INTRODUCTION
L^agricultiirc et le Crédit *.
Parmi les questions soulevées par l'enquête a^'icole, il n'en est pas de plus débattue que celle du crédit. Tout le monde comprend que la terre devient de plus en plus comme un métier au soleil, métier d'autant plus actif et plus fécond que le capital uni à l'intelligence en utilise mieux les ressources. Mais, plus le concours puissant de la science, appliquée à notre industrie fondamentale, et des ressources acquises, employées à vivifier la production, se pose comme l'élément essentiel du présent, plus il importe de bien se rendre compte des conditions véritables dans lesquelles il est permis d'y recourir. Les illusions ont un double danger : elles peuvent pousser à des entreprises inconsidérées, et, quand la réalité vient les dissiper, conduire à un découragement fatal. Il faut se garder autant des exigences irréfléchies, qui dégénèrent en systèmes chimériques, que des timides conseils de la routine. Pour qu'un instrument fonctionne dans
1 Ce travail a été publié en partie clans le Journal d'agricullure pratique, octobre tSGG à mai tSGT.
la plénitude des forces qu'il doit développer, il importe îivant tout d'en mesurer l'action. Le capital est peut-être l'instrument auquel ce conseil de prudence s'applique de la manière la plus directe. Comment se le procurer, à quelles conditions est-on à même d'y recourir, quelles charges résulteront de l'aide qu'il distribue, de quelle manière pourra-t-on les couvrir, quelles sont les facilités que des mécanismes ingénieux sont appelés à* multiplier? Voilà les premières questions qu'il importe de vider.
Ici, comme partout, l'épargne possède la plus énergique vertu ; l'emploi du capital réuni par une sage économie oifre les chances de succès le mieux assurées. De la part de celui qui a su relier le présent à l'avenir, au moyen d'un sacrifice sagement continué, il y a garantie d'une mise en œuvre intelligente et économique. Cependant, quelque avantage que présente ce procédé, il exige souvent un temps trop prolongé; on n'arrive pas toujours à réunir de cette manière les ressources suffisantes pour accomplir dans toute leur étendue les travaux nécessaires. Loin de condamner l'usage clairvoyant du crédit, il est bon de le propager, pourvu que le propriétaire et le cultivateur sachent manier ce levier et qu'ils connaissent l'étendue des ressources qu'ils sont à même d'obtenir. Les conditions varient suivant la nature des opérations et la durée de l'entreprise : les améliorations foncières ne restituent que dans une longue période de temps, peu à peu et d'une manière régulière, les avances qu'on leur confie; l'industrie agricole proprement dite, dans les ramifications nombreuses que multiplie et qu'étend sans cesse une culture perfectionnée, permet d'obtenir un résultat plus prompt, qui se rapproche davantage des évolutions rapides du commerce et de la fabrique. La nature
(les choses impose ainsi des allures diirércntes au crédit foncier et au axdit agricole.
Mais, avfint que d'aborder ce côté essentiel du problème, il est indispensable de se trouver fixé sur certaines idées fondamentales, et sur le sens de termes qu'on emploie habituellement, sans en préciser suffisamment la portée. Les locutions vulgaires s'éloignent quelquefois tellement de l'acception sérieuse des mots dont on se sert, que l'absence de précision dans le langage entraine la plus fâcheuse confusion dans les idées. Le crédit et le capital^ sainement compris, mettent en garde contre les séductions des plans de rénovation soudaine, plans d'autant plus retentissants qu'ils ne recèlent trop fréquemment que du vent et des tempêtes ; ils nuisent aux mesures vraiment utiles, plus modestes dans leur allure, qui, au lieu de faire appel à de grands coups de théâtre, se bornent à donner ce qu'elles promettent, en écartant les fictions téméraires.
Bastiat, dans un de ses petits pamphlets où l'esprit droit de Voltaire s'allie à la grâce piquante de La Fontaine, s'écrie : « Maudit argent ! » non qu'il méconnaisse l'immense service rendu par l'introduction de la monnaie, il la considère avec raison comme le pivot matériel des relations sociales, mais il essaye de combattre et de vaincre les obstacles nés d'une fausse conception de la richesse, qu'on est trop porté à confondre avec le métal précieux, chargé uniquement de la traduire en un langage uniforme. Nous serions tenté, avec plus de raison encore, de dire : « Maudit billet! » car la facilité apparente que fournit le billet de banque, pour la multiplication des signes de l'échange, a déjà causé de terribles désastres, et continue de troubler nombre d'intelligences. Ce n'est plus seulement une marchandise^ d'une nature
4G8 LF.S BANQUES D'ECOSSR
particulière, appelée à un service spécial, que l'on prend pour le type et la somme de tous les biens utiles ; c'est une simple fiction à l'aide de laquelle on s'imagine pouvoir multiplier les capitaux à volonté, les rendre accessibles à tous, sans travail, sans peine, à bon compte. A entendre certains faiseurs de projets, le crédit possède la baguette magique qui suffit pour faire jaillir d'inépuisables trésors ; la terre notamment, altérée de capital, peut en obtenir autant qu'elle voudra, du moment oii le crédit sera organisé, sans qu'il en coûte rien à personne. La déduction est bien simple : grâce au ci^édit^ les banques fabriquent des billets qui valent de l'or, qui sont partout acceptés comme de l'or. Jusqu'ici, le monopole conféré à une seule institution, soustraite au salutaire aiguillon de la concurrence, a rétréci ce Pactole en un mince filet d'eau, qui n'alimente que le commerce et l'industrie. Est-ce que F agriculture doit continuer à être victime d'un aussi odieux privilège? Est-ce qu'il ne lui faut pas également plusieurs banques, ou une grande banque, dont les billets viendraient raviver les éléments d'une activité féconde? Ce n'est plus seulement le rêve entliousiaste du joueur :
Sous ses heureuses mains, le cuivre devient or !
car les beureuses mains de la banque foncière vont changer le papier en or : elle dépassera les promesses de la transmutation des métaux, les merveilles des terrains aurifères ; elle nous promet une Californie de papier.
Parlons sérieusement, le sujet en vaut la peine, et ce que de semblables illusions offrent de divertissant égale à peine ce qu'elles présentent de triste. Après la rude expérience du système de Law , après le désastre des
ET L'AGKICULTURE, 469
assignats, en présence des conséquences fatales du papier-monnaie, il se rencontre encore des esprits chimériques qui, sans descendre à quelque chose d'aussi vulgaire que l'étude de ce qu'est la monnaie, de ce que sont les capitaux, de ce qui constitue le crédit, promènent les vieux oripeaux de systèmes cent fois condamnés par la raison et par l'expérience, ressuscitent les erreurs du système mercantile , en face des vérités révélées par l'application de la liberté des échanges, et imaginent enrichir le monde en multipliant de ^nouveaux assignats. Puisque l'erreur est tenace, il ne faut point se lasser de l'attaquer, au risque de se trouver condamné à remettre en lumière des vérités élémentaires. On se sent presque humilié de voir combien il faut de temps pour qu'elles cessent d'être méconnues. Dieu merci, l'instruction plus généralement répandue ne permettra plus d'égarer les esprits par un vain mirage, car les saines notions d'économie politique deviennent familières au plus grand nombre.
On sait que les métaux précieux mesurent la valeur relative des choses, facilitent l'agrégation des eflbrts et la distribution des résultats, aident au mouvement de la richesse ; mais ils ne sont pas la richesse, ils n'en constituent, du moins, qu'une faible fraction.
On sait que les capitaux sont le fruit du labeur humain préservé par la prévoyance d'une destruction immédiate, successivement accumulés , pour servir d'instruments d'approvisionnement de matières premières ; qu'ils se ravivent par une transformation continuelle sous la féconde impulsion du travail.
On sait que le crédit est la force qui sert d'intermédiaire entre les capitaux qui cherchent un emploi, et l'intelligence laborieuse qui a besoin de matériaux pour en-
tretenir et pour étendre le champ de plus en plus utilisé de l'industrie humaine.
La fiction ne tient aucune place dans cet immense ensemble d'éléments actifs de la production. Personne ne peut employer que ce qui existe déjà.
Il est vrai qu'un mécanisme, dont on a beaucoup exagéré l'action, arrive à substituer (dans une proportion restreinte, qui ne saurait être dépassée sans péril) des signes fiduciaires aux instruments de la circulation, à la monnaie métallique, chargée de préciser les conventions, d'évaluer les produits, de traduire les engagements et d'accomplir les stipulations. De là vient la méprise habituelle. Le système mercantile,, prenant les métaux précieux pour le seul capital productif, multipliait les précautions et les séductions afin de les empêcher de sortir et de les attirer ; il conduisait naturellement à faire supposer que, si l'on arrivait à remplacer l'or par quelque' mécanisme souple et docile, on pourrait fabriquer , comme sur un métier continu, la trame de la richesse. Le billet de banque fut cette merveilleuse trouvaille ; on crut qu'il ferait l'office de l'or, et, par une conséquence bien simple, on conclut que, puisque l'or était la richessCj le capital véritable^ en multipliant les billets de banque on augmenterait la richesse, on multiplierait les capitaux.
Pourquoi, dans une certaine mesure, l'or pouvait-il être suppléé par des billets? D'où venait cette économie, mère de tant d'illusions? Rien de plus simple : les essais tentés^ notamment celui que la Banque d'Angleterre a inauguré vers la fin du dix-septième siècle, ne portaient que sur des sommes très-faibles, que sur une fraction extrêmement restreinte de l'ensemble de la circulation. Le mécanisme général ne pouvait être affecté par un
léger surcroît de monnaie fiduciaire ; mah, du moment où d'audacieux empiriques voulurent tendre le ressort, il s'est brisé. Dans son innnortel Do}i Quichotte, au chapitre de l'île Barataria, Cervantes raconte le procès soumis à la sagesse de Sancho par un paysan et un tailleur. Le paysan avait confié à ce dernier un coupon de drap destiné à un pantalon ; pour plus de sécurité, il demanda s'il ne pourrait point en couper deux avec la même étoile: le tailleur lui dit : « Volontiers. » Surpris de cette facilité, le paysan s'imagina qu'il pouvait obtenir mieux encore, il arriva jusqu'à demander douze pantalons. Le tailleur lui apporta la douzaine commandée, mais c'étaient des pantalons de poupée. 11 en est de même du tissu élastique qu'offrent les ressources de papier ; on peut en fabriquer tant qu'on veut, mais la valeur diminue jusqu'à des doses homœopathiques; on obtient des pantalons de poupée !
