I. — Instruction générale et professionnelle des habitants
Le rapport entre l'instruction générale et l’instruction professionnelle est, comme on sait, très . étroit. Le paysan lettré, intelligent et instruit saisira bien plus facilement la nécessité du crédit, ainsi que toutes autres mesures de nature à faciliter sa tâche, qu'un illettré ne sachant faire un pas au delà de l’endroit où ses pères l’ont laissé. |
L'agriculture est un métier dont le succès dépend pour une très large partie des éléments de la nature, que l’agriculteur la plupart du temps ne peut pas éviter. Mais il lui faut tout de même savoir comment rendre l'effet de ces éléments moins dommageable. I] lui faut ensuite, par mille divers moyens agir en vue
. de l'amélioration de son économie et de l'augmentation
de ses bénéfices. La culture rationnelle de la terre exige des connaissances techniques qu’un agriculteur avisé doit posséder. Il saisira alors l’importance énorme que présente pour son économie le capital et par suite le crédit, car l'emploi des moyens modernes dans l'agriculture et, en général, l’intensification de la production est impossible sans un investissement plus grand de capitaux. Mais pour que l’agriculteur puisse voir du capital ou du crédit l’utilité, correspondant à ses efforts, il faut qu’il sache s’en servir le mieux possible.
On a remarqué dans tous les pays, que la demande du crédit est plus fortement développée dans les régions où la culture est plus avancée et le niveau général de l'instruction des habitants plus élevé. C’est la meilleure preuve quoique indirecte, du rapport intime qui existe entre les capacités professionnelles des intéressés et le crédit agricole. Le défaut d'instruction et l’insuffisance des connaissances de la technique moderne agricole font que l’agriculteur reste attaché aux anciennes méthodes de travail, basées sur laitradition et la routine. Dans ces conditions il ne pense pas aux nouveautés, aux modes plus pratiques et plus rationnels de son labeur, il ne cherche pas à augmenter soncapital, ce qui fait que le crédit ne lui est pas nécessaire, sauf dans les années de mauvaises récoltes, de sécheresse, d’inondations, de grêle, etc.
Donc le crédit agricole n’est presque pas possible, ou tout au moins son utilité est douteuse, lorsque ceux qui doivent s’en servir, ne possèdent pas de connais-
sances techniques et professionnelles suffisantes. De
là on peut conclure qu’il ne suffit pas d'organiser le crédit agricole, si l’on ne s'occupe à la fois et avant même, de procurer aux agriculteurs l’occasion d’apprendre son utilité et son rôle économique. À mesure que le niveau moyen de l'instruction s’élèvera dans une égion, et qué la production y deviendra plus rationnelle, on ressentira de plus en plus la nécessité du capital, et c’est alors qu'il sera le plus facile de créer les institutions de crédit et de les faire prospérer.
En Algérie, les colons sont particulièrement entreprenants et suffisamment instruits : ce ne sont pas les paysans timorés et routiniers dela métropole, mais des hommes actifs qui ont quitté leur pays pour exploiter un sol neuf — cet expatriment est déjà une preuve d’audace pour des Français — et prêts à appliquer les méthodes les plus modernes, si elles peuvent augmenter leurs revenus. Ils ont vite compris les très grands avantages du crédit agricole, surtout depuis que la banque de l’Algérie fit leur éducation au moment de la création des comptoirs d'Escompte, et le reproche qu’on pourrait plutôt leur faire, est qu'ils en sont trop
avides.