noir [microforme]Chapitre 18 sur 55 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PAUL, MONTREUIL, DiIGONARD, DIDIER ET BAGNOLET, au fond,

PauL.—Eh bien, à présent, nous voilà seuls, parlez! qui vous amène? vous qui m'avez ruiné, perdu, venez-vous jouir du spectacle de ma mi. sère?

MOoNTREUIL.—Au contraire, ingrat, nous venons t’en tirer.

PauL.—M'en tirer! vous !

Diconarp.—Oui, Paul, et dés demain il ne tiendra qu’à vous de recommencer cette existence de luxe et de plaisirs que vous meniez autrefois.

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tif vous d’abord que c’est on s'en scendent out en- Bagno-

| poteau

,... Oh!

ET

, seuls, ruiné, ma mi-

venons | il ne

istence efois.

PauL.—Se pourrait-il ?.., mais par quel miracle? Vous savez bien que je ne possède rien, et que je n'ai rien à espérer de l'avenir.

MONTREUIL.—E tcepté la fortune que nous venons t’apporter, PAUL.— Ta fortune !

MONTREUIL.— Oui, les coffres de Digonard sont bien garnis, tu le sais; dès demain tu y puiseras autant que tu voudras.

DiGoNARD.—Permettez | permettez |... ie vous ferai quelques avances. pour vous vêtir, vous meubler, vous garnir,

PauL.—Eh quoi? je quitteraisenfin ces haïllons qui me pèsent, qui me brûlent, et vous dites que cela ne dépend que de moi seul ?.…

MONTREUIL.—De toi seul |

PAUL.—Mais que faut-il faire ?.… parlez, parlez vite...

MonrreuiL.—Ceci est notre secret. on t’instruira plus tard; jusque là, il ne faut que laisser faire. consentir à être heureux sans t’informer du reste... ce n’est pas bien difficile.

Paur.—Mais de quoi s'agit-il ?

DiDiER (qui veut s'élancer).—Oh! de quelque infamie, sans doute !

BAGNOLET (/ retenant).—Chut | donc.

MoOXTREUIL.— I] s’agit d’une haute spéculation, dans laquelle tu nous es indispensable ; quant à la moralité, aux dangers de l'affaire, Digonard est trop riche pour rien entreprendre qui puisse le brouiller avec la justice. Enfin, veux-tu, oui ou non, sortir de la fange où tu es tombe ?

PauL.—Sans doute, mais.

MoxrreuIL.—Veux-tu ressaisir la fortune qui

t'a échappé une fois cette existence brillante que tu rêvais jadis P

nn nenmnannennen amener renommer

PAuL.—Si je le veux?

DiGONARD,—Acceptez donc alors, et demain vous porterez les habits les plus riches, les plus élégants.

MoNTREUIL.—Dès demain tu coucheras au St, Lawrence Hall.

DiGoxarD.—Vous aurez un joli carrosse.

MonrREUIL.—Et bientôt, bientôt tu seras millionnaire.

PauL.—Moi?... Il serait possible! et sans crime, sans déshonneur, vous me le jurez ?

MUNTREUIL.— Nous le jurons.…. D'ailleurs tu en jugeras toi-même ; car demain tu sauras tout.

PauL.— Demain ! venez donc alors... Oh! cette nuit va me sembler ur siècle ; car demain, c'est l'oubli de mes souffrances passées ; le bonheur ! la fortune !.. l’accomplissement de mes plus beaux rêves.

MONTREUIL (bas).—Il est à nous !.… (Æaut.) Partons! (és sortent tous les trois.)

Dipier.—Oui, ce doit être quelque infamie que ces hommes méditent, et je veux...

BAGNOLET (/arrétant).—Du tout, vous n’irez nulle part, ou ça serait tout gâter.… Restez ici ; dans un instant nous saurons de quoi il retourne ; pour ça, je vas les suivre à la piste et savoir où ils vont le luger... puis je viendrai vous en rendre compte. Ils ont deux cents pas d'avance ; mais je peux leur donner ça d’escarre…

Diprer.-—Mais il faudrait alors.

Bacnozet.—Etre bien sûr de les rattraper...

soyez tranquille, allez... je suis jambé comme un coq, et j'ai la rate en caoutchouc. (Z7 sort en courant.)

