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La Question des banques en France et en Italie

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un advL'isaire convaincu du. monopole, tel qu'on le voit lonctionner en France et en Piémont. Il comprend à merveille que le monopole rend peu de services et empêche que d'autres les rendent en paralysant l'élan du crédit, et ses opinions à cet égard diffèrent peu de celles que nous avons émises.

Mais M. Bauer ne va pas, comme nous, jusqu'à la liberté complète; il propose la liberté sous l'empire d'un règlement, système évidemment très-supérieur au monopole.

Voici comment M. Bauer lui-même résume ses idées à cet égard :

« Les sociétés de banque seraient libres de se constituer en tel nombre qu'elles le voudraient. J'exigerais seulement, pour les premiers temps au moins, que ces sociétés ne se constituassent qu'avec un capital d'une certains importance, cinq à six millions, par exemple. Elles auraient la faculté d'employer tout leur capital en rentes sur l'État, avec l'obligation de tenir disponible en encaisse métallique une somme égale au tiers de la rente immobilisée. Sur le dépôt de leurs bordereaux de rente et de la partie disponible de lem- capital, elles pourraient émettre des billets au porteur et payables à vue pour une valeur égale au montant des bordereaux et de la partie disponible. Il ne leur serait pas défendu d'émettre des mandats payables à vue sur leurs succursales et d'accepter des mandats sur leurs dépôts et des chèques. Elles auraient toute liberté d'accepter à l'escompte du papier à deux signatures, de faire des avances sur actions et obligations à d'auti'es sociétés qui auraient elles-mêmes rempli certaines conditions. Klles seraient autorisées à payer un intérêt sur les sonnnes déposées

en compte courant dans leurs caisses. Défense expresse leur devrait être faite de créer ou même de signer pour leur propre compte des lettres de change à une échéance quelconque, d'avoir des comptes courants à découvert, d'émettre des obhgations remboursables à une échéance plus ou moins longue. La publication mensuelle de leur bilan serait obligatoire. Pour avoir de plus grandes garanties, et arriver en même temps à la création d'un billet unique circulant dans tout l'Etat, toutes ces sociétés devraient constituer un comité ou syndicat, siégeant dans la capitale de l'État, près du gouvernement. Le comité serait seul chargé, sous le contrôle d'un haut fonctionnaire de l'État, de la création des billets de banque qui seraient répartis entre chaque société contre l'échange des titres de rente, des matières d'or et d'argent, dans les proportions que j'ai indiquées. Ces billets, de même forme et même coupure pour toutes les banques, porteraient la signature de plusieurs membres du comité central; dans une place expressément réservée, on lirait la signature du directeur, et la raison sociale de la compagnie à laquelle ils seraient remis pour être versés dans la circulation. Le comité aurait un droit de haute surveillance sur les banques. Toutes les fois qu'une banque n'échangerait pas à vue des billets, le comité pourrait faire vendre une partie de sa rente pour l'échanger directement contre les billets. »

11 y aurait certainement beaucoup à dire sur les articles réglementaires de ce projet et particulièrement contre l'idée, fort à la mode actuellement, de garantir les billets par des achats de rente. Cette idée, chère aux gouvernements obérés, peut séduire dans un pays où le prix de la rente varie peu, comme en Angleterre ; mais

elle est dangereuse au plus haut degré dans les pavs où la rente est exposée à de grandes iluctuations. Qu'arriverait-il si, au uioment de réaliser, la rente avait baissé de 20 ou 40 0/0? L'histoire de la crise de 1854 aux États-Unis nous le dit assez. De bon papier de portefeuille à échéance convenable est et sera toujours la meilleure garantie que les banques puissent oiïiir; mais nul règlement ne peut la leur imposer.

A quoi bon, d'autre part, faire des efforts pour donner aux billets une apparence extérieure d'unité ? Pourquoi chercher à tromper le public, puisqu'il n'y a nulle unité là où les billets sont émis par des étabhssements différents, sous une responsabilité distincte?

Mais passons sur ces dissidences. Malgré ■ ses imperfections, le système proposé par M. Bauer est infiniment supérieur au monopole actuel que notre autefir a critiqué avec beaucoup d'esprit, de sens et d'instruction pratique.

La seconde publication italienne dont nous avons à nous occuper a un autre caractère, mais est également une protestation contre le monopole que l'on veut étabhr en Italie. C'est le rapport d'une commission nommée par les actionnaires de la Banqtie de Toscane sur le projet deloipour l'établissement d'une banque unique approuvé parle sénat italien. C'est un document important dans l'histoire des efforts tentés pour faire de la Bancfue nationale sarde la Banque unique de l'Italie.

Cette histoire, nous laisserons aux Italiens le soin de l'écrire, de raconter par exemple le petit coup d'État par lequel M. de Cavour introduisit cette banque dans les anciens Ktats napolitains, et toutes les négociations

1,A BANQÎIK MHRK. ;{2T

qui ont préparé le projet de loi présenté par le gouvernement.