Les transactions n'ont besoin que d'un nombre limité d'instruments monétaires ; la grande roue de la circulation, dit ingénieusement Adam Smith, diffère des marchandises qu'elle fait circuler. Le revenu de la société se compose de ces marchandises, et non des roues qui les transportent. La substitution du papier à la monnaie d'or ou d'argent, à supposer qu'elle puisse s'accomplir d'une manière complète, rencontre une limite dans la valeur des métaux, dont le papier tient la place, et qui circuleraient s'il n'y avait point de monnaie fiduciaire.
L'utilité monétaire pose la limite de l'émission des billets de banque, et plus les procédés du crédit se développent, moins il faut de monnaie dans les échanges.
« Le crédit, nous l'avons écrit il y a longtemps *, ne con-
' De V organisation du crédit foncier, 1848.
siste point à multiplier le signe d'échange, mais à donner le moyen de s'en passer, en favorisant les virements de compte et en rapprochant, à de bonnes conditions, les capitaux, c'est-à-dire les instruments de travail, de l'emploi auquel ils sont destinés. — C'est singulièrement rapetisser la puissance du crédit que d'y voir uniquement le moyen de battre de la monnaie avec du papier. Là se rencontre le moindre de ses avantages ; on supprimerait cette faculté, que le crédit n'en serait pas moins appelé à jouer un rôle immense dans l'organisme social, car c'est lui qui préside à la distribution des richesses et qui active la production. Il ne crée point les capitaux ; on ne saurait trop le répéter, le travail seul est doué de ce noble privilège ; mais il les fait arriver entre les mains de ceux qui en tirent le meilleur parti : telle est la magie du crédit. »
La limite assignée par la nature des choses à la monnaie fiduciaire est donc fort étroite ; elle se rétrécit bien plus encore quand on songe que le billet, pour être accepté, a besoin de s'appuyer sur l'or, d'être toujours échangeable contre de l'or, ce qui nécessite une forte réserve de métaux précieux. Ajoutez que le billet ne présente d'avantage sur le métal que pour le transport et le compte de sommes d'une certaine importance ; il devient aussi onéreux qu'incommode, du moment oii il s'agit de faibles coupures. On le recommande comme ayant des allures plus vives , comme se prêtant avec rapidité à rendre un plus grand nombre de services que le numéraire métallique ; raison de plus pour qu'il en existe une moindre quantité.
On comprend aisément, quand on tient compte de ces indications élémentaires, pourquoi en France et en Angleterre, les deux pays les plus riches et les plus actifs, Ja quotité de la monnaie fiduciaire^ qui ne rencontre pas
ET L'AGRICULTURi:. .473
un gage direct dans les existences métalliques, n'a jamais pu dépasser, ni même atteindre 500 millions de francs. C'est à peine un deux-centième de la fortune publique dans chacun de ces grands Etats. La marge offerte aux modernes alchimistes est bien faible.
En ce qui concerne la propriété foncière et l'industrie agricole, la quote-part de ce contingent général de la monnaie fiduciaire qui pourrait leur revenir est beaucoup plus réduite encore. En effet, il n'y a rien d'arbitraire dans l'absorption presque exclusive des billets de banque mis au service de l'industrie et du commerce. Le billet ne vaut , aucun homme sérieux ne le conteste, qu'autant qu'il peut s'échanger constamment contre un équivalent de métal précieux. Il faut donc que les institutions d'émission qui délivrent des billets de banque obtiennent la garantie complète do remboursements successifs et rapprochés pour ravitailler constamment leurs caisses. De là viennent les conditions de plusieurs signatures, d'une échéance rapprochée, d'une ponctualité absolue dans la libération, conditions imposées aux lettres de change admises à l'escompte, non par un caprice de la loi, mais par une nécessité inévitable. Il faut donc que l'avance faite par la Banque fructifie, et que le capital se reforme dans une courte période de temps. C'est la force des choses qui interdit au crédit foncier l'emploi des billets de banque ; elle ne permettrait au crédit agricole de s'en servir que dans les circonstances rares, oii les évolutions du ménage de champs se manifestent avec une rapidité égale à celle des évolutions du commerce et de l'industrie. Quand de pareilles circonstances se présentent, l'agriculture profite déjà, en partie^ du bénéfice de l'escompte ordinaire : des améliorations utiles doivent contribuer à étendre cette facilité, mais elle sera toujours
plus bornée que celle ouverte devant les promptes transformations des entreprises commerciales et manufacturières.
Est-ce à dire que le crédit se refuse à venir en aide à la propriété et à la culture? En aucune manière ; seulement il le fait sous d'autres formes, adaptées à la constitution propre à ces deux grands intérêts. Ils n'y perdront rien, loin de là ; ils continueront, sous ce rapport, à remplir le rôle qui leur appartient , celui de contribuer pour une part prépondérante à la ricliesse publique, sans lui faire courir de mauvaises chances. Si le crédit appliqué à la terre s'accommode mal du billet de banque, c'est qu'il répugne à la fiction et ne vit que de réalité. Il utilise les capitaux existants , dont il travaille à augmenter la masse, en activant une production féconde et en favorisant une épargne salutaire. Il se tient en dehors des créations téméraires qui risquent d'altérer la foi des contrats et la sécurité des conventions en portant atteinte à la solidité et à la fixité de la monnaie.
Les lettres de change, les engagements commerciaux, bien qu'ils promettent une solution rapprochée et qu'ils présentent une garantie multiple, ne peuvent être reçus à l'escompte, pour être représentés par des billets de banque, que dans la proportion oii la circidation a besoin du comptant^ c'est-à-dire de l'instrument qui ne produit rien, mais qui traduit d'une manière générale la puissance immédiate d'acquérir tout objet équivalent à la somme disponible. Le comptant se compose de iminéraire métallique et de monnaie de papier; la quantité de celle-ci ne saurait dépasser une fraction du total qui, s'il excède les besoins, se déverse immédiatement sur le marché étranger, sous la forme du métal précieux, marchandise acceptée partout, recherchée partout, envoyée
sur d'autres marchés, dès qu'il se manifeste la plus légère ditlerence dans les prix. Tonte tentative arbitraire pour étendre forcément la circulation de la momiaie de papier vient se heurter contre un obstacle inflexible. Le papier, comme le dit avec raison le dicton vulgaire, commence par chasser l'or. Si celui-ci s'en va de manière à rompre l'équilibre indispensable entre la garantie métaUique et la monnaie fiduciaire, les crises éclatent ; si les métaux précieux continuent à s'écouler, on en est bientôt réduit au régime désastreux du cours forcé et du papier-monnaie proprement dit. Telles sont les fatales et inévitables conséquences des faux systèmes !
Les lettres de change ne peuvent être que pour partie monnayées sous forme de billets de banque ; la transformation que leur fait subir \ escompte des établissements d'émission, même en dépit des subtihtés que l'on a prodiguées pour le nier, amène un accroissement du comptant appelé à remplir un rôle restreint. Tout excédant factice engorge les canaux de la circulation, quand il n'expulse point les métaux précieux.
Les engagements de la propriété foncière et de la culture, contractés forcément pour des échéances prolongées, se prêtent beaucoup moins à ce monnayage. Il leur faut des capitaux mis en réserve, et non de la monnaie de papier. D'ailleurs, l'étendue môme des besoins qu'il s'agit de satisfaire de ce côté suffit pour montrer combien sont vaines et chimériques les tentatives destinées à pourvoir avec une émission de signes fiduciaires aux avances sollicitées par les immeubles et par la culture. La dette hypothécaire, à elle seule, représente en France, au bas mot, 6^7 miUiards de francs ' ; la culture progressive exigerait
' Tel est le chiffre sérieux; les 12 ou 14 milliards dont on s'obstine
47tj LES BANQUES D'ECOSSE
aussi plusieurs milliards de pièts : combien est maigre, en comparaison, la ressource totale de oOO millions de francs qu'offre dans un pays comme la France, déduction faite des réserves métalliques, la faculté si enviée et si mal comprise de l'émission de billets de banque ! C'est ailleurs qu'il faut cliercher la force capable de soulever un pareil fardeau : ne nous en plaignons pas, car cette force existe, elle s'accroît chaque jour avec la somme des épargnes acquises, des capitaux accumulés. Toute la question consiste à mettre en rapport, aux meilleures conditions, les réserves qui aspirent après un emploi solide et commode à la fois, et les besoins de la propriété et de la culture. Il faut pour cela concilier l'allure pesante du sol avec la facilité des négociations ; le crédit foncier a pleinement résolu ce problème dans la limite du possible. 11 faut aussi adapter aux nécessités spéciales de la culture l'agglomération des capitaux ; le crédit agricole essaye de répondre à ce grand intérêt; nous ne sommes encore qu'à des essais, mais le succès partiellement obtenu grandira, si l'esprit d'initiative individuelle, énergiquement réveillé dans toutes les régions du territoire, sait prêter une vigoureuse assistance à la fondation de nombreuses colonies du crédit rural. Il faut pour cela multiplier les banques, c'est-à-dire les réservoirs destinés à recueillir les capitaux isolés et à les faire arriver entre les mains de ceux qui peuvent en faire le meilleur usage. Tel est le véritable et fructueux office des établissements de crédit : quant à battre monnaie avec du papier^ cela ne les regarde pas ; elles auraient tout à perdre et n'auraient rien à gagner à vouloir manier cet instrument fragile et
à parler, d'après des renseignements inexacts ou mal analysés, n'existent que sur le papier.
périlleux, dont la puissance, mesurée aux proportions réelles qu'elle présente, se réduit à peu de chose.