Dinier (sewt).—O malheureux frère. (Z2 reste

Pensif, à gauche.)

ne veu

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: SCÈNE VIII emain s plus Dinier, Louis.

au St, Louis (arrivant par la droite, effaré).—Allons, | plus d'hésitation… Il le faut ! il le faut! 1! DiDiEr.—Quel est ce jeune homme ?

s mil- Louis.—Hélas! j'ai épuisé toutes les souffrances. Mon Dieu! pardonnez moi ; ce que je vais s cri- faire est un crime, mais je ne puis supporter le déshonneur !

tu en Divier.—Cette voix! oh! cette voix, je crois : reconnaître !.. Louis !... c’est Louis!

cette Louis. — Et toi, ma pauvre mére, toi qui es au , c'est ciel, prie pour ton fils qui va mourir. heur ! Dipier.— Mourir! Oh! arrêtez! arrêtez! (227 peaux s'élance vers lui.) Lovis.—Quelqu'un ! (Z/ se jette à l'eau.) laut.) Dipier.— Perdu ! Ah ! le sauver! du secours ! du secours ! (Z/ s'élance sur le bord du quai et ôte e que son habit.) Eh! quoi! personne ne m'’aidera à le ; ù secourir P A n'irez CRÈVECŒUR (paraissant debout sur un bateau gt01) qu'il a détaché).—Oui, me v'là, moi! (Didier se ; irne ; jette à l'eau tandis que des autres détachent un ba- | où ils leau.) Ë endre Tous.-Du secours ! du secours !

mais SCÈNE IX DEF... Dinier, Louis, CRÈVECŒUR, VAGABONDS.

| e a On rapporte Louis évanoui ; des vagabonds l'en- ; dourent avec curiosité. j reste Direr.—Pardon, mes amis. mais je voudrais

lui épargner l'embarras.

on GASQNE PES TN eme emennaneminninnemnnmnemmmenern

re — 38 —

CHALUMEAU.—Oui, oui, compris... on va s’en aller. (Zes uns se tiennent à l'écart, les autres disparaissent dans les bateaux.)

Louis (revenant à lui).—Où suis-je ?

Dipier.—Avec des amis... qui vous plaignent, qui voudraient vous rendre au bonheur.

Louis.—Au bonheur !... Hélas ! il n’en est plus pour moi.

Dipier.—Ne le croyez pas! Louis, revenez à vous, regardez-moi.. ne reconnaissez-vVous pas votre ami d'enfance... Charles Didier ?

Louis.—Charles Didier !.. vous! vous que je revois !.. Mais dans quel moment, grand Dieu !

Dipier.—Pauvre ami, vous vouliez mourir?

Louis.—Ah! oui... oui... je me rappelle tout à présent, le désespoir !.… le délire !... Ah! pourquoi m'a-t-on arraché à la mort ?

Dipier.—Que dites-vous?... N’y-a-il plus d’espérance sur la terre? N'y at-il plus au ciel de miséricorde ?

Louis. —De miséricorde !.… Ah! si vous saviez comme je suis coupable !.…

DiDiEr.—Toujours Dieu pardonne au repentir !

Louis.—Vous savez, Charles, que je n'ai jamais connu mon père. Ma pauvre mère n'aurait pas pu me faire donner l’éducation que j’ai reçue, vous le savez encore, et c’est à la charité de notre vieux curé que je dois d’avoir pu prétendre à une position sociale dans le monde.

Dipier.—Oui, je sais, je sais.

Louis.—Ayant terminé mes études, je vins faire ma cléricature à Montréal. J'y rencontrai un ami d'enfance qui menait une vie de dissipation et de plaisirs,

Dipier.—Mon frère Paul! Hélas!

Louis.—Quoi! vous savez...

à s’en ?S dis-

nent, t plus

nez à S pas

s que Dieu !

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out à Irquoi

d’esiel de

saviez

entir !

amais it pas , vous vieux | posi-

; faire n ami et de

SAT Lo

Dipier.—Continuez.

Louis.—J'eus la faiblesse d'écouter ses conseils, de suivre son exemple. Comme lui, je me livrai à la fatale passion du jeu. Après des alternatives de pertes et de gains, j'eus le malheur d'engager ma parole pour une forte somme que je n’ai pas pu payer. Le désespoir et la honte m'ont conduit vers cet abîme d’où l’on vient de me tirer, Mais qui donc m'a sauvé ?

