‹ La Banque d'Angleterre et les Banques d'ÉcosseChapitre 59 sur 75 · I.ES BANQUES D'ÉCOSSE · texte numérisé non relu

I.ES BANQUES D'ÉCOSSE

influe ainsi, absente ou présente, sur tontes les conventions.

Adam Smitb a, au moyeu d’une belle image, dépeint d’nne Inanièrc saisissante les avantages que peut présenter la création des billets de banque sagement linlitée. Il compare l’or et l’argent qui circulent aux cbcinins; ceux-ci servent à conduire au marché les grains et les fourrages, sans produire un grain de blé ni un brin d’herbe. Les opérations d’une banque sage ouvrent une espèce de chemin dans les airs ; elles permettent de convertir en pâturages et en sol cultivé la terre, devenue superflue pour les transports. Mais l’avantage ainsi recueilli ne peut s’étendre au delà d’une partie des terrains jusque-là consacrés à former les voies de communication, et CCS terrains eux-mêmes n’occupent jamais qu’une fraction réduite du territoire. On arrive donc.promptenient à épuiser une pareille ressource.

Adam Smith s’empresse d’ajouter : « Si le commerce et l’industrie peuvent s’élever plus haut à l'aide de la monnaie de papier, suspendus ainsi, si j’ose dire, sur les ailes d’Icare, ils ne sont pas aussi assurés dans leur marche que quand ils portent sur le terrain solide de l’or et de l’argent. »

C’est CO terrain solide que le grand économiste voulait préserver, tout en admettant le concours du billet de banque, dans une ptoportion restreitite. Notre ancien collègue et ami, Adolphe Blanqui, a eu raison de dire : O Celte magnifique image de la circulation du papier des banques est l’expression réelle des faits économiques , tels que l’iiistoirc de l’Angleterre et de la Franco nous les a retracés depuis cinquante ans. Jamais la sagesse des vues de Smith ne s’est révélée avec plus d’éclat que dans Ce chapitre, où tous les économistes ont puisé les

ET L’AGRlCÜi.TURE. 499

éléments dé leurs travaux sur les banques, feans écHJiser les siens. »

Avec sa constitution particulière et les facilités offertes il l’émission, l’Écosse s’est garantie du danger des aile.s d’Icare. Elle s’est renfermée dans un emploi modéré dbs billets, ayant connu par la rude expérience du passé ce qu’il en coAlait à faire autrement. Quant aux coupures, déjà, au siècle dernier, le Parlement avait interdit celle.s de î! et de 10 sbillings, en limitant à ime livre (23 fr.) la valeur la plUs faible du billet, comme on l’a fait aussi dans nie do Jersey. Soit dit en passant, cette prévision el cette règle suffisent pour établir une différence cssenlielle entre deux titres qu’une observation superficielle essaye de confondre d’une manière absolue, entre le billbl dè banque et la lettre de change.

La tolérance dont l'Act de 184.3 usa vis-à-vis des billets d'wnc livre, en Écosse, prouve combien sir Rolieri Peel comprenait les devoirs de riiomme d’État, toujoutâ obligé de tenir compte des faits, des mœurs et des habitudes : rhommo d’État ne fait pas des mathématiques, il étudie la matière vivante.

Sir George Clerk, gouverneur de la Banque d’Écossc, étant vice-président du Board of Trade (ministère du commerce) en 1845, a rappelé les paroles prononcées par sir Robert Peel dans la discussion dü 28 avril de la mêmë année, relative à la circulation des billets d’une livre : O Je ne sais s’il est possible de justifier par des arguments sérieux l’importance qu’on y attache. On peut avoir des doutes nombreux à cet égard ; cependant, en m’effor<;ant d’introduire des principes que je crois justes, je ne m’exposerai pas à heurter les préjugés du public, et je ne risquerai point de soulever l’opposition de l’Écosse. Sans garantir le maintien de ces billets, je iie propose pas de

500 l'ES BANQUES D’ÉCOSSF.

les supprimer actuellement, je l’éserve 1 avenir. La liberté du Parlement ne doit pas subir d’entraves à cet égard. Si le maintien de ce privilège ne porte pas atteinte aux intérêts, s’il n’a pas d’effets nuisibles sur la circulation de l’Écosse, les Parlements futurs useront sans doute de la même tolérance, et ne troubleront pas les habitudes d’affaires du pays dans le but unique de faire triompher une théorie. »

L’expérience a justifié les prévisions de sir Robert Peel : les inconvénients qu’aurait pu présenter une coupure aussi faible , généralisée en Angleterre , ont été amortis par l'isolement do l’Écosse, et par le maintien du point d’appui que cette contrée rencontre toujours à Londres quand elle a besoin de rectifier la circulation. D’ailleurs cet exemple, qui ne porte point à conséquence, prouve combien la force des choses limite l’ensemble de la circulation fiduciaire, même lorsque celle-ci rencontre de très-grandes facilités.

