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VOUS ôtcs-vous pas aperçu que Wilson et Weguelin, dans les passages que vous rapportez complaisamment, vous donnent tort sur ce point, et qu’en même temps ils me donnent pleinement raison quant à la question dont je me suis occupé ; suivant eux, l’équilibre se rétablit entre les rentes aliénées et les dépôts retirés ; ai-je dit autre cbose, et la Banque ne peut-elle pas, suivant les termes mêmes de cette déposition, rétablir l’équilibre vis-à-vis du retrait dos dépôts, par la cession des titres qu’elle possède? En fait, pour répéter les paroles qui terminent votre longue citation « l’opération atteindrait seulement les dépôts et non la circulation. Il en résulte que ce n’est pas le moyen de diminuer la circulation, il serait illusoire, » c’est simplement le moyen de balancer les dépôts.
Ainsi, grâce à vous, je suis de plus en plus édifié sur la vanité de l’hypothèse d’un retrait simultané des dépôts faits à la Banque par les banquiers de Londres ; ceux-ci ne videront pas les caisses, parce qu'ils ne peuvent point le vouloir, ils ne sont pas assez étourdis pour conspirer la ruine de l’établissement sur lequel ils s’appuient ; ils no sont ni des Caton, pour commettre un suicide, ni des Erostrato, heureux de périr enveloppé dans la ruine commune. Ils savent calculer et prévoir : ils ne sacrifieraient pas un shilling, pour le triste plaisir de jouer un mauvais tour à la Banque, dont la sécurité les touche directement, dont ils sont solidaires, surtout dans la mauvaise fortune.
S’ils étaient assez insensés pour vouloir entreprendre cette désastreuse campagne, ils savent qu’au prix d’un rude sacrifice la Banque serait en mesure de répondre à leurs demandes, par l’aliénation de ressources disponibles, quatre fois plus considérables que leurs créances réunies. Comme l’ont montré Wilson et Weguelin, si l’aliénation dos rentes n'agit pas sur la circulation , elle
LETTRES AU HIRECTEl’R
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correspond au mouvement des dépôts. Etes -vous satisfait ?
Vous le serez pins encore, j’espère, à me voir reconnaître la parfaite exactitude des chilfres que vous donnez quant à l’écart entre la circulation des billets et le montant de l’encaisse métallique do la Hanque de France. J'ai eu le tort d’établir mes données non pas sur un écart anormal, auquel la Banque, en janvier, février et mars tStii, était forcée d’opposer le remède cxtrènic d’un escompte élevé à 7, 8 et 9 pour 100, mais sur l’écart entre la moyenne de la circulation de l’année et la moyenne de l’encaisse. En 1864, la moyenne delà circulalion a été de 760 millions, celle de l’encaisse de 2.'J2 millions, différence Îj08 millions, 42 millions au-dessous de la circulation autorisée en dehors de la garantie métallique pour l’Anglo- Icrrc seule, près de 1100 millions au-dessous de la circulation autorisée parle Royaume-Uni. Ce calcul établi sur une moyenne annuelle me semblait plus probant ; je ne me croirais point bien venu , si j’argumentais, par exemple, d’un écart descendu, d’après le relevé publié par la Banque de Franco, le 27 septembre dernier, à 209 millions (circulation de billets 936 millions, encaisse 727 millions) en présence d’un escompte réduit à 3 pour tOü, qui témoigne de la stagnation des affaires et non de la prospérité générale. Mais je n’aime pas les vaines chicanes, je préfère me placer sur le terrain, tel que vous l’avez choisi; j’adopte votre procédé de calcul, je confesse que j’ai eu tort de ne pas -m’en servir ; vous ne pouvez rien vouloir de plus ; qu’en résultc-t-il? La différence mnxima entre la circulation et l’encaisse, a été pour la France entière de 6.‘H millions, au moment où la Banque, pour parer à un grave danger, élevait l’escorajitc à 8 pour 100.
La dilfércnce, autorisée par le Royaume-Uni, dans des
DF, L’AVENIR COMMERCIAL
conditions régulières, est de 800 millions, elle l’emporte encore de lüO millions do francs ; mon raisonnement est-il alFaibli? Ne puise-t-il pas une force nouvelle, alors qu’il passe par le creuset d’une situation extrême?
Il n’y a aucune contradiction entre l’opinion que j’ai émise au sujet do la limitation légale, prescrite en Angleterre, et de la limitation, plus restreinte encore, adoptée et maintenue chez nous par la prudence de la Banque do France. On peut se fier à une institution unique, qui a fait scs preuves de circonspecte modération ; il ne s’ensuit pas qu’on puisse s’abandonner sur ce point capital aux entraînements de la libre concurrence, suscitée outre des établissements multiples.
Quand vous parlez de la restriction calculée de la circulation des banques de province, qui auraient voulu se prémunir, comme les banquiers de Londres, contre la catastrophe à laquelle allaient aboutir les prévisions de Y Acl de 1844, vous oubliez que la diminution des billets des banques de province a surtout été remarquable après le 12 mai, date de la suspension nominale del’Aci de 1844. J’ai le regret de vous déloger ainsi de la dernière position où vous avez essayé de vous réfugier.
Je n’ai nulle envie de me dérober au jugement impartial de vos lecteurs, quand, pour prouver que la suspension temporaire de Y Act de 1841 rentrait dans les prévisions de sir Robert Peel, je cite les paroles et les écrits de sîr Robert Peel, ou si, pour expliquer une mesure e.xtrême prise dans un cas extrême, je rappelle comment l’amour profond des Anglais pour la liberté ne leur a pas toujours fait maintcnii l’Aa6eas corpus. Je ne recule même pas devant un aveu qui vous scandalisera fort. A supposer que les banquiers de Londres, dont vous évoquez les rigueurs supposées, fussent jamais assez insensés pour
I^TTRES AU DIRECTEUR
causer leur propre perte on ourdissant une conspiration contre la Banque d’Angleterre ; en admettant , ce que je suis loin d’accorder, que cette vaste conspiration piit aboutir et qu’elle menaçât d’amener l’explosion d’un immense désastre, ce serait un cas de guerre, il motiverait parfaitement des mesures que la guerre excuse. La suspension de Y Act de 1844, se présentant alors comme une nécessité de défense contre une levée de boucliers aussi
injuste que folle, mériterait une approbation complète.
Reste à savoir si votre ardeur pacifique vous fait rêver la nécessité d’un état de siège permanent.
Oui, j’en ai la ferme conviction, ceux qui, comme vous, poursuivent une campagne en faveur d’une fausse étiquette, en nommant, par une usurpation flagrante, liberté des banques une grave atteinte portée au règlement obligé de la circulation ; ceux qui prennent sous leur patronage la libre émission des billets, qui essayent de les faire passer pour du comptant, de les faire accepter comme de la monnaie, ceux-là attaquent le principe vital du free-trade, la loi de l’offre et de la demande, la fixité et la sincérité des transactions. Ils ont contre eux et les auteurs et les adversaires les plus autorisés do Y Act de 1844, Cobden, sir Robert Peel et Gladstone, aussi bien que Tooke, Newmarch et John Stuart Mill. J’aurais voulu vous le montrer dès aujourd’hui ; mais il fallait commencer par vous répondre la première fois que vous êtes entré en lice. Vous ne perdrez rien pour attendre huit jours.
Veuillez agréer, etc.