I.ETTRES AU DIRKCTEUR
tléfendez une cause désespérée ; je cherche une réponse sérieuse aux questions que j’ai posées ; c’est en vain , et cxunine vous êtes homme à trouver les bonnes raisons, quand elles existent, en vous contentaut do celles qu’un élan chevaleresque vous suggère, vous prouvez que les arguments décisifs manquent^ complètement.
Chose singulière, alors que la majeure partie do votre quatrième article consiste en citations empruntées aux crises de 1847 et 18.77, vous commencez par me faire une querelle d’avoir invoqué l’autorité de 'l'ooke et de James Wilson , au sujet des anciennes crises commerciales de l’Angleterre , que vous mettez vous-même en cause. Vous pourrez bien dire pour votre défense : a mais moi cest autre chose,» je l’admets; cejicndant il me semble que. je puis désormais me flatter d’avoir pris la bonne voie, puisque vous y entrez vous-même. N’écartons pas les précédents, ils sont instructifs ; vous ne dogmatisez point comme votre collaborateur, M. Karl Steiner, vous ne dédaignez pas le terrain des faits : tant mieux, le débat pourra être serré de plus près, et le rapprochement des événements analogues servira à révéler j>lus facilement la cause du mal, et la nature du remède désirable.
Seulement, do grâce, n’empnintez pas à votre collaborateur ces phrases tranchantes : c'est une assertion sans preuve, c’est une affirmation hasardée, car si je m’avisais de répondre de même , en quoi cela avancerait-il la discussion !
Vous croyez que les valeurs acceptées par la Banque, le samedi 12 mai, avaient été refusées le 10, « ejuand T incroyable Act de 1844 ü empêchait de les accepter. » Où avez-vous vu rien de pareil’/ Dans son dernier rap|>orl, le gouverneur M. Lancclot-IIolland raconte comment au-
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cune demande légitime n’avait été repoussée, avant la suspension de V Act de 1844, comment des escomptes et des avances considérables avaient eu lion avant que le chancelier de l’Échiquier n’eùt seulement quitté le lit ! Voilà des faits précis , et non pas de vaincs assertions , tout comme c’est un fait précis que V Act de 1844 n’a été ni violé ni lacéré, puisque la Banque n’a pas émis un seul billet au delà de la réserve légale, et n’a eu aucun besoin de recourir à un bill d’indemnité. Vous couvrez d’un silence prudent l’erreur que j’avais signalée dans l’écrit de votre collaborateur, c’est ce que vous aviez do mieux à faire; mais pourquoi pousser la générosité jusqu’à vouloir l’excuser en ce qui touche une faute plus grave encore ? Le seul. reproche qu’on ait adressé à la Banque d’Angleterre, c’est d'avoir, par une assistance trop large donnée au commerce, laissé trop décliner scs ressources ; le Globe, du mercredi 26 septembre, en fait un grief vis-àvis de M. Laucelot-IIolland : il lui reproche en termes amers de montrer trop de condescendance vis-à-vis do ceux qui s’habituent à compter sur le secours de la Banque d’Angleterre , et qui peuvent ainsi perdre do leur vigilante prévoyance; c’est le moment que vous choisissez pour répéter des accusations dont le côté faible saute aux yeux ; vous blâmez une banque d’émission de ne pas ouvrir un large crédit, sur la garantie d’une liquidation lointaine et chanceuse. On sait ce que sont les bilans dressés, lors d’une suspension do payements : X'actif est toujours en grande partie hypothétique et d’une réalisation difficile , le passif seul est certain, et s’accroît fréquemment. Dès qu’il existe peu de marge entre les deux , l’inexpérience ou la témérité pourraient seules conseiller de nouvelles avances de la part de la Banque. Celle-ci, au lieu d’être une espèce de providence monétaire pour
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les négociants imprudents , est chargée avant tout do maintenir la régularité de la circulation, dont dépend la sécurité publique.
« Il faut que la Banque assiste le commerce, » c’est le dicton favori, répété des deux côtés du détroit, notamment par ceux dont les calculs téméraires et les spéculations mal combinées éprouvent quelque échec. L’important serait do savoir do quel conuncrce il s’agit : lo commerce sain, loyal, régulier a rencontré et rencontrera toujours l’aide temporaire dont il a besoin ; la différence sur l’escompte qu’il paye dans des moments de pression extrême se réduit à peu de chose pour qui sait calculer j deux ou trois mois d’intérêt n’entralnent guère que 1 pour 100 de perte do ce côté , même quand l’escompte est haussé au pied de 8, 9 ou 10 pour 100 par un ; ce léger surcroît empêche des liquidations désastreuses. Quant au commerce aventureux, qui se laisse aller aux entraînements immodérés d’une spéculation désordonnée, reckless speailation, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de no point l’encourager par des facilités aveugles. Chaque jour do nouvelles révélations justifient pleinement la conduite tenue par la Banque d’Angleterre vis-à-vis de la Compagnie Overend-Uurney, pour laquelle vous manifestez une inexplicable tendresse. Si c’est là le genre de commerce que l’on devrait assister. Dieu nous garde des institutions qui seraient administrées sur de pareilles bases 1
Vous demandez à quoi sort lo monopole, si sa mission n’est pas de distribuer des crédits à tous ceux qui ont des valeurs d’une sûreté incontestable ?