L’émission des billets n'a jamais fourni à l’Écosse qu’un très-faible contingent de ressources : beaucoup plus restreint au dix-huitième siècle, ce contingent s’est développé depuis une cinquantaine d’années : il a surtout grandi sous les dispositions prévoyantes de XAct de 1843, sans dépasser cependant une proportion réduite , soit qu’on mette en regard du chiffre des billets non couverts par l’encaisse métallique les dépôts remis à la disposition des banques d’Écosse, soit qu’on le rapproche des résultats habituels obtenus dans d’autres pays.

Ceux qui présentent la circulation fiduciaire de l’Écosse comme l’expression du secours fourni à l’agriculture

ET L’AÜKICULTURE. SOJ

cominettent uue grave erreur. Ils ne font point la distinction dos avances consenties pour divers emplois commerciaux, industriels ou agricoles, et les renseignements qui nous ont été donnés nous portent h croire que les nombreux embrancftemenls, disséminés dans les campagnes, remplissent plus le rôle d’une pompe aspirante des épargnes réalisées, qui vont alimenter les besoins du crédit dans les cités manufacturières et traficantes , qu’ils ne servent à reporter vers les champs l’excédant des capitaux réunis.

Les fermiers usent des cash accounls, crédits ouverts sous la condition d’une garantie, fournie nu moins par deux cautions solvables, beaucoup plus qu’ils n’ont recours à l’escompte des billets. Or, les cash accounls ne forment point la fraction la plus importante des opérations des banques d’Écosse.

Le mécanisme do celles-ci est fort simple : le succès légitime qu’elles ont obtenu ne tient à aucune recette merveilleuse ; il découle tout entier des qualités morales de la population, d’un esprit à la fois éclairé et prévoyant, qui fait mettre en œuvre les facilités offertes et qui les alimente par l’épargne et par la régularité ponctuelle mise à remplir les engagements contractés. Ce qui domine ici, ce n’est point un artiflee de finance, c’est riiommc, dont la puissance d’action se développe à mesure que l'intelligence grandit et que les bonnes habitudes SC développent. Les banques d’Écosse sont simplement un cadre ouvert à l’activité laborieuse et aux efforts spontanés des habitants. Les réserves individuelles alimentent ces grands réservoirs de capitaux, mis à la disposition de toutes les entreprises, au taux d’intérêt qui convient pour encourager l’épargne, appelée à loucher une part notable des recettes effectuées. Ce taux est variable, sui-

LES ÜANQÜES D’ECOSSE

vant les conditions générales du ipaiché ; il so règle d'uno inanièrp normale sur je cours du marché de Londres.

Pc prix très-réduit auquel on obtiendrait les avances pn Écosse dpit être relégué dans la région des données fantastiques, qu’on a si longuement exploitées en ce qui concerne ces établissements. Ils possèdent un caractère qssez sérieux et leur inducnce est assez féconde pour qu’on les admire tels qu’ils sont en réalité, sans leur attribuer des qualités artificielles, bonnes seulement à, tromper ceux qui répètent avec Complaisance des erreurs accréditées, sans prendre la peine d’étudier et de contrôler les faits. Ces dangereux amis des banques d’Écossc ont beaucoup contribué à égarer les esprits, en les mettant sur une fausse voie. Si, au lieu de donner libre cours à leur imagination et de tracer un tableau chimérique, ils s’étaient bornés à présenter la véritable situation do ces banques, à décrire les ressorts qu’elles font agir, à mettre en rplief la force puissante qui est l’àmo de ce grand et utile mouvement, ils auraient sans doute hété le moment désirable pù des institutions analogues seront appelées à fonctionner dans notre pays.

Rappelons rapidement le mode suivant lequel s’exerce l'actipn féconde des banques d’Écosse, disons de quel levier énergique elles disposent et les phases qu’elles ont traversées.

Quand on a voulu attribuer à la faculté d émission de billets, faisant office de monnaie, les services rendus par ces établissements, on a commis une singulière méprise. Les billets de banque n’y ont jamais joué qu’un rôle secondaire ; leur quotité était faible au dix-buitième siècle^ et ils ont été la cause première des désastres subis, des suspensions de payement, de la dépréciation de finstrument dps échanges, de tous les maux si bien décrits

ET L’AGRICELTÜRE.

par Adam Smith, de ces maux qui ont affligé les banques d’Écossc pendant une longue période de leur existence.

