I.ES lIANyUKS D’KCOSSF
Mais pour réussir, il ne suffit pas d'installer un mécanisme plus ou moins porfcctionué, il faut (jue les lialiitudes d’ordre, de prévoyance, d’intelligente activité donnent l’impulsion aux ressorts; sans cela, tout avorte.
L’organisation des banques d'Ecosse est simjile et puissante par sa simplicité même ; la prétendue baguette magique de Vémission fiduciaire n’y joue qu’un rdle minime et singulièrement effacé. Ceux qui se sont laissés séduire par ce que la facilité apparente de créer des ressources nouvelles avec quelques rames de papier,
• offre de brillant, se convaincront, pour peu qu’ils y réfléchissent, de la vérité du dicton populaire : « Tout ce qui reluit n’est pas or. » On cherche vainement la richesse dans le creuset de nouveaux alchimistes, elle n’a pour source réelle que le travail intelligent et l’économie patiente.
La pensée de pouvoir contribuer à ramener, sur le terrain pratique, des efforts généreux trop souvent égarés par de fausses lueurs , nous a soutcn\i dans nos recherches.
L’Ecosse ne s’est point fiée à un mécanisme morne, elle a évoqué la force vivante. A quoi serviraient les facilités ouvertes au crédit, si les populations ne savent point les mettre en œuvre ? Ce qui manque chez nous, c’est cet e.sprit à la fois entieprenant et pratique qui distingue s Ecossais; c’est cette intelligence des résultats que procurent la concentration des épargnes et l’emploi des ins* uments offerts au travail. Si nous parvenons à les conquérir, les institutions se multiplieront d’ elles-mêmes, ^ar elles rencontreront ce qui constitue l’élément vital de leur existence. Ce n’est point avec des billets de banque, d.mt elle use fort peu ; ce n’est point grâce à une concurrei ce des institutions de crédit (|ui n’y existe pas; ce n’est point
ET L’AGRICULTURE
par ia grande multiplicité des banques, on reconnaît qu’il en e.\iste peu, lorsqu’on sait les distinguer de simples succursales ; ce n’est pas non plus en faisant servir aux avances les capitaux de fondation , qui sont employés en rentes, ni en réduisant l’intérét au moyen d’artifices de finance, car l’intérêt est payé sur le pied normal déterminé par l’abondance avec laquelle les capitaux sont offerts et par l’intensité de la demande ; aucune de ces éblouissantes chimères n’a permis k l’Écosse d’user d'une large organisation du crédit. Pour y amver, il lui a simplement fallu comprendre ce que vaut le rapprochement opéré entre le capital, successivement réuni, et le travail constamment développé. Une fois qu’on le comprendra également en France, tout sera fait, sans grande complication de ressorts, sans fracas, sans coups de théâtre, par l'énergique application de l’initiative individuelle et la rapide agglomération dos ressources privées. Que les résultats du travail de la veille, préservés d’une destruction immédiate, soient mis à la portée des eflorts du jour aussi bien que des plans d’avenir, et l’agriculture puisera dans le large réservoir des banques des ressources infinies, sans recourir à la périlleuse création d’une sorte de monnaie de papier, dépourvue du gage métallique.
Au lieu de discuter dans le vide, nous avons cité des faits, produit des chilfres, scruté les causes de la puissance des banques d’Écosse. Quelques-unes des données recueillies ici sont publiées pour la première fois ; nous avons essayé de les présenter toutes sous leur vrai jour. Sans sacrifier à aucune illusion, en cherchant uniquement le ressort do ce grand mécanisme, nous pen.sôns avoir justifié l’admiration que nous inspirent les banques d’Ecosse, mises au service d’ime population éclairée et laborieuse.