11 avait fallu négocier avec la Banque de Toscane qui, bien qu'amie de l'indépendance et de la liberté, avait fini, moyennant quelques concessions, par accepter le projet. Mais voilà que dans la discussion du projet au sénat les concessions disparaissent. La prépondérance et les prétentions dictatoriales de la Banque sarde s'accusent hautement. Que fait la Banque de Toscane? Elle retire son adhésion et proteste au nom delà liberté, au nom des intérêts généraux de l'Italie, au nom du sens commun, dans la brochure que nous venons de recevoir. Mais nous craignons beaucoup que ses protestations, affaiblies par une adhésion imprudente, ne produisent pas grand effet. La Banque sarde a occupé les positions dominantes : il est probable qu'elle répondra à sa rivale par des votes parlementaires. Le monopole n'est pas fort dans la discussion, mais il a pour triompher des arguments irrésistibles, quoique peu bruyants, qui lui assurent habituellement l'avantage chez les peuples vouées à la centralisation.

La commission des actionnaires de la Banque de Toscane, dont le travail a été approuvé en assemblée générale, a établi par des arguments de fait et de pratique que la liberté des banques est infiniment préférable pour l'Italie au monopole. Ils ont établi également que la Banque en faveur de laquelle on voulait établir le monopole n'était pas la plus libéralement ni la plus habilement administrée; ils ont invoqué la nécessité d'adapter lies banques aux affaires existantes, de respecter les habitudes et les centres commerciaux existants ; ils ont cent fois raison, mais nous ne sommes pas du tout sûr qu'ils obtiennent ce qu'ils désirent, la liberté, la faculté de

continuer à rendre des services très-appréciés et que personne ne conteste.

La troisième publication que nous avons à mentionner vient de Belgique : c'est une brochure composée d'une collection de lettres adressées au Précurse/fr d'Anvers par M. H. Brasseur, professeur à l'Université de Gand'. Ce n'est pas un exposé doctrinal de la question théorique que contient cette brochure, c'est de la polémique faite par un homme instruit, bien au coui'ant des affaires en général, et de la question spéciale dont il s'occupe.

M. Brasseur commence par défendre la Banque nationale de Belgique d'un grand nombre d'accusations mal fondées que l'on dirige contre elle; ensuite il énumère les reproches qu'on peut à bon droit adresser à cet établissement. Sa brochure, on le voit par là, est une œuvre de toute bonne foi; c'est la conversation toute désintéressée d'un homme qui connaît bien les faits et les principes, et qui s'attache à combattre les erreurs, de quelque côté qu'elles viennent. Dans cette partie de son travail, il émet et développeune idée très-juste, c'est que les banques de circulation, si elles tiennent à lutter avec succès contre les crises, doivent se créer une réserve, non en rente susceptible de grande dépréciation, mais en bon papier de commerce étranger à courte échéance. C'est une idée juste, féconde, apjdiquée avec soin par les banques d'Ecosse, impraticable pour celles de circulation

I. La Banque nationale et la liberti' des banques, pnv M. M. Brasseur, profossenr à rTnivorsilt'' de riand.

I,A liAXQUE LIBRE. :!-i!l

qui existent aujourd'hui sur le continent, parce que la sagesse des législateurs leur a généralement interdit les opérations à l'étranger. En creusant davantage cette idée, M. Brasseur aurait trouvé la convenance et la nécessité pour les banques urbaines de faire des affaires avec la campagne.

M. Brasseur est un adversaire très-consciencieux, trèsdécidé et très-convaincu du monopole des banques. Est-il partisan de la liberté? Pas encore tout à fait, mais peu s'en faut; il est, comme M. Bauer, dans la bonne voie; il sent la liberté, mais il croit encore à l'efficacité des règlements préventifs. Il dit bien : « Il n'y a qu'une solution : liberté des banques et cessation du monopole; » mais il ajoute bientôt qu'il faut s'entendre sur la liberté des banques : « Certains économistes, dit-il, emploient cette expression dans un sens trop large. Ils demandent une liberté illimitée. D'après eux, le premier venu, une association quelconque peut émettre des billets de banque, sans contrôle aucun de la part du gouvernement. Selon nous, ce n'est pas là la liberté, mais la licence des banques. Nous n'entendons pas priver la société du droit de prendre des précautions contre les abus possibles en pareille matière; nous n'admettons pas l'émission du papier fiduciaire sans aucune garantie envers les tiers. C'est ainsi que nous exigerions un encaisse réel dans une proportion déterminée; que nous admettrions une surveillance sévère de l'État, contrôlant sans cesse le rapport de l'encaisse et de la circulation, et que nous réclamerions surtout la publication de comptes rendus de situation très-fréquents. Toutes ces mesures laisseraient aux citoyens la liberté de créer des banques de circulation; le principe serait donc sauf; mais elles auraient

l'immense avantage de garantir le public contre les friponneries de spéculateurs éhontés. »

Nous ne croyons pas le moins du monde, on le sait, à l'existence de spéculateurs éhontés, qui pi/ssen/ profiter de la liberté des émissions pour se livrer à des friponneries spéciales. Nous ne croyons pas davantage à l'efficacité des règlements préventifs proposés par M. Brasseur; mais nous serions très-heureux de voir ses idées sur la matière adoptées par l'opinion en général, et même par les hommes éclairés seulement. Ce serait un immense progrès.

