‹ La banque d'Angleterre et les banques d'ÉcosseChapitre 21 sur 31 · L. WOLOWSKI · texte numérisé non relu

L. WOLOWSKI

M. Michel Chevalier m'engage à joindre à ce volume d'autres documents utiles. Peut-être rcgardera-t-on la lettre suivante de M. Nicholson, ancien professeur d'économie politique à Oxford, auteur d'ouvrages remarquables (entre autres The Science of exchanges) comme rentrant dans cette catégorie, bien que M. Chevalier ait cru devoir s'opposer à ce que cette lettre, adressée au directeur du Journal des Econotnistes, fût insérée dans ce recueil. Je suis d'autant plus obligé vis-à-vis de M. Nicholson d'être spontanément intervenu dans ce débat, que je n'ai nullement l'honneur de le connaître.

.4 monsieur le rédacteur du Journal des Economistes.

i9 mars 1867.

Monsieur le rédacteur,

Permettez -moi de vous demander l'hospitalité pour quelques observations sur la lettre pétillante de M. Chevalier à M. AVolowski, qui a paru dans votre journal en février.

M. Chevalier dit (p. 213) : « Ici, je ne puis m'empêcher de signaler à quel point, à propos de cette crise du milieu de mai 1866, vous avez succombé à votre péché mignon de vous contredire en plein et de vous donner à vous-même des démentis à quelques pages de distance. Je prie le lecteur de prendre votre article de la Bévue des

LETTRE DE M. NlCHOI>SON. 405

Deux-Mondes du 15 août : les premières pages sont consacrées à décrire la stupeur qui régnait le 11 mai dans la Cité ; c'est peint à grands traits et de la façon la plus dramatique. » Ici suit une citation, « une angoisse horrible, etc., etc. »

« Voilà, continue M. Chevalier, comment vous entrez en matière ; mais presque aussitôt cette lugubre impression s'eiFacc de votre esprit ; cette loi de 1844 a pour vous des charmes irrésistibles, etc., etc. ; quatre pages donc après ce récit émouvant, tout à vos yeux redevient couleur de rose, et vous dites au lecteur stupéfait : le mécanisme de 1844 détruit toute appréhension au sujet des convulsions monétaires. »

Eh bien , monsieur, j'ai pris l'article de la Revue des Deux-Mondes du 15 août, et jugez de mon étonnement quand j'y ai lu les paroles de M. Wolowski : a Le mécanisme de 1844 détruit toute appréhension au sujet de la sécurité de la monnaie fiduciaire, j)

Il ne vaut pas la peine, monsieur, de vous signaler la différence entre les deux citations ; c'est une dilférence immense pour ceux qui ont étudié ce sujet, et toute l'éloquence du spirituel M. Chevalier que vaut-elle, si elle est basée sur une citation tout à fait inexacte?

De plus, monsieur, dans un autre endroit (p. 203), M, Chevalier se sert de la phrase suivante : « Que le billet de banque soit de la monnaie, c'est une hérésie économique des plus dangereuses, et dont la réfutation est sur les lèvres de quiconque a donné quelque temps à l'étude de l'économie politique. »

Mais « sir Robert Peel (p. 206) croyait comme M. Wolowski que le billet de banque est de la monnaie. » Donc, monsieur, selon notre champion, il n'a pas donné même quelque temps à cette étude. Ne parlons point de

im L'ÉCHANGE ET LA MONNAIE.

MM. Gladstone, Frère-Orban, Hubbart, Stirling, et d'unp foule d'économistes célèbres qui sont pleinement d'acoord avec ce pauvre sir Robert Peel qui a étudié si peu, et avec « la logique ondoyante » de M. Wolowski.

Et « cette locution si tranchante, » quant à la susdite hérésie , sort de la bouche du même homme qui veut gronder son honoré confrère parce qu'il dit que personne ne songe à abolir la loi de 1844!

Ah ! personne, en Angleterre, n'y songe^ monsieur, croyez-le bien, si ce n'est quelque chambre de commerce qui n'a jamais étudié du tout, pas très -peu comme sir Robert Peel.

Agréez l'assurance de ma haute considération,

N.-A. NlCHOLSON.

