‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 51 sur 75 · I.ES BANQUES D’ECOSSE · texte numérisé non relu

I.ES BANQUES D’ECOSSE

la plénitude des forces qu’il doit développer, il importe avant tout d’en mesurer l’action. Le capital est peut-être l’instrument auquel ce conseil de prudence s’applique de la manière la plus directe. Comment se le procurer, à quelles conditions est-on à même d’y recourir, quelles charges résulteront de l’aide qu’il distribue, de quelle manière pourra-t-on les couvrir, quelles sont les facilités que des mécanismes ingénieux sont appelés à multiplier? Voilà les premières questions qu’il importe de vider.

Ici, couiine partout, l’épargne possède la plus énergique vertu ; l’emploi du capital réuni par une sage économie oll’re les chances de succès le mieux assurées. De la part de celui qui a su relier le présent à l’avenir, au moyen d’un sacrifice sagement continué, il y a garantie d’une mise en œuvre intelligente et économique. Cependant, quelque avantage que présente ce procédé, il exige souvent un temps trop prolongé; on n’arrive pas toujours à réunir de cette manière les ressources suffisantes pour accomplir dans toute leur étendue les travaux nécessaires. Loin do condamner l’usage clairvoyant du crédit, il est bon do le propager, pourvu que le propriétaire et le cultivateur sachent manier ce levier et qu’ils connaissent l’étendue des ressources qu’ils sont à même d’obtenir. Les conditions varient suivant la nature des opérations et fa durée do l’entreprise : les améliorations foncières ne restituent que dans une longue période de temps, peu à peu et d’une manière régulière, les avances qu’on leur confie ; l’industrie agricole proprement dite, dans les ramifications nombreuses que multiplie et qu’étend sans cesse une culture perfectionnée, permet d’obtenir un résultat plus prompt, qui se rapproche davantage des évolutions rapides du commerce et de la fabrique. La nature

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des choses impose ainsi des allures diiïérentes au crédit foncier et nu crédit agricole.

Mais, avant quo d'aborder ce côté essentiel du problème, il est indispensable do se trouver fixé sur certaines idées fondamentales, et sur le sens do termes qu'on emploio linhituellemcnt, sans en préciser suffisamment la portée. Les locutions vulgaires s’éloignent quelquefois tellement de l'acception sérieuse dos mots dont on se sert, que l’absence de précision dans le langage entraîne la plus fécbeuse confusion dans les idées. Le crédit et le capital^ sainement compris, mettent en garde contre les séductions des plans de rénovation soudaine, plans d’autant plus retentissants qu’ils ne recèlent trop fréquemment que du vent et des tempêtes ; ils nuisent aux mesures vraiment utiles , plus modestes dons leur allure, qui, au lieu de faire appel à de grands eoups de théâtre, se bornent à donner ce quelles promettent, en écartant les fictions téméraires.

Bastiat, dans uu de scs petits pamphlets où l’esprit droit de Voltaire s’allie à la grAco piquante de La Fontaine, s’écrie : « Maudit argent I » non qu’il méconnaisse l’immense service rendu par l’introduction de la monnaie, il la considère avec raison comme le pivot matériel des relations sociales,' mais il essaye do combattre et de vaincre les obstacles nés d’une fausse conception de la richesse, qu'on est trop porté à confondre avec lé métal précieux, chargé uniquement de la traduire en un langage uniforme. Nous serions tenté, avec plus de raison encore, de dire : « Mmtdit billet ! » car la facilité apparente que foürnit le billet de banque, pour la multiplication des signes de l’échnngo, a déjà causé de terribles désastres, et continue de troubler nombre d’intelligences. Ce n’est plus seulement une marchandise, d’une nature

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particulière, appelée à un service spécial, que l’on prend pour le type et la somme de tous les biens utiles ; c’est une simple fiction à l’aide de laquelle on s’imagine pouvoir multiplier les capitaux à volonté, les rendre accessibles à tous, sans travail, sans peine, à bon compte. A entendre certains faiseurs de projets, le crédit possède la baguette magique qui suffit pour faire jaillir d’inépuisables trésors ; la terre notamment, altérée de capital, peut en obtenir autant qu’elle voudra, du moment où le crédit sera organisé, sans qu’il en coûte rien à personne. La déduction est bien simple : grâce au crédit, \cs banques fabriquent des billets qui valent de l’or, qui sont partout acceptés comme de l’or. Jusqu’ici, le monopole conféré à une seule institution, soustraite au salutaire aiguillon de la concurrence, a rétréci ce Pactole en un mince filet d’eau, qui n'alimente que le commerce et l’industrie. Est-ce que l’agriculture doit continuer à être victime d’un aussi odieux privilège? Est-ce qu’il ne lui faut pas également plusieurs banques, ou une grande banque, dont les billets viendraient raviver les éléments d’une activité féconde ? Ce n’est plus seulement le rêve enthousiaste du joueur :