Il nous faut bien encore faire une petite querelle à M. Brasseur, Il incline visiblement à la spécialité des banques et même à une sorte de hiérarchie. Il croit avec ardeur aux unions de crédit, aux banques populaires, et peut-être aussi aux Crédits fonciers. Que tous ces établissements soient bons en eux-mêmes, et rendent des services lorsqu'ils sont bien administrés, personne ne le conteste : il est naturel qu'on les fomente et qu'on s'en serve, faute de mieux et en attendant; mais nous ne croyons pas du tout qu'ils soient l'idéal définitif Nous croyons que la banque de circulation, fibre absolument, et si l'on veut jusqu'à la licence, est un instrument de crédit très-supérieur à tous les établissements spéciaux. C'est un point important de la théorie des banques sur lequel nous appelons spécialement l'attention de M. Brasseur.

Malgré les petits dissentiments qui nous séparent, nous considérons la brochure de M. Brasseur, quoique sa rédaction ait été un peu hâtive, comme un des meilleurs travaux qui aient été faits dans ces derniers temps sur cette matière, un des plus instructifs à tous égards. Nous

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n'en saunons trop louer la simplicité, l'entière bonne foi, qui n'exclut nullement une fine intelligence des affaires et une instruction très-solide, une connaissance étendue des précédents de la discussion.

Les trois publications que nous venons de signaler, bien que très-diverses de forme et d'origine, tendent également à la liberté. Elles n'émanent ni de sectaires, ni de fanatiques, ni même d'hommes auxquels la liberté des émissions ne soit pas naturellement suspecte, et cependant elles tendent toutes les trois, et de la manière la plus directe, à la liberté. Il y a là pour nous un symptôme consolant. Nous savions bien que, dès qu'on discuterait, la liberté gagnerait du terrain. Mais qu'on a été lent à discuter!

Voilà encore une publication' inspirée par les exportations de numéraire et les oscillations du taux de l'escompte. M. Victor Saussine propose de remédier au mal, dont le commerce souffre vivement, par le moyen suivant :

« Fondation d'une banque d'escompte par une réunion de rentiers qui déposeraient, comme capital et fonds de garantie des opérations, une certaine somme, soit 300 millions de rentes 3 p. 1 00 évaluées à 60 fr.

« Escompte par cette banque d'effets de commerce à un taux modéré, soit 2,40 p. 100 en billets au porteur à un an d'échéance, aux coupures de 50 à 1,000 fr., lesdits billets pouvant être émis jusqu'à concurrence d'une somme triple du capital de garantie.

i. Tout rentier ]>e.nt vire banquier, piir Victor Saussine, l)rochure in-s.

Xii LA BANQUE LIBRE.

« Engagement réciproque des présentateurs de bordereaux d'accepter au pair, en payement de leurs marchandises, les billets émis par la banque. »

Cette combinaison, qui est fondée sur une donnée théorique inexacte, savoir, que la monnaie métallique a une valeur surtout représentative, ne menace pourtant l'ordre public par aucun côté, parce que l'auteur n'a pas tiré toutes les conséquences de son principe. Mais nous sommes loin de partager les espérances qu'il fonde sur cette combinaison. Ces espérances consistent, d'une part, en un bénéfice considérable pour l'actionnaire, qui, tout en percevant le revenu de sa rente, pourrait recevoir aussi, sous déduction des frais d'administration, le produit de l'escompte d'une somme double ou triple de son capital; d'autre part, pour le présentateur, à pouvoir escompter son portefeuille à un taux modéré, tel * que 2,40 p. 100.

Mais pour que ces espérances se réalisent, il faut que le papier émis par la banque circule au pair, c'est-à-dire qu'une promesse de payer dans un an vai//e autant que le payement effectif et actuel, ce qui nous semble absolument impossible. Il est bien vrai que les billets de banque circulent au pair; mais si les opérations du commerce amènent le moindre écart entre la valeur de ces billets et celle de la monnaie métallique, l'équilibre se rétablit aussitôt par l'échange d'une certaine quantité de billets, ce qui ne pourrait avoir lieu avec les billets de la banque proposée.

En cas d'élévation de la valeur de la monnaie métallique pour une cause quelconque, les billets de la banque proposée se trouveraient donc passibles d'un escompte, cl, en ce cas, quelques engagements (|iie pussent avoir

pris les présentateurs de bordereaux, ils vendraient à un prix différent, selon qu'ils devraient être payés en espèces ou en billets. En effet, leurs engagements privés ne sauraient lier leurs concurrents, qui préféreraient la monnaie métallique aux billets, parce qu'avec cette monnaie ils pourraient acheter, en fabrique ou à l'étranger, des marchandises à un prix plus avantageux que s'ils n'avaient que .des billets à offrir en payement. Dès lors, l'escompte opéré par la banque proposée ne serait pas un véritable escompte, ce serait au fond un simple aval, comme celui que donne le Crédit foncier aux -propriétaires qui prennent ses obligations.

Peut-être dans ces conditions, la banque proposée pourrait-elle rendre des services, mais assurément elle ne serait un spécifique ni contre les variations de valeur de la monnaie, ni contre les fluctuations du taux de l'escompte; elle offrirait simplement aux prêteurs et aux emprunteurs une combinaison nouvelle dont ils pourraient peut-être tirer profil.

