MODE DE FORMATION DE LA BARÉGINE
Nous savons que les cellules qui composent un végétal, sont unies entre elles, quand elles sont encore jeunes, par un ciment intercellulaire. Ce ciment est ce que l’on appelle la « lamelle moyenne ». L’acide pectique existant généralement dans la plante sous forme de pectates terreux insolubles, se rencontre exclusivement dans la lamelle, à l’état de pectates de calcium. « C’est là le ciment unissant les cellules les unes aux autres. » Il représente bien la substance intercellulaire, telle que la conçevait Mohl, la gangue, dont la dissolution entraine la mise en liberté des cellules.
Cette substance intercellulaire est très développée et très curieuse chez certaines algues, comme le caragaheen, ou bien les laminaires. Elle y atteint une épaisseur considérable, se gonfle et se transforme rapidement en mucilage dans l’eau.
C’est elle aussi qui fournit en partie le mucilage dans les albumens mucilagineux de Ceratonia Siliqua (caroubier) ei d’autres plantes. Elle se confond alors avec les couches voisines, de sorte qu'il est difficile de l’en distinguer.
Dans tous les cas, toujours très mince dans les parois jeunes puisqu'il est même difficile de la mettre en évidence,
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la lamelle moyenne s’épaissit pendant que vieillissent les tissus. | Connaissant d’une part la localisation dans la paroi de deux composés pectiques essentiels, la pectose et le pectate de calcium et d’autre part les liens de parenté chimique qui unissent ces deux corps, il est facile d'expliquer la marche de cet épaississement. Il suffit d'admettre avec Mangin, que sous l'influence du protoplasma, la pectose contenue dans l'enveloppe cellulaire se transforme progressivement en acide pectique et en pectate de calcium et on sait avec quelle facilité s’opère cette transformation.
Grâce à la pression osmotique, ces produits sont peu à peu refoulés à travers la membrane et s'accumulent à l’extérieur. Il s'ensuit donc, comme on l’a vu déjà, que la membrane, homogène dans le début, différencie peu à peu ses diverses parties, et, tandis que les composés pectiques s’accumulent à l'extérieur, les nouvelles couches, formées par apposition, demeurent au contraire riches en cellulose.
La constitution de la lamelle moyenne, telle qu’on vient de la décrire est celle qu’on observe dans les parenchymes. dont elle forme en quelque sorte la charpente.
Réactions de la Barégine. — Sa nature
La Barégine, nous l'avons vu, comprend donc deux parties : une partie soluble probablement voisine de celle qui constitue la lamelle moyenne des Floridées et des Fucacées : etune matière insoluble : toutes deux sécrétées par les micro- Organismes qui pullulent dans les eaux thermales. Les travaux de Mangin nous ont appris que cette lamelle moyenne, qui à pris ici la place prépondérante, est composée de pectate de chaux. Lorsqu'on fait macérer de la Barégine sans de l’alcool chlorhydrique, on libère l’acide pectique insoluble à l’état de sels alcalino-terreux. Si nous traitons ensuite
- cette liqueur par de l’oxalate d’ammoniaque, la Barégine se dissout presque en entier, il ne reste plus dans le récipient
qu'un magma garni de composés cellulosiques qui donnent avec le Lugol, une couleur brun acajou. L'acide chlorydrique a mis en liberté l’acide pectique, qui se transforme en pectate soluble au contact du sel alcalin et la Barégine disparaît. Disons cependant que, d’après les opinions récentes, l’acide chlorhydrique n'’agirait pas en décomposant le pectate de calcium, mais comme agent d’hydrolyse, transformant la pectose qui est attaquable à froid par les acides, en un corps iutermédiaire entré la pectose et la pectine. La réaction serait assez lente et le corps ainsi formé ne se dissoudrait plus dans l'eau froide, mais rapidement dans l’eau chaude, dans les alcalis, ou les sels alcalins. Les travaux de Bertrand, de Mallèvre, ont démontré cependant, que les composés pectiques qui se coagulent sous l'influence d’une diatase, la « pectase « ont besoin de sels de calcium ; le coagalum est du pectate de calcium, ainsi que l’a démontré Mangin.
Réactions colorantes des Barégines. — À l'encontre de la cellulose qui est acidophile, les composés pectiques font preuve, au contraire d’une acidité évidente, puisqu'ils se combinent énergiquement avec les colorants basiques. Les sulfates, chlorhydrates, iodures,etc..., employés en teintures, colorent les composés pectiques, en bain neutre ; {un acide même faible, entraîne immédiatement leur décoloration).