D’où vient le respect reconnaissant qu’elles inspirent au pays et aux penseurs les plus distingués? Du rôle dont elles ont su se saisir de honne heure, et qui correspond à la partie la plus importante du service des banques, du rôle d’intermédiaires entre l’épargne pro- j * voquée par la facilité du placement, et l’esprit d’entre- j prise animé par le concours du capital disponible. Les banques d’Écosse ont organisé le système des dépôts et l’emploi des crédits ouverts : elles ont fourni aux économies réalisées et au travail productif le point de rencontre nécessaire : elles ont fait mettre en œuvre les deux qualités distinctives de In population, la prévoyance et l’activité. Ne cherchez point ici les grands coups de théâtre qui éblouissent, pour se dissiper en fumée ; vous ne trouverez qu’une initiative patiente, virile : elle procède avec prudence, crée les instruments de travail par l’épargne, les emploie sans relâche et arrive, au moyen d’un persévérant effort, à un succès d’autant plus grand et plus solide, qu’il n’a rien emprunté à la fiction, mais qu’il a su ne rien négliger de ce que la réalité lui olVrait d’éléments à utiliser.

Alors que les banques établies en Angleterre n’accordaient aux déposants aucun autre avantage que celui de recueillir les sommes éparses, en promettant une .sécurité, trop souvent déçue, et eu facilitant les transactions, les banques d’Ecosse ont créé de bonne heure le s éritahlc mécanisme de l'office de banque, compris dans une large acception du terme.

Elles ont organisé, sous une forme ingénieuse , *le système des dépôts et des crédits ouverLs, en liant l’augmentation des ressources disponibles à l’emploi le

LES BANQUES D’ÉCOSSE

plus profitable et le plus sûr des réserves agglomérées.

Voici leur mode d’opérer : elles reçoivent les dépôts sous une double forme, le deposit receipt, qui consiste dans un placement fait à la banque, moyennant un intérêt déterminé, sous la condition qu’on ne puisse s’en servir qu’en opérant en personne le retrait de la somme inscrite, sans en disposer à ordre ou au moyen d’un chèque.

Le nperating deposit accotait constitue au contraire un véritable compte courant ; les banques s’obligent à tenir compte d’un intérêt, qui dilTère depuis 1863 suivant qu’il s’aj)pliquc aux balances journalières ou bien au minimum de la balance mensuelle.

Les banques d’Écosse accordent, d’un autre côté, lo cash crédit account, dont le crédité peut disposer, sous la garantie valable de deux et plusieurs cautions acceptées au moment de l’ouverture du crédit, jusqu’à concurrence d’une somme déterminée de 100, 200, 300, 500 et quelquefois jusqu’à 1,000 livres sterling.

Les dépôts ne sont pas faits à période fixe. Dans un pays où les variations du mouvement commercial seraient plus fréquentes et plus considérables, ce système de dépôts, dont le retrait a lieu à volonté, présenterait des dangers, que l’esprit plus calme des Écossais et l’allure plus régulière de leurs entreprises permettent d’éviter en grande partie.

Les opérations de dépôt et des cash accounts forment les traits distinctifs des banques d’Écosse, comme clics ont été la source principale de leur prospérité et des services rendus. Dans les jugements portés sur ces excellents établissements, il s’est produit une confusion qu’il importe de dissiper ; on ne saurait trop insister sur ce point. Tous les écrivains qui en ont parlé avec grand éloge ont rendu hommage aux banques, sans distinguer

ET L'AGRICULTURE

.Wj

l’action exercée par les billets de l’action exercée par les dépôts. Leur admiration est parfaitement justifiée, mais elle a besoin d’être expliquée.

Les billets rendent des services incontestables pour la facilité du transport et pour la rapidité du compte ; ils permettent d’épargner la perte subie par l’usure de la monnaie métallique, le frai. En ce qui concerne l’économie qui résulte de leur emploi, elle est faible, car elle se borne à l’intérêt qu’aurait réclamé le service du capital métallique, remplacé par les billets émis au delà de la réserve en or ou en argent. C’est peu de chose, relativement à l’ensemble du capital et à la masse des dépôts.

Nous avons montré comment, pour l’Écosse entière, l’économie ainsi faite s’élève au plus en moyenne à SO millions de francs ; si on calcule le sacrifice fait sur le pied de l’intérêt servi au capital reçu en dépôt, en admettant ici une moyenne de 3 pour 100, tout se borne au maximum à 1,, ^00 ,000 francs par an, total dont il fautdéduire les frais.de fabrication des billets.

Quelle est la somme des dépôts? Nous l’avons déjà dit, ils s’élèvent en Écosse à 60 millions de livres, un milliard cinq cents millions.