Cet opuscule* est le premier ouvrage de son auteur, qui en a défini fobjet dans les termes suivants : « Je ne me propose pas de traiter amplement du crédit...; mais, après en avoir indiqué la fonction, j'étudierai -avec un soin spécial quelques nouvelles formes qu'il prend aujourd'hui, de quelle manière il peut se répandre dans les petites industries et dans les classes ouvrières qui ne le

I. Lu iliff'iisione dcl credilv c le danche popolari, p;ir l,i:jgi l.uzzati, 1 vol. iii-JS.

connaissent pas encore. » Afin de remplir exactement le cadre qu'il a tracé, M. Louis Luzzati a divisé son travail en deux sections. La première, qui n'est qu'une sorte d'introduction, traite du crédit et de son intluence; la seconde, qui constitue le corps de l'ouvrage, des moyens les plus propres à répandre le crédit, des établissements et des projets. Cette seconde partie se divise en trois sections : la première s'occupe du crédit pour les petits commerçants et pour les petits industriels, et spécialement de VUnioîi du crédit^ de Bruxelles; la deuxième expose le mécanisme des nouvelles banques de crédit populaire établies en Allemagne; la troisième étudie les moyens généraux de répandre le crédit dans les dernières classes de la société, et spécialement les prêts d'honneur et les sociétés de secours mutuels, la Société du Prince Impérial, la Compagnie du crédit sur le travail, de Milan, et se termine par un bon résumé de l'ouvrage.

Cette brève et sèche analyse suffit pour montrer que le livre de M. Luzzati est sérieusement conçu. Il est aussi très-sérieusement exécuté et bien étudié dans les détails. L'auteur est beaucoup plus au courant des principes généraux et de leurs applications à la matière qu'il traite que ceux qui, chez nous, écrivent sur le même sujet. Ses idées sur le crédit sont saines et nettes. Il a su, mieux que plusieurs de nos compatriotes, se préserver des illusions de M. Mac Leod, et voir distinctement que la grandeur et les services du crédit se développent dans l'ordre moral bien plus que dans l'ordre matériel. Il a su comprendre que, quelque intéressantes que fussent les banques spéciales et les fondations administratives, la liberté avait une fécondité, une force et une multiplicité de moyens qui la rendaient infmimcnt supérieure à

toutes les conceptions spéciales et à toutes les panacées.

Mais tant que la liberté est proscrite et que la faculté d'émettre des billets à vue et au porteur est l'objet d'un monopole, les établissements spéciaux sont dignes, au plus haut degré, d'étude et d'intérêt. Il en est deux sur lesquels M. Luzzati a plus spécialement fixé son attention : ce sont l'Union du crédit de Bruxelles et la banque de Delitzsch. Ces deux établissements méritent cette attention à tous égards, par leur importance et les services qu'ils ont rendus, et aussi par leur origine libre. Ces deux types sont évidemment les plus dignes d'être imités.

Est-ce à dire que ces banques aient introduit dans la science ou même dans l'art du banquier des innovations radicales, comme quelques personnes le pensent? En aucune façon : c'est seulement dans la forme de l'association que ces établissements ont innové. Que font-ils au fond? Ils choisissent, l'un entre les artisans, l'autre entre les ouvriers, les hommes capables d'épargner et de conserver un capital, et ils prêtent à ces hommes. Quels capitaux prêtent-ils? Ceux mêmes que les artisans et ouvriers qui n'ont pas besoin de crédit ont épargnés et veulent conserver. C'est justement ce que font les banques ordinaires. Le propre des banques nouvelles, c'est d'avoir porté le crédit plus loin en le rendant plus personnel, au point de prêter à découvert; c'est de n'avoir pas craint d'entrer dans des affaires tellement hérissées de détails qu'on les avait considérées jusque-là comme inaccessibles, service immense d'ailleurs et qu'on ne saurait trop apprécier.

M. Luzzati juge très-sainement des tenlatives administratives pour créer des établissements de crédit qui restent impuissants ou deviennent malfaisants de la

Xn> l.A BANQUE LIBRE.

même manière que les secours de la chanté légale. Vanter cette intervention administrative et les secours publics, c'est méconnaitre le piincipe même du crédit et son caractère essentiellement moral, c'est ne voir que le côté matériel, et croire que lorsqu'on a trouvé de l'argent et qu'on l'a mis à la disposition du pauvre, tout est dit. Au contraire, etde notre temps surtout, ce qu'il y a déplus facile et de plus simple, c'est de trouver des capitaux : ce qui est difficile, c'est de les bien placer pour qu'ils produisent tout leur effet.

L'intervention administrative a un autre eilèt plus dé- ])lorable, c'est d'exclure et d'anéantir finitiative individuelle, de rebuter les gens de bonne volonté qui feraient volontiers des sacrifices d'argent et de travail personnel, s'ils ne voyaient qu'il faut, avant tout, se plier à la morgue bureaucratique et subir en toutes choses le bon plaisir du mandarinat.

Enfin M. Luzzati a parfaitement compris que la diiïusion du crédit ne pouvait être qu'une suite et une conséquence de la diffusion de l'instruction et de l'éducation; qu'on ne pouvait développer le crédit qu'à la condition de développer toutes les facultés delà population.