Sous ses heureuses mains, le cuivre devient or !

car les heureuses mains de la banque foncière vont changer le papier en or : elle dépassera les promesses de la transmutation des métaux, les merveilles des terrains aurifères ; elle nous promet une Californie de papier.

Parlons sérieusement, le sujet en vaut la peine, et ce que de semblables illusions offrent de divertissant égale â peine ce qu’elles présentent de triste. Après la rude expérience du sy,stème de Law , après le désastre des

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assignais, en présence des conséquences fatales du papier-monnaie, il se rencontre encore des esprits chimériques qui, sans descendre à quelque chose d’aussi vulgaire que l’étude de ce qu’est la monnaie, de ce que sont les capitaux, de ce qui constitue le crédit, promènent les vieux oripeaux de systèmes cent fois condamnés par la raison et par l’expérience, ressuscitent les erreurs du système mercantile , en face des v.érités révélées par l’application de la liberté des échanges, et imaginent enrichir le monde en multipliant do nouveaux assignats. Puisque l’erreur est tenace, il ne faut point se lasser de l’attaquer, au risque de se trouver condamné à remettre en lumière des vérités élémentaires. On se sent presque humilié de voir combien il faut de temps pour qu’elles cessent d’être méconnues. Dieu merci, l’instruction plus généralement répandue ne permettra plus d’égarer les esprits par un vain mirage, car les saines notions d’économie politique deviennent familières au plus grand nombre.

On sait que les métaux précieux mesurent la valeur relative des choses, facilitent l’agrégation des efforts et la distribution des résultats, aident au mouvement de la richesse ; mais ils ne sont pas la richesse, ils n’en constituent, du moins, qu’une faible fraction.

On sait que les capitaux sont le fruit du labeur humain préservé par la prévoyance d’une destruction immédiate, successivement accumulés , pour servir d’instruments d’approvisionnement do matières premières ; qu’ils se ravivent par une transformation continuelle sous la féconde impulsion du travail.

On sait que le crédit est la force qui sert d’intermédiaire entre les capitaux qui cherchent un emploi, et l’intelligence laborieuse qui a besoin do matériaux pour en-

trotcnir ot.pour étendre le champ de plus en plus utilisé de l’industrie humaine.

La fiction ne tient aucune place dans cet immense ensemble d’éléments actifs do la production. Personne ne peut employer que ce qui existe déjà.

Il est vrai qu’un mécanisme, dont on a beaucoup exagéré l’action, arrive à substituer (dans une proportion restreinte, qui ne saurait être dépassée sons péril ) des signes fiduciaires aux instruments de la circulation, à la monnaie métallique, chargée do préciser les conventions, d’évaluer les produits, do traduire les engagements et d’accomplir les stipulations. De là vient la méprise habituelle. Le système mercantile, prenant les métaux précieux pour le seul capital productif, multipliait les précautions et les séductions afin do les empêcher de sortir et de les attirer ; il conduisait naturellement à faire supposer que, si l’on arrivait à remplacer l’or par quelque mécanisme souple et docile, on pourrait fabriquer , comme sur un métier continu, la trame do la richesse. Le billet de banque fut cette merveilleuse trouvaille ; ou crut qu’il ferait l’office do l’or, et, par une conséquence bien simple, on conclut que, puisque l’or était la richesse, le capital véritable, on multipliant les billets de banque on augmenterait la richesse, on multiplierait les capitaux.

