‹ La banque libreChapitre 5 sur 34 · IV. l^iilité pmhihinf dn coaaiaiBt^i'ce de liaiiqiie · texte numérisé non relu

IV. l^iilité pmhihinf dn coaaiaiBt^i'ce de liaiiqiie

Tout homme employé dans une industrie quelconque est chargé d'un service public, dont il peut n'avoir pas conscience, mais qu'on ne saurait méconnaître sans erreur. Dans la plupart des professions^ ce service est apparent et en quelque sorte visible à l'œil. L'agriculteur fournit à la société le blé, le vin, la viande, les aliments et matières premières dont elle a besoin, le cordonnier lui fournit la chaussure, le tailleur, des habits, le maître de forges, du fer, tandis que le commerçant s'occupe de placer les marchandises à la portée du consommateur. Le service public du banquier, quoique très-important, est moins apparent, et un grand nombre de personnes, très-éclairées d'ailleurs , le méconnaissent. C'est pourquoi il est nécessaire, avant d'aller plus loin, de l'indiquer et de le définir.

Lorsque nous considérons à ce point de vue l'ensemble des services du banquier, nous voyons qu'il exerce une double fonction : 1" il économise l'usage de la monnaie ;

2° il cherche pour les capitaux à prêter les meilleurs placements.

Quand le banquier reçoit les fonds de caisse des divers commerçants et effectue tous les payements de sa clientèle au moyen d'un encaisse inférieur à la somme versée chez lui, l'économie de monnaie est évidente. Supposons qu'ayant reçu 100, il pourvoie avec 50 aux payements nécessaires ; la société épargne l'emploi d'une somme de monnaie égale à 50. Si cette somme était restée aux mains de ses propriétaires, elle n'aurait servi à rien et n'aurait rien produit : placée entre les mains du banquier, elle est prêtée par l'escompte. A qui? Peutêtre à ceux-mêmes auxquels elle appartient, mais en tout cas à des personnes qui la font valoir utilement pour elles-mêmes et pour la société.

Dans cette supposition, la société s'est enrichie exactement comme si elle avait acquis le capital de 50 dont elle a appris à se passer. Le bénéfice de cette nouvelle richesse est partagé entre le banquier qui en garantit la conservation et en perçoit l'intérêt, et les emprunteurs, qui trouvent un avantage à se servir de ce capital , même à la condition d'en payer l'intérêt.

L'économie de monnaie est sensible lorsque le banquier échange les lettres et billets payables dans une localité éloignée contre des lettres et billets payables dans sa propre localité. La compensation qui s'établit entre les sommes échangé^fe dispense le pubUc des transports d'espèces qui auraient été nécessaires si l'échange

des lettres n'avait pas été effectué. Il faudrait, par exemple, qu'un million fût envoyé de Paris à Lyon pendant qu'un autre million serait envoyé de Lyon à Paris, tandis que, par un échange de lettres , les deux millions sont payés et reçus sans aucun transport effectif d'espèces. Qui profite de cette économie? Ceux qui recouvrent et payent les lettres de change, c'est-à-dire les commerçants en général.

Dans les pays dont les habitants ont l'habitude de faire chez leur banquier leurs payements comme leurs recettes, l'économie de la monnaie est beauôoup plus grande. J'ai 1 0,000 francs à payer demain. Si je paye chez moi, il ftmt que j'envoie chercher ce soir 1 0,000 francs chez mon banquier, que je les garde une nuit et que j'attende demain la présentation des effets. Pendant ce temps, les 10,000 francs ne servent à personne; ils ne servent encore à personne le jour du payement, puisqu'il faut les compter et recompter jusqu'au soir. Au contraire, si je paye chez mon banquier, les 1 0,000 francs ne deviendront inutiles pour moi qu'un jour plus tard, à l'échéance, et je n'aurai pris la peine de les compter, ni chez mon banquier, ni au porteur des effets.

I^^t si, comme il peut arriver, le porteur des effets iTest autre ([ue mon banquier, il est clair que le payement pourra se faire sans aucun mouvement d'espèces : il suffira que le banquier me remette les effets et inscrive leur somme au débit de mon compte.