Mais, nous dira-t-on, les banques d'Ecosse ont fondé le crédit agricole avec du papier. Nous parlerons de ces banques que personne n'admire plus que nous, mais sur le caractère desquelles on se méprend très-souvent.
Ce premier travail ' a provoqué des observations auxquelles nous avons répondu comme il suit :
Nous n'entendons point discuter en ce moment les observations que notre article a suggérées ; la suite de notre étude fournira Toccasion naturelle d'y répondre. Cependant, il semble utile de signaler dès anjourd'hiii une erreur commune à M. Delbet, que nous remercions de la manière gracieuse et courtoise avec laquelle il apprécie nos travaux, et à M. Teyssier des Farges, qui aurait pu se dispenser d'user d'un ton agressif- : c'est un mauvais exemple qu'il donne, et que nous ne suivrons pas. 11 s'agit d'examiner sérieusement une question sérieuse. Lorsqu'on lit des sentences comme celle-ci : « Je tiens à ce que l'agriculture se porte bien, lous les principes d'économie polilique dussenlils périr, » on ne saurait s'empêcher de songer à l'ouvrier anglais qui , poussé à bout par l'invincible démonstration des rapports qui existent entre les profits et les salaires, s'écriait : « Eh bien, si l'économie politique est contre nous , nous serons contre l'économie politique. » La passion dicte un pareil langage et on hésite à le blâmer trop sévèrement chez ceux qui n'ont pas eu le moyen d'acquérir les lumières nécessaires; mais un jurisconsulte devrait mieux se rappeler les paroles de Montesquieu : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » L'économie politique ne s'applique qu'à constater ces lois.
Nos deux contradicteurs supposent qu'on peut créer facilement un capital de 500, de 800 millions ou d'un milliard, pour le mettre au service du crédit agricole, et cela au moyen d'une simple émission de pa-
' Pulilié dans le Journal u^AgricuUure pralique, octobre 18CC.
- Voir l'article de M. Teyssier des Farges, ibid., 5 novembre, p. 489.
reille quantité de billets de banque, faisant office de monnaie. C'est un pi'oeédé expéditif , inalheureusenient il est purement cliiniérique. Quand on s'imagine qu'il suftit de réunir un capital de garantie pour quintupler celui-ci au moyen de l'émission, on oublie qu'aucune banque de circulation sérieusement administrée n'a pu dépasser la quotité de son capital sans que les billets créés fussent représentés par un encaisse métallique, qui s'élève en moyenne à la moitié de la circulation totale. La France et l'Angleterre ne possèdent point, à elles deux, un milliard de billets de banque non couverts i»ar un dépôt équivalent d'or. Cinq cents millions de francs pour chacun de ces pays est le maximum auquel la monnaie purement fiduciaire ait pu s'élever en dehors du gage conservé en métal précieux.
Ce n'est donc pas, comme le suppose à tort M. Delbet, une marge de 500 ou de 800 millions que nous aurions laissé entrevoir pour le ctèdit agricole ainsi alimenté. Loin de là, le marché nous paraît saturé de billets de banque : leur masse n'augmenterait pas, car le seul service qu'ils puissent rendre n'admet point cette extension; Vulililô monélaire est restreinte de sa nature , la monnaie fiduciaire ne peut aspirer qu'à remplacer en partie la monnaie métallique , et celle-ci ne constitue que le mécanisme des échanges ; ce mécanisme absorbe une fraction d'autant plus faible de la richesse générale que le pays est plus avancé en civilisation et que le crédit est plus développé.
Nous raisonnons ici dans l'hypothèse d'une parité complète entre le crédit commercial et le crédit agricole ; celui-ci devrait partager, suivant MM. Teyssier des Farges et Delbet, les avantages que la monnaie fiduciaire réserve à celui-là.
Mais, même dans ce rayon étroit, la monnaie fiduciaire mise au service de l'agriculture ne saurait s'établir sans péril. En effet, la nature des choses établit une dilTérence essentielle entre la rapidité des opérations commerciales el industrielles et l'allure nécessairement plus lente des travaux agricoles. Ceux-ci exigent un crédit à plus long terme : ils ne se plieraient que difficilement, et dans des cas exceptionnels, à former la substance d'un portefeuille à une échéance moyenne de six semaines, comme doit l'être celui des banques de circulation. Ce genre de matière escomptable est rare en agriculture; s'il se présente, il profite déjà des institutions existantes , qui admettent le papier agricole aussi bien que le papier commercial ou industriel, lorsqu'il s'offre dans des conditions identiques. Si l'on ne se heurtait point ici contre une difficulté qui tient à l'essence même des obligations réalisables, il n'y
aurait point à créer de nouvelles institutions de crédit d'un caractère spécial.
Celles-ci reposeront sur une base différente, elles ne sauraient se servir d'un instrument aussi fragile et aussi dangereux que le billet de banque, sans parler du trouble qu'apporterait dans toutes les transactions un mallieureux essai de monnaie fiduciaire livrée à la concurrence. Autre chose est le crédit, qui vit de sécurité ; autre chose la création d'une monnaie fictive qui détruit la sécurité et qui compromet les calculs d'avenir, en rendant incertaine et tlottante la mesure même de la valeur, Tessence de tous les engagements et de tous les contrats traduits en stipulation monétaire.
Le crédit agricole ne se plie en aucune manière aux conditions d'une banque de circulation, chargée d'échanger des lettres de change à courte échéance contre du papier à vue. Il a besoin d'obligations, d'une durée de six mois à deux ou trois ans, et pourra les obtenir s'il sait poursuivre avec une énergique persévérance ce qui est réalisable, au lieu de se lancer dans la région des chimères et de courir les aventures.
Dans son excellent travail sur les Conditions du crédit appliqué à l'agriculture, M. Rivet dit : « 11 en est du crédit comme de tant d'autres bonnes choses. 11 faut à la fois le défondre contre ceux qui le trouvent dangereux et le préserver de ceux qui lui demandent ce qu'il ne peut donner. De ces deux adversaires on ne saurait dire quel est le plus à redouter, car un essai malheureux et excessif fait échouer l'idée la plus utde. »
Nous craignons fort que ces paroles si vraies ne s'appliquëht directement à nos honorables contradicteurs.
Quant à nous prononcer contre toute création de banque agricole, nous ne l'avons jamais fait ; seulement nous distinguons la liberté des banques, dont nous souhaitons la plus large application , de l'emploi d'un instrument spécial, de V émission des billets ; celle-ci ne rentre pas dans le domaine de l'industrie ; la fixité, la stabilité, la solidité de la mesure des valeurs doivent, autant que possible, être contrôlées comme l'invariabilité des poids et mesures. La monnaie fiduciaire obéit à des conditions rigoureuses qui la rendent impropre au service du crédit agricole.
Celui-ci a une nature particulière, qui exige une création intermédiaire entre les longues combinaisons du crédit appliqué au sol et les allures rapides, dégagées, du crédit commercial. 11 ne saurait que rarement fournir des lettres de change à courte échéance ; il lui faut des
crédits ouverts, avec l'appui du cautiouuemeut solidaire, il lui faut aussi des obligations créées à court terme. Les banques de dcpùt, bien garanties, avec des ramifications nombreuses, une vigoureuse initiative locale, aidée par des institutions centrales, comme la Sociêlé du crédit agricole, sans privilège aucun, sans création de monnaie fictive, voilà ce qui favorisera le développement de l'industrie rurale. Ces utiles fondations ne manqueront pas de naître du moment où une législation à la fois plus prudente et moins gênante aura fortifié le gage agricole.
Telles sont, en rapide résumé, les idées que nous nous proposons de développer dans la suite de notre travail. En s'attaquant à ce qui en forme uniquement le préambule, MM. Teyssier desFarges et Delbet ont montré qu'ils avaient l'esprit prompt; nous leur demandons un peu de patience, qu'ils veuillent bien attendre l'exposé complet de nos idées, et nous n'aurons plus qu'à invoquer leur équitable appréciation.
Les développements dans lesquels est enfré M. Delbet prouvent comlnen les meilleurs esprits peuvent se laisser entraîner dans l'erreur, par suite d'une délinition inexacte.
Avant que de le constater, nous sommes heureux d(3 le dire : la terreur salutaire qu'inspirent à M. Delbet le papier-monnaie et la monnaie fiduciaire nous ramène sur un terrain commun, sur lequel tout malentendu doit s'évanouir.
Quand il aura mieux approfondi la nature, les fonctions et l'influence du numéraire métallique et le rôle du comptant ; quand il se sera suffisamment rendu compte des nécessités qu'impose un instrument de l'échange, mesure et équivalent à la fois des produits qu'il met en mouvement; quand il aura cessé de confondre le signe et le gage immédiat, la promesse et la réalité présente, la monjidie ■ et ï obligation.^ le numéraire qui n'est appelé qu'à circuler, et le titre de placement qui produit un revenu, nous serons tout à fait d'accord.
En attendant, qu'il me permette de relever deux erreurs de fait, qui troublent la marche du raisonnement.
La Banque cF Angleterre na pas émis tm seul billet supplémentaire pendant la crise de 1866, dont parle M. Delbet : elle n'a point mis en œuvre la faculté ouverte par la promesse d'un bill d'indemnité, et le pays applaudit k la prudente réserve qui a empêché une commotion financière de dégénérer en un désastre public. Les conséquences que M. Delbet rattache au fait qu'il mentionne, tombent du moment où le fait n'a point eu lieu.