Pourquoi, dans une certaine mesure, l’or pouvait-il être suppléé par des billets? D’où venait cette économie, mère de tant d’illusions? Rien de plus simple : les essais tentés, notamment celui que la Banque d’Angleterre a inauguré vers la fin du dix-septième siècle, no portaient que sur des sommes très-faibles, que sur une fraction extrêmement restreinte do l’ensomblo de la circulation. Le mécanisme général ne pouvait être alTecté par uu

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léger surcroît de monnaie fiduciaire ; mais, du moment où d’audacieux empiriques voulurent tendre le ressort, il s’est brisé. Dans son immortel Don Quichotte, au chapitre de nie Barataria, Cervantès raconte le procès soumis à la sagesse de Sancho par un paysan et un tailleur. Le paysan avait confié à ce dernier un coupon de drap destiné à un pantalon ; pour plus de sécurité, il demanda s’il ne pourrait point en couper doux avec la même étoile : le tailleur lui dit : « Volontiers. » Surpris de cette facilité, le paysan s’imagina qu’il pouvait obtenir mieux encore, il arriva jusqu’à demander douze pantalons. Le tailleur lui apporta la douzaine commandée, mais c’étaient des pantalons de poupée. 11 en est do même du tissu élastique qu'offrent les ressources do papier; on peut en fabriquer tant qu’on veut, mais la valeur diminue jusqu’à des doses homœopalbiques ; on obtient des pantalons do poupée !

Les transactions n’ont besoin que d’un nombre limité d’instruments monétaires ; la grande roue de la circulation, dit ingénieusement Adam Smith, diffère des marchandises qu’elle fait circuler. Le revenu do 1a société so compose de ces marchandises, et non des roues qui les transportent. La substitution du papier à la monuaie d’or ou d’argent, à supposer qu'elle puisse s’accomplir d’une manière complète, rencontre une limite dans la valeur des métaux, dont le papier tient la plabc, et qui circuleraient s’il n’y avait point de monnaie fiduciaire.

Vutilité monétaire pose la limite de l’émission des billets de banque, et plus les procédés du crédit so développent, moins il faut de monnaie dans les écbanges.

K Le crédit, nous l’avons écrit il y a longtemps ’, ne con-

' De l'organUation du crédit foncier, 1848.

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sisto point & multipliei' le signe d’échange, mais à donner le moyen de s’en passer, en favorisant les virements de compte et en rapprochant, à de bonnes conditions, les capitaux, c’est-à-dire les instruments do travail, de l’emploi auquel ils sont destinés. — C’est singulièrement rapetisser la puissance du crédit que d’y voir uniquement le moyen de battre de la monnaie avec du papier. Là se rencontre le moindre de scs avantages ; on supprimerait cette faculté, que le crédit n’en serait pas moins appelé à jouer un rôle immense dans l’organisme social, car c’est lui qui préside à la distribution des richesses et qui active la production. Il no crée point les capitaux ; on ne saurait trop le répéter, le travail seul est doué de ce noble privilège ; mais il les fait arriver entre les mains de ceux qui en tirent le meilleur parti : telle est la magie du crédit. »

La limite assignée par la nature des choses à la monnaie fiduciaire est donc fort étroite ; elle se rétrécit bien plus encore quand on songe que le billet, pour être accepté, a besoin do s’appuyer sur l’or, d’être toujours échangeable contre do l’or, ce qui nécessite une forte réserve de métaux précieux. Ajoutez que le billet ne présente d’avantage sur le métal que pour le transport et le compte de sommes d’une certaine importance ; il devient aussi onéreux qu’incommode, du moment où il s’agit de faibles coupures. On le recommande comme ayant des allures plus vives, comme se prêtant avec rapidité à rendre un plus grand nombre de services que le numéraire métallique ; raison do plus pour qu’il en existe une moindre quantité.

On comprend aisément, quand on tient compte de ces indications élémentaires, pourquoi en France et en Angleterre, les deux pays les plus riches et les plus actifs, la quotité de la monnaie fiduciaire, qui ne rencontre pas

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un gage direct dans les existences métalliques, n’a jamais pu dépasser, ni même atteindre SOO millions do francs.

* C’est à peine un deux-centième de la fortune publique dans chacun de ces grands États. La marge offerte aux modernes alchimistes est bien faible.