LES BANQUES D’ECOSSE
Les partisans d’une prétendue liberté des banques, qui consisterait dans le di'uit de libre émission des Idllcts, ont grandement à profiter du spectacle fourni par les banques d'Écossc. Celles-ci montrent par renseignement le plus profitable, par roxpériencc accomplie, combien il importe de se préoccuper, eu dehors de l’intérêt de l’institution de crédit et de celui des personnes qui contractent avec elle, d’un troisième élément, de la clientèle indirecte, en quelque sorte involontaire, du public qui reçoit et qui donne les billets comme de lu monnaie.
La force des choses a introduit eu Keosse des mesures de restriction sévère qui ont conjuré le danger, en renfermant dans une limite étroite une faculté d’émission strictement réglementée. Ce n’est qu’à l’aide de faits travestis ou mal compris qu’on a pu faire supposer que le J)illot de banque joue un grand rôle en Écosse. Le succès brillant obtenu par les institutions de crédit de cette contrée repose sur une base différente, bien autrement large et solide, l’énorme capital elfectif accumulé par les dépôts.
Le billet de banque leur a, au contraire, plus d’une fois fait courir un danger sérieu.v, et subir des pertes considél'ables au di.v-buitiènie siècle et à des époques plus ra])proebées.
Une confusion qu’oii ne saurait trop travailler à dissiper a fait méconnaître la question véritable.
L’illustre Mac-Aula) a eu raison de dir«‘ que lest>co/es et les banques avaient transformé l’Kcosse : nous sommes parfaitement de cet avis, mais nous distiuguoiis les banques, intermédiaires actifs entre le capital dont elles favu-
ET L’AGRICULTURE
lisent la formation et le travail ({u’ellcs alimentent, du billtl de banque^ instrument secondaire, qui n’amène qu’une très-faible économie dans la circulation, et qui vaut plus par la facilité du transport et la commodité du maniement, que par la légère épargne qu’il occasionne dans le mécanisme métallique des échanges.
Les bienfaits des loan-societies, des banques d’avances, des véritables banques populaires que l’Écosse possède depuis plus d’un siècle,. sont incontestables ; mais, comme les banques populaires d’Allemagne, qui n’ont jamais lancé un billet au porteur et à vue, destiné h circuler en guise de monnaie, ces utiles créations ne doivent rien à l’^ission.
Notre honorable r.ini M. Batbie l’a lui-mème reconnu d.ms son livre le Crédit populaire En voici un passage ; « Les banques d’Ecosse sont de vraies banques populaires; là est le trait caractéristique et le secret de leur influence si bienfaisante sur le développement économique du pays, ainsi que de leur succès soutenu;... elles ont pour clientèle toute la population productive du pays; elles lui rendent surtout d’immenses services par le cash crédit... » et il explique émerveille tous les rouages de ce système. Mais, dans tout ceci, le billet de banque ne joue aucun rôle, il ne met point en mouvement cette pompe aspirante et refoulante des banques, qui donne la vie au crédit. Un évaluait, il y a quarante ans, à 30 mil* lions do livres les dépôts des banques écossaises; ce chiffre a plus que doublé aujourd’hui. Provient-il des billets? En aucune manière. Il est le fruit d’une épargne intelligente ; appliqué à la France, il mettrait plus de 15 milliards de francs à In disposition constante d’un cré*
' Pans, 1864.
•ES IIANQUES Df-COSSE
dit sérieux et régulier. — Nous dirons, à notre tour, que ce parallèle est éloquent, et qu'il n’a besoin d'aucun commentaire. Quiconque se rend compte du chilFre colossal des dépôts en Ecosse, fait bonne justice des exagérations commises au sujet des billets de banque, auxquels un artilice babile de discussion essaye d’attribuer le mérite du développement admirable acquis au crédit écossais.
La solidarité dos actionnaires, qui règne dans tous les ' établissements du pays, excepté les trois banques les plus anciennes qui sont incorporées, c’est-à-dire soumises au régime de nos sociétés anonymes, a, comme nous l’avons fait remarquer, singulièrement accru la solidité des banques, en imprimant aussi une allure plus régulière à leur , marche. Le n’est pas là seulement un accessoire important, c’est le principe même, que no saurait altérer la prétendue intervention à’ hommes de paille, car la liste des associés, périodiquement publiée, fait dépendre le crédit de chaque compagnie de la position connue des intéressés.