Quant à la Banque de France, M. Delbet aurait dû mettre en regard de la circulation fiduciaire des billets, non pas seulement le capital de l'institution,, mais aussi la réserve métallique. Yoilà ce qu'il aurait trouvé au dernier bilan (10 janvier 1867), le plus favorable à la thèse qu'il défend, car c'est celui oii la circulation des billets s'est le plus développée :
Réserve métallique, 657 millions;
Billets en circulation, 1,032 millions.
La différence est de 37.^ millions, qui représentent les billets non couverts par les espèces ; ceux-ci répondent seulement, à 10 millions près, au double du capital social de 1 82,-300,000 francs \
L'émission est gouvernée par l'encaisse ; la marge, comme on le voit, est bien faible, même entre les mains d'une institution aussi puissante, aussi solide, aussi influente que la Banque de France, et en présence de la confiance illimitée qu'elle inspire.
^ Cette démonstration est devenue bien plus forte encore au moment où nous publions ce volume. Le 16 mai 1867, la Banque de France publiait les chiffres suivants :
Réserve métallique : 780 millions;
Billets en circulation : 1,033 millions.
La différence entre l'encaisse et les billets émis n'était plus que de 233 raillions; elle ne dépassait le capital de la Banque que de 50 millions de francs.
4Sa I>ES BANQUES D'ECOSSE
Si elle ne saurait augmenter le bénéfice que lui procurerait l'extension de la somme des billets, c'est que la nature des choses s'y oppose, c'est que l'on ne crée point à volonté du numéraire ou du papier qui en remplit les fonctions. Il est une limite, fort étroite, à laquelle s'arrête une pareille faculté.
Nous essayerons de le montrer en parlant de la constitution des Banques d'Ecosse.
Chaque fois qu'il a été question du crédit appliqué aux intérêts de l'agriculture, on n'a point manqué de produire comme un exemple triomphant les Banques d'Ecosse. Celles-ci ont, en effet, prospéré, elles assurent encore aujourd'hui, à une contrée laborieuse, les bienfaits du crédit sur une échelle considérable ; mais elles ne ressemblent en rien au type de fantaisie qu'on a prétendu couvrir d'un nom justement respecté.
Ce sont des Banques qui cumulent toutes les opérations : elles alimentent aussi bien l'industrie et le commerce que l'agriculture. Il n'est venu, en Ecosse, à la pensée de personne de spécialiser leur action, et l'on chercherait vainement dans ce pays ce que nous appelons une banque agricole. Les conditions générales, imposées aux avances faites, se prêtent à tous les besoins, au moyen d'une organisation habile, du moment oii se rencontrent la solvabilité nécessaire et la ponctualité dans l'exécution des engagements contractés. On n'y poursuit point d'un œil jaloux les avantages acquis à telle ou telle branche de l'activité humaine ; on comprend, au contraire, que tout exercice de l'intelligence appliquée aux diverses formes de la production^ contribue à vivifier l'ensemble de l'in-
dustric humaine. On ne demande non plus aucun privilège, aucune faveur particulière pour l'agriculture : on la traite comme une industrie, quand elle présente les caractères qui rendent l'industrie apte à profiter du crédit sous des formes diverses.
Les banques d'Ecosse embrassent dans le cercle do leurs opérations toutes les manifestations du travail ; les résultats qu'elles donnent ne s'appliquent nullement, d'une manière isolée, à l'agriculture ; il est même difficile, sinon tout à fait impossible, de calculer la part distincte qui reviendrait à celle-ci dans l'ensemble.
D'un autre côté, les banques d'Ecosse ne sont en aucune manière de grands hôtels de monnaie, oii on fabriquerait à foison le bienheureux billet, appelé à féconder le sol, au moven du papier transformé en numéraire. Elles n'ont point ces visées ambitieuses ; le succès solide qu'elles ont obtenu tient à des procédés plus réservés. Tandis que des hommes dévoués aux intérêts agricoles n'hésitent pas à proposer chez nous de baser le crédit sur la multiplication des billets, faisant l'office du comptant, et qu'ils cherchent à rabaisser le service rendu par les institutions qui se bornent à servir de point de rencontre aux capitaux réels qu'elles agglomèrent et aux besoins qui s'en accommodent, les banques d'Ecosse n'ont jamais fait qu'un usage restreint de la faculté à^ émission, elles ont basé leurs opérations sur les dépôts : c'est même là ce qui forme le caractère distinctif de ces établissements, et ce qui a le plus contribué à la prospérité du pays. Un chifTre suffira pour édifier tous les esprits à cet égard : la valeur des billets qui circulent dans l'Ecosse entière ne dépasse d'ordinaire le total des métaux précieux, conservés pour faire face aux demandes de remboursement de ces billets, que d'une somme de 2 millions sterling, cinquante millions de francs.
484 lES BANQUES D'ECOSSE
La population de l'Ecosse comprend un dixième environ de la population française ; la quotité des billets au delà de la couverture métallique correspondrait donc pour nous à SOO millions de francs, chiffre que nous avons déjà indiqué comme étant le maximum de la circulation probable, pour le papier faisant fonction de numéraire, déduction faite de l'encaisse en espèces. — Cela doit singulièrement réduire des plans exagérés, car la Banque de France a déjà réalisé ce programme ; elle a déjà r^.mpli les canaux de la circulation de manière à ce qu'une création nouvelle, sur une échelle quelque peu considérable, ne pourrait que causer une pléthore périlleuse.
Mais revenons à l'Ecosse. Au 8 décembre 1866, à l'époque de l'année où la circulation s'accroît notablement, elle s'élevait pour tous les billets des banques d'Ecosse à 4,967,168 livres sterling, avec une réserve métallique de 2,763,824 livres sterling : la différence exceptionnellement élevée a donc été, pour les billets non représentés par des espèces, de 2, 26 1,344 livres sterling, ou -oo millions de francs en chiffres ronds. La moyenne habituelle de cette différence est inférieure d'un dixième. — Il est donc facile d'apprécier l'étendue de la ressource supplémentaire que les banques d'Ecosse obtiennent à l'aide de l'émission. Elle est très-faible relativement à la masse de la richesse publique ; elle n'est aussi qu'une fraction bien restreinte du capital disponible, remis aux banques, et à. l'aide duquel elles ont exercé la féconde influence qui leur a conquis une réputation légitime ^
* Au 30 mars 1867, le chiffre des billets émis par les banques d'Ecosse était descendu à 4,221,024 livres sterling, tandis que la réserve métallique s'est élevée à 2,637,948 livres. 11 n'y avait donc en circulation que pour l,o83,07i livres sterling (environ 39 millions de francs) de billets au delà du chiffre des espèces tenues en réserve.
tT L'AGKIGULTURE. 48S
La somme des dépôts confiés aux banques d'Ecosse, sans parler de ceux qui arrivent entre les mains d'autres maisons de finance, monte au chiffre énorme de près de 60 millions de livres sterling, un milliard cinq cents millions de francs. On voit combien le résultat de l'émission fait maigre figure à côté de cette masse colossale. Là se trouve le secret de la prospérité des banques d'Ecosse et des avantages que le pays en retire sous la triple forme du crédit commercial, du crédit industriel et du crédit agricole. On y travaille avec le capital effectif, accumulé par l'épargne, et non au moyen d'une création fictive d'instruments de circulation, dont l'office est limité, strictement limité. Ce n'est pas en Ecosse que l'on pourrait dire : « Oi\ trouver le capital nécessaire pour alimenter les banques de dépôt? » Les Ecossais le rencontrent dans un labeur productif et dans une épargne prévoyante. Ce n'est pas surtout quand on confesse l'absence du capital suffisant, qu'on pourrait invoquer l'exemple de l'Ecosse pour construire un plus grand nombre de véhicules destinés au transport de ce capital. Songer à multiplier les billets de banque, alors que l'agriculture a besoin de bestiaux, d'instruments, d'engrais, d'améliorations pratiques sous toutes les formes, c'est suivre l'exemple célèbre de cette princesse qui, pénétrée d'une vive sympathie pour le peuple livré aux atteintes de la faim, voulait que, puisqu'il manquait de pain, on lui donnât de la brioche.
Descendons dans les réalités, au lieu de nous tenir dans les régions nuageuses des conceptions purement imaginaires. On nous a souvent accusé de faire de la théorie : nous croyons que ce terme, pris dans un mauvais sens, s'applique à bien plus juste titre à ceux qui nous combattent. Un grand philosophe, M. Royer-Collard, a dit (jue le dédain de la théorie signifiait simple-
4g6 LES BANQUES D'ÉGOSSE
ment un refus de vouloir comprendre ce que l'on dit quand on parle, et ce que l'on imagine quand on pense.
Ramener sans cesse les faits à la doctrine, c'est la théorie telle que nous l'aimons; écarter les faits, n'en tenir aucun compte pour se livrer à des hypothèses, c'est la théorie dont on rencontre sans cesse l'expression chez ceux qui se piquent le plus d'être des praticiens, et qui font à tout hout de champ de la théorie, et de la plus audacieuse, sans s'en apercevoir, comme le bon M. Jourdain faisait de la prose.
Consultons l'expérience, et gardons-nous surtout de brouiller les idées, en employant des termes mal définis.
La confusion fondamentale, d'où dérivent tant de méprises, consiste à voir avant tout dans une banque la faculté de créer des billets, que l'on prend pour du capital. On est ébloui de cette puissance magique, au point de dédaigner le modeste effort du travail et de l'épargne.
Pour notre compte, nous l'avons toujours dit : il faut multiplier les banques, en leur laissant une pleine liberté d'action; il faut les appeler de plus en plus à susciter la formation du capital par la facilité d'accumulation offerte aux plus petites réserves ; on donne ainsi un corps à ce qui n'était qu'une poussière presque impalpable. Il faut que les banques distribuent, de tout côté, ces eaux fécondantes, réunies goutte à goutte dans de larges bassins. Tel est le but du crédit, telle en est l'action puissante : elle ne connaît .aucune limite.
