‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 53 sur 75 · I.ES BANQUES D’ECOSSE · texte numérisé non relu

I.ES BANQUES D’ECOSSE

La population de l’Écossc comprend un dixième environ do la population française ; la quotité des billets au delà de la couverture métallique correspondrait donc pour nous à 500 millions de francs, chiffre que nous avons déjà indiqué comme étant le maximum de la circulation probable, pour le papier faisant fonction de numéraire, déduction faite de l’encaisse en espèces. — Cela doit singulièrement réduire des plans exagérés, car la Banque de Franco a déjà réalisé ce programme ; elle a déjà rempli les canaux de la circulation do manière à ce qu’nne création nouvelle, sur une échelle quelque peu considérable, ne pourrait que causer une pléthore périlleuse.

Mais revenons à l’Écosse. Au 8 décembre 1866, à l’époque do l’année où la circulation s’accroît notablement, elle s’élevait pour tous les billets des banques d’Éoosse à 4,967,168 livres sterling, avec une réserve métallique do 2,765,824 livres sterling : la différence exceptionnellement élevée a donc été, pour les billets non représentés par des espèces, de2,261,3441ivres sterling, ou55 millions de francs en cbiQjrcs ronds. La moyenne habituelle de celte différence est inférieure d’un dixième. — Il est donc facile d’apprécier l’étendue de la ressource supplémentaire que les banques d'Écosse obtiennent à l’aide de l’émission. Elle est très-faible relativement à la masse de la richesse publique; elle n’est aussi qu’une fraction bien restreinte du capital disponible, remis au.v banques, et à l’aide duquel elles ont exercé la féconde influence qui leur a conquis une réputation légitime '.

* Au 30 mars 1807, le cliilTrc <lcs billets émis par les banques d’Écosse était descendu à A,221,024 livres sterlinp, tandis que la réserve métallique s’est élevée à 2,037,918 livres. Il n’y avait donc en circulation que pour 1,383,071 livres sterlinpr (environ .39 millions de francs) de billets au delà du chiffre des espèces tenues en r<^rve.

tT L’AUKICULTURE.

La somme des dépôts conKés aux banques d’Écosse, saus parler de ceux qui arrivent entre les mains d’autres maisons de finance, monte au chiffre énorme de près de (50 millions de livres sterling, un milliard cinq cents millions de francs. On voit combien le résultat de l’émission fait maigre figure à côté de cette masse colossale. Là se trouve le secret de la prospérité des banques d’Écosse et des avantages que le pays en retire sous la triple forme du crédit commercial, du crédit industriel et du crédit agricole. On y travaille avec le capital effectif, accumulé par l’épargne, et non au moyen d’une création fictive d’instruments do circulation, dont l’office est limité, strictement’limité. Ce n’est pas on Écosse que l’on pourrait dire : « Où trouver le capital nécessaire pour alimenter les banques do dépôt? » Les Écossais le rencontrent dans un labeur productif et dans une épargne prévoyante. Ce n’est pas surtout quand oü confesse l’absence du capital suffisant, qu’on pourrait invoquer l’exemple de l’Écosse pour construire un plus grand nombre de véhicules destinés au transport de ce capital. Songer à multiplier les billets de banque, alors que l’agriculture a besoin debestiau.v, d’instruments, d’engrais, d’améliorations pratiques sous toutes les formes, c’est suivre l’exemple célèbre do cette princesse qui, pénétrée d’une vive sympathie pour le peuple livré aux atteintes de la faim, voulait que, puiscpi’il manquait de pain, ou lui donnât de la brioche.

Descendons dans les réalités, au lieu de nous tenir dans les régions nuageuses des conceptions pm'ement imaginaires. On nous a souvent accusé de faire de la théorie : nous croyons que ce terme, pris dans un mauvais sens, s’applique à bien plus juste titre à ceux qui nous combattent. Un grand philosophe, M. Hoyer-Collard, a dit que le dédain de la théorie signifiait simple-

uæ BANQUES D’ECOSSE

ment un refus de vouloir comprendre co que l’on dit quand on parle, et ce que l’on imagine quand on pense.