En somme, cet opuscule est un excellent début. Il pèche un peu, si c'est un défaut, par l'abondance de la phrase, par l'incUnation philanthropique, lors même que cette inclination est combattue par la doctrine et par cette séduction de la pompe, si séduisantes pour les imaginations italiennes et françaises. M. Luzzalivoit, par exemple, un sujet de tableau dans rinterv(uition de la famille dans le prêt d'honneur, et il l'admire. Nous reconnaissons le côté dramatique de cette intervention : mais (|ui pourrait dire pourtant (ju'elle soit exempte

LA RAXQrr. LIHKK. Il [HT

d'inconvénients pratiques? Toutes les familles, hélas ! ne sont pas telles que la peinture et l'art dramatique peuvent les représenter, et lorsqu'il s'agit de crédit, ce qui importe, c'est de les prendre telles qu'elles sont, et c'est ce que fait à merveille la banque écossaise, sans drame et même sans philanthropie.

Malgré ces défauts très-légers, le livre de M. Luzzati nous semble intéressant et recommandable, propre à instruire et non à égarer : c'est l'œuvre d'une intelligence sérieuse, patiente et lucide, un peu méditative, qui comprend cependant la pratique et à laquelle il ne manque, pour avoir un sentiment plus vif de la réalité, que d'avoir plus travaillé et plus souffert dans la vie des affaires.

Cet ouvrage de M. Viganô ', dédié à M. Scliultze, le propagateur des banques populaires allemandes, semble avoir été inspiré par la réputation qu'ont acquise ces banques et par le désir de les voir introduire en Italie. L'auteur, déjà connu par de nombreux travaux, originaux ou traduits, sur l'économie politique, le commerce et la banque, a écrit ce livre sur des matériaux dont la plupart lui sont dès longtemps familiers et s'y est montré fort instruit des faits généraux de l'histoire des banques. Cependant, comme le titre lui-même l'indique, M. Viganô s'est attaché spécialement, dans ce volume, aux banques destinées aux classes non commerçantes de

1, Le BanchepopolarijdiFrancesco Viganô {les RanquespopulaireUf par Fr. Viganô).

la société, aux ouvriers et aux artistes : il ne s'est occupé des banques générales qu'en théorie et en principe.

Ce volume se divise en six sections dont nous allons sommairement indiquer le contenu: 1° Des banques en général et indication des principales formes qu'elles ont prises ; 2" monts-de-piété, leurs règlements généraux et statistique d'un grand nombre d'entre eux ; 3" caisses d'épargne, considérations générales et maximes relatives à ces établissements, règlements généraux, statistique, propositions dont les caisses d'épargne ont été l'objet; 4" banques d'Ecosse, considérations générales sur les banques anglaises, comptes rendus des sociétés de prêt aux ouvriers en Angleterre; 5" banques d'avance de Prusse et d'Allemagne, prêts d'honneur de France, sociétés coopératives en Angleterre ; 6° banques de prêt à établir pour les artistes et pour les petits commerçants et fabricants.

Tel est le plan général de cet ouvrage que complète un volumineux appendice composé de statuts, règlements et documents statistiques. On peut le considérer comme un excellent recueil de faits, disposés en bon ordre, intéressants et certains, choisis sans parti pris et exposés sans erreur de doctrine, en même temps que comme une bonne collection de maximes pratiques pour l'administration d'établissements spéciaux.

Nous aurions désiré trouver dans cet ouvrage plus d'élévation et d'initiative, car il nous semble que lorsqu'on embrasse un ensemble de doctrines et de faits, il est utile de discuter les principales questions qui s'y rattachent, et nous craignons qu'elles aient été négligées dans le livre de M. Viganû.

Ces questions sont au nombre de trois, dont la pre-

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mière n'est même pas spéciale aux banques, et consiste à savoir jusqu'à quel point il convient que l'autorité publique intervienne dans les affaires de prêt, pour servir de tutrice, soit à ceux qui accordent du crédit, soit à ceux qui en demandent. La deuxième, actuellement discutée, est celle de la liberté des émissions de billets au porteur et des restrictions qui peuvent y être apportées. La troisième est celle de savoir s'il vaut mieux avoir des banques spéciales et de divers genres ou des banques générales pour tous les besoins et pour toutes les classes de la population.

M. F. Viganô n'a pas cru devoir traiter ces questions, qui sont pourtant de première importance, et sur lesquelles il nous semble-indispensable d'avoir pris un parti pour traiter complètement quelque partie que ce soit de la théorie des institutions de crédit : il étudie plus volontiers le mécanisme et le règlement, la partie matérielle et positive des arrangements. Ainsi, il est frappé de l'organisation de ces sociétés chinoises qui sont à la fois caisses d'épargne, de dépôt, d'assurance et de prêt, et il propose de les introduire en Europe. Seulement, en Chine, ces sociétés sont absolument indépendantes du gouvernement, et M. Viganô dit : « Que les gouvernements leur assignent des statuts-modèles, qu'ils les surveillent par des commissaires et inspecteurs spéciaux, et facilitent surtout aux banques le placement lucratif de leurs fonds.» Voilà ce qui s'appelle dépasser les Chinois eux-mêmes dans l'ordre d'idées qui leur est le plus familier, et proposer à l'Europe des mandarins qui semblent superflus, même aux habitants du Céleste- Empire.

