XVI. Argfumeiit de Rossl
J'ai vainement cherché à comprendre comment l'intérêt particulier pouvait profiter de la concurrence des banques d'émission contre l'intérêt général; comment d'habiles spéculateurs pouvaient, par ce moyen, s'enri-
chir aux dépens de la communauté, et surtout des classes laborieuses : je n'ai pu y parvenir.
Un banquier d'émission (c'est sans doute l'habile spéculateur) emploie un grand crédit obtenu par des billets à faire des escomptes. Si ces escomptes sont bien faits, si les effets escomptés sont payés à échéance, qui en souffre? Personne, ce me semble. Si les escomptes sont mal faits, le papier escompté n'est pas payé à l'échéance. Qui en souffre? L'intérêt général et la communauté, sans aucun doute; mais surtout et avant tous le banquier, escompteur lui-même : loin de s'enrichir, il se ruine. Dans ce cas, comme dans tous les incidents de la vie industrielle, nous trouvons l'intérêt particulier lié à l'intérêt général par une responsabilité inévitable qui ne permet pas de séparer l'un de l'autre.
Un marchand vend à crédit des marchandises à un particulier qui les consomme et n'en paye pas le prix : c est un malheur causé par la confiance du marchand; aussi le marchand en est puni et en souffre. Cela suffit à garantir le public des accidents de ce genre, parce que cela suffit pour que personne ne fasse crédit, s'il ne croit être payé.
La même garantie existe évidemment dans le cas du banquier. Il peut faire de mauvais escomptes, comme le marchand peut vendre à tort à crédit; mais alors le châtiment est prompt et inévitable. On ne va pas rechercher ce châtiment par un raffinement d'habileté, comme
Rossi semble le supposer. Le banquier peut se tromper,
comme tout autre ; mais il n'a jamais intérêt à se tromper, et ne peut se tromper sans être aussitôt puni de son erreur.
Encore moins est-il possible de comprendre que les ouvriers souffrissent plus que les autres citoyens des erreurs du banquier. Comment s'enrichirait-il à leurs dépens? Il s'enrichit par de bons escomptes, et les bons escomptes fomentent le travail; il s'appauvrit par les mauvais escomptes, qui absorbent et détruisent des capitaux. Son intérêt est exactement le même que celui des ouvriers et de la communauté en général. — Dans le cas où il manquerait, les ouvriers en souffriraient-ils plus que d'autres? Ont-ils, par hasard, plus de fonds déposés chez lui ? Sont-ils porteurs de plus de billets que les autres citoyens?