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CHAPITRE IX

FLORE DE BARÉGINE

La Barégine, matière organisée

Les composés pectiques, nous venons de le voir, constituent la majeure partie de la Barégine des eaux de Barèges : ils sont peuplés d’une foule d'organismes microscopiques découverts par Turpin, qui le premier avait étudié la Barégine au microscope. Ce sont ces infiniment petits qui constituent la partie noble, la partie vivante de la Barégine. C’est à eux qu'est due la présence de matières azotées dans la gangue mucilagineuse ; c’est à eux encore qu'est due la production des diastases et autres ferments solubles semblables à la pectinase de Mangin. On n’a peut être pas donné à - ces diastases abandonnées dans l’eau thermale, toute l’importance qu'elles méritent au point de vue thérapeutique, surtout lorsque l’eau minérale est utilisée comme boisson.

Nous avons cultivé la Barégine sur différents milieux. Nous avons obtenu des colonies très différentes, mais qui somme toute, peuvent se résumer à deux types :

1° Organismes donnant des composés pectiques et par conséquent producteurs de Barégines ;

2° Organismes oxydants et réducteurs, dont l’action s’exerce sur les composés du soufre et les sels de fer.

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La Barégine contient enfin : 3° Des algues, des crustacés, des helminthes, des infusoires.

Culture de la Barégine

Il est indispensable, pour cultiver les Barégines d'utiliser le milieu qui se rapproche le plus, du milieu sulfuré naturel qui leur a donné naissance. Nous avons employé des décoctions et solutions diverses, mais contenant toutes un principe sulfuré. Nous avons aussi employé le bouillon gélosé additionné de monosulfure de sodium, de foie de soufre et d’hyposulfite de soude. Les sulfures ont l'inconvénient de se décomposer sous l'influence de la stérilisation à 119° — 120° avec dégagement de gaz sulfhydrique par l’action d’acides gras et organiques divers contenus dans le milieu nutritif, aussi avons-nous été toujours obligés d’élever la teneur en sulfure par litre de liquide nutritif. Nous avons pris soin également d’additionner nos milieux d’une pincée de soufre pur.

Nous avons également essayé des décoctions concentrées de Barégine en nature dissociée, comme nous aÿons vu, par un acide, puis par l’oxalate d'ammoniaque. Un bon procédé consiste à laisser déssécher complètement les composés pectiques puis à les reprendre par l’eau ; ils donnent alors un mucilage gommeux, en tous points semblable à de l’agar-agar, mais cependant légèrement trouble.

Nous les avons également cultivées dans de l’eau minérale sulfurée naturelle, mais celle-ci se décompose assez vite et on ne peut, sans infecter le récipient renouveler cette eau.

Ces Barégines se développent enfin avec la plus grande facilité sur milieux neutres, ou alcalins (la réaction des eaux de Barèges est légèrement alcaline).

Ajoutons enfin, qu’un principe azoté est toujours indispensable pour qu'elles puissent se développer.

Cultivés sur gélose, dans une étuve à 35°, les producteurs de Barégine, donnent après vingt heures une culture

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blanche, ressemblante à celle de staphylocoques blancs. Ils liquéfient la gélatine. En bouillon, ils reproduisent des zooglées ; ces zooglées apparaissent très vite et restent en suspension ; elles sont en tout semblables à celles qu'ils for. ment naturellement dans les eaux sulfureuses ; ces zooglées donnent les mêmes réactions que les composés pectiques. Le lait tournesolé est également coagulé et devient franchement acide par production d'acide pectique et également d'acide lactique par oxydation du lactose. Cet acide est révélé par la réaction d’Uffehlmann.

Le sérum gélosé sulfuré est également digéré par les Barégines qui donnent des colonies filantes, visqueuses qui le liquéfient entièrement, preuve de la présence de ferments protéolitiques. Sur carotte il y a dissociation de La « membrane moyenne » des cellules. Ces microorganisme végètent aussi bien en surface qu’en profondeur ; ils sont anaérobies facultatifs.

Etude micrographique

Certains des êtres vivant, que nous avons cultivés, ont été déjà observés, directement dans la Barégine, par Turpin (1). Il avait décrit dans « La gangue muqueuse, chaoti. que », un « nombre assez considérable de sporules globuleuses ou ovoïdes, excessivement petites enveloppées dans le mucus inorganisé de la gangue qui leur sert en même temps d'habitation et de nourriture et dont quelques-unes sont dans un état de germination plus ou moins avancée. Ces filaments d’une ténuité extrême, sont blancs transparents, sans cloison, non rameux ». Malheureusement, les procédés de culture bactériologique, étant alors inconnus, Turpin ne put séparer les microorganismes de la Barégine les uns des autres et il admit que les beggiatoa dérivaient de ces microbes.

Plus tard, Marcet reprit cette étude et décrivit de nouveau le microorganismes de la Barégine.

(1) Comptes rendus de l'Institut, 1836, t. II, p. 17.

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