I.ETTUES AU DIKECTEUK
les assertions liasardées do M. Karl Slciner pourraient induire vos lecteurs en erreur, au sujet d'une ejuestion capitale, en présentant les faits sous un aspect inexact. Je inc bornerai à de simples rectifications qui porteront sur tous les points abordés par mon contradicteur.
Il prétend que .si la Banque d’Angleterre avait usé amn! la crise, en maintenant le tau.v de (> pour 100, de la largesse dont elle a usé aprds, en portant l’intérêt à 10 pour 100, la panique n’aurait pas éclaté. 11 a montré trop d'aménité à mon égard en disant qu’il n’avait trouvé dans mon écrit que « des assertions sans preuves, des affirmations hasardées et des raisonnements manguant de justesse, n pour que j’essaye do qualifier cette allégation. Les hommes les plus compétents, parmi les adversaires de l'Act de 1844 en Angleterre, l'ooke, James Wilson, iNewinarch, ont toujours blâmé la Banque d’avoir accru les crises parce qu’elle ne serrait pas assez vite l’écrou de l’escompte, parce qu’elle jtrolongeait et aggravait une situation mauvaise en usant de facilités intempestives : il est vrai que leur autorité est peu de chose à côté de celle de M. Karl Steiuer : celui-ci dédaigne ces vieilleries; il fait comme Sganarelle, delà science nouvelle; il a changé tout cela. Il aurait voulu que la Banque épuisât ses ressources pour assister des entreprises condamnées à mouiir, de manière à ne pouvoir plus rien pour les entreprises solides, mais momentanément embarrassées, alors que cette complaisante imprévoyance n’aurait servi qu'à faire éclater la tempête quelques jours plus tard, Mon-seulemcnt elle n’aurait point sauvé ce ijui devait tomber, mais elle aurait provoqué des désastres plus étendus.
La liquidation Morton-l’eto est-elle donc terminée? estil permis de confondre des garanties irréalisables, pour un long c.space de temps, et dont les créanciersnrdinaires
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ôo:
peuvent socoutcntcr, avec legago commercial, à échéance rapprochée et certaine, qui seul peut être admis par une banque d’émission?
La Consolidated Bank n’a arrêté pour un temps ses opérations, que pour échapper aux conséquences d’une fusion, mal délimitée, avec la London Bank. Lii Ranque d’Angleterre n’y a été pour rien, et c’est un des directeurs les plus habiles de cet établissement, ancien gouverneur, M. Kirkman-llodgsou, qui a puissamment contribué à rétablir les affaires de la Consolidated Bank.
Je n’ai point parlé do la Banque do Prestou ; puisque M. Karl Steinor est si bien instruit à l’égard de cet établissement, il ferait bien do dire à quelle époque et pourquoi un refus d’assistance lui aurait été opposé?
Quant à la grande maison d’escompte Overend et Gurney, il aurait dû ne pas ignorer le scandale do cette Société à responsabilité limitée, entée sur une raison sociale, de beaucoup au-dessous de ses affaires, bien qu’elle se fit payer 12,500,000 francs un apj)ort négatif; un immense procès, dont la solution est douteuse, est engagé avec les souscripteurs d’actions qui se refusent à effectuer le versement de dix livres, appelé pour couvrir les réclamations les plus urgentes ; on serait heureux si on pouvait l’obtenir en totalité, même en faisant grâce des 23 livres qui resteraient dues sur des titres de 30 livres, libérés seulement de 13 ! Toujours est-il que la procédure continue, que de longs mois s’écouleront avant qu’une décision n’arrive, et, qu’en attendant, les malheureux déposants sont livrés à une cruelle détresse.
La conduite de la Banque d’Angleterre, à l’égard do la maison Overend Gurnoy, déplaît à M. Karl Steiner; il lui impute les désastres du noir vendredi. Si une banque d’émission suivait la doctrine élastique enseignée par le
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rédacteur de V Avenir commercial, elle ne tarderait pas à fermer ses portes.
