II. A qsQoi sert d'aToir un banquier
1 " Yous habitez Paris et vous avez besoin de recouvrer une somme qui vous est due à Dijon ou même dans une petite localité de France. S'il vous fallait aller vousmême réclamer votre dû ou envoyer un messager à cet effet, vous auriez à supporter les frais d'un voyage et une perte de temps, de telle sorte que lorsque la somme à recouvrer serait médiocre, il vaudrait mieux pour vous la perdre que l'aller quérir. Vous auriez en outre à supporter les risques que présente tout transport d'espèces et les chances d'infidélité de Tagent que vous emploieriez.
Avec un banquier, ces frais et risques se réduisent au point de disparaître en quelque sorte. Vous tirez sur votre débiteur une lettre de change à l'ordre de votre banquier qui se charge de la faire présenter et recouvrer à l'échéance et de vous en remettre le produit, au prix d'une rétribution insignifiante, soit 1 franc ou 1 franc 50 cent, pour 1,000 francs. Les soucis de la présentation, les risques du recouvrement et du transport sont au compte du banquier et vous n'avez pas à vous en occuper.
Que la somme à recouvrer soit due à Londres ou à
Berlin, à Saint-Pétersbourg ou à Madrid, à Vienne, à Constantinople ou à Rome, votre banquier se chargera de même de vous la recouvrer. Il n'y aura de différence que dans le chiffre de la commission et ce chiffre sera toujours minime en comparaison des frais d'un recouvrement direct.
Ainsi, avoir un banquier, c'est posséder la faculté de recouvrer à très-peu de frais et de risques une somme quelconque dans une localité quelconque du monde civilisé, c'est-à-dire du monde où il y a des banquiers.
2" Vous habitez Paris et vous désirez remettre une somme, dans une ville de province ou à l'étranger, soit à Londres. Irez-vous apporter vous-même cette somme? L'enverrez-vous par un messager? C'est ce que l'on faisait autrefois; mais que de frais et de risques! Aujourd'hui vous vous adressez à votre banquier et, au prix d'une rétribution légère, il vous vend une lettre de change sur la localité dans laquelle vous désirez remettre. Vous passez cette lettre de change à l'ordre de votre créancier et vous la lui adressez par la poste.
Vous pouvez aussi autoriser votre créancier à tirer sur vous une lettre de change d'une importance égale à celle que vous voulez envoyer. Le transport de la somme peut être facilement effectué par ce moyen, si votre créancier ou correspondant a un banquier à sa disposition.
3" Vous habitez Paris ou une ville quelconque et vous avez des recouvrements à faire sur place. Vous pouvez, il est vrai, les. faire à peu de frais. Cependant, si vous
avez à recouvrer une lettre de change ou un billet à ordre endossés, et si vous êtes un peu occupé, vous êtes exposé à oublier le jour précis de l'échéance ou l'observation des règles relatives au protêt. En cas de protêt, il vous faut chercher un huissier, c'est-à-dire faire des démarches qui coûtent du teuips et le temps est de l'argent. Vous épargnez ces risques et les frais qu'ils imposent en employant le ministère du banquier, qui, sous sa responsabilité, fera présenter exactement au jour de l'échéance et protester en temps utile, au besoin.
4° Vous envoyez quelqu'un ou vous allez vous-même pour un temps un peu long dans un pays éloigné, soit pour faire des achats ou simplement pour voyager. Vous ignorez quelle quantité d'argent vous sera nécessaire et il vous répugne de traîner par voies et par chemins avec vous une forte somme dont une partie plus ou moins considérable peut vous être inutile. Vous vous adressez à votre banquier et vous déposez chez lui la somme que vous auriez emportée : il vous donne en échange une lettre de crédit, soit sur une locahté, soit sur plusieurs, à votre choix, moyennant une rétribution légère.