L’élévation relative du capital exclut les bénéfices faciles d’une émission abondante des billets; quant à l’emploi exclusif des ressources des banques aux opérations de crédit, c’est une pure et simple illusion qui se dissipe au contact des chiffres officiels. Toutes les banques d'Ecosse consacrent à des placements en renies et en titres divers beaucoup au delà du montant du capital versé. Quant au contrôle mutuel qu’elles exercent les unes sur les autres, il restreint la circulation fiduciaire à do faibles proportions. Ce résultat, irrévocablement acquis, montre le cas que l’on doit faire du prétendu triplement des capitaux , nu moyen des billets. Ce contrôle ne suffirait point à lui seul, de tristes exemples l’ont plus d'une fois prouvé, si l’absence complète do la concurrence entre les
ET L'AüKlCULTüRE.
banques, pour la fixation du taux des avances, et la limite légale imposée au contingent fiduciaire de chaque banque, limite qu’aucune d’elles n’atteint jamais, no renfermaient point la circulation des billets dans une étroite sphère. L’/lc< de 1843 n’a imposé aucune gène gratuite à une circulation, qui n’use même pas de la marge qu’il lui ouvre. Les partisans les plus dévoués du système qu’ils décorent du nom attrayant, mais inexact, de Ubei'té des banques, avouent que les billets, dans leur quotité actuelle, desservent largement les besoins de l’Écosso. De quoi pourraient-ils donc se plaindre?
Quant au cliilTre des succu7'sales, il n’impliqno nullement des ressources plus considérables. La fondation des comptoirs intéressés, tels qu’ils fonctionnent en Belgique, et la création de banques locales, alimentées par l'initiative privée, et mettant en œuvre l’énergique levier dès dépôts, doteront la Franco de moyens d’action tout aussi féconds, du moment où, au lieu de courir après la chimère décevante d’une création de ressources au moyen do l’émission, on saura se résigner chez nous, comme on Ecosse et en Belgique, à mettre au service de l’esprit d’entreprise le résultat acquis des travaux réalisés.
On s’extasie devant les billets des banques multiples, pourquoi ? Ce n’est pas qu’ils donnent plus de garanties ni do facilités, ce n’est pas non plus qu’ils se multiplient plus que les billets d’une banque unique, qui rayonnent dans tout le pays. Quant à l’idée que la Banque d’Angleterre se trouve plus souvent embarrassée que les banques libres et égalitaires de l’Écosse, elle pèche par la base, car c’est la Banque d’Angleterre qui seule porte tout le poids de l’édifice monétaire du Royniime-üni ; c’est sur elle que les banques d’Écosse prennent leur appui, c’est grAce à elle qu’elles peuvent jouir d’une sé-
lÆS BANQUES lyECOSSE
ciirité, ac(|iiise quelquefois aux dépens de celle de la métropole. D’ailleurs, en ce qui concerne Y émission, les banques d’Écosse ne sont pas fibres, et l’épithète A’égafitaires ne leur appartient que dans un sens, qu’il importe d’expliquer: elles procèdent, en excluant tonte possibilité do concurrence, sur un pied égal pour le loyer servi aux dépAts et pour le taux d’intérêt imposé aux avances.