En ce qui concerne la propriété foncière et l’industrie agricole, la quote-part de ce contingent général de la monnaie fiduciaire qui pourrait leur revenir est beaucoup plus réduite encore. En effet, il n’y a rien d’arbitraire dans l'absorption presque exclusive des billets de banque mis au service de l’industrie et du commerce. Le billet ne vaut , aucun homme sérieux no le conteste, qu’autant qu’il peut s’échanger constamment contre un équivalent de métal précieux. Il faut donc que les institutions d'émission qui délivrent des billets de banque obtiennent la garantie complète de remboursements successifs et rapprochés pour ravitailler constamment leurs caisses. De là viennent les conditions de plusieurs signatures, d’une échéance rapprochée, d’une ponctualité absolue dans la libération, conditions imposées aux lettres de change admises à l’escompte, non par un caprice de la loi, mais par une nécessité inévitable. 11 faut donc que l’avance faite par la Banque fructifie, et que le capital so reforme dans une courte période do temps. C’est la force des choses qui interdit au crédit foncier l’emploi des billets do banque ; elle ne permettrait au crédit agricole de s’en servir que dans les circonstances rares, où les évolutions du ménage de champs so manifestent avec une rapidité égale à celle des évolutions du commerce et do l’industiie. Quand de pareilles circonstances se présentent, l’agriculture profite déjà, en partie, du bénéfice do l’escompte ordinaire : des améliorations utiles doivent contribuer à étendre cette facilité, mais elle sera toujours

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plus bornée que celle ouverte devant les promptes transformations des entreprises commerciales et manufacturières.

Est-ce h dire que le crédit se refuse à venir en aide à la propriété et à la culture? En aucune manière ; seulement il le fait -sous d'autres formes, adaptées à la constitution propre à ces deux grands intérêts. Ils n’y perdront rieu, loin de là ; ils continueront, sous oe rapport, à remplir le rôle qui leur appartient , celui de contribuer pour une part prépondérante à la richesse publique, sans lui faire courir de mauvaises chauces. Si lu crédit appliqué à la terre s'accommode mal du billet do banque, c’est qu’il répugne à la fiction et ne vit que de réalité. 11 utilise les capitaux existants , dont il travaille à augmenter la masse, en activant une production féconde et en favorisant lino épargne salutaire. 11 se tient en dehors des créations téméraires qui risquent d’altérer la foi des contrats et la sécurité des conventions en portant atteinte à la solidité et à la fixité do la monnaie.

Les lettres do change, les engagements commerciaux, bien qu’ils promettent une solution rapprochée et qu'ils présentent une garantie multiple, no peuvent être reçus à l'escompte, pour être représentés par des billets de banque, que dans la proportion où la circulation a besoin du comptant, c’est-à-dire de l'instrument qui no produit rien, mais qui traduit d'une manière générale la puissance immédiate d’acquérir tout objet équivalent à la somme disponible. Le comptant se compose de numéraire métallique et de monnaie de papier; la quantité do celle-ci ne saurait dépasser une fraction du total qui, s’il excède les besoins, se déverse immédiatement sur le marché étranger, sous la forme du métal précieux, marchandise acceptée partout, recherchée partout, envoyée

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sur d'autros uiarobés, dès qu'il so manifesta la plus légère diillérenco dans les prix. Toute tentative arbitraire pour étendre forcément la circulation de la monnaie de papier vient se heurter contre un obstacle inflexible. Le papier , comme le dit avec raison le dicton vulgaire , commence pai' chasser l'or. Si celui-ci s'en va de manière à rompre l’équilibre indispensable entre la garantie métallique et la monnaie fiduciaire, les crises éclatent ; si les métaux précieux continuent à s'écouler, on en est bientôt réduit au régime désastreux du cours forcé et du papier-monnaie proprement dit. Telles sont les fatales et inévitables conséquences des faux systèmes 1

Les lettres de change ne peuvent être que pour partie monnayées sous forme de billets de banque ; la transformation que leur fait subir l'escompte des établissements d’émission, même en dépit des subtilités que l’on a prodiguées pour le nier, amène un accroissement du comptant appelé à remplir un rôle restreint. Tout excédant factice engorge les canaux de la circulation, quaiid il n’cxpulsc point les métaux précieux.