Quant à la fabrication des billets de banque, il suffit de remonter à leur origine et de suivre le développement qu'ils ont reçu, pour en apprécier sainement la nature et la portée.
A une époque où la variation des monnaies et les altérations du numéraire portaient le trouble dans toutes les
transactions, le commerce, toujours ingénieux à surmonter les obstacles, imagina un mode de payement qui lui permît d'éviter l'incertitude de l'emploi direct des espèces mal fabriquées, rognées ou faussées. Les banques de dépôt s'établirent ; elles ramenèrent à l'unité de compte, basée sur le poids du métal fin, les variétés infinies des espèces traduites en monnaie de banque ; elles rendirent" ainsi un service dont on ne saurait trop apprécier la portée. A la place d'une véritable confusion des langues, corrigée d'une manière imparfaite par l'action du change^ on rencontra l'unité de l'idiome commercial. De véritables carnets^ délivrés aux déposants, constatèrent la valeur des dépôts effectués, et des virements^ effectués à l'aide de délégations^ réglèrent les dettes. Le métal précieux restait immobile dans le trésor de la Banque, ainsi que cela se pratique encore à Hambourg, oh la caisse commune réalise avec grand avantage tout le mouvement des fonds entre les particuliers. On n'opère qu'avec ce qu'on possède ; quand le crédit est mis en œuvre, il repose sur le capital réalisé et n'entraîne jamais de mécompte.
Des délégations, transmises de main en main, au billet de banque, qui constitue une délégation à vue sur une somme de métal déterminée, le passage était simple. Mais, au lieu de se "contenter de faciliter ainsi les négociations, les comptes et le transport des espèces au moyen du papier, auquel elles se trouvaient attachées par un lien direct et indissoluble, los banques voulurent bénéficier des dépôts en les employant. L'équilibre permanent entre la réserve métallique et les billets émis se trouva rompu , du moment où naquit la forme nouvelle des banques de circulation.
On fut ébloui de cette adjonction d'instruments d'é-
change, tirés en quelque sorte du néant, et on se laissa entraîner à en exagérer singulièrement l'importance.
Le fait est que cette adjonction, destinée à remplir les fonctions des payements au comptant, se trouvait forcément restreinte dans les transactions auxquelles le comptant peut servir. Dans toute société, l'utilité des instruments monétaires se limite d'elle-même : comme l'a si bien dit Adam Smith, on ne saurait les étendre au delà, sans tout compromettre, sans ébranler la solidité des transactions et sans modifier le sens des contrats.
Ici se rencontre la pierre d" achoppement de tous les projets aventureux basés sur l'émission du papier : l'histoire et la constitution actuelle des banques d'Ecosse permettront de le constater d'une façon précise.
L'économie politique est avant tout une étude des faits, matter of facts^ comme disent les Anglais. Souvent on discute à perte de vue sur des conceptions arbitraires, alors que les données recueillies par l'expérience se trouvent négligées. On fait plus : on imagine, de bonne foi, des mécanismes dont on admire l'effet, en prenant de simples hypothèses pour la réalité. •
Quelque arides que soient de longues colonnes de chiffres, nous n'hésitons point à les produire ici avant que de nous engager dans l'examen des principes, en ce qui concerne les Banques d'Ecosse. Une communication bienveillante nous a permis de réunir à cet égard des documents précieux, complètement inconnus chez nous et qui n'ont même obtenu au delà du détroit qu'une publicité très-discrète. Nos voisins sont avant tout des
hommes d'action : ils font sur une large échelle des affaires d'une grande importance, mais ils trouvent rarement le temps et éprouvent peu le goût des comptes rendus. Rien de plus sommaire que les rapports présentés aux assemblées d'actionnaires, surtout en ce qui concerne les établissements de finance. Une grande réserve préside à ces communications, et les intéressés se gardent de tout élan de curiosité en ces matières délicates. Quand les dividendes distribués sont satisfaisants, la confiance dans la direction écarte toute investigation détaillée. 11 faut quelque circonstance particulière pour arriver à d'autres résultats. Les enquêtes, ouvertes do temps à autre par le Parlement, ont mis en lumière beaucoup de faits que personne ne s'occupait de grouper et de porter à la connaissance du public. La plupart du temps, il faut se livrer à des investigations personnelles, quand on désire être complètement initié au maniement des grandes entreprises.
Nous avons essayé d'entrer dans cette voie ; les rapports que nous avons été heureux de lier avec des hommes dont l'obligeance égale le rare mérite, nous ont mis à même de rassembler des renseignements précieux, pour la plupart inédits. Ils sont de nature à édifier pleinement sur l'organisation et la marche des banques d'Ecosse: il sera facile d'en tirer des conclusions instructives.
Les banques d'Ecosse qui fonctionnent aujourd'hui sont au nombre de douze : chacune d'elles possède de nombreuses branches qui couvrent le pays d'un vaste réseau d'établissements de crédit.
Pour avoir une notion complète de la situation actuelle et des phases traversées depuis bientôt un demi-siècle, nous devons reproduire le tableau publié par ordre du Parlement le 29 avril J864. 11 donne les noms de toutes
les banques qui ont fonctionné en Ecosse au i" janvier des années 1819, 1830, 1845 et 1864, avec le nombre des embranchements appartenant à chacune d'elles, le montant de l'émission, celui des réserves métalliques, etc. Ce tableau comprend aussi l'indication de la cessation des opérations ou de la fusion des établissements qui n'existent plus'.
La simple inspection de ce document suggère des observations d'une incontestable gravité. On voit le nombre des banques diminuer et celui de leurs embranchements s'accroître. Quant au rapport de l'émission des billets à la réserve métallique, il a besoin, pour être bien compris, que nous exposions d'abord l'esprit et les prescriptions de la loi de 1845, qui a borné aux banques alors existantes, et aux émissions qu'elles avaient faites, la faculté d'émettre des billets, en limitant la quotité de ceux qui peuvent être créés en dehors de la somme exactement correspondante à la réserve métallique.
L'ancienne constitution des banques d'Ecosse permettait l'émission des billets, sans aucune limite. On a souvent prétendu que cette faculté n'avait entraîné aucun inconvénient : c'est là une erreur, dont la seule lecture d'Adam Smith aurait dû préserver, en ce qui concerne un passé plus reculé, et que des faits plus récents ont nombre de fois mise en lumière.
Adam Smith a décrit, dans son admirable chapitre de l'argent^ les dangers et les embarras causés par la circu lation trop étendue des billets des banques écossaises ; il a
Ce tableau est placé ci-contre.
sévèrement blâmé les fautes commises par celles-ci '. « Les banques d'Ecosse, dit-il, payent toutes fort chèrement leur propre défaut de prudence et d'attention, mais la Banque d'Angleterre ^payait très-chèrement, non-seulement sa propre imprudence, mais encore Y imprudence beaucoup plus grande de presque toutes les banques d'Ecosse \ »
Un autre passage est encore plus significatif, il renferme un enseignement dont l'utilité est toujours la même. ce Les commerçants et entrepreneurs,, dit Adam Smith *, ayant tiré tant de secours des banques et des banquiers, cherchèrent à en tirer encore de plus étendus. Ils s'imaginèrent que les banques pouvaient étendre leurs crédits, à quelque somme que ce fût, selon le besoin qu'on en avait, sans s'exposer à d'autre dépense qu'à celle de quelques rames de papier. Ils se plaignirent des vues étroites et de la pusillanimité des directeurs de ces banques (d'Ecosse), qui ne savaient pas, disaient-ils, étendre leurs crédits à proportion de l'extension du commerce du pays; voulant dire, sans doute, par l'extension du commerce, celle de leurs projets au delà de ce qu'ils étaient en état d'entreprendre avec leurs propres fonds ou avec ce que leur crédit leur permettait d'emprunter des particuliers par la voie ordinaire d'obligation ou d'hypothèque. Il paraît qu'ils s'étaient iîguré que l'honneur de la banque l'obligeait à remplir ce déficit et à leur fournir tout le capital dont ils avaient besoin pour leurs entreprises. »
' Richesse des nations, liv. H, chap. ii.
- La Banque d'Angleterre était dès lors le grand réservoir 3tallique où venaient puiser les banques d'Ecosse, auxquelles elle . inait un point d'appui.
' Richesse des nations, 1. 1, p. 368, édition Guillaumin.
* Ibid., p. 374.
i92 1>KS BANQUES D'ECOSSE
Ces. ligues semblent écrites d'hier : l'erreur, que le bon sens du philosophe écossais mettait si bien en relief, persiste encore et provoque des plaintes analogues : chaque fois qu'on y a cédé, on en a rudement porté la peine. Il faut s'arrêter dans une voie aussi périlleuse, il faut tôt ou tard restreindre les crédits et diminuer la circulation ; alors la crise éclate et les ruines se multiplient.
Les banques d'Ecosse, rudement éprouvées par la nécessité de rembourser, à vue, des billets trop nombreux, imaginèrent d'insérer une clause fT option^ par laquelle elles promettaient de payer, au moment de la présentation, ou six mois apr fis , avec l'intérêt légal du retard. Les billets baissèrent, à cause de l'incertitude du payement, au-dessous de la valeur de la monnaie d'or et d'argent. Le Parlement supprima par VAct de 176o la clause d'optioîi, en même temps qu'il interdit l'émission des billets au-dessous d'une livre sterling*. Le grand Bullion-Report de 1810^ qui a jeté une si vive lumière sur les questions relatives à la circulation fiduciaire, a rappelé l'exemple des échecs subis et des fautes commises par les banques d'Ecosse. Elles n'ont pas plus été à l'abri de pareilles méprises dans notre siècle qu'au siècle précédent, et la suspension des payements de plu-
' Voici en quels termes M. Macleod [On Banking, t. I, p. 306) signale ce l'ait important : « x\t this period the Scotch Banks liad got themselves inlo a very alarming posilion, froni their ignorance ot'the true principles of regulating a paper currency as well as of the effect of an excessive issue of paper indepressing the exchanges, and causing an export of gold, and not pcrceiving that, while in this state,bringing", gold in the country was like pouring water into a sieve, or like tlie toii of the Danaides. They had been far (o prodigal in granting cash crédits, and allowing them to be converted into dead loans, without observing the rules that were specially appUcable to them. And everything seemed to shaw that matters would s^etvorse as the annihilation
sieurs de ses établissements doit tempérer l'adhésictii trop absolue donnée à leur manière d'opérer.