LA BANQUE LIBKK. l\

Si le*^ porteur est un autre banquier, les ett'ets seront présentés chez le mien ; mais il est probable que le mien aura des effets payables chez le porteur. Dans ce cas, que feront les deux banquiers ? Ils commenceront par compenser les sommes qu'ils se doivent l'un à l'autre et la différence seule sera payée en espèces. Ainsi le porteur de mes effets ayant à payer 0,000 fr. chez mon banquier, celui-ci donne 1 ,000 fr. d'espèces à son collègue ; les effets sont échangés, et 1 9,000 fr. qu'il aurait fallu déplacer et inutiliser pendant deux jours se trouvent payés très-effectivement par un déplacement d'espèces de 1 ,000 fr. seulement.

Si la population entière avait l'habitude de payei' comme de recouvrer par les banquiers, ceux-ci pourraient sans peine établir, comme à Londres, une chambre de hquidation dans laquelle ils compenseraient les créances qu'ils auraient les uns sur les autres et règlelaient par des dispositions sur la banque centrale les soldes qui resteraient à payer.

En ce cas, la monnaie ne serait nécessaire que pour les menues dépenses et pour les payements de si peu d'importance qu'ils ne valent pas la peine de signer une disposition et de passer aux livres de compte une ligne d'écritures. C'est ce qu'on voit à Londres et généralement en Angleterre, en Ecosse et aux États-Unis.

C'est ce qu'on voit même à Paris enti-e les personnes qui ont un compte courant ouvert à la Banque de France : elles reçoivent et payent au moyen de reçus libératifs de

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la Banque cédés par le débiteur à son créancier. Comme le propriétaire du reçu le remet à la Banque en compte courant, celle-ci passe la somme au débit du signataire du reçu, en même temps qu'au crédit de celui qui le remet, et le payement est effectué sans aucun mouvement effectif d'espèces.

Si tout le monde ayant le même banquier, payait et recevait par lui, tous les payements pourraient être effectués sans mouvement d'espèces. Si tout le monde avait un banquier par qui il reçût et payât, les payements s'étfectueraient à peu près de même, au moyen des échanges de lettres et billets par correspondance et des chambres de liquidation. On économiserait l'usage de la monnaie dans des proportions considérables. Nous avons supposé que les recouvrements par banquier donnaient une économie de monnaie de 50 p, 1 00. L'usage des payements chez les banquiers pourrait réduire encore de 30 p. 1 00 l'emploi de la monnaie. Ces 30 p. j 00, que les banquiers n'auraient plus besoin de conserver chez eux en espèces, seraient prêtés au public : les banquiers en retireraient un intérêt, les emprunteurs un profit, et la société se trouverait réellement enrichie d'une somme égale à ces 30 p. 100.

Nous raisonnons ici sur des chiffres hypothétiques, mais non sur des données d'imagination. Voici les faits tels qu'ils se passent sur la place de Londres. Dans l'enquête de 1858, une maison de premier ordre et digne de toute confiance montrait, parle tableau suivant,

rédigé d'après les opérations courantes faites dans l'année chez elle, la forme habituelle des payements ;

Lettres de change 422,948

Chèques à vue (virements) 510,694

Billets de banque 45,649

Espèces et mandats sur la poste. . . ' 20,709

Total. . . . 1,000,000

On voit que presque tout le service de liquidation, plus de 93 1 /3 pour 1 00, se fait au moyen des effets de commerce et des chèques. La monnaie métallique, même en y joignant les mandats sur la poste, n'y entre guère pour plus de 2 pour 1 00.

Le banquier économise aussi l'emploi de la monnaie lorsqu'il émet des billets à vue et au porteur qui sont acceptés par le public comme monnaie courante. Dans ce cas encore, la société se trouve enrichie de toute la somme du crédit obtenu par le banquier au moyen de fXîs émissions. Le banquier, il est vrai, perçoit seul l'intérêt de cette somme; mais lés emprunteurs en retirant un profit qui aurait été moindre si, la somme obtenue par les émissions n'étant pas disponible, il leur avait fallu se passer des capitaux ou en payer l'intérêt à un taux plus élevé.

Mais l'économie de monnaie par l'emploi des virements est préférable à l'économie par émission de billets, parce (|ue les émissions laissent subsister des dettes et des

créances qui ne sont ni nécessaires ni possibles lorsque la monnaie est économisée par des virements. L'économie par virement peut d'ailleurs aller à un chiffre beaucoup plus élevé que l'économie résultant des émissions de billets.

