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11 a appris à l'hôtel que M. Desrosiers devait diner ici aujourd’hui... et m'a envoyé à la découverte, avec ordre le prévenir si je le rencontre.
Monrizon (à part).— Quel est ce monsieur ?
BAGNOLET.—Par malheur, je suis si bête que je n'ai songé qu’à embellir l'extérieur sans réserver quelque chose pour le dedans. il ne me resterait pas même de quoi dîner si la fantaisie m'en prénait. Mais bah ! je rencuntrerai quelque ancien compagnon de folies. Qui.
Mowr1zoN (s'avançant).—Eh ! parbleu, je ne me trompe pas... c'est bien lui ; c’est Bagnolet !.…..
BAGNOLET (Ze lorgnant).—Eh ! mais, Si je ne suis pas myope, c’est ce fou de Montizon.
MonTizon.—Moi même, mon cher ! Anténor de Montizon ! Ah! ça, qu'es-tu donc devenu ?... Je te croyais dans le malheur. mais te voilà plus resplendissant que jamais.
BAGNOLET (avec fatuité).— Mais oui... mais oui, mon bon ami.
Monrizon.—Tu as donc enterré trois oncles,
ou fait quelque belle entreprise.
BacnoLer (de même).—Mais oui... mais Oui, mon bon ami.
Mowrizon.—Ce cher Bagnolet! Ah! te voilà devenu riche... reçois mon compliment !.… (4 part.) Voilà mon dîner tout trouvé.
BAGNOLET.—Ah ça, et toi, la position financière ?
Mowrzon.—Oh ! moi, je suis à la tête d’une entreprise magnifique, d'une affaire colossale.
BAGNoLET.— Vraiment |... ce cher Montizon.… Ah ! tes affaires marchent bien. je suis enchanté de t'avoir rencontré. (4 part.) Je ne le quitte plus, et je tiens mon diner.
Monrizon.— Comme on se retrouve ! À propos,
est-ce que tu as déjà dîné P
BAGNoLET.—Moi !.. allons donc. à six heures !
Moxrizon.—Eh bien, si nous dinions ensemble?
BAGNOLET.—Comiment donc !... avec plaisir.
avec beaucoup de plaisir. Justement je me sens quelque appétit.
MonTIZoN.—Et moi aussi. (Appe/ant.) Joseph!
LE GARÇON.— Monsieur !
BAGNOLET.—Deux couverts |
MonTIZzoN.—Oui, deux couverts sur cette table ! (Z2s s'asseyent à une table. Le garçon met le couvert.) :
LE GARÇON. — Quel vin prennent ces messieurs P..
MoNTiZoN. —Ah ! oui, quel vin préfères-tu P
BA'NOLET.—Ah { ça m'est égal.
MonTiIzoN.—Mais enfin, ton ordinaire ?
BAGNOLET (à part).—Mon ordinaire, c'est de l'eau claire. (Æaut.) Eh bien !.. Beaune première.
LE GARÇON.—Beaune première, oui monsieur.
MonTIZON (écrivant).—-Et tenez, voici la carte ; tu t'en rapportes à moi?
BAGNOLET.—Comment donc !.…
MonTIZzoN (à part). —(Ça montera peut-être un peu haut !... mais je n'ai pas besoin de le ménager.
BAGNOLET (à part). —Mazette | il paraît qu’il va joliment me traiter.
MOoNTIZON (remettant la note au garçon).—Tenez, Joseph, et servez-nous vite.
LE GARÇON.—A l'instant, monsieur. (77 sort.)
MoNTIZON.—Ah! tu ne saurais te figurer le plaisir que j'ai à te voir.
BAGNOLET.—Et moi donc ; sans toi, je ne dînais pas MoxTizon.—Hein ?... comment ?
BAGNOLET.—-J'ai horreur de dîner seul.
MonTizoN.—Ma foi, c'est comme moi ; quand
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eures | je suis seul, j2 ne dîne presque jamais ! (Ze garmble? çon revient avec une bouteille et les potages : ts se aisir..…. servent.)
e sens BAGNOLET (mangeant).—A propos, tu me par-
lais d’une grande affaire.
Monrizon.—Oui, une affaire de presse... un journal dont j'ai eu l’idée.