Notre auteur incline aussi visiblement vers la spécia-

liU'^ (les banqut.'S et semble disposé à les diversifier el. à les classer plus qu'il ne nous semble utile. Cependant il rend aux banques d'Ecosse la justice qui leur est due; mais sans faire observer qu'il n'y a en Ecosse ni banques ouvrières, ni banques du petit commerce, ni ban- ([ues de crédit foncier, par la raison fort simple que les banques d'Ecosse font toutes les opérations que font ailleurs des établissements spéciaux, en même temps que le service général des plus grandes banques. Peutêtre ces banques d'Ecosse, minées par l'action destructive du bill de 1845, sont-elles destinées à se corrompre et à tomber en décadence ; mais nous sommes persuadé qu'aucune combinaison administrative ou théorique ne pourra rendre à aussi peu de frais et avec aussi peu de bruit les services qu'elles ont rendus pendant un siècle et demi qu'elles ont été libres.

Il y aurait de l'injustice à vouloir refaire en quelque sorte le livre d'un écrivain, en lui reprochant de n'avoii^ pas fait ce qu'il ne s'était pas proposé de faire. C'est pourquoi nous n'insisterons pas sur les observations critiques qui précèdent. M. Viganô s'est attaché aux faits et au mécanisme dont la connaissance est si importante et si peu répandue : son livre ne peut manquer d'être utile, en appelant l'attention du lecteur sur ce problème si intéressant et toujours nouveau des meilleurs ariangements de crédit possibles et sur les solutions diverses données à ce problème dans les divers pays du monde.

La discussion des grandes affaires présente en ce moment (janvier 1864^, en Italie, un intérêt particulier; d'une part à cause de l'immense influence que les résolutions adoptées aujourd'hui exerceront sur l'avenir de ce beau pays; d'autre part, à cause de la grande instruction théorique des hommes qui discutent et à l'absence de ces coalitions d'intérêts privés dominants qui, cliez nous, abaissent jusqu'à la pensée.

L'organisation des banques était à l'ordre du jour dans les État^ sardes avant la guerre de l'indépendance; elle est plus que jamais à l'ordre du jour aujourd'hui. Les Etats sardes tendaient à l'unité et à la centralisation ; aujourd'hui le royaume d'Italie y marche directement par le projet présenté en avril dernier pour la création d'une seule banque d'émission, sous le nom de Banque d' Italie.

Le ministre qui a préparé la centralisation, M. de Cavour, était un économiste distingué : on peut en dire autant du ministre qui a présenté le dernier projet et de plusieurs membres des commissions qui l'ont préparé; on en peut dire autant de M. Boccardo, l'auteur de la brochure* dont nous allons nous occuper. Tous, nous le croyons, consultés théoriquement sur le problème du monopole et de la liberté des banques, se prononceraient pour la liberté; et cependant tous, dans la prati- (jue, concluent au monopole.

Il y a dans cette contradiction (juelque chose qui nous aftlige profondément et qui nous montre bien la fai-

I . La Banca d'italia, con^iilciazioni del proi'essore Gerohimo Boccardo.

blesse de la foi puisée dans un enseignement dénué de pratique et réduit à des mots. Des hommes très-éclairés conviennent que la liberté est, pour les banques, le meilleur régime; puis, arrivés à la réalisation de leur théorie, ils la sacrillent sans hésitation et sans regrets! Quelles sont donc les considérations qui les meuvent, les sentiments qui les font agir? Hélas! ils sont jurisconsultes et Italiens; ils sont emportés par cette vieille tradition romaine qu'ils ont, depuis leur naissance, absorbée par tous les pores; ils cèdent à un entraînement politique irréfléchi, et aussi, faut-il le dire? à des mots.

M. Boccardo, par exemple, commence par réfuter très-carrément et très-bien quatre objections ridicules, que les partisans du monopole ont l'habitude d'élever contre la liberté des banques; puis il conclut : « Le besoin le plus urgent et le plus essentiel de l'Italie, celui qui résume tous les autres, et dont tous les autres supposent la pleine et complète satisfaction, est le besoin d'^^ nité.... Si le régime delà pluralité des banques peut avec avantagée fonctionner dans un pays parfaitement homogène et déjà parvenu à un haut degré de prospérité, dans un pays où les diverses provinces ont des traditions communes, et sont liées les unes aux autres par d'anciennes et fréquentes relations, ce régime rencontrerait de graves obstacles dans un, état vaste, formé récemment de parties séparées depuis des siècles, étrangères l'une à l'autre et économiquement plus éloignées les unes des autres que s'il y avait entre elles des mers et des continents... Il faudrait fermer les yeux à l'évidence pour ne pas reconnaître que les banques de circulation, étant les plus puissants organes du crédit et les réser-

voirs de capitaux les plus abondants, sont les plus efficaces auxiliaires de l'administration des finances publiques dans ses grandes opérations.... Dans l'établissement d'un nouveau système de banques, le gouvernement doit avoir principalement en vue de fonder un grand et vigoureux établissement de crédit, qui lui serve d'auxiliaire et d'intermédiaire. »

Voilà, en résumé, les arguments qui font prévaloir le monopole dans les esprits les plus distingués. Il suffit de les examiner un instant, en dehors de l'entraînement des passions politiques et de la mode du jour, pour voir combien ils ont peu de poids.

(( L'Italie a besoin d'unité ! » — Soit ! Je suppose qu'il s'agit de cette unité qui assure l'autonofnie d'un peuple contre les ambitions étrangères ; unité dans la direction des relations extérieures et des armées de terre et de mer; unité de gouvernement, en un mot. Quant à l'alignement symétrique et uniforme de ses lois, de ses mœurs, de ses coutumes, et surtout de ses institutions commerciales d'après un type uniforme, je ne suppose pas que l'Italie en ail besoin : je crois d'ailleurs que, si elle en sent le besoin, il suffira de la laisser libre pour qu'elle se satisfasse aussitôt sans qu'il soit nécessaire de l'y contraindre par une loi.