Grâce à cette lettre de crédit, vous cessez de courir les dangers, inconvénients et soucis inséparables de tout transport d'espèces. On ne peut pas vous voler et la perte même de votre lettre de crédit n'implique pas la perte de la somme. Vous prenez l'argent dont vous avez besoin dans la localité précisément où vous en avez be-
soin et en monnaie du pays. Tous ces avantages sont considérables et très-peu coûteux.
5° Vous recevez une somme d'argent dont vous n'avez actuellement aucun besoin, mais que vous ne pouvez placer à long terme, parce qu'elle est destinée à satisfaire vos besoins prochains, dépenses de maison, si vous n'êtes pas commerçant, dépenses de maison et échéances, si vous êtes commerçant. Que ferez-vous de cette somme? Si vous la gardez chez vous, il vous faut prendre des précautions contre les risques de vol ou de perte, craindre de vous absenter, être inquiet, sans tirer aucun intérêt du capital qui est dans votre armoire. ' Un banquier vous délivre de ces inconvénients. Il reçoit votre argent et se charge de tous les risques de garde, tout en vous payant le plus souvent un léger intérêt. Cependant votre argent est aussi bien à votre disposition que s'il était dans votre armoire, puisque vous pouvez, dès que vous éprouvez un besoin, réclamer de votre banquier la somme qui vous est nécessaire. Vous avez de la sorte, dans le banquier, un caissier responsable dont l'entretien ne vous coûte rien, et au contraire, fait produire un intérêt à vos capitaux, même pour un jour et pour une Irès-petite somme.
6" Si votre banquier est chargé de vos recouvrements au dehors et surplace, il vous dégage.de fous les soucis de cette partie du service de caisse qui consiste à recevoir. Plus de temps perdu à compter des pièces d'or ou d'argent, à les vérifier, à examiner si les billets de ban-
que sont bons ou Taux, plus de risques à courir de la pari des faux monnayeurs et de ceux qui peuvent vous soustraire, dans la rue ou dans un bureau, un sac d'espèces ou un portefeuille. Vous pouvez rendre plus effectifs et plus complets encore les services de caisse que vous rend votre banquier en faisant tous vos payements par son intermédiaire.
Pour cela, il suffit d'avertir ceux qui tirent sur vous des lettres de change d'indiquer qu'elles sont payables à la caisse de votre banquier ou d'indiquer vous-même, par l'acceptation, qu'elles sont payables à cette caisse. Quant aux payements au comptant de quelque importance, vous les faites par des ordres de payer ou dispositions sur votre banquier. Celui-ci, dûment avisé par vous des lettres de change non acceptées et voyant votre signature sur les lettres acceptées, sur vos billets et sur vos dispositions au comptant, les acquittera sur toutes les somme's que vous aurez dans sa caisse.
Si vous adoptez l'habitude de payer par la caisse de votre banquier, vous n'avez plus besoin de conserver chez vous que les fonds nécessaires pour les petites dépenses courantes de votre maison, montant à des sommes trop minimes pour qu'il vaille la peine de faire un mandat sur votre banquier.
On n'a pas assez généralement en France l'habitude de payer à la caisse du banquier. Ceux même qui ont un banquier aiment à prendre leurs fonds chez lui et à payer à leur domicile. Ils se privent ainsi d'un avantage
important, puisqu'il leur faut compter et vérifier l'argent lorsqu'ils le prennent chez le banquier et, lorsqu'ils payent, transporter des fonds, ce qui entraîne toujours quelques risques et inconvénients, enfin les retirer de chez le banquier et les garder à domicile, sans qu'ils portent intérêt, un jour au moins, s'il s'agit de payer des billets où lettres de change, et souvent davantage, quand il s'agit d'acquitter des factures. En un mot, cette habitude oblige les commerçants à conserver une caisse et quelquefois même un caissier dont ils pourraient se passer, sans faire aucun sacrifice.
