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lement acceptées dans les transactions, mais on ne les rencontre qu’en faible quantité.
$ 2. — Le Change. — La monnaie marocaine subit une perte considérable au change, et ses oscillations incessantes ont un résultat déplorable sur l’état économique du pays. Mais avant d’entrer dans l’étude du change marocain, il semble nécessaire de définir le phénomène du change.
Le change est la transformation de la monnaie d’un pays dans la monnaie d’un autre pays. Il y a de nombreuses causes qui peuvent influer sur le change, aïinsi que l’écrit M. R.-G. Lévy dans son livre des « Mélanges financiers » (1). Nous pouvons ramener les causes à deux grandes catégories les causes tirées des dettes et des créances des deux pays considérés et celles tirées de la constitution même de la monnaie de chaque pays.
1° Causes tirées des dettes et des créances de . deux pays. — Quand un pays se trouve, en fin de compte, créancier d’un autre, il attire à lui la monnaie du pays débiteur, car les transactions journalières se feront généralement par des & compensations », la monnaie ne devant intervenir qu’en solde final ; mais comme les transactions sont continues, s’il y a encore d’autres éléments de paie-
(1) R.-G. Lévy. Mélanges financier. Paris, Hachette,
Pen ass ment que les lettres de change, par exemple les titres mobiliers, la quantité de monnaie sera peu considérable,
Dans le pays débiteur, il va se produire, de ce fait, un renchérissement des capitaux, les valeurs mobilières vont baisser ; mais au moyen d’arbitrages, un nivellement interviendra : le pays créancier, attiré par le taux rémunérateur de placement de ses capitaux, achètera des titres au pays débiteur, et en définitive, la dette se trouvera soldée par les titres et obligations qui, seuls, voyageront.
Telles sont les causes qui, en dehors de la monnaie des deux pays, agiront sur le change ; c’est ce qu’on appelle 1’« état d’endettement » du pays.
2° Causes tirées de la constitution même de la monnaie de chaque pays. — I] faut distinguer suivant que les pays ont ou n’ont pas même étalon monétaire. M
a)Pays ayant même étalon monétaire. — Quand les monnaies ont un certain poids de métal précieux dont la valeur est certaine, il n’y a qu’une opération de calcul à faire et seul l’état des créances et des dettes des deux pays considérés agira : la monnaie d’un pays servira à payer les dettes de l’autre pays.
Est-ce à dire qu'il n’existera plus aucune variation de change entre les deux pays ? Au premier abord, il semblerait que oui ; cependant, des varia-
tions se produiront : ceci vient de ce que, dans chaque pays, on ne peut s’acquitter que dans la monnai du pays. Il y aura des variations très faibles, mais elles n’en existeront pas moins. Prenons un vxemple, la France et l’Angleterre : dans ces deux pays, le pair mathématique de la livre sterling et du france est : 1 liv. st. — 25 fr. 21. Le change ne se maintiendra pas à cette valeur, car il y a des frais de monnayage, le & frai », les frais de transport, les assurances contre les risques du vol et de naufrage ; toutes ces opérations viendront influer.
Mais il y aura des limites extrêmes, au-delà desquelles le change ne pourra monter ou descendre (1), car le taux des opérations précédentes est connu ; si le cours tend à baisser au-delà de 25 fr. 21, cette baisse sera arrêtée par un envoi d’or en Angleterre ; s’il tend à monter, cette hausse sera enrayée par une exportation de numéraire : elle s’arrête, en effet, quand le prix d’achat d’une monnaie étrangère sur une place dépasse le prix intrinsèque de cette monnaie, plus le transport de la monnaie. Ici, nos deux limites sont 25 fr. 09 et 25 fr. 33.
b) Pays ayant un étalon monétaire différent. — Prenons un pays à étalon-argent et un pays à éta-
(1) M. Nogaro. Cours d'économie politique approfondie,
lon-or. Ce seront alors les variations de la monnaiïe argent qui règleront les cours du change.
Les quantités d’argent, ne pouvant plus être frappées librement dans le pays à étalon-or, vont sur le marché où elles sont cotées en or. La valeur d’une piastre mexicaine, par exemple, qui ne se trouve plus considérée que comme lingot, monte et baisse comme la valeur même du métal : à Londres, le prix de l’once d’argent a varié entre 20 et 61 pence depuis 1870 ; la piastre valut alors de 1 fr. 80 à 5 fr. 30.
Les fluctuations de l’argent lui-même dépendent de la production du métal, des besoins monétaires qu’on à de frapper des pièces divisionnaires d’arsent, des commandes de l’industrie.
€) Pays à circulation de papier. — C'est dans ces pays que les variations du change sont les plus considérables.
Il faut préciser le sens de ces mots « pays à circulation de papier ». Ce ne sont pas des pays comme la France, l’Angleterre où l'Allemagne, où les billets qui circulent sont payables à vue, mais des pays ayant encore le cours forcé : dans ce cas, les fluctuations du change sont infinies entre un pays à circulation de papier et un pays à cireulation métallique.
En principe, le billet de banque est représenté par une monnaie métallique. Quand le cours forcé
est établi, le billet a encore une certaine valeur son cours se trouve basé dans l’espoir plus ou moins éloigné de son remboursement ; plus les émissions seront restreintes, plus la date de remboursement sera proche, plus le cours du billet par rapport à l’or montera.
Ces notions théoriques exposées, nous allons exa-
miner sous quel aspect se présente la question du change au Maroc.
Nous avons vu que le Maroc se servait beaucoup du numéraire espagnol. Or, la monnaie espagnole ayant subi la dépréciation du change, il s’est créé, parallèlement au change espagnol, un change marocain, qui en est le corollaire. Ainsi le change marocain suit les cours de Madrid et il varie avec ceux de cette ville, suivant. les besoins des différentes places.