On remarquera sans doute que, sur une place où l'usage de payer pai' le banquier n'existe pas, il est possible de tenir en circulation une somme de billets plus forte que sur une place où l'on paye par banquier. Si l'introduction des banquiers a économisé d'abord de 50, et ensuite de 80 p. 100 l'emploi de la monnaie, l'emploi des billets qui font office de monnaie se trouve réduit dans la môme proportion.

Les services que rend le banquier, comme caissier connnun des commerçants, sont fort importants, sans aucun doute; mais nous croyons que ceux qu'il rend comme prêteur ou escompteur sont encore plus considérables.

Chacun sait fort bien que le crédit, notamment sous forme de prêt, ne crée par lui-même aucun capital; qu'il est utile quand les capitaux sont prêtés à des perst3nnes qui savent les faire valoir, mais nuisible dans le cas contraire. L'utilité des services du banquier comme prêteur consiste donc en ceci : qu'il prête de préférence aux yens (pii [leiiveiit le mieux faire valoir les capitaux prêtés.

Nous avons déjà montré que le banquier, étant prêteur par profession, devait et pouvait mieux savoir bien |)rêlcr ({u'uii autre. Nous avons établi également qu'il

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clierchait plus volontiers des bénéfices dans la multiplication des commissions que dans la différence entre l'intérêt qu'il paye et celui qu'il reçoit. Cela suffit pour que le banquier cherche à prêter non-seulement de manière à assurer la conservation du capital prêté, mais aussi de manière à obtenir la plus forte somme possible d'alfaires à commission. Dès lors ses opérations comme prêteur prennent une direction particulière, fort utile et très-différenle de celle du capitaliste prêteur.

Prenons un capitaliste prêteur et un banquier, disposés l'un et l'autre à prêter une somme, soit 20,000 fr., et voyons de quelle manière procéderont l'un et l'autre.

Que veut le capitaliste? Assurer la conservation de son capital et le payement de l'intérêt au prix du moindre travail possible. Dans ces dispositions, il préférera le prêt à long terme, qui, une fois effectué, le dispense du tracas de chercher et choisir un emprunteur. Désireux de ne s'occuper de rien, et sachant d'ailleurs quels changements peuvent survenir dans la fortune des personnes en un long espace de temps, le capitaliste cherchera de préférence les garanties réelles et n'en acceptera guère d'une autre nature. Lors même qu'il voudrait tenir compte des garanties morales et personnelles, sa position en dehors des afiaires ne lui permettrait pas de les apprécier avec quelque exactitude.

Le banquier s'occupe bien aussi de la sûreté de l'intérêt et du capital prêté, mais il s'occupe en même temps (les commissions : il prête plus volontiers par l'escompte

2G I,A BANQUE IJBRE.

d'effets à recouvrer sur place ou au dehors. Le prêt à courte échéance et les soins qu'il exige ne l'effrayent point, puisque ces soins constituent précisément son occupation de chaque jour. Il surveille et suit de l'œil les opérations de son emprunteur, ce qui lui permet de les apprécier et d'apprécier aussi la personne ; de savoir si elle est honnête, exacte, capable, ou si elle laisse à désirer : le crédit qu'il accorde se resserre ou s'étend justement selon l'opinion qu'il conçoit des défauts ou des qualités personnelles de celui auquel il prête. Le banquier va chercher pour emprunteurs les gens qui sont le plus activement engagés dans les affaires industrielles et commerciales; il recherche de préférence les plus distingués, et particulièrement les plus actifs, qui lui apportent la plus forte somme de commissions. En réalité, ce que le banquier recherche, sans toujours s'en rendre compte, ce sont les qualités morales et intellectuelles qui peuvent le mieux et le plus sûrement féconder les capitaux qu'il prête.

Cette inclination du banquier persiste jusque dans les prêts qui reposent sur des gages réels. Voici, patexemple, deux emprunteurs qui se présentent : l'un est un riche propriétaire foncier qui veut faire une dot à son fils ou à sa fille, ou dont les dépenses excessives ont ébréché la fortune; l'autre est un jeune industriel qui voudrait engager son usine ipout faire ou augmenter son fonds de roulement. L'un et l'autre offrent une hypothèque. Le capitaliste prêteur placera sans hésiter ses

Ibnds chez le premier et répugnera à les confier au second. Pourquoi? Parce que la terre du propriétaire présente, en cas d'expropriation, moins de risques de moinsvalue que l'usine , et qu'elle offre, eli somme, plus de sûreté. Le banquier consentira souvent à prêter au manufacturier, et ne consentira jamais à prêter au propriétaire, quelles que soient les garanties que celui-ci présente. Pourt^uoi? Tout simplement parce que le riche propriétaire ne procurera au banquier nulle affaire à commission , tandis que l'industriel peut lui en apporter un certain nombre.