Il est donc à désirer que l'habitude de payer par disposition sur le banquier, qui est générale en Angleterre et aux États-Unis, se généralise au plus tôt en France. Le commerce ne tarderait pas à en retirer des avantages considérables par la suppression d'une multitude de démarches qui se font aujourd'hui très-inutilement. Alors les maisons de banque seraient ce qu'elles doivent être avant tout, \e5 causes communes des commerçants.
T Celui qui a un banquier peut obtenir par son intermédiaire des renseignements sur le crédit des personnes avec lesquelles il se propose de faire des affaires, même à de grandes distances. Ces renseignements sont sans doute généraux et brefs : cependant ils sont presque toujours suffisants et tels qu'il serait difficile de les obtenir aussi sûrs par une autre voie.
8° Un banquier est, pour ceux qui font affaire avec lui, une sorte de répondant moral, qui peut donner au
besoin des renseignements sur leur solvabilité, ce qui, dans le commerce, est souvent fort utile. Le banquier, par les livres duquel passent toutes les opérations de caisse d'une maison de commerce, est mieux placé que qui que ce soit pour savoir au juste quel crédit mérite cette maison.
9° Votre banquier vous avance, en certains cas, les sommes dont vous pouvez avoir besoin. Ainsi lorsque vous le chargez de recouvrer pour vous un paquet de billets, de lettres de change ou de factures dont l'échéance n'est pas encore venue, il vous avancera, sauf retenue de l'intérêt pour le temps à courir, le montant de ces billets, lettres ou factures. C'est ce qu'on appelle « consentir un escompte. »
Le banquier consentira plus volontiers à cet escompte s'il voit par le mouvement de vos affaires chez lui que votre maison est bien tenue, que vos débiteurs payent ponctuellement, que vous surveillez exactement vos échéances et pourvoyez aux moyens d'y hiva face, que vous vous montrée; en un mot commerçant vigilant et sérieux. Il tiendra compte aussi de votre capital propre réel ou supposé, mais il considérera avant tout la bonne tenue et le roulement de votre compte chez lui.
1 0" Quelquefois même et par exception, vous pourrez obtenir de votre banquier un crédit à découvert pour un temps court et pour une opération déterminée dont vous aurez eu soin de le prévenir à l'avance.
1 r Quelquefois enfm votre banquier vous accordera
I,A BANQUE IJRRE. 9
un crédit à longue échéance, soit sur garanties réelles, comme gage et hypothèque, soit sur garantie personnelle, comme une caution, ou bien il obtiendra pour vous ce crédit d'un capitaliste.
1 2° Votre banquier pourra d'autant mieux vous rendre des services qu'il aura à sa disposition plus de capitaux propres ou confiés et qu'il obtiendra ces derniers à de meilleures conditions. Si la loi ne s'y oppose pas, il pourra obtenir des capitaux à très-bon marché en émettant des billets payab^.es à sa caisse au porteur et à vue. Car s'il jouit d'un bon crédit sur place, chacun préférera ces billets à des espèces, parce qu'ils facilitent les comptes et se transportent sans peine. On compte plus vite une somme en billets qu'en espèces et on n'a pas besoin de se livrer, pour la recevoir en billets, à des vérifications aussi multipliées.
13" Votre banquier se chargera aussi d'acheter ou de vendre pour vous des titres de fonds publics ou d'entreprises industrielles, ainsi que de conserver ces titres en dépôt chez lui, ce qui vous épargnera des démarches, des soucis et des risques. .
14" Enfin vous trouvez dans votre banquier un conseiller un peu discret et circonspect, mais habituellement éclairé, dans une multitude de circonstances difficiles. Il a généralement intérêt à ne pas vous donner de mauvais conseils, car si vous ^faites beaucoup d'affaires et de bonnes affaires, vous lui ferez gagner une somme de commissions plus élevée, sans lui faire courir de ris-
ques. Il est probable aussi que ce conseiller sera plus éclairé que vous, non sur la partie technique et professionnelle de votre métier, mais sur le côté général de vos opérations, sur les affaires proprement dites, parce que ses travaux de chaque jour lui font justement considérer par ce côté toutes les opérations industrielles et commerciales.
