‹ La Banque d'État du MarocChapitre 21 sur 45 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

La création d’une Banque d'Etat au Maroc était, pour rémédier au marasme des finances marocaines, aussi utile que l’organisation de la police franco-espagnole pour le rétablissement de l’ordre politique.

La conférence d’Algésiras, après de longues discussions, finit par instituer ce type curieux de banque essentiellement internationale.

Il était permis de se demander si dans cette banque, dont le Conseil d’administration était composé de représentants de douze nations différentes, des divergences de vue n’allaient point s’élever.

Il n’en à rien été, un parfait accord a toujours régné au sein du Conseil d'administration, aussi bien qu’entre le Conseil d’administration et le Collège des censeurs. L’uniformité de vues pour la gestions des affaires de banque a été constante, et sur la question de l’émission de billets de banque,

ainsi que sur la possibilité d’une réforme moné- Q

taire, les membres du conseil et les censeurs ont été unanimes pour reconnaître que dans l’état actuel des choses l’expectative était encore la meilleure ligne de conduite.

Le Conseil d’administration n’a eu qu’à se louer des services de son directeur à Tanger, M. Gauran, ancien directeur de l’Agence du Comptoir d’Escompte, qui a su répartir admirablement le travail entre ses subordonnés et connaît à fond le Maroc et les affaires qui s’y traitent. Quant au personnel de la banque, il s’est toujours montré laborieux et dévoué. En 1907, particulièrement, au moment des troubles de Casablanca, les agents que la Banque avait dans cette ville lui ont montré qu’elle pouvait compter sur le dévouement de son personnel. La tenue des écritures est régulière et l’exactitude de celles-ci est assurée par un contrôle effectif (1). Toutes les opérations réalisées par la Banque l’ont été dans les conditions qu’imposaient les prescriptions de ses statuts, et dans ces limites elle s’est efforcée de remplir aussi complètement que possible les obligations qui lui étaient imposées.

Le fonctionnement de la Banque en lui-même a donc été parfait et permet de voir dans la Banque

(4) V. les rapports du commissaire des comptes aux assemblées générales qui se sont tenues depuis la fondation de la Banque d'Etat.

4’Etat du Maroc un organisme financier solide, qui peut rendre, dans un pays neuf, où tout est à faire : ports, routes, chemins de fer, exploitation des mines, les plus grands services au gouvernement chérifien, et au commerce et à l’industrie.

Malheureusement, depuis sa création, la Banque n’a cessé de se trouver gênée par l’anarchie permanente qui règne au Maroc. L’agitation politique a entraîné la stagnation des affaires, l’insécurité a entravé tout commerce, et seul l’établissement définitif dans ce pays d’un ordre de chose régulier peut, en attirant les capitaux étrangers, y faciliter le développement du commerce et de l’industrie, seuls capables de fournir à la Banque les éléments d’activité qui lui ont fait défaut jusqu’à ce jour. La progression du chiffre d’affaires réalisées par la Banque est assez faible, comme le montre les bilans que nous avons cités. La cause n’en est point dans la présence au Maroc de banques concurrentes, mais seulement dans l’état troublé du pays. Il y a, en effet, très peu d'établissements de crédit au Maroc, le besoin ne s’en étant pas fait sentir jusqu'ici. La Compagnie Algérienne et le Crédit Foncier et Agricole d'Algérie ont des agences au Maroc depuis plusieurs années. Depuis le 1* janvier 1909, la Deutsche Orient Bank a installé deux succursales à Tanger et à Casablanca. Depuis la même date, le représentant de la Banque d’Espagne à

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Tanger ‘ait, en principe, les opérations de banque usuelles sur la place. À côté de ces établissements, qui sont de véritables administrations, il y a de nombreuse banques privées que l’on rencontre dans les divers ports, en particulier à Tanger.

Le chiffre d’affaires réalisées par ces banques est très restreint, et elles ne peuvent essayer de lutter avec la Banque d’Etat du Maroc. Cette dernière banque trouve en effet une grande source d'activité et de revenus dans le fait qu’elle est le trésorier-payeur du Maghzen ; elle possède en outre d’assez fortes disponibilités pour pouvoir consentir des escomptes et des avances sur titres ou sur marchandises pour des sommes beaucoup plus considérables si l’activité commerciale du Maroc le nécessitait. Il est même arrivé qu’au cours de 1909, le Conseil d’administration ayant appelé le troisième quart du capital de la Banque et ne trouvant pas son emploi immédiat au Maroc, a dû provisoirement l’utiliser à l’étranger, et notamment en reports. | : Mais si les tâtonnements du début dans un pays où l’organisation financière, dont la Banque d'Etat doit assurer le fonctionnement, est encore à créer, et les circonstances troublées que traverse le Maroc ont nécessairement entravé ses efforts ; les résultats obtenus malgré ces difficultés sont néanmoins de nature à faire augurer favorablement du rôle

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qu’elle est appelée à remplir et des services qu’elle sera, dans des circonstances plus normales, en mesure de rendre à l’empire du Maroc, au double point de vue du développement de son activité commerciale et de l’affermissement de son crédit.

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