Oft donc M. nom a-t-il vu que le régime de la pluralité assurait en Écosse un crédit et une propagation de billets, que ne pourrait leur donner, chez nous, le droit unitaire exercé par la Banque de France? Nous avons, en réalité, autant de billets de banque que les Écossais, et personne ne suspecte la valeur d’une circulation bien accueillie partout. Le fantôme du papier-monnaie pourrait être laissé en repos, car notre Banque n’a aucun penchant pour cet expédient funeste des gouvernements aux abois. Nous félicitons M. Hom de la sainte horreur dont il c.st pénétré vis-à-vis du papier-monnaie; mais, pour être juste, il n’aurait pas dA oublier que si des événements plus forts que la prévoyance et la force humaines ont fait introduire le cours forcé à la suite de la révolution de 1848,1c chiffre des billets, au lien d’être livré aux facilités de lu surémission, a été strictement limité à une quotité qui n’équivaut point à la moitié de la circulation actuelle. Il aurait dA se rappeler aussi que la Banque de France a longtemps insisté pour que le cours forcé fût levé, car la sage circonspection do cet établissement avait promptement réduit le droit de ne pas rembourser les billets en numéraire, à une faculté purement idéale. L’exemple choisi par M. Hom le condamne; quant aux abus commis en Autriche et en Bussie, ils ne tiennent point au régime des banques, mais à une véritable fabrication d’assignats. L’Italie, si elle s’est laissée entraîner à décréter le cours
ET L'AGRICÜLTÜRE.
forcé, suit an moins l’exemple de la France de 1848, en limifani l’émission. Enfin, M. Horn devait aussi ne pas taire ce qui s’est passé au dix-huitième siècle pour les banques d’Écosse qui avaient introduit la fameim clattse (f option, interdite depuis par le Parlement, clause qui ajournait le remboursement du billet de banque, en le plaçant sous le régime du billet fictif , que M.IIom déclare abhorrer.
Du reste, il n’ést pas fanatique du billet de banque ; il n’y voit pas une panacée, nous le constatons avec une satisfaction réelle. Mais pourquoi donc, avec ces idées justes , se donner l’apparence de grossir les rangs de ceux qui acclament l’émission comme la source d’un accroissement de capital ? Quand on comprend aussi bien que M. Horn que le billet n’est qu’un véhicule pour faire circuler, et que ce n’est pas le nombre des véhicules, mais l’usnge qui en est fait qui assure une circulation saine et féconde, on devrait laisser aux rêveurs une interprétation peu exacte du mécanisme des banques d’Écosse.
M. Hom dénonce cependant le nombre restreint des billets émis par les succursales de la Banque de France, en ne .songeant point à la cause de cette différence arec le régime écossais. Le billot de la Banque de France circule également partout : il rend donc en grande piirtie inutile l’émission locale. La circulation fiduciaire, en tatit qu’elle rend des services sérieux, ne se concentre point dans nos villes, elle pénètre aussi dans les campagnes, et Vunité du billet a singulièrement avancé sur ce point l’éducation des habitants.
La formation d’établissements de banque dans nos départements utiliserait l’énergique levier des dépôts; ce levier agira avec une efficacité d’autant plus grande
LES BANQDES D’ECOSSE
qu’elle ne sera point traversée par la défiance que pourrait susciter la circulation fractionnée des billets faisant office de monnaie. — L’Ecosse possède sous ce dernier rapport des habitudes séculaires, celles-ci ne s’improvisent pas. D’ailleurs, le résultat qu’elle a obtenu peut être facilement atteint sur une voie quelque peu différente, et l’émission des billets ne présente point un avantage suffisant pour faire courir les aventures. M< Horn reconnaît que les dépôts dépassent presque le décuple de l’émission en Écosse ; il aurait pu, en défalquant du chiffre des billets la réserve métallique, dire que la somme ajoutée à la circulation par les bank-notes n’atteint pas le trentième du capital que fournissent les dépôts. Mais que serait devenu, on présence de ce fait décisif, le système qu’il préconise?
L’argument relatif aux dépôts sans intérêt des succursales do la Banque de France s’efface du moment oh il s’agirait d’organiser le système des dépôts à intérêt au moyen de banques locales, solidement assises et mises à l’abri de tout dauger par suite do la séparation absolue de ce qui est véritablement l’office des banques, la réunion et la distribution des capitaux, de ce qui ne constitue qu’un accessoire irrégulier, l’émission des billets appelés à faire office de monnaie.