Ramener sans cesse les faits à la doctrine, c’est la théorie telle que nous l’aimons; écarter les faits, n’en tenir aucun compte pour se livrer à des hypothèses, c’est la théorie dont on rencontre sans cesse l’expression chez ceux qui se piquent le plus d’être dos praticiens, et qui font à tout bout de champ de la théorie, et de la plus audacieuse, sans s’en apercevoir, comme le hou M. Jourdain faisait de la prose.

Consultons l’expérience, et gardons-nous surtout de brouiller les idées, en employant dos termes mal définis.

La confusion fondamentale, d’où dérivent tant de méprises, consiste à voir avant tout dans une banque la faculté de créer des billets, que l’on prend pour du capital. On est ébloui de cette puissance magique, au point de dédaigner le modeste effort du travail et do l’épargne.

Pour notre compte, nous l’avons toujours dit : il faut multiplier les banques, en leur laissant une pleine liberté d’action; il faut les appeler de plus en plus à susciter 1a formation du capital par la facilité d’accumulation offerte aux plus petites réserves ; on donne ainsi un corps à ce qui n’était qu’une poussière presque impalpable. Il faut que les banques distribuent, do tout côté, ces eaux fécondantes, réunies goutte à goutte dans de larges bassins. Tel est le but du crédit, telle en est l’action puissante : elle ne connaît aucune limite.

Quant à la fabrication dos billets de banque, il suffit de remonter à leur origine et de suivre le développement qu’ils ont reçu, pour en apprécier sainement la nature et la portée.

A une époque où la variation des monnaies et les altérations du numéraire portaient le trouble dans toutes les

ET L’AGRICULTURE

transactions, lo commerco, toujours ingénieux à surmon* ter les obstacles, imagina un modo do payement qui lui permit d’éviter l'incertitude de l’emploi direct des espèces mal fabriquées, rognées ou faussées. Les banques de dépôt s’établirent ; elles ramenèrent à l’unité de compte, basée sur le poids du métal fin, les variétés inrinies des espèces traduites en monnaie de banque ; clics rendirent ainsi un service dont on iio saurait trop apprécier la portée. A la place d’une véritable confusion des langues, corrigée d’une manière imparfaite par l’action du change, on rencontra l’unité de l’idiome commercial. De véritables carnets, délivrés aux déposants, constatèrent la valeur des dépôts effectués, et des virements, effectués à l’aide de délégations, réglèrent les dettes. Lo métal précieux restait immobile dans le trésor do la Banque, ainsi que cela se pratique encore à Hambourg, où la caisse commune réalise avec grand avantage tout le inouveinent des fonds entre les particuliers. On n’opère qu’avec ce qu’on possède ; quand lo crédit est mis en œuvre, il repose sur le capital réalisé et n’ontraine jamais du mécompte.

Des délégations, transmises de main en main, au billet de banque, qui constitue une délégation à vue sur une somme do métal déterminée , le passage était simple. Mais, au lieu de se contenter do faciliter ainsi les négociations, les comptes et le transport des espèces jui moyen du papier, auquel elles se trouvaient attachées par un lien direct et indissoluble, les banques voulurent bénélicicr des dépôts en les employant. L’équilibre permanent entre la réserve métallique et les billets émis se trouva rompu, du moment où naquit la forme nouvelle des banques de circulation.

Ou fut ébloui de cotte adjonction d’instruments d’é-

LES BANQUES D’ECOSSE

change, tirés en quoique sorte du néant, et on se laûssa

entraîner à en exagérer singulièrement l'importance.

Le fait est que cette adjonction, destinée à remplir les fonctions des payements au comptant, se trouvait forcément restreinte dans les transactions auxquelles le comptant peut servir. Dans toute société, l’utilité des in.struments monétaires se limite d’elle-méme ; comme l’a si bien dit Adam Smith, on ne saurait les étendre au delà, sans tout compromettre, sans ébranler la solidité des transactions et sans modifier le sens des contrats.

Ici se rencontre la pierie d’achoppement de tous les projets aventureux basés sur l’émission du papier : l’histoire et la constitution actuelle des banques d’Écosso permettront de le constater d’une façon précise.

