I. CAPITAL FONCIER
Eléments : Valeur :
Terres, bâtiments : total. . . go milliards
Il. CAPITAL D EXPLOITATION
Animaux de trait, bétail 5 500 millions Fourrages, aliments. . . . 3 000 — Avances, fonds de roulement. 2 000 — Instruments, machines, outils. 1 400 — APR DS PNA AU te 830 — Semences 17e" . 530 — Total re tr 260 millions
Il y a donc une grande inégalité entre les capi-
1. Nous empruntons ces chiffres aux études de nos mattres : MM. de Foville et Daniel Zolla,
taux fonciers et les capitaux d'exploitation ; la proportion entre eux est de 1 à 6.
Ce n’est pas la seule particularité qui les distingue ; ils se différencient encore par leur taux de placement.
Tandisque les capitaux fonciers rapportent 3, 4, 5, p. 100 au plus, les capitaux d’exploitation voient leur taux s’élever jusqu’à 10, 12 p. 100 et parfois davantage.
Le rapide exposé que nous venons de faire nous permet de constater que le travail de l’agriculture s'applique à des valeurs énormes dépassant 100 milliards, et ce chiffre seul serait une réponse péremptoire à ceux qui refusent le crédit à l’agriculture, sous prétexte que les garanties lui font défaut.
En effet, parmi les motifs qui écartent les prêteurs des agriculteurs, l’un des principaux et des plus nuisibles consiste à croire, d’abord, que les cultivateurs empruntent dans un but de consommation et non de reproduction agricole, ensuite que la profession d’agriculteur est peu rémunératrice. C’est même une opinion assez répandue que, celui qui emprunte pour des travaux agricoles est sur le chemin de la ruine, et que l’argent prêté ne profite jamais au cultivateur. Ce n’est heureusement qu'un préjugé, car le crédit employé à des opérations utiles à l’agriculture est aussi avantageux que s’il était appliqué au commerce et à l’industrie : tout dépend de l'usage qui en est fait. L'agriculture n’est
nullement inférieure, en produit net, aux autres industries, et dans presque tous les lieux où les capitaux sont suffisants, on est certain de voir s’enrichir non seulement les propriétaires mais parfois les fermiers. |
Une seconde opinion consiste à voir un péril, une véritable calamité dans les facilités données à l’agriculture d'obtenir le crédit.
Pour les partisans de cette idée, l’organisation du crédit agricole c’est la porte ouverte à toutes les convoitises, à toutes les ambitions jusqu'à présent impuissantes du paysan. Chacun voudra arrondir son petit domaine ; la vanité aidant, chacun se disputera les lopins de terre voisins, et comme l’extension des cultures n’est pas une marque certaine des améliorations agricoles, les facilités données au cultivateur iront à l'encontre du but que l’on se propose.
Raisonner ainsi, c'est connaître mal ou insuffisamment le caractère de nos paysans prudents et avisés. Loin de penser à acheter de la terre, ils cherchent plutôt, par ces temps de crise agricole, à éviter l’avilissement des prix, à ne pas vendre leurs récoltes à perte, et à se procurer surtout un crédit qui leur permette d’attendre des jours meilleurs.
S'il est vrai qu'autrefois l’amour, la passion de la terre exerçait un vif attrait sur l’esprit du cultivateur, 1l est encore plus vrai de dire que ce qui le préoccupe, surtout aujourd'hui, c’est le résultat
financier, c’est le profit à retirer de l'exploitation des parcelles culturales, et il sait fort bien que ce résultat ne peut être atteint qu'en concentrant ses efforts sur un espace restreint.