En 1891, l’argent espagnol était au pair ; mais depuis lors, la prime de l’or supportée par la monnaie d’argent espagnole s’est élevée jusqu’à 35 0/0 à la fin de 1897. En 1898, pendant la guerre hispano-américaine, le change s’éleva par bonds jusqu’à 109 0/0 au mois de maï ; la monnaie marocaine subit alors une très forte hausse et les marchandises importées, provenant surtout de France, d’Angleterre, d'Allemagne, mais payées en pesetas par les négociants, avaient considérablement augmenté de prix. À la fin de 1898, par suite de la cessation
2-33 — des hostilités, le change fut ramené à environ 30 0/0.
En 1899, le change est tombé de 32 1/2 0/0, en janvier, à 20 0/0 en avril et il est remonté à 30 0/0 en décembre. En 1900, il atteignait 35 0/0 et en 1901, il s'était élevé jusqu’à 39 0/0 ; en 1902, il s’était légèrement abaïissé à 37 0/0.
De 1900 à 1903, les monnaies espagnoles et hassani ont un cours qui ne varie guère que d’un à trois points. En 1903, les monnaies espagnoles et hassani ont le même cours jusqu’au mois de mai ; en juin et juillet, le change du hassani est supérieur de 4 à 5 points ; du mois de septembre à la fin de l’année, tandis que l’espagnol reste dans les cours de 135 à 137, le hassani est monté à 158..
En 1904, la monnaie espagnole se tient pendant toute l’année entre les cours de 140 à 135. La monnaie hassani est à 175 au milieu de janvier, redescend à 148 au milieu de mars, puis, à partir d’octobre, remonte de 149 à 168.
En 1905, la monnaie espagnole est à 132 et 133 jusqu’au mois de septembre et finit l’année à 128 ; le hassani, retombé en février à 156, monte jusqu’à 176 en juin, à 179 en août, à 185 en septembre, puis retombe à 165 en octobre et se trouve à 167 fin décembre.
En 1906, le change est monté brusquement à 192 fr. 50, puis, dans le courant de l’année, il s’est
sensiblement amélioré et, après avoir débuté à un \ 3
eau
taux fabuleux, il est tombé à 157, à la fin de l’année, en donnant 160 comme moyenne (1).
Ce change élevé pèse lourdement sur le commerce du Maroc, et s’il donne peut-être une légère impulsion aux exportations, il entrave, à coup sûr, les importations, car il occasionne un tel renchérissement des produits qu’il les rend presque inabordables au Marocain, qui est un consommateur plutôt pauvre.
D'autre part, les fluctuations successives de ce change, ses sautes imprévues ont pour effet de paralyser l’importation, puisque les importateurs locaux hésitent beaucoup à donner des ordres, dans l'impossibilité où ils se trouvent de savoir quelle quantité de numéraire il leur faudra fournir pour le papier qu'ils devront acheter à l’échéance, et qu’en outre, les consommateurs sont peu disposés à acquérir des marchandises pour un prix double que celui qu’ils ont coutume de payer.
Les banquiers et les gros négociants de la place, qui jouent le rôle d’intermédiaires entre acheteurs et vendeurs, acquittent en monnaie hassani les marchandises qu'ils achètent au Maroc pour les expédier à l’étranger ; quant au numéraire espa-
(4) P. Leroy-Beaulieu. Economiste français, 9 nov. 1907, et l'Economisle européen du 11 septembre 1907 donnant un extrait du rapport de M. Deschanel (Budget des affaires étrangères).
PAR) gnol, ils l’exportent par caisses à Marseille, le grand marché de ce trafic, pour satisfaire, en Europe, au paiement des marchandises destinées à l'importation. Ainsi, les marchandises sont payées en francs, à Marseïlle, une fois que la monnaie espagnole à été revendue au cours du change de Madrid et convertie. |
Cette monnaie, qui est recherchée par les négo-
ciants désireux de solder leurs achats en Espa- gne, rentre bientôt dans son pays d’origine. C’est alors que les banquiers du Maroc achètent à nouveau, en Espagne, des douros, les importent chez eux pour les revendre aux commerçants qui en demandent, avec un bénéfice de 2 à 3 0/0, alors que les frais d’aller et retour n’excèdent pas 1 0/0.
Le change varie d’une place à l’autre ; ainsi, en 1900, par suite de l’important trafic des amandes, le change, à Mogador, était de 3 à 4 0/0 plus bas que le change à Tanger, où le numéraire était insuffisant. C’est le change de Tanger qui fixe les cours dans tous les ports du Maroc. Il y a cependant ur change de place en place, qui varie suivant l’éloignement des places qui font une opération. I] représente en premier lieu les frais de transport de groups, le reste est une sorte d’assurance contre une baisse subite et imprévue dans un pays où les communications sont très lentes.
Pour réduire ces oscillations locales du change, la création au Maroc du télégraphe et du téléphone
Rs SE seront d’un grand secours ; mais toute réforme, tout progrès scientifique est mal vu des Marocains, qui considèrent toutes nos grandes inventions comme des sortilèges.
En somme, dans la période que nous venons de voir, c’est-à-dire avant 1906 et la conférence d’Alvésiras, l’état financier est lamentable. N’y a-t-il pas de remèdes à cet état ; n’est-il pas possible de doter le Maroc d’une monnaie saine et de fixer le cours de la monnaie d’argent hassani en constituant un stock d’or ? C’est ce que nous verrons quand nous nous occuperons de la Banque d’Etat du Maroc ; mais pour le moment, il faut examiner comment le Maghzen en est arrivé à se tirer de ses embarras financiers avant la conférence d’Algésiras.
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