Nous sommes le premier à reconnaître l'utile action de ces institutions de crédit, dont l'esprit prévoyant des Écossais a su régler la marche de manière à ce que les avantages l'emportent sur les inconvénients.
Toujours est-il que la réforme accomplie en Angleterre, sous la puissante impulsion de sir Robert Peel, eut son contre-coup nécessaire en Ecosse. h'Act de 1844, qui a limité à une somme fixe l'émission des billets de la Banque d'Angleterre, amena, en 184o, des règlements sinon identiques, du moins analogues pour les banques d'Ecosse et d'Irlande.
L'Ecosse n'avait jamais eu d'institution centrale pareille à la Banque d'Angleterre : aussi VAci de 1845, mis en vigueur le 6 décembre, se borne-t-il à limiter le droit d'émettre des billets au porteur et à vue aux établissements qui existaient au 1" mai de cette même année, et le montant de la circulation de chacun d'eux à la moyenne de l'année, terminée à cette date. Il fut seulement permis à ces banques d'augmenter l'émission de leurs billets, à condition de conserver pour le surplus la contre-valeur en espèces. C'est une faculté que ne possèdent point les banques de province de l'Angleterre.
of the last Jacobite rébellion in 1746 had freed the country for ever from the fear of international disturbances, and numerous otlier companies were forming to add to Ihe currency, whicli was already superabundant.— United in the conimon danger, the two principal Banks (nf Srotland and Royal) agreed to combine their influence, and obtain an act to remedy this, and the statute 1763, c. 49, was passed, suppi^essing ail notes under 20 shillings and prohibiting those to be issued with the optional clause... The banks also curtailed their cash crédits very cxtensively... »
Voilà ce qn'enseigne rhisloire; (pie devient la tiction ?
Les banques d'Ecosse communiquent chaque semaine au Stamp-Office le relevé des billets en circulation, ainsi que de la réserve métallique, dont le quart peut être constitué en argent. Ces états sont publiés toutes les quatre semaines dans la London Gazette.
Le grand tableau que nous avons publié montre qu'il existait dix-huit banques d'émission en Ecosse, avec un total d'environ 3,150,000 livres (78,750,000 francs) de billets, au moment oii Y Act ^-Victoria [Hih^u) a été rendu. La circulation autorisée fut arrêtée à ce chiffre : depuis lors, des déconfitures ou des fusions successives ont réduit le nombre des banques à douze et le montant de la circulaiion autorisée à 2,749,271 livres (moins de 59 millions de francs ). Le même tableau permet de constater que la diminution du nombre des banques avait déjà, depuis 1819, suivi une marche analogue. Ce n'est donc pas la loi de 1 845 qui a provoqué ce résultat. La chute des banques d'Ayr, d'East-Lothian, de Stirling, etc., est bien antérieure.
Le chiffre de la circulation des billets a été beaucoup plus élevé de notre temps que dans le dix-huitième siècle, cependant il n'a point dépassé :
Au 31 août 1833 2.489.000 liv. st.
En janTier 1834 3 000.000
Et au 28 mars de la même année,. 2.400.060
Les derniers relevés avant l'application de VAct de 1845 donnent les chiffres suivants :
Février. Novembre.
Loin de nuire à l'emploi des billets, YAct de 1845 contribue à l'accroître, en augmentant en même temps la garantie métallique.
En effet, nous trouvons :
Février. Novembre.
Pour 1846 3.000.000 4.000.000
La somme des billets a encore augmenté depuis cette époque.
Le maximum auquel cette circulation s'est élevée a donné, en novembre 1836, le chiffre rond d'environ 3,700,000 livres sterling (92,500,000 francs), et le minimu?n, au 30 décembre 1837, est descendu à 2,100,000 livres sterling (32,500,000 francs).
Au mois de janvier 1867 , la situation des banques d'Ecosse était comme suit :
Circulatiun aniurisée.
Bank of Scolland 300 . 485
Royal Bank of Scotland. . . 216.451
British Linèn Company... 438.024
Comm. Bank of Scolland.. 374.880
National id 297.024
Union id 454.346
Aberdeeo Town and County
Bank 70.133
North of Scotland Bank
Company 154.319 103.840 123.16 227.004 96.045
Clydesdale Banking Company 274.321
City of Glasgow Bank 72.921
Caledonian Banking Company 55.434
Central Bank of Scotland. . 42 . 933
Billets de
3 livres
et au-dessus.
Billets au-dessuus de 5 livres.
Total
des
billets.
Késerve
d'or
et d'argent
Au 2 février dernier, le chiffre total des billets en circulation était descendu à 4,405,331 hvres, c'est-à-dire à 110 millions de francs, et la réserve métallique était de près de 2,500,000 livres (62,500,000 francs). L'écart
496 IliS BANQUES D'ECOSSE
entre la réserve métallique et les billets en circulation ne s'élevait donc pas à 48 millions de francs ; au 30 mars J 867 cet écart n'était plus que de 39 millions de francs. A ces chiffres se borne le résultat réel obtenu par la faculté fiduciaire de créer des billets faisant office de monnaie. On voit combien la marge est étroite ; il importe de faire remarquer que c'est la force des choses, et non pas l'influence de VAct de 184S, qui la restreint ainsi. La circulatioyi autorisée est supérieure de 20 à 30 millions de francs à la différence entre la réserve métallique et la différence effective. On n'éprouve point en Ecosse cette soif extrême de billets de banque dont on gratifie gratuitement cette contrée. Le crédit, qui s'y est développé sur une large échelle, puise à une autre source : il s'appuie sur la base large et solide des dépôts, non sur la base étroite et précaire des billets.
On s'imaginerait également à tort que Y Act de 1843 soit peu populaire, ou que Y Act de 184i, qui régit la Banque d'Angleterre, subisse une condamnation sévère en Ecosse. Il ne faut pas s'attacher à l'expression intermittente des vœux de la chambre de commerce de Glasgow. De tout temps il y a eu divergence d'opinion à cet égard entre cette ville, plus entreprenante, plus audacieuse, et la vieille cité d'Edimbourg, dans laquelle se conservent mieux les saines traditions.
On a pu remarquer, dans le tableau{p. 495), que la circulation fiduciaire de l'Ecosse se divise en billets de 5 livres (12.^ francs) et au-dessus, et en billets au-dessous de S livres. D'anciennes habitudes ont fait conserver cette dérogation à la règle enseignée par Adam Smith : celui-ci voulait que le billet de banque ne fût appelé à circuler qu'entre les commerçants, et non entre les commerçants et les consommateurs ; il attachait une grande
importance à ne pas chasser du pays une trop forte somme de métaux précieux, et à ne pas multiplier l'émission.
« Il serait peut-être mieux, dit-il, que dans aucun endroit du royaume on ne laissât mettre en émission aucun billet de banque au-dessous de o livres sterling (125 fr.). »
C'est ce qui a lieu aujourd'hui dans l'Angleterre proprement dite. La Banque d'Angleterre n'a fonctionné d'abord qu'avec des billets do 20 livres au moins (500 fr.); elle a émis pour la première fois des billets de 10 livres (250 fr.) en 1759 ; ceux de 5 livres (125 fr.) datent de 1793, et les billets de 1 ou 2 livres (25 et 50 fr.) de mars 1797. — Les billets au-dessous de 5 livres furent retirés de la circulation après la reprise des payements en espèces : il ne restait phis, en décembre 1835, que 282,000 livres en billets de 1 livre, dont la plupart ont été perdus ou détruits.
L'avantage que trouvait Adam Smith à ne pas admettre de coupure inférieure à 5 livres (125 fr.) consiste en ce qu'il se conserve ainsi dans le pays une certaine abondance d'or et d'argent. On soutient à tort que la richesse publique éprouve un grave préjudice si le numéraire métallique condamne une partie du capital à un rôle prétendu improductif. C'est là une grave erreur, éncrgiquement relevée par Mac-Culloch : « Il est évident, dit-il, que l'or et l'argent employés comme monnaie sont trèsproductifs, puisqu'ils facihtent les échanges et permettent à la division du travail d'être infiniment plus développée. » Nous croyons devoir ajouter que le rôle de mesure de la valeur, que remplit le métal précieux, domine dans tous les rapports sociaux. La monnaie y remplit un grand rôle , comme véhicule des échanges et comme ramenant tous les produits, fractions de la richesse générale , au même dénominateur, le prix. Elle
498 LES 15ANQUES D'ECOSSE
influe ainsi, absente ou présente, sur toutes les conventions.
Adam Smith a, au moyen d'une belle image, dépeint d'une manière saisissante les avantages que peut présenter la création des billets de banque sagement limitée. Il compare l'or et l'argent qui circulent aux chemins; ceux-ci servent à conduire au marché les grains et les fourrages, sans produire un grain de blé ni un brin d'herbe. Les opérations d'une banque sage ouvrent une espèce de chemin dans les airs ; elles permettent de convertir en pâturages et en sol cultivé la terre, devenue superflue pour les transports. Mais l'avantage ainsi recueilli ne peut s'étendre au delà d'une partie des terrains jusque-là consacrés à former les voies de communication, et ces terrains eux-mêmes n'occupent jamais qu'une fraction réduite du territoire. On arrive donc promptement à épuiser une pareille ressource.
