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Le crédit naturel et le crédit actuel de l'agriculture

Ces objections écartées, il s’agit de savoir si le crédit actuel de l’agriculture correspond au crédit qu’elle devrait avoir.

Le crédit actuel repose d'abord sur le degré de confiance qu’inspire le cultivateur à son prêteur.

L'emprunteur trouve toujours un prêteur si le remboursement est certain.

La sécurité du placement, la valeur des garanties offertes, telle est la condition essentielle du crédit. Si, actuellement, le paysan se plaint souvent de sa pénurie, c’est lui-même qu'il devrait parfois accuser. N’a-t-il pas contribué à décourager ses prêteurs par son inexactitude proverbiale dans le remboursement de ses emprunts, par le retard volontaire ou involontaire qu’il met à faire attendre les intérêts des capitaux prêtés ?

C’est pourquoi les capitalistes craignant ces retards dangereux et onéreux pour eux emploient de préférence leurs fonds à des opérations de banque ou d'industrie.

Cette mauvaise habitude du paysan n'a pas peu

contribué à détourner de l'agriculture même le crédit pour lequel elle fournit d'excellentes garanties. Quelle industrie pourrait, en effet, offrir les gages que possède l’agriculture ?

En premier lieu, son crédit peut être garanti par les 90 milliards que représentent les fonds de terre et les bâtiments. On ne doit pas oublier, en effet, que, selon nous, le crédit agricole doit s’entendre de toute opération agricole quelconque, qu’elle s'applique à des améliorations foncières permanentes ou seulement à des améliorations culturales.

Ici le crédit n’a devant lui aucune entrave ; il peut s’excercer dans toute sa plénitude, car le contrat hypothécaire donne au prêteur toute sécurité et toute certitude pour le remboursement du capital.

Malgré cette garantie, le crédit des propriétaires fonciers, et surtout des petits propriétaires, se trouve enrayé par l'incertitude des résultats que donnent les voies d'exécution judiciaire, de sorte que tout concourt à réduire le crédit du petit cultivateur, bien que son patrimoine ait une très grande valeur.

Pour la grande propriété, pour les grands domaines, on trouve toujours des acquéreurs disposés à payer un prix à peu près équivalent à sa valeur réelle.

Il en est autrement pour les petits domaines, pour les petites propriétés isolées qui forment la fortune courante du paysan ; ces parcelles ne peuvent guère

être achetées que par ceux qui peuvent les utiliser, c'est-à-dire par les propriétaires voisins, ce qui a pour effet de réduire la concurrence entre acheteurs et de faire baisser par conséquent le prix des petites propriétés.

Les bienfaits du crédit agricole ne doivent pas cependant se limiter aux cultivateurs propriétaires.

A côté d'eux existe toute une catégorie d’exploitants du sol pour lesquels, faute de gages pouvant servir de garantie à des emprunts, le crédit reste à ‘état de lettre morte.

Le tableau suivant nous indique qu’il existe :

Propriétaires cultivateurs. 2.150.000 62.2 p. 100 HICÉDTETS Dan SC 968.000 28 »

Méta ere AU AISNE 341.000 9.8 »

Il y aurait ainsi plus du tiers des entrepreneurs de culture qui ne pourraient jouir du crédit agricole, faute de garanties réelles à offrir.

Et cependant nous avons vu, qu'indépendamment du capital foncier, il existe un capital d’exploitation s’élevant à 13 milliards.

D'où vient donc que ce capital ne puisse servir, comme le capital foncier, à faciliter les prèts à l’agriculture, et prive ainsi une grande partie de la population agricole des bienfaits du crédit ?

La loi du 18 juillet 1898 sur les warrants agricoles a permis de combler en partie cette lacune en

permettant aux cultivateurs, même non-propriétaires, d'emprunter en donnant pour gage certains produits récoltés.

Mais cette loi est insuffisante et nous le montrerons plus loin.

Nous avons voulu seulement montrer ici que le capital de l’agriculture, capital foncier et capital d’exploitation compris, s'élève à une somme de plus de 100 milliards; que le crédit naturel de l’agriculture, c'est-à-dire le crédit auquelelle peut prétendre, pourrait être garanti par cette masse énorme de capitaux, tandis qu’avec son crédit actuel, lPagriculture ne retire aucun profit des 13 milliards de capitaux d’exploitation qui se trouvent ainsi sans emploi au point de vue du crédit.

Répartition des capitaux fonciers et d'exploitation entre les eæploitants du sol.

Capitaux Capitaux fonciers. d'exploitation, I. Propriétaires- — — cultivateurs.... 2.150.000 25 à 30 milliards 5 à 6 milliards IAFeRMIeLS Peer 900.000 : DE NE illiard 6 à li III, Métayers. 340.000 CARRE CR FARRUE AE

Bois, forêts et autres cultures... 10 à 15 milliards 75 à 95 milliards 11 à 13 milliards

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