Si donc on suppose que des banques libres et locales, opérant dans un intérêt commercial, vont conspirer contre l'unité nationale, employer leur crédit et leur argent à lui faire la guerre, on a raison de se défier d'elles. Mais si ces banques se contentaient de recevoir les capitaux qu'on leur confierait et de les placer le plus lucrativement possible pour leurs actionnaires (comme il arriverait très-certainement), nous ne voyons pas du tout

en quoi leurs actes pourraient nuire à l'unité nationale et empêcher ou retarder sa consolidation.

Nous croyons même voir très-nettement qu'elles travailleraient en faveur de T unité, puisqu'elles s'efforceraient de rendre plus fréquentes et plus intimes les relations commerciales qu'ont entre elles les différentes parties de l'Italie.

Quoi ! ce serait au nom de l'unité qu'on s'élèverait contre la liberté du commerce? Et ce serait l'auteur d'un bon manuel de l'histoire du commerce qui soutiendrait cette doctrine ! Gomme si le commerce n'avait pas été l'agent principal, sinon unique, de la formation des grands États, et du droit des gens, qui étend sur tous les peuples ses lois uniformes ! Qui donc, sinon le commerce, a créé l'unité des États-Unis, celle de l'Angleterre, de l'Ecosse et de tous les peuples libres? Qui a rapproché et soudé ensemble les diverses peuplades dont la réunion forme les États chrétiens grands et petits? La religion et le commerce. D'où vient que, depuis la fin du siècle dernier, et surtout depuis trente ans, tous les peuples tendent fortement à l'unité? D'où vient que, malgré les cris inspirés par de vieilles traditions, les dilférences de race et de nationalité tendent à s'effacer? N'est-ce pas surtout à cause de l'extension et de l'intensité des relations commerciales qui se sont établies de peuple à peuple et dans le sein de chaque peuple? Cessez donc de voir dans la liberté des banques une ennemie de l'unité de l'Italie.

Réfléchissez plutôt aux conséquences naturelles des deux systèmes opposés, Hberté et monopole. La liberté, vous le savez et en convenez, sera plus active; elle ira chercher des capacités industrielles que le monopole

négligera; elle trouvera des combinaisons diverses appropriées aux besoins de chaque localité, tandis que le monopole sera, par sa nature même, astreint à une uniformité rigide et le plus souvent stérile. La liberté sera plus féconde et plus productive.

Eh bien! croyez-vous que toutes ces capacités locales que vous condamnez à l'inaction, et que vous enchaînez au nom de l'unité, ne seront pas disposées à la maudire? Croyez-vous qu'elles supporteront sans dépit et sans dédain l'empire des capacités de coterie que leui' expédiera l'administration centrale? Grave danger! Et si ces capacités locales se soumettent et consentent à s'anéantir, danger plus grave encore! vous aurez, au nom de l'unité, anéanti une partie des forces vives de l'Italie.

Vous dites que l'opinion générale de l'Italie est favorable à l'unité de banque. Si cette assertion était juste, elle ne suffirait pas à prouver que l'Italie ne se trompe pas, car les peuples, comme les individus, peuvent se tromper. Mais je soupçonne fort que cette opinion unanime dont vous parlez est celle des gens qu'on appelle hommes politiques^ tels qu'avocats, lettrés, magistrats, employés, fournisseurs du gouvernement, capitalistes, monopoleurs, etc., tous gens enclins à parler au nom d'autrui sur les matières qu'ils ignorent comme sur celles qu'ils connaissent. Nous doutons que cette rage d'unité soit partagée par les commerçants; autrement, comment expliquer la résistance de la banque de Parme, celle de cette banque, à demi fondée, des quatre légations, et celle des banques de Naples et de Toscane, qui dure encore? Gomment expliquer ces démarches actives et persévérantes que iirent, au moment même de

l'annexion, des hommes très-notables de Naples,et l'espèce de coup d'État par lequel M. de Cavour les rendit infructueuses?

L'Italie résiste si naturellement et avec tant de force à l'unité de. banque, que les unitaires les plus déterminés ont introduit dans leur projet de banque nationale un système d'administration fédératif en quelque sorte, bien étrange dans une entreprise commerciale, et que M. Boccardo critique avec raison. Pourquoi cette distinction singulière des sièges et des succursales, si évidemment contraire à une bonne administration? Pourquoi , sinon pour satisfaire des susceptibilités très-vives, très-fondées, à noire avis, et très-légitimes, avec lesquelles on veut transiger aujourd'hui, sauf à leur enlever demain, au nom du sens commun et de la nécessité administrative, la petite consolation qu'on leur laisse pour le moment?