Sans doute, la confiance acquise aux banques pour le capital qu’elles tirent du milieu local empêchera le retrait des dépôts au moment d’une crise, surtout si la crainte do ne pas voir les billets payés en numéraire manque de tout aliment. Mais M. Ilorn devrait savoir que la puissance inébranlable des Banques d’Angleterre et de France y accumule aussi les dépôts, qui, loin de diminuer, augmentent dons les moments difficiles.
Prétendre que les banques ne peuvent remplir l’office
tr L’AGKICULTURE.
de collecteur et de distributeur du crédit si elles ne sont pus armées du droit d’émission, c’est tout simplement ne tenir aucun compte du fait le plus considérable, de l’immense affluence de ressources dans les joint stock banks d’Angleterre, qui so garderaient bien d’user de l’instrument périlleux des billets, alors qu’elles retirent des bénéfices énormes grâce à leur rôle d’intermédiaires entre l’épargne et le travail. Une des plus importantes institutions do crédit du Royaume-Uni, la NtUional Provincial Bank, a spontanément renoncé à une émission autorisée de 448,371 livres sterling (plus de U millions de francs), dont la réserve introduite dans \'Act de 1844 lui avait jusqu ici permis de profiter. Elle n’a obtenu pour cela aucune indemnité de la part de la Banque d’ Angleterre.
Elle attachait peu do valeur au droit d’émission, en présence d’un chiffre de dépôts qui dépasse 13 millions do livres sterling (325 millions de francs) ! Ajoutez que cette banque a, comme toutes les autres, employé en placec ments consolidés beaucoup au delà du capital versé ; 2,248,476 livres sterling ont été eipployées par elle en government securities et 1 ,222, .525 livres sterling en autres valeurs à revenu fixe.
Par une singulière contradiction, M. Uorn, après avoir dit avec raison que l’émission des billets ne crée pas un atome de ressources nouvelles, que le système de crédit le plus perfectionné n’augmente pas d’un sou la masse préexistante du capital ', prétend que le bénéfice provenant de la différence entre l’intérét que la Banque paye et celui qu’elle perçoit sur les fonds- mis à sa disposition n’est pas assez alléchant pour provoquer des excédants
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LES BANQUES D’ECOSSE
SSi
de cette nature, ec qu’il faut y ajouter le béni^fice d'un certain supplément de capital qui ne coûte pas d’intérêt. Henreusement c’est là une hypothèse purement imaginaire : si la perspective du crédit futur attire les dépûts, les billets n’y sont pour rien ; l’on commet une erreur irratnite en prétendant qne la banque locale, afin d’obtenir des capitaux considérables, doit pouvoir disposer d’un surplus de capital, et qu’elle ne peut le trouver que dans l’émission fiduciaire. L’bommc de la campagne, prudent et craintif de sa nature, ne confiera point ses épargnes à une institution toujours menacée d’une crise en face de la présentation active des billets à l’échange.
f^a libre multiplicité des banques d’émission n’existe, point en Écosse, elle a disparu en Amérique : pour détruire la conséquence naturelle des faits constatés, il faudrait autre chose que des arguments puérils et des affirmations tranchantes, démenties à chaque instant par une irrécusable expérience. La communauté n’a rien à gagner à ces jeux du hasard, destinés à enrichir quelques spéculateurs au détriment de la sécurité générale. Du moment oii tout le profit espéré repose sur une monnaie fictive, le danger est grand et l’avantage singulièrement limité. Des assimilations inexactes aux entreprises tentées dans la voie normale du crédit et de la liberté des échanges, ne réussiront point à elTacer la distinction fondamentale entre ce qui reste dans la région des intérêts privés et ce qui affecte le domaine entier de l’intérêt public.