Eh bien ! laquelle des deux opérations de prêt est la plus utile à la société, c'est-à-dire à la production en général? Est-ce celle que consent le capitaliste ou celle que fait le banquier? Quel est le résultat de la première? La gêne du propriétaire , en attendant sa ruine ou sa liquidation. Quel est le résultat de la seconde? En tout cas, une production plus grande que si le prêt n'avait pas eu lieu, et, si le banquier a bien jugé, une production prospère, la fortune du jeune industriel et l'aisance des collaborateurs qu'il aura employés. Le pis qui puisse arriver, c'est que l'industriel ne réussisse pas et se ruine, comme le riche propriétaire. En ce cas extrême, le prêt du banquier a encore fomenté l'activité d'esprit et le travail, donné lieu à des affaires qui auront été utiles à quelques-uns; qui, pour tous, auront été un exercice et un enseignement. Le prêt du capitaliste facilite et adoucit la chute de ceux qui se ruinent, taudis que le prêt

du banquier encourage ceux qui veulent travailler et s'élever.

Malheureusement, il est tout à fait impossible d'évaluer en chiffres , même par approximation et hypothèse, l'importance des services que le banquier rend comme prêteur. Voici un entrepreneur distingué dont un banquier a soutenu les premiers pas : cet entrepreneur est devenu riche et puissant; il a fomenté l'industrie et l'esprit d'entreprise, directement et par l'exemple, dans toute une contrée. Qui peut mesurer la richesse créée? Qui peut même attribuer ce résultat à l'action du banquier, qui n'a certainement pas donné la capacité à l'entrepreneur? Personne, sans doute , et ni l'entrepreneur ni le banquier n'y songent. Cependant, peut-être toute la capacité de l'entrepreneur ne l'aurait pas empêché de languir dans l'obsôurité, si le banquier n'avait aidé et guidé parfois ses premiers pas; peut-être si cet entrepreneur fût resté dans l'isolement à son début, la société eût été privée des immenses services qu'il a rendus. Mais qui pourrait évaluer en chiffres de telles considérations?

Ce qui est certain et trop ignoré, c'est que tout banquier est, non par vertu et philanthropie, mais par profession et par intérêt, un chercheur de capacités industrielles et commerciales, un agent très-actif de pertéctionnement industriel , et il est d'autant plus utile à la production qu'il est personnellement plus capable.

Comparez par la pensée deux contrées placées dans des conditions égales d'ailleurs, mais dans l'une des-

quelles le commerce de banque soit libre, bien compris, bien développé, tandis qu'il est timide, ignorant et imparfait dans l'autre. Vous trouverez d'abord que la première pourra faire toutes ses affaires avec une somme de monnaie trois ou quatre fois moindre que celle qui sera nécessaire à l'autre, ce qui lui procurera un grand avantage sur celle-ci. Mais la première société jouira d'un avantage bien plus grand : c'est que toutes les capacités industrielles et commerciales qu'elle pourra contenir seront mises en activité et en valeur, tandis que, dans la contrée où le commerce de banque est moins avancé, un grand nombre de personnes capables resteront inutiles et ne seront jamais connues ni des autres, ni d'elles-mêmes. Dans la première de ces sociétés, par conséquent, les opérations industrielles seront conduites avec un entrain, une intelligence et une énergie que la seconde ne connaîtra jamais.

Sans doute, on peut dire aussi qu'une industrie vigoureuse et active rend le commerce de banque plus facile, plus lucratif et plus fécond sous tous les rapports, et on aura dit la vérité. On aura raison encore, si on soutient que quelques banquiers ne sauraient suffire à transformer l'industrie de tout un pays, ni même vivre là où cette industrie est arriérée à un certain point. Il n'en est pas moins vrai que le banquier exerce, partout où il existe une direction et une influence d'autant meilleures et plus fécondes qu'il est lui-même plus capable et connaît mieux son métier, parce que son intérêt particulier

est lié d'une manière plus intime et plus directe que celui de tout autre à l'intérêt général de l'industrie et de la production.

W Le coiuinei'ce de foauque doit i>ti*e eiBcoiiraué.