Il est permis do supposer que les directeurs des nombreuses banques qui concourent librement, en Angleterre, aux avances et à l’escompte, peuvent mieux apprécier la solidité du papier offert que l’écrivaiii lo plus
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habile occupé à les lancer de ce côté du détroit ; quant au privilège , c’est encore un point que vous laissez dans l’ombre, par complaisance pour M. Karl Steiner ; le monopole n’existe point en Angleterre, la liberté des banques s’y développe .sur une large échelle : il n’y a que l'émission des billets appelés à concourir au mécanisme du comptant et à jouer le rôle de la monnaie, qui se trouve limitée et concentrée. La Banque d’Angleterre n’a même aucun monopole à cet égard ; elle a un contingent fixé, eomme d’autres banques. Le seul privilège qu’elle possède, c’est de pouvoir émettre, au delà du contingent limité de billets, autant de ces signes fiduciaires qu’elle le veut , pourvu que le monttuU de ce supplément soit intégralement représenté, livre pour livre, par l’or conservé en caisse. Elle ne relire de ce privilège aucun bénéfice ; elle substitue à l’or un agent plus commode pour le transport et pour le compte , mais identiquement égal en solidité , puisqu’il n’est que Wivarrant du métal consigné.
Est-ce là un monopole, et par quel procédé logique de déduction voulez-vous faire de ce service rendu au jMtblic, le point do départ d’im droit au crédit, qui semid^rait appartenir à la famille du droit au travail, do triste mémoire ?
Les noms des économistes le plus respectés, et les citations vous déplaisent : je crois en avoir dit la raison. Cependant vous ne vous faites pas faute do glaner, quand vous pouvez, sur le même terrain : je vous en suis doublement reconnaissant , car les emprunts que vous faites ainsi au présent et au passé, prouvent lu contraire de ce que vous essayez d’établir. Il semblerait que vous no vous êtes pas complètement dépouillé do votre ancienne horreur pour les citations, puisque vous ne pouvez vous résigner à examiner attentivement celles que vous produisez.
I KTÏBES AU DIRECTEUR
Si Law, durant sa période lucide, a bien défini la monnaie métallique, est-ce un motif pour le suivre dans les liallucinations de l’émission du papier? N’est-cc point, jioiir emprunter votre formule favorite, tomber dans une assertion téméraire , que de nier l’évidence , que de contester le but véritable du billet de banque, payable au jiortenr et à vue? 11 n’est créé et mis au monde que pour opérer comme du cowptant , pour circuler, solder, sc transmettre, sans rien rapporter, comme do l’or. 11 est cela ou il n’est rien, et ne servirait à rien. Üépourvu de valeur intrinsèque, il aspire à fonctionner comme s’il avait une substance métallique , et ceux qui le prônent s’éjiuisent on artifices pour qu'il remplace la monnaie. Il suffit de faire appel au ])lus siinjde bon sens pratique, et de suivie la marche de la circulation pour comprendre que les doctrines mâles et sincères du frec-trade s’accommodent peu d’une pareille fiction.
Veuillez croire que je lis XEconomist avec autant de soin que vous: son article du 19 mai ne m’avait point échappé. Je m’étonne seulement qu’un esprit aussi indéjicndaut (jue le vôtre, qui refuse de se laisser traîner à la remorque des opinions exprimées par les maîtres, et des faits le mieux constatés par l’expérience, se range du côté ' de 1a plus vainc hypothèse. Sans contredit, si une conspiration ourdie par tous les banquiers venait , à un moment donné, réclamer les dépôts, la Banque serait e.xposée à un grand embarras ; mais les banquiers commettraient un véiitable suicide, en provoquant une violente tempête commerciale ; ils sont trop avisés pour tomber dans une pareille faute. Le fait est que la Banque d’ Anylelerre a jdeinement maintenu la stricte application de Y Act de 1844, et que les banquiers se sont tenus tranquilles. Cela peut contrarier vos axiomes mathématiques, mais c’est la
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réalité des choses. Au ris(jue d’ètro encore plus sévèreincnl condamné , je dirai : » Quand les faits viennent contredire la tliéoric d’une manière persistante, ce no sont pas les faits qui ont tort, c’est la théorie qui est fausse. » Tel est malheureusement le cas on ce qui concerne la théorie de la libre émission : on a eu heau l’airuhler du titre pompeux de liberté des banques , cette dénomination usurpée n’a servi qu’à compromettre dans des complications fatales l’office sérieu.v des banques, de ces utiles intermédiaires entre le capital et le travail, de ces puissants générateurs du crédit. La libre émission a semé des ruines ou bien elle n’a échappé à ce péril (lu’en se faisant humble, modeste, insignifiante ; la véritable liberté des banques, au contraire, celle qui réunit et qui distribue les capitaux réels, au lieu de créer des capitaux fictifs, grandit sans cesse ; elle dispose , en Angleterre , de ressources vingt fois plus considérables que celles dont la chimère du papier pourrait doter ce grand pays ; elle fait toute la puissance des banques d’Ecosse, qui n’ont jamais usé de l’émission que dans une faible mesure , parce que l’émission ne saurait fournir qu’une ressource très-limitée : quand elle réussit, elle se borne à correspondre à l’utilité monétaire, toujours très-réduite relativement à la masse de la production et dos échanges , et les disciples de Law peuvent seuls songer à récolter des capitaux dans de nouveaux brouillards du Mississipi.
Rien de plus vain que les assertions gi’atuitos , fidèlement répétées du côté de ceux qui exaltent la monnaie de banque, l'émission en banque, et qui se parent dcsjthimes du paon , en attribuant à un instrument peu actif, les merveilles du crédit. Ils n’ont pu faire illusion à des esprits sincères mais inattentifs qu’au moyen de cette sorte de mirage : ils confondent à dessein tes résultats admira-