Adam Smith s'empresse d'ajouter : « Si le commerce et l'industrie peuvent s'élever plus haut à Faide de la monnaie de papier, suspendus ainsi, si j'ose dire, sur les ailes d'Icare, ils ne sont pas aussi assurés dans leur marche que quand ils portent sur le terrain solide de l'or et de l'argent. »
C'est ce terrain solide que le grand économiste voulait préserver, tout en admettant le concours du billet de banque, dans une proportion restreinte. Notre ancien collègue et ami, Adolphe Blanqui, a eu raison de dire : (c Cette magnifique image de la circulation du papier des banques est l'expression réelle des faits économiques , tels que l'histoire de l'Angleterre et de la France nous les a retracés depuis cinquante ans. Jamais la sagesse des vues de Smith ne s'est révélée avec plus d'éclat que dans ce chapitre, où tous les économistes ont puisé les
éléments de leurs travaux sur les banques, sans éclipser les siens. »
Avec sa constitution particulière et les facilités olFertes à l'émission, l'Ecosse s'est garantie du danger des ailes d'Icare. Elle s'est renfermée dans un emploi modéré des billets, ayant connu par la rude expérience du passé ce qu'il en coulait à faire autrement. Quant aux coupures, déjà, au siècle dernier, le Parlement avait interdit celles d(^ l) et (le 10 shillings, en limitant à ime livre (2.1 fr.) la valeur la plus faible du billet, comme on l'a fait aussi dans l'île de Jersey. Soit dit en passant, celte prévision et cette règle suffisent pour établir une difTérence essentielle enire deux titres qu'une observation superficielle essaye fie confondre d'une manière absolue, entre le billet de banque et la lettre de change.
La tolérance dont VAct de 1845 usa vis-à-vis des billets d'une livre, en Ecosse, prouve combien sir Robert Peel comprenait les devoirs de l'homme d'État, toujours obligé de tenir compte des faits, des mœurs et des habitudes : l'homme d'Etat ne fait pas des mathématiques, il étudie la matière vivante.
Sir George Clerk, gouverneur de la Banque d'Ecosse, étant vice-président du Board ofTrade (ministère du commerce) en 184S, a rappelé les paroles prononcées par sir Robert Peel dans la discussion du 28 avril de la môme année, relative à la circulation des billets d'une livre : « Je ne sais s'il est possible de justifier par des arguments sérieux l'importance qu'on y attache. On peut avoir des doutes nombreux à cet égard ; cependant, en m'efforçant d'introduire des principes que je crois justes, je ne m'exposerai pas à heurter les préjugés du public, et je ne risquerai point de soulever l'opposition de l'Ecosse. Sans garantir le maintien de ces billets, je ne propose pas de
les supprimer actuellement, je réserve l'avenir. La liberté du Parlement ne doit pas subir d'entraves à cet égard. Si le maintien de ce privilège ne porte pas atteinte aux intérêts, s'il n'a pas d'effets nuisibles sur la circulation de l'Ecosse, les Parlements futurs useront sans doute de la même tolérance, et ne troubleront pas les habitudes d'affaires du pays dans le but unique de faire triompher une théorie. »
L'expérience a justifié les prévisions de sir Robert Peel : les inconvénients qu'aurait pu présenter une coupure aussi faible , généralisée en Angleterre , ont été amortis par l'isolement de l'Ecosse, et par le maintien du point d'appui que cette contrée rencontre toujours à Londres quand elle a besoin de rectifier la circulation. D'ailleurs cet exemple, qui ne porte point à conséquence, prouve combien la force des choses limite l'ensemble de la circulation fiduciaire, même lorsque celle-ci rencontre de très-grandes facilités.
L'émission des billets n'a jamais fourni à l'Ecosse qu'un très-faible contingent de ressources : beaucoup plus restreint au dix-huitième siècle, ce contingent s'est développé depuis une cinquantaine d'années : il a surtout grandi sous les dispositions prévoyantes de VAct de 1845, sans dépasser cependant une proportion réduite , soit qu'on mette en regard du chiffre des billets non couverts par l'encaisse métallique les dépôts remis à la disposition des banques d'Ecosse, soit qu'on le rapproche des résultats habituels obtenus dans d'autres pays.
Ceux qui présentent la circulation fiduciaire de l'Ecosse comme l'expression du secours fourni à l'agriculture
ET L'AGRICULTURE. ^j01
commettent une grave erreur. Ils ne font point la distinction des avances consenties pour divers emplois commerciaux, industriels ou agricoles, et les renseignements qui nous ont été donnés nous portent à croire que les nombreux embranchements^ disséminés dans les campagnes, remplissent plus le rôle d'une pompe aspirante des épargnes réalisées, qui vont alimenter les besoins du crédit dans les cités manufacturières et traficantes , qu'ils ne servent à reporter vers les champs l'excédant des capitaux réunis.
Les fermiers usent des cash accoiints, crédits ouverts sous la condition d'une garantie, fournie au moins par deux cautions solvables, beaucoup plus qu'ils n'ont recours à l'escompte des billets. Or, les cash accounts ne forment point la fraction la plus importante des opérations des banques d'Ecosse.
Le mécanisme de celles-ci est fort simple : le succès légitime qu'elles ont obtenu ne tient à aucune recette merveilleuse ; il découle tout entier des qualités morales de la population, d'un esprit à la fois éclairé et prévoyant, qui fait mettre en œuvre les facilités offertes et qui les alimente par l'épargne et par la régularité ponctuelle mise à remplir les engagements contractés. Ce qui domine ici, ce n'est point un artifice de finance, c'est l'homme, dont la puissance d'action se développe à mesure que l'intelligence grandit et que les bonnes habitudes se développent. Les banques d'Ecosse sont simplement un cadre ouvert à l'activité laborieuse et aux efforts spontanés des habitants. Les réserves individuelles alimentent ces grands réservoirs de capitaux, mis à la disposition de toutes les entreprises, au taux d'intérêt qui convient pour encourager l'épargne, appelée 'à toucher une part notable des recettes effectuées. Ce taux est variable, sui-
y02 LLS HANUUtS D'ECOSSE
vant les conditions générales du marché ; il se règle d'une manière normale sur le cours du marché de Londres. Le prix très-réduit auquel on obtiendrait les avances en Ecosse doit être relégué dans la région des données fantastiques, qu'on a si longuement exploitées en ce qui concerne ces établissements. Ils possèdent un caractère assez sérieux et leur influence est assez féconde pour qu'on les admire tels qu'ils sont en réalité, sans leur attribuer des qualités artificielles, bonnes seulement à tromper ceux qui répètent avec complaisance des erreurs accréditées, sans prendre la peine d'étudier et de contrôler les faits. Ces dangereux amis des banques d'Ecosse ont beaucoup contribué à égarer les esprits, en les mettant sur une fausse voie. Si, au lieu de donner libre cours à leur imagination et de tracei" un tableau chimérique, ils s'étaient bornés à présenter la véritable situation de ces banques, à décrire les ressorts qu'elles font agir, à mettre en relief la force puissante qui est l'âme de ce grand et utile mouvement, ils auraient sans doute hâté le moment désirable oii des institutions analogues seront appelées à fonctionner dans notre pays.
Rappelons rapidement le mode suivant lequel s'exerce l'action féconde des banques d'Ecosse, disons de quel levier énergique elles disposent et les phases qu'elles ont traversées.
Quand on a voulu attribuer à la faculté d'éynission de billets, faisant office de monnaie, les services rendus par ' ces établissements, on a commis une singulière méprise. Les billets de banque n'y ont jamais joué qu'un rôle secondaire ; leur quotité était faible au dix-huitième siècle^ et ils ont été la cause première des désastres subis, des suspensions de payement, de la dépréciation de l'instrument des échanges, de tous les maux si bien décrits
ET L'AGRICULTURE. fcOS
par Adam Smith, de ces maux qui ont afiligé les banques d'Ecosse pendant une longue période de leur existence.
D'où vient le respect reconnaissant qu'elles inspirent au pays et aux penseurs les plus distingués ? Du rôle dont elles ont su se saisir de bonne heure, et qui correspond à la partie la plus importante du service des banques, du rôle d'intermédiaires entre l'épargne provoquée par la facilité du placement, et l'esprit d'entreprise animé par le concours du capital disponible. Les banques d'Ecosse ont organisé le système des dépôts et l'emploi des crédits ouverts : elles ont fourni aux économies réalisées et au travail productif le point de rencontre nécessaire : elles ont fait mettre en œuvre les deux qualités distinctives de la population, la prévoyance et l'activité. Ne cherchez point ici les grands coups de théâtre qui éblouissent, pour se dissiper en fumée ; vous ne trouverez qu'une initiative patiente, virile : elle procède avec prudence, crée les instruments de travail par l'épargne, les emploie sans relâche et arrive, au moyen d'un persévérant effort, à un succès d'autant plus grand et plus solide, qu'il n'a rien emprunté à la fiction, mais qu'il a su ne rien néghger de ce que la réalité lui offrait d'éléments à utiliser.
Alors que les banques établies en Angleterre n'accordaient aux déposants aucun autre avantage que celui de recueillir les sommes éparses, en promettant une sécurité, trop souvent déçue, et en facilitant les transactions, les banques d'Ecosse ont créé de bonne heure le véritable mécanisme de l'office de banque^ compris dans une large acception du terme.
Elles ont organisé, sous une forme ingénieuse, le système des dépôts et des crédits ouverts , en liant l'augmentation des ressources disponibles à l'emploi le
plus profitable et le plus sûr des réserves agglomérées.
