IV. —— La main-d'œuvre
La main-d'œuvre en Afrique du Nord comprend trois éléments : l’indigène, l’européenne, la française.
La première est très abondante, puisqu'on compte en Algérie 80 indigènes, et en Tunisie 95 pour 100 habitants, mais elle a tous les défauts des races arabes : culture professionnelle inexistante, faible endurance, nonchalance, peu de goût au travail, dès qu’elle a quelque argent quittant le travail jusqu'au moment où tout aura été dépensé,
Il subsiste cependant beaucoup d'artisans indigènes, qui travaillent avec le meilleur goût les objets d'art dans les traditions. hispano-mauresques, mais cela ne constitue pas une industrie assez importante pour nous arrêter.
La main-d'œuvre européenne (Espagnols, Italiens
æ— Si
et Maltais) a les plus grandes qualités d'énergie et d'activité, mais il lui manque la culture: le nouveau programme d'enseignement professionnel, prévu en 1924, est appelé à y suppléer.
La main-d'œuvre française, enfin, doit constituer les cadres de l’industrie du pays, puisqu'elle joint aux qualités des autres Européens l'avantage de connaissances techniques en général plus poussées, chez elle se recrutent les ouvriers qualifiés, contremaîtres et
ingénieurs, Ceux-ci venant surtout de la métropole.
Sous-section Il.
Comment doit s'orienter l’industrie nord-africaine.
La rapide esquisse que nous avons faite des ressources de l'Afrique du Nord, et plus particulièrement de l’industrie algérienne, met en évidence plusieurs faits qui doivent servir de base au développement de cette industrie.
Tout d’abord, et c’est le point capital sur lequel nous revenons, l'Afrique du Nord manque de force motrice, bien que ses minerais, particulièrement ceux de fer, soient abondants.
Il faut donc importer du charbon d'Angleterre pour les industries où la force motrice et la chaleur jouent un faible rôle, l'Afrique du Nord qui en possède les matières premières peut avantageusement lutter avec les autres pays. |
Mais pour la grosse métallurgie, il est douteux que
Duméanil.
RAR Te
l'absence de combustible -n’entrave pas son développement.
Il est certain que la vieille ferraille (10.000 tonnes par an) expédiée en Italie, pourrait très bien être transformée sur place et provoquer l'extension des fonderies et ateliers mécaniques existants.
Mais peut-on installer des hauts-fourneaux et de puissantes usines? On l’envisage à Alger et à Bône. Alger, grand port de charbonnage, alimenterait facilement, pense-t-on, les usines, transiormant dans sa banlieue les minerais en fonte et en acier; à Bône, l’exportation des phosphates et des minerais bruts fournirait un fret de retour aux vapeurs charbonniers.
Le fret du transport du charbon anglais est très bon marché, évidemment inférieur au coût de transport ? du minerai (dont moins de la moitié est transformée en métal) d'Algérie dans le pays de fabrication et ensuite de ce pays en Algérie.
L'Afrique du Nord a d’ailleurs besoin de nombreuses machines et instruments dont une partie seulement est actuellement faite sur place : alambics, botteleuses. broyeurs, charrues, défibreuses, défaneurs, distributeurs d’engrais, égreneurs de coton, élévateurs, herses, houes, meules, norias, pompes, pressoirs, pulvérisateurs, robinetterie, semoirs, appareils de sondage..., en ma- Jorité importés de l'étranger.
Mais d’autres obstacles se présentent : le recrutement de la main-d'œuvre, qui doit être très expérimentée, et qui devrait sans doute être amenée de la métropole; et surtout la constitution des sociétés exploi- :
tant les usines.
ere
En admettant même tous ces obstacles aplanis, la Banque Industrielle de l'Afrique du Nord —— Car c'est en envisageant les choses de son point de vue que nousentreprenons cette étude — cette banque donc auraitelle un rôle important ? Non.
L'industrie extractive des minerais et phosphates est en Algérie presque Loute aux mains de 33 Sociétés .— Ce sont aussi de puissantes sociétés en Tunisie et au Maroc — dans l'administration desquelles n’entrent que quelques éléments du pays : on y trouve surtout des industriels, hommes d’affaires, banquiers français de la métropole, anglais, belges ou hollandais.
L'Afrique du Nord ne compte pas encore un personnel propre de prospecteurs, ingénieurs, banquiers, suffisant pour monter de pareilles entreprises; les puissantes fortunes sont Certes devenues nombreuses, surtout depuis la guerre, mais elles se tournent plus vers la terre que vers les titres mobiliers.
Donc ces sociétés sont constituées surtout avec un personnel et des capitaux métropolitains.
La Banquene peut jouer d'influence par elle-même, en souscrivant des actions, dans des sociétés aux ca-
pitaux se chiffrant par dizaines de millions; ainsi pour les carrières de phosphate : Compagnie des phosphates de M’Zaïta, 10 millions de fr.; du Dyr, 5; Tunisiens, 30: des chemins de ferde Gaïsa, 36; du Djebel Medila, 29: : ë Pour les prêts à long terme, chaque société a besoin de trop d'argent pour qu’une banque à faible capital
puisse leur en consentir, et elles devront plutôt recourir