XXI. Le» banques et les erises eemmerciales
On a souvent accusé les banques de causer les cri^s commerciales, sans jamais dire clairement ni comment ni pourquoi elles peuvent les causer. Serait-ce, coaune on l'insinue parfois, en prêtant avec une libéralité excessive pendant une certaine période, puis en restreignant tout à coup leurs escomptes. Mais quel intérêt pourraient avoir des banques placées sous le régime de la concurrence à opérer ainsi ?
* Sous ce régime, chaque banque étend les affaires autant qu'elle le peut sans compromettre son crédit et ne les restreint que lorsqu'elle ne peut faire autrement, c'est-à-dire lorsque le public retire les dépôts ou demande le remboursement des billets. Si une banque voulait restreindre ses affaires afin d'avoir un prétexte d'élever le taux de ses escomptes, les bordereaux iraient bien vite aux banques concurrentes. Quant à une entente générale des banques dans le but de rançonner les présentateurs de bordereaux, elle est aussi peu probable qu'une entente de tous les tailleurs ou de tous les cor-
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donniers pour élever tout à coup arbitrairement le prix des habits ou des chaussures.
Jamais et dans aucun pays, on n'a vu des banques libres élever ainsi arbitrairement le taux de l'escompte. Ces élévations soudaines et souvent imprévues sont propres aux marchés où les émissions sont l'objet d'un monopole, comme Paris et Londres. Alors, soit par erreur, soit autrement, la Banque privilégiée peut élever ou abaisser arbitrairement le taux de l'escompte.
Sur les marchés où les émissions sont libres, on voit les banques suivre le mouvement des cours, escompter facilement et à bon marché lorsque les capitaux abondent et devenir plus difficiles lorsque les capitaux sont rares. Et ce n'est pas par choix qu'elles opèrent ainsi, c'est par nécessité. Lorsque le public apporte dans leurs caisses des dépôts abondants, elles payent à ces dépôts un intérêt médiocre et les placent à un intérêt peu élevé; an contraire lorsque le chiffre des dépôts diminue et que les capitalistes deviennent plus exigeants, les banques, dont les ressources se trouvent réduites, ne peuvent être aussi libérales que dans les périodes d'abondance. Mais, soit que le crédit s'étende ou se restreigne, les banques libres suivent le mouvement et ne l'impriment pas. C'est un point sur lequel le raisonnement et l'expérience sont pleinement d'accord.
Si les banques d'émission hbres étaient la cause des crises commerciales, il n'y aurait pas de crises semblables sur les marchés* où règne le monopole, comme Londres
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et Paris : il v en aurait bien moins encore sur les marchés où il n'y a pas de banque d'émission, comme Hambourg. Eh bien ! l'expérience et la notoriété publique nous enseignent qu'il y a des crises commerciales à Londi*es et même à Hambourg, tout comme à Boston, à Edimbourg ou à Glasgow et daA'antage.
En réalité, l'existence des crises commerciales tient • à des causes plus profondes et plus générales que Torganisation des banques. Ces crises sont le résultat d'une grande erreur, soudainement découverte dans la direction des affaires commerciales et industrielles d'un marché. Leurs causes ordinaires sont les disettes, les paniques politiques et les masses d'affaires mal conçues. Il est clair que les banques ne causent ni disettes, ni paniques polilicpies. Voyons un peu si elles causent des masses de mauvaises affaires*
Escompteront-elles le papier des maisons qui font les mauvaises affaires? Cela peut arriver, mais non par calcul, puisque ce papier perd toute valeur dans la crise et inflige des pertes à ceux qui l'ont accepté. Si les banques escomptent ce papier, ce sera par erreur. Sont-elles plus exposées à se tromper que l'escompteur ordinaire ou que le capitaliste prêteur? Nous ne le pensons pas. Nous croyons même qu'elles seront moins sujettes à l'erreur et nous en avons dit les motifs.
Il est donc souverainement injuste d'accuser les ban-
. ques de causer les crises commerciales, puisqu'elles sont
aussi intéressées (|ue qui que ce soit à n'escompter que
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de bon papier, et sont mieux en mesure de le connaître que qui que ce soit.
Les banques ne préviennent ni ne guérissent les crises commerciales. Il est vrai. Comme les crises naissent des erreurs de la production et du commerce, il est clair qu'on ne les fera disparaître qu'en rendant le commerce et l'industrie infaillibles, ce qui ne se peut. Mais il est incontestable que les banques, n'augmentant pas les causes d'erreur, ne sauraient augmenter les causes de crise.
On a observé qu'il y avait aux Etals-Unis, où on compte un grand nombre de banques , des crises plus fréquentes qu'en Europe où les banques sont moins nombreuses, et on s'est empressé de conclure contre les banques. On n'a pas pris garde que les crises étaient moindres et moins nombreuses en Ecosse où les banques sont plus libres qu'en Amérique, qu'à Londres où les émissions sont l'objet d'un monopole, et qu'à Hambourg où il n'y a pas de banque d'émission.
Où doivent se manifester les crises les plus fréquentes et les plus fortes? Sur les marchés où le crédit est le plus développé et où l'on gagne le plus. En effet, là où les engagements de crédit sont le plus nombreux, il y a plus de chances pour qu'une erreur cause un grand nombre de pertes ; là où l'on gagne beaucoup, on est hardi; on est d'ailleurs amené à donner chaque jour aux hommes et aux capitaux de nouveaux emplois, dans lesquels l'erreur est plus facile que dans les emplois de
routine. Voilà pourquoi il y a plus de crises aux États* Unis qu'en Europe, et plus de crises sur les grands marchés d'Europe que sur les petits. Les banques n'y sont pour rien ou n'y contribuent qu'indirectement, comme un des éléments de la prospérité générale, comme un instrument de crédit. Mais il n'est pas nécessaire pour cela qu'elles émettent des billets : il suffit qu'elles reçoivent des fonds eh dépôt et les placent, qu'elles fassent des virements et, en un mot, les opérations de banque sur lesquelles ne s'élève aucune critique.