Chose étrange^ un débat approfondi a été porté devant la Chambre des communes : l’ancien et le nouveau cabinet y ont été représentés par M. Gladstone et par sir Statford INortheoto ; la science économique a eu pour interprète éminent le jeune émule de John Stuart Mill, M. Fawcett; MM. Watkin, Akroyd, et d’autres membres peu favorables à la Banque, l’ont vivement attaquée, et personne n’a eu la jicnséc de relever le grief produit par M. KarlStciner; quel dommage que le Parlement soit privé de ses lumières! Il n’aurait pas laissé dire et répéter par les voix les plus autorisées, que les alfaires de la Banque d’Angleterre avaient été conduites avec un singulier concours de fermeté, d’habileté et de i)rudence, et q<ie les directeurs de la Banque formaient une réunion d’hommes, dont tout pays voué au commerce serait fier à juste titre. De quelle foudroyante apostrophe n’aurait-il point accablé M. Fawcett, qui, en parlant du vendredi noir, de V Overend-friday , a dit : « A mon avis, la chute n'est pas venue un instant trop tôt. Tout ajournement, facilité par la loi, aurait rendu le déchirement plus terrible. »
En effet, ce n’est plus seulement la direction de la Banque, c’est la loi, dont le jeune et illustre professeur do Cambridge excuse [ainsi l’action. M. Karl Steiner aurait immédiatement pulvérisé un argument de cette espèce : il n’aurait eu qu’à invoejuer les habiles leçons de Law, qui apprennent à tirer parti d’une monnaie élastique, et les vénérables doctrines du système mercantile, grâce auxquelles le monde savait que l’abondance des instruments d’échange constitue la richesse véritable. Il est vrai que M. Karl Steiner et ceux dont il partage la doctrine, ont encore perfectionné le système mercantile : celui-ci s’at-
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tachait à multiplier les métaux précieux, représentants onéreux de tous les biens, métaux ayant par eux-mêmes une valeur. M. Karl Steiner et consorts ont trouvé tout aussi effleaco et plus commode la dilFusion des signes de la richesse, au moyen de quelques rames de papier, artistement découpées.
Il suffirait, suivant lui, que la Banqjpe d’Angleterre eût la faculté de dépasser la limite de l’émission, pour empêcher et pour arrêter les crises. Dans un de ses immortels pamphlets, Bastiat s’écrie : « Maudit anjent ! » en voyant combien de fausses idées s’y rattachent ; je crois, pour la même cause, pouvoir ajouter ; « Maudit billet ! »
M. Karl Steiner invoque le souvenir dos suspensions de YAct en 1847, 1857 et 1865. A-t-il donc oublié qu’une seulefois, ênl857, la Banque a augmenté l’émission d’une somme réduite à 23 millions de francs ’? Elle n’a point émis de billets extra-léfjaux ni en 1847 ni en 1866, et la crise s’est calmée. Que devient, en présence de ce simple fait, l’argument de M. Karl Steinbr, qu’il aurait fallu, en mai dernier, violer YAct de 1844 avant la crise, comme on l’a fait après, et qu’on aurait ainsi empêché la panique? 11 n’y a à ceci qu’un petit malheur, o’est que YAct n’a pas été violé du tout; que le cabinet n’a nullement eu besoin de demander au Parlement le bill d’indemnité, qu’il avait promis à la Banque do solliciter, si celle-ci était obligée de transgresser la hmite légale. Elle n’a pas émis un seul billet, la coniiance des déposants lui a permis d’employer en cinq jours, sous forme d’avances et d'escomptes, plus de 330 millions de francs. D’où lui venait cette force si utile, cette force qui, prudemment réservée, a sauvé la place? De l’inébranlable solidité de la constitution qu’elle possède.
Il est vrai que M. Karl Steiner a découvert que la sus-
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pension de fAcl de 1844 avait attiré les dépôts ; je lui conseille de prendre un brevet pour cette merveilleuse invention, il ne lui sera pas disputé.
Ce sont, dit-il aussi, les banquiers do Londres qui ont forcé la Banque à demander la suspension de ÏÂct, on la mena»;.ant de retirer leurs dépôts, et do rciposer à suspendre les pajemcjjts. Cos banquiers n’ont point été aussi imprévoyants ; ils no pratiquent guère la vertu du vieux Caton et n’aspirent pas au suicide. En elfet, l’exécution d’une menace pareille, c’était le suicide. La Banque d’Angleterre s’en serait toujours tirée; outre les 75 millions de la réserve commcrcialo, ello possédait au bankingdepartment de^ (joverwnenl securitieSf disponibles pour plus de 200 millions ; elle aurait aliéné ces valeurs dans la proportion nécessaire, en écrasant le marché ; qu’y auraient gagné les banquiers dont ^I. Steiner se fait l’in-^ terprète? La vérité est qu’ils n’ont pas pu contraindra la Banque à demander la suspension de l’AcC puisque la Banque n’a jamais fait une pareille démarclio. Le cabinet, par l’organe du comte Hussell et de M. Cladstone, lui a ouvert une faculté, il lui a promis de la couvrir par la demande d’un OUI d'indemnité^ si elle se croyait forcée de procéder à une émission supplémentaire, « coudilion toutefois quelle ne prêterait pas au-dessous de 10 pour 100. La Banque s’est renfermée strictement dans la loi, elle n’a émis on billets rien au delà de ce que permet l’application régulière dos statuts. Voilà toute 1a vérité.