Les engagements do la propriété foncière et do la culture, contractés forcément pour des échéances prolongées, so prêtent beaucoup moins à ce monnayage. Il leur faut des capitaux mis en réserve, et non de la monnaie de papier. D’ailleurs, l’étendue même des besoins qu’il s’agit de satisfaire do ce côté suffit pour montrer combien sont vaines et chimériques les tentatives destinées à pourvoir avec une émission de signes fiduciaires aux avances sollicitées par les immeubles et par la culture. La dette hypothécaire, à elle seule, représente on France, au bas mot, 6 à 7 milliards do francs ' ; la culture progressive exigerait

' Tel est le chiflre sérieux; les 12 ou 14 milliards dont on s’obstine

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aussi plusieurs milliards de prêts : coiubion est maigre, en comparaison, la ressource totale de SOO millions do francs qu'olfre dans un pays comme la France, déduction fuite des réserves métalliques, la faculté si enviée et si mal comprise de l’émission de billets de banque ! C'est ailleurs qu’il faut chercher la force capable de soulever un pareil fardeau ; ne nous en plaignons pas, car cette force existe, elle s'accroît chaque jour avec la somme des épargnes acquises, des capitaux accumulés. Toute la question consiste à mettre en rapport, aux meilleures conditions, les réserves qui aspirent après un emploi solide et commode à la fois, et les besoins de la propriété et de la culture. Il faut pour cela concilier l’allure pesante du sol avec la facilité des négociations ; le crédit foncier a pleinement résolu ce problème dans la limite du possible. 11 faut aussi adapter aux nécessités spéciales de la culture l’aggloinéralion des capitaux ; Je crédit agricole essaye de répondre à ce grand intérêt; nous ne sommes encore qu’à des essais, mais le succès pailiellement obtenu grandira, si l’esprit d’initiative individuelle, énergiquement réveillé dans toutes les régions du territoire, sait prêter une vigoureuse assistance à la fondation de nombreuses colonies du crédit rural. Il faut pour cela multiplier Icâ banques, c’e.st-à-dire les réservoirs destinés à recueillir les capitaux isolés et à les faire arriver entre les mains de ceux qui peuvent en faire le meilleur usage. Tel est le véritable et fructueux office des établissements de crédit : quant à battre monnaie avec du papier, cela ne les regarde pas ; elles auraient tout à perdre et n’auraient rien à gagner à vouloir manier cet instrument fragile et

à i>.irU;r, d'après des renseignements inexacts ou mal analysés, n’existent que sur le papier.

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périlleux, dont la puissance, mesurée aux proportions réelles qu’elle présente, se réduit à peu de chose.

Mais, nous dira-t-on, les banques d’Ecosse ont fondé le crédit agricole avec du papier. Nous parlerons de ces banques que personne n’admire plus que nous, mais sur le caractère desquelles on se méprend très-souvent.

Ce premier travail ' a provoqué des observations auxquelles nous avons répondu comme il suit :

Nous n’entendons point discuter en ce moment les observations que notre article a suggérées ; la suite de notre étude fournira 1 occasion naturelle d'y rép<5ndre. Cei>ondant, il semble utile de signaler des aujourd'hui une erreur commune h M. l)elbct,que nous remercions de la manière gracieuse et courtoise avec laquelle il apprécie nos travaux, et à M. Teyssier des Karges, qui aurait pu se disiænscr d’user d’un ton agressif* : c'est un mauvais exemple qu’il donne, et que nous ne suivrons pas. Il s’agit d’examiner sérieusement une question sérieuse. Lorsqu’on lit des sentences comme cellc-ci : « Je tiens à ce que l’agriculture se |)orte bien, tous les principes d'économie politique dussentils périr, » on ne saurait s’empêcher de songer à l’ouvrier anglais qui , poussé à lK)ut par l’invincible démonstration des rapports qui existent entre les profits et les salaires, s’écriait ; « Eh bien, si l économie politique est contre nous , nous serons contre 1 économie politique. » La passion dicte un pareil langage et on hésite a le blâmer trop sévèrement chez ceux qui n’ont pas eu le moyen d’acquérir les lumières nécessaires; mais un jurisconsulte devrait mieux se rappeler les paroles de Montesquieu : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » L’économie politique ne s’applique qu’à constater ces lois.

Nos deux contradicteurs supposent qu’on peut créer facilement un c.apital de 500, de 800 millions ou d’un milliard, pour le mettre au service du crédit agricole, et cela au moyen d’une simple émission de pa-

' Publié dans le Journal a' Agriculture pratique, octobre 1800.

* Voir l’article de M. Teyssier des Farges, ibid., 5 novembre, p. 489.