Vous voulez, àiiQ^-sow&^Xdi production en grand; mais dans la banque, aussi bien que dans l'industrie, la production en grand ne porte ses fruits que lorsqu'elle est devenue nécessaire. Vous voulez l'établir artificiellement avec un gros capital et de nombreuses succursales ? Eh bien ! sans être prophète, on peut prédire à l'avance que la plupart de ces succursales ne feront pas leurs frais d'ici à plusieurs années, et qu'elles feront naître pour la Banque.de graves difficultés d'administration. C'est ce qu'enseigne l'histoire publique et privée de la Banque de France. D'ici à longtemps, on peut l'affirmer encore, la Banque d'Italie ne pourra faire des dividendes qu'au moyen du produit de ses opérations avec le gouvernement : ses succursales ne seront pour elle qu'une cause d'embarras et de dépense; elles végéteront là où des

banques locales auraient prospéré et ne rendront pas la dixième partie des services que des banques libres auraient rendus.

Venons maintenant au second argument énoncé par M. Boccardo, à la raison d'État, à la nécessité de fournir au gouvernement d'abondantes ressources financières. Ces ressources peuvent être fournies de deux manières : V par un appui prêté dans une négociation d'emprunt; 2" par une négociation de bons du Trésor fondée sur une émission de billets à cours forcé, de papier-monnaie, pour appeler les choses par leur nom.

Pour un emprunt normal, nous croyons que le gouvernement trouverait un appui plus considérable dans plusieurs banques que dans une seule, par cette raison que la somme du capital propre et des dépôts de plusieurs banques serait supérieure à celle du capital propre et des dépôts d'une seule banque. S'il s'agissait simplement de remplir les fonctions d'intermédiaire, le système le plus avantageux serait évidemment celui qui mettrait en activité la plus grande somme de capitaux, et ce serait encore le système de la liberté. Ce sont là des propositions qui, entre économistes, n'ont pas besoin d'être démontrées.

Reste la question du papier -monnaie, ressource extrême, dangereuse, telle que nous ne la discutons qu'avec répugnance ; mais qui cependant peut être employée comme dernier moyen de sauver l'existence d'une .nation. Remarquons d'abord qu'on peut l'obtenir sans monopole complet, comme les Anglais l'ont obtenue, de 1797 à 1818, au moyen d'une banque, privilégiée il est vrai, mais à côté de laquelle existaient, dans les provinces, en Ecosse et en Irlande même, de nombreuses

banques libres. Remarquons ensuite qu'au moment même où nous écrivons, le gouvernement de Washington a obtenu, de banques libres ou à peu près libres, au nombre de plus de 1 ,500, une ressource du même genre. Par conséquent, même dans le cas extrême de recours au papier-monnaie, la liberté des banques présenterait des ressources égales ou supérieures à celles qu'on pourlait obtenir d'une seule banque privilégiée.

Si la raison d'État qu'invoque M. Boccardo doit être écoutée; s'il faut à tout prix procurer de l'argent au gouvernement, il ne faut pas critiquer l'élévation à 100 millions du capital exigé de la Banque. M. Boccardo pense, et nous croyons comme lui, que les affaires commerciales actuellement possibles pour la Banque d'Italie ne sauraient donner à cette somme un emploi lucratif. Mais si cette somme doit être prêtée au gouvernement ; si, en échange, on donne aux prêteurs un privilège qui leur permette de rançonner, pendant un temps indéfini, le commerce italien, on fait une affaire qui, à votre point de vue, est blâmable et funeste aux intérêts du pays, mais parfaitement logique et rationnelle.

En somme, les développements de la brochure de M. Boccardo sont dignes de ses travaux antérieurs et de sa réputation. Malheureusement, sur le principe, il a cédé à un courant d'opinion violent dans le milieu où il se trouve et auquel il n'était pas possible de résister avec succès. Son but a été d'empêcher deux erreurs graves : l'interdiction de prêter sur soies et l'établissement d'un système d'administration impossible, comme aussi de l'aire réduire le capital exigé. Ce but on pouvait le chercher et l'atteindre sans faire aussi bon marché de la liberté.

11 est possible que le gouvernement italien et ceux qui l'entourent soient tentés de jouer encore le jeu des batailles, et soient atteints par contagion de cette maladie d'administration militaire dont la France souffre depuis si longtemps. Mais quels que soient les entraînements des gouvernements ou des peuples, ils ne sauraient prévaloir contre la vérité qui tôt ou tard reprend ses droits. « Si on ne veut pas écouter la raison, elle ne tarde pas à se faire sentir. »

Dans les circonstances difficiles et même désespérées, il faut défendre la vérité, au moins dans l'intérêt de l'avenir. Le monopole des émissions sera établi en Italie : on n'en doute pas. Il peut durer et doit durer, si ceux qui l'établissent, qui sont aujourd'hui les vrais organes de la nation, réussissent dans leurs projets. Une fois l'enthousiasme guerrier refroidi et la fumée de la poudre dissipée,le monopole restera, lourd, accablant, mais puissant, parce qu'il acquerra de profondes racines dans le gouvernement et l'opinion. Les serviteurs de la liberté l'attaqueront et alors on pourra leur dire ; — « Ceux qui partageaient vos principes, les professeurs qui vous les ont enseignés, ont pris la parole lorsque la Banque a été établie, et ils ont reconnu que la liberté des banques, bonne abstraitement et acceptable dans certains pays, était incompatible avec la condition sociale et avec les nécessités de gouvernement de l'Itahe. » — Cet argument sera longtemps une force pour le monopole et un obstacle pour la liberté, dont les partisans gémiront de voir que ses défenseurs naturels l'ont abandonnée si vite et sans combat.

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