M. Karl Steiner devrait expliquer comment ces farouches banquiers do Londres, qui menaçaient la Banque de retirer les dépôts et do l’obliger à fermer les portes, à suspendre les paiements , se sont tenus tranquilles, bien, qu’elle ait continué à ne pas porter au delà des limites prescrites, les billets émis, et qu’elle ait re.specté
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DE L’AVENIR COMMERCIAL
la biisc fondamentale des conventions, la fixité monétaire?
Il m’accuse de souffler le froid et le chaud, de défendre à la fois deux principes opposés, celui qui régit la Banque d’Angleterre et celui qui régit la Banque de France ; je dois in’étre mal expliqué, puisque j’ai été si mal compris. Et d’abord, qu’il me soit permis de le dire, si l’on a pu jamais me reprocher quelque chose, ce n’est certes pas d’avoir des convictions flottantes ; j’ai toujours, en matière de banque, comme dans les autres questions économiques, professé, à m*es risques et périls, une opinion nette, sans m’inquiéter de savoir si elle pouvait plaire ou déplaire, si elle heurtait ou non des préjugés enracinés ; je n’ai jamais cherché que la vérité pour la vérité ellemême. J’ai dit et je répète que le but de MAct de I8i4 a été de garantir mieux, eu le complétant, l’application de ï’Act de 1819, qui a prescrit la reprise du payement ' des billets en espèces. Là est le but véritable, essentiel, et dût M. Karl Steiner me poursuivre de scs élégantes épigrammesf je dirai encore que la fonction de la conversion des billets en or est la fonction ^apitide de toute banque d’émission, que tout doit être subordonné à l’accomplissement rigoureux de ce devoir impérieux ; que si les billets ne sont pas toujours, à toute réquisition, pleinement acquittés en métal, la Banque porte atteinte à la sécurité générale : elle transforme un désastre privé en désastre public, quand elle altère l’accomplissement du devoir strict qui sert de base à la circulation des billets, acceptés comme de la monnaie.
Tout instrument qui assure, sans équivoque, sans retard, sans hésitation possible, le remboursement des billets en or, est bon ; tout instrument qui l’expose d’une manière quelconque est mauvais. Grâce à l’unité, la
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Banque de France a jui se passer des règles sévères do Y Act de 1844; elle a atteint le même résultat par une voie dill'érente, parce qu’elle a observé une précaution plus sévère encore que celle que Y Act de 1844 a imposée à l’Angleterre. L’écart entre les billets qui circulent et l’or conservé dans les caisses a été fixé dans ce pays (sans parler de l’Écosse et de l’Irlande) à environ 550 millions de francs. Jamais un pareil écart n’a existé entre la réserve métallique de la Banque de France et la circulation de scs billets. Si nous tenons compte'de la circulation autorisée, en dehors de la garantie métallique, dans le Royaume-Uni, nous voyons qu’en vertu des /Ic/sde 1844 et 1845, le total s’élève à plus de 800 millions de francs. L’écart entre l’encaisse et la circulation de la Banque de France ne s’est guère éloigné de 500 millions aux époques le plus difficiles.
11 ne sera pas inutile de dire qu’aux mois de mai et du juin, alors que, suivant M. Karl Steiner, la détresse de l’Angleterre ne tenait qu’à la trop grande limitation légale des billets, les banques de province sont n^stées d’«n yrand /ùrs*au-dessous de l’émission autorisée : cela ne dénote pas une si grande soif de billets dans le pays.
La limitation de la circulation fiduciaire existe de droit en Angleterre ; elle n’existe que de fait chez nous, et dépend de la prudence de la Banque de France. Comme cette prudence n'a jamais été en défaut, nous n’avons point eu besoin de recourir à la règle rigoureuse de l’^ct de 1844.
(Juant au principe de la limitation, qui en lui-même corrige le vice de l’émission de billets faisant office de monnaie, il peut seul empêcher que l’équilibre des marebés du monde, entretenu grâce à la mesure commune de la valeur, aux métaux précieux, ne soit sans cesse
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troublé. J’essayerai de revenir sur cette question fondamentale.
.le veux d’abord compléter ma réponse aux îiccusations lancées contre moi par M. Karl Steincr, et comparaître devant le jury qu’il installe pour méjuger.