Convier à un essai périlleux, c’est faire trop bon marché des principes de stabilité et de sincérité des contrats ; reprocher au système métallique les crises auxquelles il est étranger, c’est méconnaître celles dont il a prévenu le retour, et il n’a jamais eu la prétention d’employer une
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panacée universelle contre les commotions financières et commerciales ; enfin, attribuer à la faculté d’émission lè régime de l’escompte et des avances à bon marché, c’est oublier tous les précédents des banques d’Écosse, c’est évoquer une fantasmagorie véritable
La multiplicité des banques d’émission qui ont su échapper, au moyen A' nM confédération fortement liée, au danger de la concurrence, n’exerce aucun empire sur le loyer des capitaux : au lieu de le réduire, elle tendrait plutôt à le hausser.
Nous n’avons presque rien dit de la relation intime qui existe entre le change et l’émission. Nous terminons en ce moment un travail spécialement consacré à étudier ce côté de la question. Il apportera, nous l’ospétonS, Une force nouvelle aux objections dirigées contre une concurrence décevante ou dangereuse.
L’étude des banques d’Écosse démontre une fois de plus que l’on ne peut prêter que ce qu’on a ; les combinaisons les plus ingénieuses ne peuvent faire qu’on emploie à nouveau un capital dont on a déjà disposé. La Banque est simplement l’intermédiaire qui dispensé l’offre et la demande du capital de se rechercher, et qui facilite leur rencontre. Le pouvoir de disposer du capital, que son propriétaire ne sait point ou ne peut point employer, est placé temporairement entre des mains qui l’utilisent.
Les banques arrivent à multiplier les capitaux, mais c’est en aspirant tontes les parcelles de l’épargne, pour les transformer en instruments actifs, sans tes immobiliser dans une trop forte proportion.
' Au moment où nous traçons ces lianes, la Banque de France et la Banque d'Angleterre ont réduit l'escompte à 2 1/? pour 100 (30 mai 1867).
UES BANQUES U'ECOSSE
Ce ne sont pas seulement les banques d’Écosse qui rendent ce service ; les joint stock banks d’Angleterre y réussissent tout aussi bien, sans aucune émission iiduciaire, car ce rouage est étranger à C office de la banque, sainement compris.
On a prétendu faire un reproche aux banques qui concentrent l’émission, de ce que les plus forts dividendes appartiennent aux époques critiques. Il suffit de consulter les résultats obtenus par toutes les banques administrées avec une sage prévoyance pour constater des résultats identiquement pareils.
Le régime de la pluralité des banques est bon, tant qu’il ne s’agit point de la fabrication d’un véritable instrument monétaire, qui influe sur la mesure de la valeur et sur le sens do toutes les conventions. Loin de contredire cette vérité, l’histoire financière de l’Écosse la confirme d’une manière éclatante; elle montre, en eüct, comment, pour échapper au vice inhérent à un droit d’émission fractionnée, il a fallu restreindre ce droit, l’attribuer d’une manière exclusive etJimitée à un petit nombre d’établissements, et amortir la concurrence. L’agriculture, comme l’industrie et le commerce, se sont fortifiés et leur prospérité a grandi, alors qu’un grave élément de trouble a disparu avec ce qu’on a voulu décorer du titre pompeux et illusoire de liberté des banques. Celle-ci n’existe point en Écosse dans le sens que mettent en avant nos prétendus réformateurs, oublieux à la fois de ce qu’exige l’idée démocratique, prise dans l’acception élevée du terme, et de ce que commando l’équité dans les rapports sociaux, c’est-à-dire la fixité la plus grande dans l’instrument monétaire, qui traduit tous les engagemenis et toutes les stipulations. Tel est le grand côté de la question des banques, qui intéresse l’État tout entier; l’émission libre ne
ET L’AGRICULTURE
touche qu’au côté secondaire du bénéfice privé et celui-ci ne doit jamais se mettre en conflit avec l’intérêt public. Voilà le dernier mot de l’enseignement fourni par les Banques d’Ecosse.
Résumons, d’après les documents autbentiques, leur situation actuelle.
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