L’économie politique est avant tout une étude des faits, matter of facts, comme disent les Anglais. Souvent on discute à perte de vue sur des conceptions arbitraires, alors que les données recueillies par l’expérience se trouvent négligées. On fait plus : on imagine, de bonne foi, des mécanismes dont on admire l’clTet, en prenant de simples hypothèses pour la réalité.

Quelque arides que soient de longues colonnes de chiffres, nous n’hésitons point à les produire ici avant que de nous engager dans l’examen des principes, eu ce qui concerne les Banques d’Écosse. Une communication bienveillante nous a permis de réunir à cet égard des documents précieux, complètement inconnus cliez nous et qui n’oni même obtenu au delà du détroit qu’une jiublicité très-discrète. Nos voisins sont avant tout des

ET L’AQRICÜLTURE.

hoimues d’actiun : ils fout sur une large échelle des affaires d’une grande importance, mais ils trouvent rarement le temps et éprouvent peu le goût des comptes rendus. Rien de plus sommaire que les rapports présentés aux assemblées d’actionnaires, surtout en ce qui concerne les établissements de finance. Une grande réserve préside à ces communications, et les intéressés se gardent de tout élan de curiosité en ces matières délicates. Quand les dividendes distribués sont satisfaisants, la confiance dans la direction écarte toute investigation détaillée. Il faut quelque circonstance particulière pour arriver à d’autres résultats. Les enquêtes, ouvertes de temps à autre par le Parlement, ont mis en lumière beaucoup de faits que personne ne s’occupait de grouper et de porter à la connaissance du public. La plupart du temps, il faut se livrer à des investigations personnelles, quand on désire être complètement initié au maniement des grandes entreprises.

Nous avons essayé d’entrer dans cette voie ; les rapj)orts que nous avons été heureux de lier avec des hommes dont l’obligeance égale le rare mérite, nous ont mis à même de rassembler des renseignements précieux, pour la plupart inédits. Ils sont de nature à édifier pleinement sur l’organisation et la marche des banques d’Écosse : il sera facile d’en tirer des conclusions instructives.

Les banques d’Écosse qui fonctionnent aujourd’hui sont au nombre de douze : chacune d’elles possède de nombreuses branches qui couvrent le pays d’un vaste réseau d’établissements de crédit.

Pour avoir une notion complète de la situation actuelle et des phases traversées depuis bientôt un demi- siècle, nous devons reproduire le tableau publié par ordre du Parlement le 29 avril 1864. 11 donne les noms de toutes

les banques qui ont fonctionné en Écosse au 1'' janvier des années 18t9, 1830, 18iS et 1864, avec le nombre dos embranchements appartenant h chacune d’elles, le montant de l’émission, celui dos réserves métalliques, etc. Ce tableau couiprond aussi l’indication do la cessation des opérations ou do la fusion des établissements qui n’existent plus

La simple inspection de ce document suggère des observations d’une incontestable gravité. On voit le nombre des banques diminuer et celui de leurs embranchements s’accroître. Quant au rapport de l'émission des billets à la réserve métallique, il a besoin, pour être bien compris, quo nous exposions d'abord l’esprit et les prescriptions de la loi de 1845, qui a borné aux banques alors existantes, et aux émissions qu’elles avaient faites, la faculté d'émettre dos billots, on limitant la quotité do ceux qui peuvent être créés en dehors do la somme exactement correspondante à la réserve métallique,

L’ancienne constitution des banques d’Écossc permettait l’émission des billets, sans aucune limite. On a souvent prétendu que cette faculté n’avait entraîné aucun inconvénient : c’est là une erreur, dont la seule lecture d’Adam Smith aurait dû préserver, en ce qui coiïceriu! un passé plus reculé, et que des faits plus récents ont uoinbrc de fois mise en lumière.

Adam Smith a décrit, dans son admirable chapitre de Farfjent, les dangers et les embarras causés par la circulation trop étendue des billets des banques écossaises; il a

‘ Ce tableau est placé ci-contre.

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