BAGNoLEr.—Ah ! c’est un journal ?
table ! Monrizon.—Depuis longtemps le besoin se faile cou- sait généralement sentir d’un journal quotidien, L grand format, et à 50 “ezfs par an.
s mes- Bacnozet.— Un journal à 50 cents Comment,
oseph !
tu ne prends que 50 cenfs à chaque abonné !
Monrizon.—Mieux qué ça, mon cher, 50 cents que je donne.
BAGNoLer.—Comment ! tu les donnes !.. mais
c’est ruineux.
Monrzon—Du tout; mon système est bien
uP
est de
mière.
sieur.
carte ;
simple.
BAGNOLET.—Ah ! voyons le système !
MonrizoN.—Tu connais la spéculation des journaux à $3.00?... La feuille politique et littéraire se ruinerait très vite sans les colonnes d’annonces qui produisent chaque année %$20,000.00 de bénéfice net.
BucnoLer.—Ahl bah! $20,000.00 ; j'ignorais ce gros chiffre.
MonrizoN.— Oui, mon cher, $20,000.00 d’an-
tre un nager.
qu'il va
,—Te-
nonces que payent de braves industriels alléchés par les 20,000 abonnés des susdites feuilles. Or, un journal qui compterait cinq fois plus d'abonnés ferait aussi pour cinq fois plus d'annonces.
BacnoLeT.—C'est clair... comme un bec de gaz. MonrTizoN.—Au lieu de vingt mille abonnés, ayez-en cent mille. et bientôt au lieu de $20,000.00 d'annonces vous en aurez pour $100,000.00.
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dînais
quand
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BaexozxrT.—Mais comment trouver cent mille abonnés ?
Moxrizon.—Je suis sûr de les trouver, puisque je les paye. Je leur donne 5oc par tête. Mes abonnés me coûtent $50,000.00, et comme mes annonces m'en rapportent cent mille, j'ai $50,000 de bénéfice brut.
BaGNoLET. - Ah! mon ami, c’est superbe, c'est magnifique ; je comprends... je saisis ton système. tu pose uñ, et tu retiens deux : tu retiens trois. tu retiens tout. et ta fortune est faite.
Monrizon.— Mon journal doit paraître demain ; presque toutes mes actions sont déjà placées ; cependant comme je n’ai rien à te refuser, si tu voulais les trois dernières.
Baaxozer.—Les trois dernières !
Monrizox.—On les cote à la bourse à $150.00 mais pour toi, mon ami, Ce Sera au prix d'émission. les trois pour $300.00.
BAGNoLET. —Que $300.00? ça vaut mieux que ça; et... j'en parlerai à mon banquier.
MowriZoN.—A ton aise. Prends-tu du café ?
Bacxozer —Ordinairement je m'en prive; mais aujourd’hui je prendrai tout ce que tu voudras.
Monrizon.—C'est ça. Garçon, deux cafés, et l'addition.
LE GARÇON.—Oui, messieurs.
Bacxozer.—Ma foi, mon cher Montizon, ce diner était délicieux... tu t’'entends parfaitement à commander.
Monrizox.—N'est-ce pas ?.… L’habitude !..
LE GARÇON (apporte le café et présente la carte). —Voilà, messieurs.
Chacun lui fait signe de la donner à l'autre ; le garçon qui la leur a présentée alternativement finit par la mettre au milieu.
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Monrizon (/a prenant).—Trois piastres, quarante.. ça n'est pas trop cher. (77 /a passe à Bagnolet.)
Baonoer (/a prenant). — Mais non... mais non !.…. c'est pour rien. (77 /a passe à Montizon).
Mowrizox.— Hein !.. quoi donc? Ah! tu veux que je vérifie... tu n'es pas ferré sur l'addition, toi... (Comptant.) Cinq, dix, seize... (77 achève bas.\ Le compte est exact. (77 /a présente à Bagnolet.)
BacnoLer (/« prenant).—Oui, oui, le compte est très exact. (27 /a lui rend.) Tiens.
Mowrizon.--Que veux-tu que j'en fasse ?
Baexozer.—Eh bien, mais... que tu la payes...
Monrizon.—La payer !... moi!
BacNoLer.—Sans doute, puisque tu m'as offert.
Monrizon.—Offert.… quoi ?.…
BacnoLer.—A dîner.
Mowrizox.—Je t'ai offert à diner... Je t'ai offert de diner ensemble, et je t'avouerai même que je comptais sur toi... car, par le plus grand des hasards, je suis sorti scns ma bourse
BAGNOLET. — Ah ! bigre, moi, j'ai bien la mienne, mais il n’y a rien dedans.