Si nous avons clairement exposé quelles sont les fonctions du banquier, le lecteur conclura sans doute, avec nous, que le commerce de banque est digne au plus haut degré d'intérêt et de sympathie, qu'il doit être encouragé et développé le plus possible, puisqu'il est en quelque sorte le levain de la production.

Le lecteur désirera voir les banquiers, plus pénétrés de l'importance de leurs fonctions, redoubler d'étude, de soins, d'activité, de hardiesse, savoir secouer à propos le joug de la routine et défendre avec énergie leurs intérêts collectifs, qui sont, en dernière analyse, ceux de tout le monde.

Il désirera que l'opinion qui considère les banquiers uniquement en raison de la puissance dont ils disposent, comprenne les services qu'ils rendent et s'habitue à voir en eux autre chose que d'âpres prêteurs ou des gens dont la profession, peu connue et peu intelligible, est suspecte. Il désirera surtout que l'on comprenne la différence qui existe entre le banquier et l'ancien capita-

LA BANQUIÎ LIBRE. ..1

liste prêteur à intérêt qu'on flétrit souvent, bien à tort, du reste, du. nom àhisioier.

Il désirera surtout voir les personnes qui ont une certaine somme d'argent à recevoir et à payer se servir d'un banquier par lequel elles fassent leurs recouvrements et leurs payements, et le considérer moins comme un prêteur que comme un caissier assez intelligent pour leur donner de bons conseils sur la tenue de leur comptabi- ' lité, et même bien souvent sur la direction générale de leurs affaires.

Il désirera enfin que la législation n'oppose aucun obstacle aux développements du commerce de banque, soit par des dispositions qui rendent certains contrats de prêt difficiles, soit par des privilèges qui réservent certaines opérations à des établissements particuliers et les interdisent à la généralité des citoyens.

En somme, il importe beaucoup que ce commerce si fécond ne soit entravé ni par la routine et les préjugés de ceux qui l'exercent, ni par une opinion publique ignorante, imbue d'idées et d'erreurs d'un autre temps, ni par une législation aussi routinière que l'opinion, soutenue d'ailleurs par des intérêts puissants et des préjugés séculaires soigneusement entretenus par les publications et les discours de personnes influentes. Il importe d'écarter les obstacles qui éloignent du commerce de banque des capitaux plus abondants et un personnel plus nombreux, et qui font durer chez nous une déperdition de forces morales, intellectuelles et

pécuniaires dont la production aurait grand besoin. La suite de ce travail sera employée à l'examen des obstacles qui s'opposent au développement du commerce de banque et à l'étude des moyens de les surmonter.

Tl. OI>«itacIe« de coutiiBiae

Signalons entre les obstacles qui s'opposent au développement du commerce de banque la répugnance qu'éprouvent les commerçants à faire tous leurs payements par le banquier.

Cette répugnance n'a pas de motif sérieux chez les commerçants aisés, qui n'ont pas besoin d'épuiser toutes les ressources du crédit, et on ne la comprendrait pas si l'on ne connaissait l'empire des anciennes habitudes et de la routine.

On comprend mieux la résistance qu'opposent les commerçants gênés. En etîet, pour payer par le banquier,' il faut avoir fait d'avance, et la veille de l'échéance au moins, les fonds nécessaires pour acquitter une disposition directe , chèque ou billet payable chez le banquier. Quant aux lettres de change, il faudrait introduire l'usage des lettres à un certain nombre de jours de vue, c'est-à-dire toujours acceptées d'avance, comme en Angleterre, parce qu'en écrivant l'acceptation, le débiteur

LA i^\X(Oi;k ],ii!HK. ;i:!

rie la lettre de change indique le banquier ehez lequel elle doit être payée.

Gomment introduire cet usage dans un pays où on a insisté pendant des années pour faire passer en coutume les mandats non susceptibles d'acceptation? Comment concilier l'acceptation avec l'usage de tirer et de négocier la lettre aussitôt que la facture est établie et môme avant que la marchandise soit expédiée? Là est la difficulté.

Les banquiers et les commerçants aisés peuvent la vaincre et ont intérêt à la vaincre en insistant fortement sur l'usage des lettres acceptées, acceptables au besoin cinq ou dix jours avant l'échéance. Mais nous croyons que cette difficulté ne disparaîtra qu'autant qu'une liberté plus grande donnera au commerce de l)anqi)o phis de développement et plus d'énergie.

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