En voici le relevé, fait en août do l’année dernière, pour les douze banques d’émission. Le total s’accroît du chiffre des dépôts effectués dans d’autres établissements :

Ut. aterl.

Bank of Scotland 7.0Lt.9li*

Royal Bank of Scotland 8.127.791

British Linen Company 7.322.09:i

Commercial Bank of Scotland 7.088.831

National Bank of Scotland 7.000.266

Union Bank of Scotland 8.258.927

Clydesdale Bank' (Glasgow) 4.578.710

City of Glasgow Bank 4.446.365

A reporter. 53.837.903

LES BANOÜES D’ECOSSE

Ut. rterl.

Report . 33.83“. 903

.Aberdeen Town and County Bank t . 164 .264

North of Scotland Bank (Aberdeen) 1.280.000

Central Bank or Scotland (Pcrth) 83.3.000

Calcdonian Bank-Invcrness 100.000

ToUl 37.817.167 '

A ijucl taux les dépôts sont-ils rémunérés et quel est l’intérêt perçu sur les avances (cash accounts) ?

Une obligeante communication nous met à même de fournir cet élément décisif pour la solution de beaucoup de questions mal connues ou faussement interprétées.

Nous publions ici le mouvement des deposit accounts et des deposit receipts depuis 4789, et des cash accounts depuis 1822, à la Banque royale d’Écossc, la première qui ait adopté (en 1729) cet ingénieux système d’avances.

De longue date, une entente commune s’est établie entre toutes les banques d’Ecosse, pour la fixation périodique d’un faux d’intérêt uniforme, alloué au.x dépôts et perçu sur les avances,’dans le pays entier, au siège principal do ces établissements, comme dans toutes les branches. Nous reviendrons sur ce point essentiel; il montre combien est vaino l’idée do la concurrence des banques libres en Écosse. Cette contrée n’a pas de banques libres, dans l’acception qu’on a voulu donner à ce terme, et la concurrence ne s’y exerce en aucune manière pour la fixation du taux de l’intérêt. Quand on connaît le taux adojité pour

' En avril 1867, lesdéiiàts s’etaient accrus de WÛ,000 liv. si. à la Banque d'Écosse, de 500,000 liv. si. à la Banque Boyalc, de l,000,ooo de livres sterling à la yalional Bank, de l.’iO,O0O liv. si. à ITmon Bank, de 400,000 liv. st. à VAberdeeii Town and County Bank Cnmp., de 2.50,000 liv. St à la Clydesdale Bank. C’est un ebiffre de 2,740,000 1. si. qui porte le total ci-dessus à plus de 60 millions de livres sterling. Nous ne posions (las le chiffre exact des autres banques à cette dernière époque, mais nous savons qu’il avait augmenté pour toutes.

ET L’A(iRlCULTPBE,

l'une (les banques d’Écosse, on le connaît pour toutes.

Il est utile de rappeler que, depuis 18()3, les banques d’Écosse ont établi une différence quant à l’intérét allopé pour les operatinq deposit accounts, entre ceux dont pn rémunéré ainsi les balance^ journalièies {daily balances) et celle? pour lesquelles on ne lient compte que du minimum des balances mensuelles {minimum monthly balances). Ouatre tableaux résu|ncnt sous ce rapport rcnsenible des variations que présente la gestion des banques d’Écossc.

BANQUE ROYALE D’ÉCOSSE

Taax 4e l'miéret alloué! aur lea Bfpoêtt MeeripSê.

DEPUIS

JUSQU’A

TAUX

jooaa.

Janvier.

Octobre.

ISiO

Octobre.

Jamel.

JuUleU

Décembre.

mi

Décembre.

Novembre.

Norembret

Décembre.

Décembre.

Mai.

IMT

Val.

Septembre.

lis

Septembre.

Mai.

Mal.

Septambre.

Septembre.

Décembre.

Décembre.

Février.

Pétrier.

Juin.

IMSH

Juin.

Jaio.

Février.

Février.

AoOt.

Aoikl.

Décembre.

Decembra.

Avril.

lis

AvrU.

Novembre.

Eovtmbre.

Février.

Février.

Février.

Février.

it

Novembre.

Juin.

Jain.

Janvier.

ii/t

Janvier.

OctoM-

Octobre.

Mal.

Mai.

Mal.

Mai.

Juin.

/nio.

Octo)>re.

Octobre.

Décembre.

Décembre.

Jain.

Juin.

Octobre.

1 iÜ

Octobre.

Mai.

Mai.

Janvier.

Janvier.

Janvier.

Janvier.

ré^tin.

Février.

Mni.

Page 1