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reille quantité de billets de banque, faisant office de monnaie. C’est un procédé expéditif , malhcureuscinent il est purement Chimérique. Quand on s’imagine qu’il suffit de réunir un r.apital de garantie pour quintupler celui-ci au moyen de l’émission, on oublie qu'aucune lanque de circulation sérieusement administrée n’a pu dépasser la quotité de son capital sans que les billets créés fussent représentés par un encaisse métallique, qui s’clfevc en moyenne à la moitié de la circulation totale. La France et l’Angleterre ne possèdent point, à elles deux, un milliard de billets de lianque non couverts ]iar un Dépôt équivalent d’or. Cinq cents millions de francs |»ur chacun de ces pays est le maximum auquel la monnaie purement fiduciaire ait pu s'élever en dehors du gage conservé en métal précieux.

Ce n’est donc pas, comme le suppose à tort M. Dellict, une marge de .SCO ou de 800 millions que nous aurions laissé entrevoir pour le erédi'l agricole ainsi alimenté. Loin de là, le marché nous parait saturé de billets de banque : leur mas.se n'augmenterait pas. Kir le seul service qu’ils puissent rendre n’admet point cette extension; l’utiiité monitaire est restreinte de sa nature , la monnaie fiduciaire ne peut aspirer qu’à remplacer en partie la monnaie métallique , et celle-ci ne constitue que le mécanisme des échanges; ce mécanisme absorbe une fraction d'autant plus faible de la richesse générale que le pays est plus avancé en civilisation et que le crédit est plus développé.

Nous raisonnons ici dans l’hypothèse d’une parité complète entre le crédit commercial et le crédit agricole ; celui-ci devrait partager, suivant M.y. Teyssicr des Farges cl Delbet, les avanUigcs que la monnaie fiduciaire réserve à celui-là.

Mais, même dans ce rayon étroit, la moannie fiduciaire mise au service de l’agriculture ne saurait s’établir sans péril. En effet, la nature des choses établit une différence essentielle entre la rapidité des opérations commerciales et industrielles et l’allure nécessairement plus lente des travaux agricoles. Ceux-ci exigent un crédit à plus long terme ! ils ne se plieraient que difficilement, et dans des cas exceptionnels, à former la sultstance d’un portefeuille à une échéance moyenne de six semaines, comme doit l’étre celui des banques de circulation. Ce genre de matière escomptable est rare en agriculture; s’il se présente, il profite déjà des institutions existantes , qui admettent le papier agricole aussi bien (|ue le papier commercial ou industriel, lorsqu’il s’offre dans des conditions identiques. Si l’on ne sc heurtait point ici contre une difficulté cpii tient à l’essence même des obligations réalisables, il n’y

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aurait point à créer de nouvelles institutions de crédit d’un caractère spécial.

CelleS'Ci reposeront sur une base différente, elles ne sauraient se servir d’un instrument aussi fragile et aussi dangereux que le billet de banque, sans parler du trouble qu'apporterait dans toutes les transactions un malheureux essai de monnaie fiduciaire livrée à la concurrence. Autre chose est le crédit, qui vit de sécurité ; autre chose la création d’une monnaie fictive qui détruit la sécurité et qui compromet les calculs d'avenir, en rendant incertaine et flottante la mesure même de la valeur, l'essence de tous les engagements et de tous les contrats traduits en stipulation monétaire .

Le crédit agricole ne se plie en aucune manière aux conditions d’une banque de circulation, chargée d'échanger des lettres de change à courte échéance contre du papier à vue. Il a besoin d'obligations, d'une flurée de six mois à deux ou trois ans, et pourra les obtenir s'il sait poursuivre avec une énergique persévérance ce qui est réalisable, au lieu de SC lancer dans la région des chimères et de courir les aventures.

Dans son excellent travail sur le$ Conditiom du crédit appliqué A l’agriculture, ,M. Rivet dit : « 11 en est du cmlit comme de tant d’autres lionnes choses. Il faut & la fois le défendre contre ceux qui le trouvent dangereux et le préserver de ceux qui lui demandent ce qu'il nr peut donner. De ces deux adversaires on ne saurait dire quel est le plus à redouter, car un essai malheureux et excessif fait échouer l'idée la plus utile, n

Nous craignons fort que ces paroles si vraies ne s'appliquent directement à nos honorables contradicteurs'.

Quant à nous prononcer contre toute création de banque agricole, nous ne l'avons jamais fait; seulement nous distinguons la liberté des banques, dont nous souhaitons la plus large application , de l'emploi d’un instrument spécial, de l'émixsion des billets ; celle-ci ne rentre jmls dans le domaine de l'industrie ; la fixité, la stabilité, la solidité de la mesure des valeurs doivent, autant que possible, être contrôlées comme l’invariabilité des poids et mesures. La monnaie fiduciaire obéit à des conditions rigoureuses qui la rendent impropre au service du crédit agricole.