Dipier.—Un hasard providentiel m'a conduit sur vos pas; je vous ai sauvé, aidé de pauvre homme qui se tient l'écart.

Louis.—Il serait vrai! Ah! ma reconnaissance.

CRÈVECŒUR.-— Pourquoi? J'étais là... voilà tout.

DiDier (bas à Louis). — C'est un infortuné.

L'abus des liqueurs à détruit sa raison.

Louis (/ regardant).—Pourtant son visage n’est empreint que d’une sombre douleur... Croyez-moi, mon ami, les malheureux se comprennent ou se devinent, et je suis sûr que lui aussi a beaucoup souffert.

CRÈVECŒUR.—Souffert ! Oh ! oui, bien souffert !

Louis (à Didier).—Je vous le disais bien.

DiDiER (passant près de Crèvecæur).—Eh bien, pour effacer un passé qui, je le crois, a été plein d'amertume, pensez que ce jeune homme vous doit la vie et que ce souvenir.

CRÈVECŒUR.—Des souvenirs. je n’en veux pas.

Quand je me rappelle trop... quand ça me revient là... (indiquant la tête) et là (/e cœur) il faut boire pour m'étourdir, pour oublier... et quand je n'ai pas de quoi, je suis malheureux. je souffre, et. je pleure,

Louis. —L’'infortuné !

Dipier.—Tenez, voilà de quoi faire oublier vos.

F* k PET OU PEUT PASS MARS Su Re Res Fe Eee

an AU es

chagrins pendant quelque temps. (77 /ui donne de l'argent.)

Crèvecœur.—Tout ça! Non, c'est trop! On me le prendrait. seulement de quoi boire deux jours. (Z/ prend une pièce de monnaie purmi celles que lui a données Didier et rend le reste, que celui-ci glisse sans être vu dans la poche de Crèvecœur.) Après ça nous verrons... ou ben... ou ben, je seral p't’être mort.

Louis et Diprer.—Mort !

Crèvecœur.— Adieu! adieu! merci!

Louis. — Arrêtez! N'est-il donc pas d'autres moyens d'oublier ?…

Dipier.— Pourquoi désespérgr toujours ?

Louts.— Pourquoi dans vos souffrances ne vous êtes-vous pas adressé à Dieu ?

CrÈvecŒuRr.—Eh ben! et vous? vous vouliez vous tuer.

Louis.—Oh ! j'étais coupable, j'étais fou.

Crèvecœur. - Eh ben, moi, je suis fou, et puis je l’aimais tant... elle...

Louis.—Elle ! c'est une femme que vous regrettez?

CRÈVECŒUR.— Oui, ma femme... ma pauvre f:mme.

Louis.—Et qu’est-elle devenue ?

Dipier.— Où est-elle ?

Crèvecœur.—[Là haut. (77 indique le Ciel.)

Dinier.—Pourquoi ne pas attendre avec courage le jour où vous devez la revoir? Pourquoi, si vous cherchez l'oubli, ne pas le demander au travail ?

Louis.—A la prière? Est-ce que cela ne plairait pas davantage à celle qui est là-haut?

Crèvecœur.—A elle! oui, peut-être... Mais

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une de c'est trop tard... trop tard! A présent, je ne peux plus,.… je bois, je m'étourdis et j'attends.

|! On Louis. —Pauvre homme |

deux Dipier.— Le malheureux!

) celles

elui-ci SCÉNE X

cœur.) ;

serai Les MÊMrSs BAGNOLET.

BAGNOLET. —Peut-on entrer ?

É Dipigr.—Abh ! c'est toi! que veux-tu ?

autres Bacnozer.—Bonnes nouvelles, excellentes nouvelles, et j'ai des renseignements sur notre homme. Dipier.—Sur mon frère.

\ Louis (à parf).—Paul ! des nouvelles de Paul. Dipier.—Parle, parle vite !

Bacnozer.—Voilà. Je connais tous leurs pro- | jets. M. Paul va faire aujourd'hui une affaire superbe...

Dipier —-Mais de quoi s'agit-il ?

BacnozeT.—D'un monsieur Desrosiers.

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