15" Mais vous n'êtes pas commerçant et en ce cas vous demanderez peut-être à quoi peut vous servir un banquier? Il peut garder vos papiers de famille, polices d'assurances, titres de rentes, actions ou obligations de grandes compagnies et percevoir vos revenus, comme aussi vous fournir des lettres de change ou de crédit dans le cas où vous voudriez voyager. Si vous payez périodiquement vos fournisseurs, vous pouvez les payer par dos dispositions sur votre banquier. En tout cas, vous recevez un service peu apprécié et cependant important lorsque, votre banquier, vous remettant à la fin du tiimestre ou du semestre votre compte chez lui, vous présente un tableau sommaire de vos recettes et de vos dépenses. Vous pouvez voir, en lisant ce compte, si vous épargnez une partie de vos revenus ou si vous les dépensez en totalité, ce que vous n'auriez pu savoir autrement, car, très-probablement vous ne tenez pas de livres de recettes et de dépenses.
Tels sont les services nombreux et importants que vous rend un banquier. Il est vrai que tous ces services supposent de votre pari une certaine confiance, la rc-
LA BANQUE LIBRE. i\
mise de votre caisse tout au moins et que cette confiance vous fait courir des risques. Mais en courez-vous moins en gardant votre caisse chez vous, en faisant vos recouvrements sur place par des commis et des domestiques, exposé aux vols, aux incendiés, etc. Les habitants des pays les plus civilisés ne le croient pas; ils ont presque tous un banquier qu'ils s'appliquent à choisir de manière à ce qu'il leur présente des garanties de probité, de capacité et de fortune telles qu'ils aient confiance en lui. S'il arrive quelques sinistres, les pertes qu'ils causent coûtent infiniment moins que celles résultant de ces petits sinistres si fréquents chez les particuliers même les plus soigneux de leurs intérêts.
m. Comment le lianqniei* rend des services à bon marché.
Il semble étrange au premier abord (|ue le banquier puisse rendre autant de services, à très-bas prix, et que cependant il soit largement rémunéré de ses soins. C'est là une des merveilles de la division du travail.
Dans l'industrie commerciale, le banquier prend pour spécialité le soin de la caisse et du portefeuille : il s'établit et prend tous ses arrangements en vue de ce travail. Ainsi il a des caisses très-fortes, très-lourdes, très-
difficiles à ouvrir par force ou par fraude, des boîtes à effets très-sûres, une chambre de fer qui ne craint ni les voleurs ni l'incendie et en général un logement où tout est disposé pour la sûreté. Dans le choix de ses employés, particulièrement deceux auxquels il confie des valeurs, il recherche surtout l'exactitude et la probité. Il y a dans tous ces détails des précautions trop coûteuses pour être prises par une maison ordinaire, mais qui, pour le banquier, sont nécessaires et peu onéreuses.
En effet, lorsque le banquier tient la caisse et le portefeuille de cent personnes, chacune d'elles ne supporte que la centième partie des frais de ce genre qu'elle aurait dû supporter seule, si elle n'avait pas eu de banquier et celui-ci n'a pas de nouveaux frais à faire lorsque sa clientèle s'étend.
De même, une fois que sa maison est organisée pour tenir un portefeuille, surveiller les échéances, veiller à ce que les protêts soient faits en temps utile, il n'en coûte pas beaucoup plus de donner des soins à cent effets qu'à dix dans un jour. Ce soin, qui détourne le commerçant ordinaire de ses affaires courantes, est une atïaire courante dans la maison du banquier, et les petites commissions qu'il reçoit pour le recouvrement de chaque effet forment, toutes minimes qu'elles soient, à la fin de l'année un total qui n'est pas à dédaigner.