Oui, j’ai dit que la sm^mmon de F Act de 1844, dans des circonstances extraordinaires, rentrait dans les prévisions de sir Robert Pool ; M. Karl Steincr en est-il à ignorer ce que 1c grand ministre a dit et écrit à cet égard, lorsqu’il a présenté au Parlement X’Act qui a été, avec raison, regardé comme inspiré par la même pensée que le free-trade? Les Anglais respectent scrupuleusement la liberté individuelle, c’est la loi fondamentale du pays.
M. Karl Steincr ne sait-il pas qu’on a plus d’une fois suspendu \haheaa corpus? C’est môme réveiller un souvenir bien gros, pour quelque chose d’aussi secondaire que la possibilité d’une émission de billets, on très-petite quantité, sous la condition, imposée par le gouvernement, d’un taux d’escompte élevé, qui restreint singulièrement le péril de cette mesure.
En fin de compte, en ces matières délicates, on ne fait point de mathématiques ; les règles les plus salutaires doivent plier sous l’empire d’une pression soudaine, iinjirévuc, violente. Do quoi se préoccupait la peur de ceux qui no raisonnent pas? Do l’épuisement possible de la réserve commerciale de la Banque, cl d’avance, alors mémo que, comme l’événement l'a prouvé, le danger n’existait pas, ce fantôme terrifiait les esprits au point qu’il a fallu le dissiper par une mesure du pouvoir public. On pouvait le faire d’autant mieux, que la confiance inébranlable acquise au billet de banque, appuyé sur une puissante réserve métal- , lique, on protégeait l’augmentation temporaire; mais il
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vaut mieux l’éviter, et la Banque d’Angleterre, qui, en dédaignant le profit qu’une masse accrue de billets aurait pu lui procurer, a réussi à ne pas enfreindre la loi, mérite la reconnaissance publique.
On me demande quel désastre plus grave aurait pu causer une perturbation métallique ; la réponse est facile ; cotte perturbation aurait frappé tout le monde, elle aurait pesé sur les transactions civiles comme sur les transactions commerciales, elle aurait porté atteinte aux salaires et à la foi des contrats. La crise subie a été rude ; mais elle n’a pesé, presque en totalité, que sur des institutions de crédit, imprudentes ou mal organisées, et sur des entreprises téméraires : à l’exception d'une certaine fraction de déposants, punis de leur défaut d’attention et entraînés juir l'appàt d’un intérêt élevé, les innocents n’ont pas payé pour les coupables.
Un mot nouveau, heureusement inconnu jusqu’ici, vient de s’installer dans la langue anglaise, pour traduire une des causes principales de la crise. Le. génie inventif et audacieux des faiseurs a multiplié les concessions de chemins de fer, sans capital : il a suffi de réunir un entrepreneur {contractor), un solicitor (espèce d’avoué, ou plutôt d’agent d’affaires), un agent parlementaire et un financier, pour obtenir Y Act qu’ils ont fait financer ensuite. Le financing, c’est-à-dire les avances obtenues à tout prix, voilà ce qui a élevé l’intérêt et préparé les catastrophes. Le marché avait été inondé dc ce financepaper, qu’on a lancé sous toutes les formes et qui a su attirer une partie du capital llottant, pour l’emprisonner dans des travaux improductifs ; joignez à cela la baisse du coton, les appels réitérés des sociétés à responsabilité limitée, le drainage des capitaux anglais pour les emprunts étrangers, et les spéculations exotiques, la peste
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du bétail {cattle-plagne), la inonaco d’uno contlapration générain, oxcitéo par la guerre d’Allemagne et d’Ilalie, les erreurs et les extravagances d’établissements de crédit improvisés, et l’on no s’étonnera plus do la crise, on admirera bien plutôt l’énergie avec laiiuellc l’Anglelerre a su la surmonter.