MonriZox.— Ah ! fichtre ! Eh quoi, malheureux ! tu te mets à table sans argent!
Bacnozer.—Il est charmant !.. Eh bien, et toi ?
Moxrizon.— Moi, c’est bien différent... mais comment nous tirer de là maintenant |
Baanozer.—Est-ce que tu n'as pas quelque chose à laisser : un bijou, une canne à déposer ? c'est reçu, ça se fait, ces choses-là.
Monrizon.—Je le sais bien que ça se fait.
Parbleu !.… une canne... j'en ai déjà trois en pension au comptoir, je suis Cassé.., mon cher, en-
tièérement cassé !
RS SCÈNE II Les MÊMES, MONTREUIL,
MonrTReuiL.—Que vois-je? Montizon et cet imbécile de Bagnolet,
Bacxozer (à part).— Montreuil !... il ne me manquait plus que ça.
MoNTrREuUIL.—Ah ça, tu dines donc au Terrapin maintenant?
BAGNoLET.—Oui, oui, je. (4 part.) C'est drôle, la vue de cet homme-là m'ôte tous mes moyens.
MonrizonN.—Oui, mon cher! oui, tu vois. je traite.
MonTREUIL.—Ah ! et qui est-ce qui paye P
BAGNoLeT.—Qui ?. il nous obligerait bien s’il voulait nous le dire.
MonTREuIL, — Comment ?
Moxrizon.—Nous venons de nous apercevoir que nous étions à sec.
MonTREUIL (riant). — Vraiment! ah! ah !...
et à combien se monte la carte?
MonT1izON.— Vois toi-même.
MowrReuiL.— Trois piastres quarante !.. Comment, vous n'avez pas de quoi paye:, et vous faites une misérable carte de $3.40! mais c’est honteux! c'est déshonorant.. Quelle confiance voulez-vous inspirer en diînant pour $3.40P
BAGNoLET (à part).—Ahl! dans quel guêpier me suis-je fourré P
MoxrTizon.—Mais que faire P
MonTreuIz.— Vous n'êtes que des enfants et il est fort heureux que je sois arrivé pour vous sortir de là.
MonrIzon.—Nous sortir de là... to' ?
ne
Len AD
BAGNOLET, — Ah bah !
MoNTREUIL.— Garçon, du champagne ?
LE GARÇON.— Voilà, messieurs !
BAGNOLET (à part).— Comment ! il va payer
; à Pour nous? (Le garçon apporte Le champagne.) et 1m- MonTREUIL. — Buvons ! (Z/verse.) A votre santé. | BAGNOLET (ôwvant et à part).—A notre heu-
e me | reuse délivrance !
| MoNTREUIL.—1] est excellent. Ah ça! maintel'erra- | nant, cotisons-nous.., combien avez-vous dans vos C'est | poches ? .
MoNTIZON.—M oi Je n'ai que soixante cents.
| 100 | BAGNOLET.— Moi, quarante cerfs tout juste, on MONTREUIL — Et moi, pas une obole...
Se
MoNrTiIz0N.—Et tu demandes du champagne.
| MONTREUIL. —T'aisez vous ; donnez-moi ça, (7/ ; | Prend l'argent et appelle.) Garçon?
n sil | LE GARÇON.— Monsieur !
MONTREUIL (/ui tendant négligemment La carte),
: | —Faites ajouter la bouteille de champagne... evo Cette carte est pour moi.
LE GARÇON — Pardon, monsieur, mais.
1h !... MonrTREuIL — Cette carte est Pour moi, vous dis-je !.… Ah ! prenez ceci pour vous | c LE GARÇONX.— Une piastr- une piastre pour le LA BAGNOLET (à part).—I] lui donne notre piastre Len | pour boire.
fance | LE GARÇON (à part). —C'est un sénateur qui a épièr oublié sa bourse,
MONTREUIL. Eh bien ?.… LE GARÇON.—C'est con venu, monsieur ; d'ail.
l leurs on voit tout de suite 4 qui on a affaire... $1.00 set 1 Pôur le garçon. (77 sort ) :SOTÈE Monrizon (se /evant J.—Bravo.
BAGNOLET (2e même). —Sauvé |... et je me sauve |