De même encore les recouvrements à distance coûtent peu de chose au banquier lorsqu'il a dans chaque localité des banquiers avec lesquels il correspond. Il n'a be-
soin que deleur adresser les effets dûment endossés et ils les recouvrent, tandis qu'il recouvre lui-même les effets qu'on lui adresse de tous côtés sur la localité oîi il habite. Par cette correspondance des banquiers entre eux les créances des diverses localités, les unes sur les autres, se trouvent compensées et éteintes, sans transport effectif d'espèces. Et ces compensations s'effectuent, nonseulement par voie directe, mais aussi par voie indirecte. Soient données trois localités, A, B et G ; il peut arriver que A doive à B, B à G et C à A. En ce cas, les banquiers de A envoyant à G les traites qui leur sont remises, ceux de C les couvrent en leur envoyant des traites sur B que les banquiers de A remettent aux banquiers de B. Alors les créances des trois localités l'une sur l'autre se trouvent éteintes sans nul transport d'espèces.
Les soldes seuls donnent lieu à des transports, hors le cas très-fréquent où les banquiers de la localité créancière font pour quelques semaines ou quelques mois l'avance des fonds aux banquiers de la localité qui doit, laquelle ne tarde jamais beaucoup à s'acquitter.
Enfin le banquier peut prêter des fonds plus facilement et à plus bas prix qu'un autre : 1 " parce qu'il les obtient à meilleur marché; 2° parce qu'il peut et sait mieux placer. .
Le banquier, étant un caissier, ne reçoit que par exception des fonds destinés à porter intérêt : il reçoit habituellement de l'argent dont la destination était de rester improductif dans la caisse du déposant. Gelui-ci ne peut
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exiger du banquier un gros intérêt pour des sommes dont il peut disposer à chaque instant et dont il dispose en réalité fréquemment. En effet, les déposants ne demandent souvent nul intérêt et se contentent de quelques services gratuits de recouvrement, ou, lorsqu'ils reçoivent un intérêt, celui-ci est minime. Le banquier cependant utilise les fonds de caisse en les prêtant à intérêt. Il sait par expérience que, les fonds de caisse étant de 1 00,000 fr., par exemple, il aura par jour un mouvement d'entrée et de sortie d'espèces de /iO,000 fr. environ. Il gardera 50,000 fr. en caisse et prêtera par escompte 50,000 fr., qui lui rapporteront intérêt, tandis que, si chaque déposant avait conservé sa caisse dans sa propre maison, ces 50,000 fr. n'auraient pas été prêtés et n'auraient rien produit à personne.
Si les commerçants prenaient l'habitude de payer chez leur banquier comme ils reçoivent par lui, le banquier disposerait d'une somme plus considérable; cardans tous les payements où créancier et débiteur auraient le même banquier, le payement s'effectuerait par un transfert de la somme du crédit de celui qui payerait au crédit de celui qui recevrait. Ce transport s'appelle un virement. Lorsque le créancier et le débiteur auraient des banquiers différents, les sommes qu'un banquier devrait à l'autre se compenseraient avec celles que lui devrait ce dernier et les soldes seuls seraient payés en espèces. Alors les payements qui exigent actuellement un encaisse de 50,000 fr. pourraient être effectués avec 25,000 fr. ou
moins encore : le reste serait prêté par les banquiers qui en retireraient un intérêt dont ils sont privés aujourd'hui.
Le banquier se procure encore des fonds à bon marché lorsqu'il peut émettre des billets à vue et au porteur qui circulent comme espèces. En ce cas, en effet, il obtient, sans payer aucun intérêt, un capital égal à la somme des billets qu'il peut tenir en circulation. Ce crédit ne lui coûte que les frais de confection des billets, d'une part, et d'autre part, la conservation en caisse d'une somme d'espèces suffisante pour faire face aux demandes de remboursement des porteurs de billets. L'expérience nous enseigne que celte somme s'élève, au maximum et en acceptant les appréciations les plus exagérées, au tiers de celle des billets. Ainsi 300,000 fr. de billets en circulation procurent au moins 200,000 fr. sans intérêt à la banque qui les émet, et ces 200,000 fr. prêtés par des escomptes, produisent un intérêt dont profite le banquier.