Yoici leur mode d'opérer : elles reçoivent les dépôts sous une double forme, le deposit receipt^ qui consiste dans un placement fait à la banque, moyennant un intérêt déterminé, sous la condition qu'on ne puisse s'en servir qu'en opérant en personne le retrait de la somme inscrite, sans en disposer à ordre ou au moyen d'un chèque.
Le operating deposit account constitue au contraire un véritable compte courant; les banques s'obligent à tenir compte d'un intérêt, qui diffère depuis 1863 suivant qu'il s'applique aux balances journalières ou bien au minimum de la balance mensuelle.
Les banques d'Ecosse accordent, d'un autre côté, le cash crédit accovnt, dont le crédité peut disposer, sous la garantie valable de deux et plusieurs cautions acceptées au moment de l'ouverture du crédit, jusqu'à concurrence d'une somme déterminée de 100, 200, 300^, oOO et quelquefois jusqu'à 1,000 livres sterling.
Les dépôts ne sont pas faits à période fixe. Dans un pays où les variations du mouvement commercial seraient plus fréquentes et plus considérables, ce système de dépôts, dont le retrait a lieu à volonté, présenterait des dangers^, que l'esprit plus calme des Écossais et l'allure plus régulière de leurs entreprises permettent d'éviter en grande partie.
Les opérations de dépôt et des cash accounts forment les traits distinctifs des banques d'Ecosse, comme elles ont été la source principale de leur prospérité et des services rendus. Dans les jugements portés sur ces excellents établissements, il s'est produit une confusion qu'il importe de dissiper ; on ne saurait trop insister sur ce point. Tous les écrivains qui en ont parlé avec grand éloge ont rendu bommage aux banques, sans distinguer
ET L'AGRICUL'IURE. nOy
l'action exercée par les billets de l'action exercée par les dépôts. Leur admiration est parfaitement justifiée, mais elle a besoin d'être expliquée.
Les billets rendent des services incontestables pour la facilité du transport et pour la rapidité du compte ; ils permettent d'épargner la perte subie par l'usure de la monnaie métallique, le frai. En ce qui concerne l'économie qui résulte de leur emploi, elle est faible, car elle se borne à l'intérêt qu'aurait réclamé le service du capital métallique, remplacé par les billets émis au delà de la réserve en or ou en argent. C'est peu de cbose, relativement à l'ensemble du capital et à la masse des dépôts.
Nous avons montré comment, pour l'Ecosse entière, l'économie ainsi faite s'élève au plus en moyenne à no millions de francs ; si on calcule le sacrifice fait sur le pied de l'intérêt servi au capital reçu en dépôt, en admettant ici une moyenne de 3 pour 100, tout se borne au maximum à 1,500,000 francs par an, total dont il faut déduire les frais de fabrication des billets.
Quelle est la somme des dépôts? Nous l'avons déjà dit, ils s'élèvent en Ecosse à 60 millions de livres, un milliard cinq cents millions.
En voici le relevé, fait en août de l'année dernière, pour les douze banques d'émission. Le total s'accroît du chiffre des dépôts etfectués dans d'autres établissements :
Liv. sterl.
Bank of Scotland 7.014.915
Royal Bank of Scotland 8.127.791
British Linen Company 7 . 322 .095
Commercial Bank of Scotland 7 . 088 . 834
National Bank of Scotland 7 . 000 . 266
Union Bank of Scotland 8.258.927
Clydesdale Bank (Glasgow) , 4.578.710
City of Glasgow Bank 4.446.365
Areporlcr. 53.X37.903
liv. slerl.
Report. o3. 837. 903
Aberdeen Town and County Bank i . 164 .'26 i
North of Scotland Bank (Aberdeen) 1 .280.000
Central Bank of Scotland (Perth) 835 .000
Caledonian Bank-lnverness iOO.OOO
Total .57.517.167 1
A ({uel taux les dépôts sont-ils rémunérés et quel est l'intérêt perçu sur les avances {cash accounts) ?
Une obligeante communication nous met à même de fournir cet élément décisif pour la solution de beaucoup de questions mal connues ou faussement interprétées.
Nous publions ici le mouvement des deposit accounts et des deposit receipts depuis 1789, et des cash accounts depuis 1822, à la Banque royale d'Ecosse, la première qui ait adopté (en 1729) cet ingénieux système d'avances.
De longue date, une entente commune s'est établie entre toutes les banques d'Ecosse, pour la fixation périodique d'un taux d'intérêt uniforme, alloué aux dépôts et perçu sur les avances, dans le pays entier, au siège principal de ces établissements, comme dans toutes les branches. Nous reviendrons sur ce point essentiel; il montre combien est vaine l'idée de la concurrence des banques libres en Ecosse. Cette contrée n'a pas de banques libres^ dans l'acception qu'on a voulu donner à ce terme, et la concurrence ne s'y exerce en aucune manière pour la fixation du taux de l'intérêt. Quand on connaît le taux adopté pour
' En avril 1867, les dépôts s'étaient accrus de 440^000 liv, st. à la Banque d'Ecosse, de 500,000 liv. st. à la Banque Rovale, de 1,000,000 de livres sterling à la yalional Banh, de 130,000 liv. st. à VUnion Bank, de 400,000 liv. st. à Y Aberdeen Tou-n and County Bank Camp., de 250,000 liv. st à la Chjdesdale Bank. C'est un chiffre de 2,740,000 1. st. qui porte le total ci-dessus à plus de 60 millions de livres sterling. Nous ne possédons pas le chiffre exact des autres banques à cette dernière époque, mais nous saTons qu'il avait augmenté pour toutes.
l'une des banques d'Ecosse, on le connaît pour toutes. 11 est utile de rappeler que, depuis 1863, les banques d'Ecosse ont établi une différence quant à l'intérêt alloué pour les operatiny deposit accoiints, entre ceux dont on rémunère ainsi les balances journalières [daily balances) et celles pour lesquelles on ne tient compte que du niininnun des balances mensuelles [minimum monthly balances). Ouatre tableaux résument sous ce rapport l'ensemble des variations que présente la gestion des banques d'Ecosse.
BANQUE ROYALE D'ECOSSE
Taux <lc l'ilitéi-ôt alloué ««iir les neposit neceipta.
DEPUIS
JUSQU'A
TAUX
JODHS.
Janvier.
Octobre.
Octobre.
Juillet.
Juillet.
Décembre.
Décembre.
Novembre.
.Novembre,
Décembre.
Mai.
Mai.
Septembre.
ji
Septembre.
Mai.
Mai.
Septembre.
Septembre.
Décembre.
Février.
Février.
Juin.
Juin.
Juin.
Juin.
Février.
Février.
Août.
Décembre.
Décembre.
Avril.
Avril.
Novembre.
Novembre.
Février.
Février.
Février.
Novembre.
Novembre.
Juin.
Juin.
Janvier.
Janvier.
Octobre.
Octobre.
Mai.
Mai.
Mai.
Juin.
Juin.
Octobre.
Octobre.
Décembre.
Décembre.
Juin.
Octobre.
Octobre.
Mai.
Mai.
Janvier.
Janvier.
Janvier.
Janvier.
Février.
Mai.
Mai.
Juin.
Juin.
Mars.
Mars.
Mai
Mai.
DEPUIS
JUSQU'A
TAUX
jonns.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Décembre.
Février.
Février.
Avril.
Avril. ^
Avril.
Avril.
Mai.
Mai.
Août.
Août.
Août.
Août.
Janvier.
Janvier.
Février.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Décembre.
Mai.
Juin.
Juin.
Août.
Août.
Septembre.
Septembre.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Décembre.
Mars.
Mars.
Mars.
Mars.
Mai.
Mai.
Mai.
Juin.
Juin.
Août.
Août.
Octobre.
Octobre.
Octobre.
Octobre.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Mars.
Mars.
Mai.
Mai.
Août.
Septembre.
Septembre.
Septembre.
Septembre.
Décembre.
Décembre.
Février.
Février.
BANQUE ROYALE D'ECOSSE
Taux (le l'iutci'èt alloue Niir le.>4 Opet'nling Beposit /Êccottnia. Balance»^ joiiriialière.<«.
DEPUIS
JUSQU'A
TAUX
JOtJBS.
Octobre.
jj
Octobre.
Juillet.
Juillet.
Décembre.
Décembre.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Décembre.
Mai.
Mai.
Septembre.
Mai.
Mai.
Septembre.
Septembre.
Décembre.
Février.
Février.
Juin,
Juin.
Juin.
Juin.
Février.
Février.
Août.
Août.
Décembre.
Avril.
DEPUIS
JUSQU'A
TAUX
JODilS.
Avril.
Novembre.
Novembre.
Février.
Février.
Juin.
Juin.
Février.
Novembre.
Novembre.
Juin.
Juin.
Oclobre.
Oclobre.
Mai.
Mai.
Mai.
Juin.
Juin.
Octobre.
Octobre.
Décembre.
Décembre.
Juin.
Juin.
Octobre,
Mai.
Mai.
Janvier.
Janvier.
Janvier.
Janvier.
Mai.
Mai.
Juin.
Mars.
Mars.
Mai.
Mai.
Novembre.
Novembre.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Février.
Février.
Avril.
Avril.
Avril.
Aviil.
Mai.
Mai.
Août.
Août.
Août.
Août.
Janvier.
Février.
Février.
Novembre.
Novembre.
Décembre.
Décembre.
Décembre.
Décembre.
Janvier.
Mars.
Mars.
Octobre.
Octobre.
Octobre.
Octobre.
Novembre
Novembre.
Décembre.
Décembrs.
Mars.
Mars.
Mai.
Mai.
Août.
Août.
Septembre.
Septembre.
Septembre.
Septembre.
BANQUE ROYALE D'ECOSSE
Taux tic riiitcrêt alloué »«ui> les Oper-ating Oeposil Account». lUIuiiiiiini tics balaiiccii ■iien!«uellc.<«.
DEPUIS
JUSQU'A
TAUX