Celui-ci a une nature particulière, qui exige une création intermédiaire entre les longues combinaisons du crédit appliqué au sol et les allures rapides, dégagées, du crédit commercial. Il ne saurait que rarement fournir des lettres de change à courte échéance ; il lui faut des

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crédits ouverts, avec l'appui du cautionnement solidaire, il lui faut aussi des obligations créées à court terme. Les banques de dép<'it, bien garantie», a\ec des ramifications nombreuses, une vigoureuse initiative locale, aidée par des institutions centrales, comme la Société du crèdil agricole, sans privilège aucun, sans création de monnaie fictive, voilà ce qui favorisera le développement de l’industrie rurale. Ces utiles-fondations ne manqueront pas de naître du moment où une législation à la fois plus prudente et moins gênante aura fortifie le gage agricole.

Telles sont, en rapide résumé, les idées que nous nous proposons de développer dans la suite de notre travail. En s'attaquant à ce qui en forme uniquement le préambule, .MM. Tey.ssier desKargeset Dclbet ont montré qu’ils avaient l’esprit prompt; nous leur demandons un peu de patience, qu ils veuillent bien attendre l’exposé complet de nos idées, et nous n’aurons plus qu’à invoquer leur équitable appréciation.

Les développements dans lesquels est eniré M. Dclhet prouvent comliien les meilleurs esprits peuvent se laisser entraîner dans l’erreur, par suite d’une définition inexacte.

Avant que de le constater, nous sommes heureux de le dire : la terreur salutaire qu’inspirent à M. Dclhet le papier-monnaie et la monnaie fiduciaire nous ramène sur un terrain commun, sur lequel tout malentendu doit s’évanouir.

Quand il aura mieux approfondi la nature, les fonctions et l’influence du numéraire métallique et le rôle du comptant ; quand il se sera suffisamment rendu compte des nécessités qu’impose un instrument de l’échange, mesm-e et équivalent à la fois des produits qu’il met en moiivement ; quand il aura cessé de confondre le signe et le gage immédiat, la promesse et la réalité présente, la monndie et tobhgaUon, le numéraire qui n’est appelé qu’à circuler, et le titre de placement qui produit un revenu, nous serons tout à fait d’accord.

En attendant, qu’il me permette de relever deux erreurs de fait, qui troublent la marche du raisonnement.

ET L’AGRICDLiaRE.

La Banque d’Angleterre n'a pas émis un seul billet supplémentaire pendant la crise de 1866, dont parle M, Delbet : elle n’a point mis en œuvre la faculté ouverte par la promesse d’un bill d’indemnité, et le pays applaudit à la prudente réserve qui a empêché une commotion fînancière de- dégénérer en un désastre public. Les conséquences que M. Delbet rattache au fait qu’il mentionne, tombent du moment où le fait n’a point eu lieu.

Quant il la Banque do France, M. Delbet aurait dû meltre eu regard de la circulation fiduciaire des billets, non pas seulement lu capital de l’institution, mais aussi la réserve métallique. Voilà ce qu’il aurait trouvé au dernier bilan (10 janvier 1867), le plus favorable à la thèse qu’il défend, car c’est celui où la circulation des billets s’est le plus développée :

Réserve métallique, 6S7 raillions ;

Billets en circulation, 1,032 millions.

La dilférencc est de 375 millions, qui représentent les billets non couverts par les espèces ; ceu.'s-ci répondent seulement, à 10 millions près, au double du capital social de 182,.500,000 francs '.

L’émission est gouvernée par l’encaisse ; la marge, comme on le voit, est bien faible, même entre les mains d’une institution aussi puissante, aussi solide, aussi influente que la Banque de France, et en présence de la confiance illimitée qu’elle inspire.

' Cefte dcmonstralion est devenue bien plus forte encore au moment où nous publions ce volume. Le t6 mai 1867, la Banque de France publiait les chilTrcs suivants :

Réserve métallique ; 780 millions;

Billets en circulation : 1,033 millions.

La différence entre l’encaisse et les billets émis n’était plus que de 233 millions; elle ne dépassait le capital île la Banque que de SO millions de francs.

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