Le banquier, avons-nous dit, peut et sait mieux placer que le capitaliste ordinaire. Il y a pour cela un excellent motif, c'est que placer est la partie importante et laborieuse du métier de banquier. Il place tous les jours et à toute heure, comme il reçoit à toute heure des remboursements, tandis que placer par un prêt est, pour le capitaliste ordinaire, une opération exceptionnelle. Le banquier a sur le capitaliste l'avantage d'une expérience plus étendue, d'un exercice plus continu et aussi celui d'une connaissance plus approfondie du personnel.
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Gomme les fonctions de caissier mettent aux mains du banquier les effets de commerce, il a la facilité de prêter à très-bref délai par l'escompte de ces effets en même temps qu'il les recouvre. L'expérience lui apprend quels effets sont exactement payés et quels n'ont, au contraire, qu'une valeur douteuse. Habitué à faire les recouvrements des maisons de commerce, il est mieux placé que tout autre pour juger de l'importance et du caractère plus ou moins aventuré des affaires de chacune d'elles, en même temps qu'il apprend à connaître la capacité de ceux qui les dirigent et l'importance de leur fortune personnelle.
Toutes ces facilités, jointes à l'exercice constant du métier de prêteur, assurent, à capacité d'ailleurs égale, un avantage considérable au banquier sur le capitaliste ordinaire.
On voit que les dépenses du banquier consistent en loyer, frais d'appropriation et d'entretien de la maison et du mobilier, patente, salaire d'employés et frais de bureau. Ses recettes consistent , d'une part en commissions perçues sur les opérations et généralement proportionnées aux sommes sur lesquelles il opère; d'autre part, en différences entre l'intérêt des capitaux qu'il emprunte et celui des capitaux qu'il prête. Il n'y a là rien de caché ni de mystérieux.
On peut voir aussi que le banquier doit être porté |)lulôt à multipUer les opérations qui lui procurent une commission avec peu de risque qu'à élever le chilïre de
ses prêts, dont le risque est inséparable, et qui présentent d'ailleurs des difficultés de plus d'un genre.
Quant au capital propre du banquier, qui constitue sa fortune personnelle, il ne diffère en rien, par sa natur , sa destination et son emploi, du capital propre des autres commerçants. Ce capital, employé dans les affaires courantes de la maison, à l'escompte, par exemple, sert à accréditer le banquier, à inspirer de la confiance aux personnes qui emploient ses services : il sert aussi à les garantir contre les suites des mauvaises opérations que le banquier pourrait faire. Supposez que, ce capital étant de 1 0, les recettes du banquier s'élèvent à 40, tandis que ses frais et pertes réunis s'élèvent à 45, le public ne perd rien et le déficit de 5 constaté sur l'exercice de Tannée est supporté par le banquier seul. Si ce capital n'avait pas existé ou s'il s'était trouvé insuffisant, le déficit aurait été supporté en totalité ou en partie par le public.
On a raison de chercher la fortune chez un banquier; mais on aurait tort de chercher exclusivement des garanties dans la possession de grands biens. Les opéralions du banquier portent sur des chiffres d'affaires tels que, si elles sont mal faites, elles peuvent absorber en peu de temps la plus grande fortune. On comprend, au contraire, que, si elles sont bien faites, le capital propre du banquier s'accroît au lieu d'être entamé. La garantie que le banquier présente au public dépend donc, avant tout, de son caractère et de sa capacité : sa fortune per-
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sonnelle n'est qu'une garantie supplémentaire assez faible quand cette fortune est patrimoniale, plus grande lorsque cette fortune, acquise dans les affaires, est un témoignage de capacité.