‹ La bande du cheval noir [microforme]Chapitre 49 sur 55 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les MÊMES, CRÈVECŒUR, w4s Plus proprement et le bras en écharpe.

CRÈVECŒUR.—Ah |! te voilà !... te voilà !… je te cherchais partout.

CasiMIR.—-Tiens, quel changement! Il ne se ressemble plus.

Louts.—Je croyais que vous reposiez encore, mon père.

CRÈVECŒUR.—Non, non; mais quand jenete vois pas, quand je n’ai pas là mon fils, là, auprès de moi, je suis tout troublé, tout inquiet... j'ai toujours peur que mon bonheur ne soit qu’un rêve : il faut que je te voie, que je te parle, que je t’enter de, pour être bien sûr que je t'ai retrouvé.

CasrmiR.—Ah! dame, c'est que vous avez été fièrement longtemps privé de lui.

CRÈVECŒUR.—Oh | oui, trop longtemps. je ne suis pas encore fait aux nouvelles joies de mon cœur, et je vois bien que quelquefois on se moque un petit peu de moi dans cette maison de braves gens où l’on m'a recueilli.

Louis.—De vous, mon père ?

CRÈVECŒUR.—Eh oui! oui... parce que je te suis partout comme un enfant, parce que je te dévore des yeux, parce que je répète à chaque instant: Mon fils, mon fils ! ça les étonne, ils croient que c’est un peu de folie; il n’y a que nous deux qui sachions que c'est beaucoup de bonheur.

CASIMIR (émw).— Pauvre vieux! Ah! tenez, père Crévecœur, vous êtes un brave homme de l'aimer comme ça ; et il faut vous moquer de ceux qui se moquent de vous.

CRÈVECŒNR.—Oh! je ne leur en veux pas... je me dis tout bas: Qu'est-ce que ça me fait? j'ai mon fils... Ah! si vous saviez l’effet que je ressens là, quand je me dis ça tout bas! C’est ma pensée de tous les instants | la nuit même, quand je m'éveille, je cherche bien vite sous ma tête ces papiers qu'elle m'a remis: les preuves de mon innocence, €t la dernière lettre de sa pauvre mère; je les porte à mes lèvres, je les embrasse en pleurant de joie, de bonheur, et je me dis: C’est vrai. c'est - bien vrai. j'ai mon fils.

Louis —Mon bon père, pourquoi le ciel ne nous a" il pas réunis plus tôt ?

CRÈVECŒUR —Bàh ! nous avons encore le temps d’être heureux, je me sens rajeuni de dix ans.

Casimir.—C'est vrai, vous n'êtes plus ie même du tout.

CRÈVEOŒUR.— N'est-ce pas? grâce à ce âigne homme qui m'a fait soigner. Mais je m'acquitterai envers lui, je vais reprendre mon ancien état. je vais travailler, va!

Casiiir.—Et vous ne boirez plus d’eau-de-vie ?

CRÈVEUŒUR.— Jamais : pourquoi faire à présent? Je n’ai plus besoin d'oublier... Ah! à propos, mon fils, qu'est-ce que tu voulais me dire?

Louts. — Mon père, il faut que j'aille à la ville, pour... pour une affaire.

CRÈVEUŒUR.— Je ne te demande pas pourquoi!

il faut que tu ailles à la ville... nous irons.

Louis.—Vous ! mais c’est impossible ; et votre blessure ?

CRÈVECŒUR.— Elle me ferait bien plus souffrir loin de toi. (C’est-dit, nous irons ‘ensemble,

CasimiR.—D'ailleurs, on prehdra une voiture.

CRÈVECŒUR.—C'est ça, nous partirons dès que nous aurons prévenu et remercié le brave proprié-

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taire de cette maison. et ça ne tardera pas... car le voilà.

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