‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 25 sur 75 · I.ETTRES · texte numérisé non relu

I.ETTRES

SUR LA QUESTION DES BANQUES

ADRESSÉES A M. JULES DUVAL, Diredeur de l'Économiste franfois,

Avec LKS RKPOHSKS.

PRKMIÈRK LETTRE.

Paris, s janvier 18fi7.

.Monsieur le directeur,

Tout en vous remerciant d’une appréciation luenveillanto de ma déposition dans Y Enquête sur la ciradation monétaire et fiduciaire, je ne saurais lais.ser passer sans observation le passage dans lequel vous parlez « de l’ardeur que déploie M. Wolowski dans la défense du monopole de la Bancjue de France, où il est en dissentiment avec la plupart de ses confrères. »

Peut-être une lecture plus complète et plus attentive de mon travail vous montrera- 1- elle que je ne défends aucun monopole, que je les condamne tous; je suis le partisan décidé de la liberté et de la concurrence en matière de banques, comme ailleurs. Mais je ne confonds point l’office sérieux et fécond de la banque, intermédiaire entre ceux qui possèdent les capitaux et ceux qui peuvent mieux les employer, avec Yoffice de démission des billets, destinés à passer pour de la monnaie. L’émis-

l.mRKS A M. LE DIRECTEUR DE L’ECONOMISTE FRANÇAIS. 547

siun des billets n’a aucun des caractères d’une industrie, véritable ; elle rentre, comme le disait le vieux Tooke, dans la police de P État. Tel était aussi l’avis énergiquement exprimé par Rossi, qui condamnait la prétendue liberté des banques, confondue avec la liberté de l’émission : il y voyait un abus de l’intérêt particulier contre l’intérêt général, un moyen d’enrichir d’habiles spéculateurs aux’dépens de la communauté et surtout dos classes laborieuses. Il dénonçait la libre concurrence ainsi entendue en matière de banque, comme un danger que ne peuvent tolérer les lois d’un peuple civilisé.

Je n’entends pas multiplier les citations, ni invoquer le grand nombre d'économistes illustres qui ont partagé ces convictions. Certes, que l’on veuille compter on peser les autorités, ce n’est pas du côté des adversaires de l’idée que je défends que penchera la balance ; quand on s’appuie sur l’opinion do penseurs tels que Léon Faucher, Senior, Cobden et Gladstone, on n’est guère. atteint par le reproche de s’isoler des hommes qui ont le mieux représenté les tendances libérales de notre époque.

Pcnneltez-moi, monsieur, d’ajouter encore un mot.

Ce qui m’étonne, c’est que ceux qui, comme vous, comprennent les immenses avantages attachés au développement du crédit, se laissent égarer par une dénomination > erronée et par une application décevante. Rien de plus hostile au développement du crédit qu’une doctrine qui ébranle la solidité et le mouvement régulier de l’évaluateur commun des convéntions et des échanges. Le crédit n’est autre chose qu’un engagement d’avenir : comment pourrait-il grandir, si la fluctuation menaçante do l’instrument qui précise la portée des stipulations consenties, empêche de déterminer ce à quoi l’on s’oblige?

Tout concourt pour condamner la funeste méprise ,

ôi«

LETTKICS A M. LK DIRKCTEUK

iuée d’uno confusion du langage ; il ne s’agit nullement d’un monopole, là où on no rencontre point une industrie. La liberté se confond avec la sécurité générale ; elle condamne une assimilation inexacte , elle proscrit la fausse monnaie des principes ; le free-trade ne s’accx)mmode point de la fiction ; le crédit exige la stabilité du numéraire et soufl're de l’intrusion de signes qui ne sont pas de la monnaie, mais qui sont habilement disposés pour jouer le rôle de la monnaie ; enfin, rien de plus hostile à l’idée démocratique, dans sa pure et fidèle acception, que la prétendue liberté de l’émission.

J’aurais voulu développer ces indications , mais je n’entends point abuser de l’hospitalité de votre journal. J’aurai d'ailleurs procluiinement l’occasion de les produire d’une manière complète.

Agréez, etc. L. WolowSki.

RÉI'ONSE.

La lettre qui précède soulève trois questions : une de fait, une de mots, une d’idées : sur chacune d’elles M. Wolowski nous permettra d’opposer à ses observations quelques paroles.

1” Question de fait. Nous avions dit que, dans la défense du monopole de la Banque de France, M. Wolowski était en dissentiment avec la plupart de ses confrères. Le fait est-il exact ou non ? Nous le croyons exact. M. Wolowski a pour confrères, dans un premier groupe, les membres de lu Société d’Economic politique de Paris ; là, il est absoliuiient seul de son opinion, cela est connu. Depuis dix ans, on y a maintes fois discuté la ijuestion des

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banques ; je ne crois pas que jamais M. Wolowski ait f trouvé un seul adhérent au privilège exclusif Je la Banque de France, et les écrivains de cette .Société ne se séparent pas de lui moins que les orateurs, le Journal des Economistes en fait foi *. Dans le groupe do renseignement économique, M. Wolowski a pour confrères : au Collège de France, MM. Michel Chevalier et Baudrillart; à l’École de droit, M. Bathio ; ii l’École des ponts et chaussées, M. Joseph Garnier ; à l’École Turgot, M. Paul Coq ; à l’École, toute fraîchement créée, de la Chambre de commerce, M. Ilorn ; dans l’enseignement libre, M. Frédéric Passy : tous cos confrères se séparent de lui sur ce point, etilen estdeinèmc, sijesuis bien informé, dcM. Bozy, à Toulouse ; do M. Demetz-Noblat, à Nancy. — Enfin, dans le groupe le plus éminent, à l’Institut, M. Wolowski a pour confrères, cultivant spécialement l’économie politique, outre MM. Michel Chevalier et Baudrillart, déjà nommés, MM. Hippolyte Passy et Léonce de Lavergne, l’un et .l’autre opposés au privilège exclusif de la Banque de France. Mon appréciation de fait est donc parfaitement justifiée, sans que j’aie à chercher quelle a été à cet égard l’opinion des morts, et quelle est celle des étrangers. Je n’attribue, du reste, aucune autorité irréfragable à cette constatation d’un fait. Le chercheur de vérité est souvent seul contre tous, et il a droit de dire avec le poète :

.Moi seul et c’est assez !

car il peut avoir raison contre les préjugés universels. J’honore fort ce genre d’isolement et de courage, et M. Wolowski n’aiïaihlirait en rien la puissance de sa doctrine en la revendiquant pour lui seul.

’ Articles de MM. Coiircellc-Seneiiil, Du Piivtiode, etc.

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