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On demandera sans doute pourquoi il ne s'établit pas dans nos campagnes de banques ordinaires qui, sans émettre de billets, offrent à bon marché leurs services au cultivateur. Comment, si l'agriculture a besoin de banquiers, ne parvient-elle pas à en trouver?
La raison de ce fait est fort simple : dans les petites localités de campagne, l«? banquier ne peut faire ses frais. Les opérations y sont en trop petit nombre et trop difficiles pour cela. C'est un fait d'expérience que chacun peut constater et connaître.
Mais là où le banquier ne peut actuellement faire ses frais, il pourrait peut-être réaliser des bénéfices avec 5,000 ou 10,000 fr., ajoutés à sa rémunération. Or, ces 5,000, ces 40,000 fr., il les obtiendrait d'une circulation de billets de 100,000 ou 200,000 fr.
Voilà pourquoi les banques ne peuvent actuellement s'établir dans les campagnes, et pourquoi elles pourraient y être établies le jour où elles auraient la fiiculté d'é-
mettre des billets à vue et au porteur. Ces 5,000 ou 10,000 fr. seraient la part affectée à tel banquier de* campagne dans la prime de 80 millions offerte par la liberté des banques de circulation.
Si aucun banquier particulier ne cherchait à conquérir cette part de prime et à en profiter, les banques fondées par des compagnies n'y manqueraient pas; elles établiraient des succursales partout où elles pourraient espérer de faire leurs frais : elles consentiraient même à faire quelques sacrifices pendant un an ou deux, assurées que les années suivantes les indemniseraient et leur apporteraient une rémunération.
Il ne faut pas s'imaginer, en effet, que l'établissement de ces succursales soit nécessairement coûteux, comme celui des succursales de la Banque de France. Que faut-il dans une petite ville? Un cpmmis intelligent et sûr, exercé aux opérations de banque dans la maison principale, qui loue des bureaux et fonde la succursale. Ce commis peut commencer seul ou avec un aide : plus tard et à mesure que les affaires grandissent, il appelle des renforts. C'est ainsi qu'on a procédé en Ecosse.
Que fera ce jeune homme ainsi placé, dont l'avenir se trouve lié à la prospérité de la succursale ? Il fera tous les efforts imaginables pour attirer les affaires ; il offrira ses services, enseignera aux gens comment ils peuvent les utiliser pour leur plus grand avantage ; il cherchera les hommes capables et désireux de venir au monde pour les aider, et à la longue il réussira. Il vivifiera la contrée
1^4 LA liANQUE LIBRE.
en y propageant les habitudes d'ordre et de travail, en y introduisant de nouveaux éléments de prospérité. Telle serait infailliblement l'influence de la création d'une succursale dans une localité agricole; mais cette influence ne peut être ni déployée, ni même soupçonnée tant que subsistera le régime du monopole.
L'esprit de routine qui règne dans les campagnes et la somnolence industrielle qu'on y remarque sont un des principaux obstacles à l'introduction des banques. Il ne peut être vaincu que par des efforts énergiques, longs, soutenus, et les efforts de ce genre ne peuvent être entrepris qu'autant que ceux qui les espèrent font une rémunération convenable. Cette rémunération serait offerte par la liberté des banques et elle seule peut l'offrir.