Ce qu’il y a de’consolant, c’est qu’il n’est pas une entreprise commerciale sagement et honorablement conduite,*(iui ait succombé. Le commerce régulier n’a pas ces^ d’être en bonne situation, la hausse des profits a permis de supporUir la hausse temporaire do l’escompte, le capital et le travail ont tous deux obtenu une large récompense. Le commerce, a dit avec raison M. Fawcctt, aurait soulfert plus encore si l’Ac/ do 1844 n’existait pas. Los pertes qu’il a subies se réduisent à une augmentation d’environ 1 pour 100 d’intérêt, pour l’espace de trois mois, sur les escomptes faits ; quelle dilFérenco avec la convulsion de 182S, où il a fallu liquider en subissant 13, 20 et 30 pour 100 de perte, et avec la crise de 1830 et de 1839, où les mêmes échecs se sont reproduits, où la Banque d’Angleterre a été obligée de recourir à l’assistance secourable do la Banque do Franco 1
Voilà ce qu’amènent les convulsions monétaires, voilà les maux dont l’Angleterre se trouve désormais préservée. Telle a été la conséquence do l’œuvre utile à laquelle ont coopéré Cobden, Robert Feel et Gladstone, les glorieux coryphées du libre-échange, et dont l’idée essentielle a été, bien que sous une autre forme, défendue par Tooko I ’
Quant à moi, je l’avoue humblement, j’appartiens à la vieille écolo de la liberté du travail et du freu-trade ; je crois, dans mu longue carrière; avoir été à même de rendre quelques modestes services à cette grande cause.
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Aussi je ne me laisse iioint imposer des raisonnements fantastiques alors qu'ils s’appuient sur le dédain des faits les plus notoires, et sur une fausse dénomination. C’est parce que j’aime la liberté, que je combats dos combinaisons artificielles qu’on essaye de décorer de ce nom dans l’espoir que le p.avillon suffira pour couvrir une marchandise frelatée. Le gros mot de’ monopole ne me fait point peur, lorsqu’on prétend l’appliquer à l’émission de billets faisant office de monnaie, émission qui ne constitue point une industrie. *
Faut-il rappeler à M. Karl Stoinci; les paroles décisives du vieux Tooke , un des .apôtres illustres de la liberté commerciale : k .l’établis comme un droit incontestahle de la part de l’État, celui de soumettre les banques d’émission à une régulation. Quant au principe de la liberté des banques, dans le sens dans lequel on le met souvent en avant (celui de la libre émission), je suis do l’avis... (jue ce libre commerce en matière de banque est synonyme avec le libre commerce de la supercherie, » et il ajoute ; « Les réclamations faites dans le sens d’une pareille liberté, en fait de banques, ne sauraient être assez énergiquement comb.ittues. Elles ne reposent, en aucune manière, sur les mêmes bases que la liberté de la concurrence en matière d’industrie. »
Cette lettre est bien longue, mais vous m’avez engagé vous-même, monsieur le rédacteur, è exposer mes idées,
en disant que vos colonnes me seraient ouvertes. A déTaut
d autre mérite, ces lignes auront d’ailleurs pour vos lecteurs l’attrait du fruit nouveau :
1,’ciinui n.nquit uii jour de l'uniformité.
Us n’ont entendu plaider jusqu’ici que la cause de la liberté rf émission, décorée du nom pompeux de liberté
DE L’AVENIR COMMERCIAL
des banques; en reproduisant les diverses conférences ■ de l’Association polytechnique, vous n’avez même pas donné (à moius que je ne me trompe)la plus simple analyse de mes leçons sur la monnaie, qui me semble être une question essentielle à bien connaître , pour parler de f émission. Vos lecteurs s’imaginent que les économistes sont pour la multiplication du signe fiduciaire, abandonnée à la libre concurrence, et que c’est là un dogme du free-trade. Vous les avez régalés du mémoire fort peu substantiel do la Chambre de commerce de Glasgow, et vous avez chanté sur tous les tons les banques d’Écosse. Serai-je indiscret en vous demandant de ne pas terminer là une correspondance qui vous fournira, à vous et à votre collaborateur, M. Karl Steiner, une occasion nouvelle de signaler les hérésies dont je suis coupable à' votre sens? 3Iais, prenez-y garde, je vous le dis ^d’avance en toute loyauté ^ les coups que vous dirigez contre moi s’adressent plus haut, sans que vous vous en doutiez ; ils s’adressent à la doctrine même de la liberté commerciale dont vous vous présentez comme le défenseur.
Je ne crois pas trop m’aventurer en m’engageant à le prouver ; le free-trade repousse la fiction do l’émis- •sion libre des billets de banque, il entend autrement la liberté féconde des institutions do crédit. Il n’a pas l’habitude de se payer de vains mots, ni de s’incliner devant une enseigne. Personne n’a plus énergiquement protesté contre la confusion de l’office de l’émission et de l’office de la banque que l’illustre Cobden, un des auteurs et des défenseurs déterminés de \' Act de 1844 ; personne ne m'approuve et ne me soutient plus vivement que M. Gladstone, le meilleur, le plus libéral chancelier de l’Échiquier que l’Angleterre ait jamais