C'est également pour répondre à l'invitation formelle de M. Chevalier que je réiaiprime ici quelques paroles prononcées le 5 septembre 1866 à la Société des économistes, à propos de l'hommage fait de mes Leçons sur l'échange et la monnaie '. En voici le compte rendu tel qu'il a été publié parle Journal des Economistes (livraison du V' septembre 1866, p. 439 et 440) :

« A ce sujet, M. Wolowski entre dans quelques développements.

c( Peu de questions, dit-il, ont plus d'importance que celle de la monnaie, véritable pivot d'une grande partie de l'économie politique; peu de questions, malheureusement, laissent encore dans un grand nombre d'esprits plus d'obscurité et plus d'illusions. M. Wolowski a le regret de le

' Cenfèrences de l' Association polytechnique. Hachette , éditeur. Prix : 1 franc.

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dire, mais il exprime ainsi une conviction profonde : si tous les économistes sont à peu près d'accord sur les notions fondamentales de la monnaie métallique^ la même harmonie cesse de régner entre eux quand il s'agit de la monnaie fiduciaire, du billet, appelé par d'ingénieuses combinaisons à remplir en partie la fonction dévolue à la monnaie.

« Dans la première leçon, M. Wolowski s'est fittachéà peser d'une manière précise les conditions que la monnaie doit remplir.

c< M. Wolowski croit qu'il a été l'interprète de la pensée commune à tous les économistes ; mais il dit que dans la seconde partie il est demeuré plus fidèle que quelques-uns de ses amis à l'application des principes que tous reconnaissent. Il faut bien Tavoucr, du moment oîi on aborde le problème de l'émission des billets, qui, avec le numéraire métallique, remplissent l'office du comptant, la même unanimité est loin de se produire. Les idées que M. Wolowski professe sont, croit-il, celles de la grande majorité des économistes les plus distingués en France, en Angleterre, en Allemagne, etc. ; mais il regrette que d'autres, en possession d'une renommée légitime, s'obstinent à défendre des idées, qu'il se permet de regarder comme surannées, comme condamnées à la fois par la doctrine et par l'expérience. Profitant d'une erreur de langage, ils décorent du nom de liberté des banques^ et défendent, au nom du progrès, la faculté, ouverte à tous, de créer des billets, qui envahissent la circulation à côté du numéraire métaUique, influent sur les prix, provoquent les crises, livrent à l'instabilité le salaire de l'ouvrier et Taccomplissement des contrats. Sans s'en rendre compte, ceux qui professent cette doctrine vieillie continuent l'erreur des partisans du système mercantile : ils prennent pour un accroissement de la richesse la multiplication des signes

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de la richesse ; ils oublient les principes essentiels de la monnaie^ après les avoir expliqués, et tournent le dos à la doctrine fondamentale, dont ils ont d'abord établi les vrais éléments.

« M. Wolowski a voulu, au contraire, demeurer strictement fidèle aux principes généralement acceptés : il s'est attaché à les suivre dans l'étude de la monnaie de papier et du papier-monnaie, en montrant l'abîme ouvert devant les peuples qui emploient celui-ci, et les illusions périlleuses que caressent les adeptes des billets de banque, du moment oii la quotité de ces billets ne se trouve point sévèrement limitée, du moment oii leur création est envisagée comme une industrie, au lieu de conserver le caractère d'une affaire publique et de demeurer assujettie au contrôle de l'État, qui doit s'étendre sur tout ce qui fonctionne comme monnaie, aussi bien que sur les poids et mesures.

c( Loin de voir dans la libre émission des billets une conséquence de la liberté commerciale, M. Wolowski expose les motifs qui ont valu à \ Act de 1844 l'honneur d'avoir été présenté par sir Robert Peel et défendu par Cobden. C'est que le principe sur lequel se fonde cette loi est le complément naturel du free-trade ; comme le free-trade^ il écarte la fiction et ne vit que de vérité. Il limite à la portion constante de la circulation l'émission autorisée et strictement surveillée des billets de banque, et constitue toute \di portion variable^ en or; de cette manière, la circulation mixte, composée de papier et de métal, fonctionne exactement comme si elle était purement métallique : la sincérité des prix, la fidélité des engagements et l'équilibre des mai'chés se trouvent maintenus dans le monde.

« M. Wolowski repousse énergiquement la pensée de vouloir porter aucune atteinte à la hberté de Yijidustrie ;

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