Comme nous avons pu le constater, il n’y a guère que la gélose des algues qui se comporte de manière identique. Ils se colorent en jaune, sous l'influence de l’iode; mais ne donnent pas la réaction bleue de la cellulose par le chlorure de zinc iodé.
Tous les colorants basiques n’agissent pas de la même manière, car certains colorent indifféremment, de la même teinte, les composés pectiques et d’autres principes végétaux tels par exemple : les matières azotées (protoplasma et noy- ‘aux) la cutine qui forme l’enveloppe externe de certains microorganismes et des spores.
Certaines matières colorantes que nous employons de
préférence, colorent de teintes différentes les composés péctiques et les autres substances qui les accompagnent.
Ainsi la safranine colore, à la lumière solaire diffuse, les matières azotées, la cutine, etc., en rouge cerise, etles composés pectiques en jaune orange. Le bleu de méthylène colore métachromatiquement les composés pectiques en violet, et les matières azotées et la cutine en bleu intense.
Il est du reste facile de vérifier la localisation de ces différents colorants sur les produits pectiques. Ceux-ci, étant basophiles se décoloreront si nous rendons le milieu colorant acide. En faisant passer entre lame et lamelle un goutte d'acide (lactique, acétique), leur coloration disparaît, et reparaît de nouveau si nous saturons l’acide par un alcali.
Nous avons vu, en effet, que les matières colorantes ne se fixent sur les composés pectiques qu’en milieu neutre. Gaucher, recommande l'emploi, pour avoir des préparations plus lisibles, de colorants doubles, obtenus par le mélange de deux substances différentes. Un mélange recommandé, est composé de bleu naphtylène R en cristaux et du vert acide J'E E E (Poirier).
Réaclifs minéraux. — Gaucher conseille l’emploi du rouge de ruthénium, qui de nature basique, se fixe fortement sur les composés pectiques en respectant les matières azotées et les autres matières ternaires ; nous devons à Petit, un ingénieux procédé de coloration, qui consiste à produire dans la lamelle moyenne des précipités colorés par action successive de deux solutions salines. Or, les composés pectiques sont les seuls corps ternaires qui retiennent ces combinaisons insolubles, en raison de la grande affinité qu’ils ont pour les métaux.
Nous avons pu mettre en relief cette faculté que présente la Barégine de se charger de matières minérales par action de différents sels. |
Après séjour dans H g C |? si nous traitons une préparation de Barégine par de l’iodure de potassium, nous voyons
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qu'elle s’imprègne dans toute la profondeur d'iodure de mercure, qui lui donne une belle teinte rouge.
De même, avec un persel de fer et le ferrocyanure de potassium nous l’imprégnions de bleu de prusse. Après action d’un sel d’arsenic le sulfure d’ammonium l’imprègne de sulfure d’arsenic jaune. |
Les sels de plomb et d'argent précipitent également dans - la profondeur de sa texture, sous l’action du bichromate de potasse. Nous obtenons des réactions identiques avec l’azotate d’urane et le ferro-cyanure de potassium qui nous donnent une coloration brun acajou. L’acétate de cuivre et le ferro-cyanure de potassium nous donnent un précipité rouge.
Les métaux peuvent d’ailleurs se substituer mutuellement dans leurs diverses combinaisons: les métaux alcalins peuvent être déplacés par tous les autres et en particulier par le calcium et celui-ci en revanche, peut-être chassé par les réactifs alcalins. Nous savons enfin, avec quelle intensité la Barégine, placée à l’abri de l’air, se charge spontanément de sulfure de fer noir, sous l’influence d’anaérobies réducteurs.
ILest du reste, une expérience intéressante à pratiquer et qui montre bien la localisation des sels sur la lamelle moyenne (prise toujours dans son sens le plus large) ; on immerge pendant quelques minutes une préparation de Barégine dans du perchlorure de fer, puis, après lavage, on la place sur un verre de montre, contenant du sulfhydrate d’ammoniaque (face enduite en dessous). On ne tarde pas à voir apparaître la coloration noire du sulfure de fer. Examinée au microscope une telle préparation nous montre les gaines pectiques, qui entourent les microorganismes producteurs, complètement noires.
Cette particularité propre aux composés pectiques, nous explique donc cette propriété spéciale à la Barégine, de fixer en grande quantité les métaux et métalloïdes contenus dans les eaux thermales. Ces matières minérales, sont comme
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nous l'avons vu, contenues dans la gangue muqueuse, soit à l’état de suspension, soit précipitées, soit à l’état salin, soit enfin à l’état colloïdal. Cette faculté de s'approprier ainsi les minéraux de l’eau thermale, ne résulte pas d’une action biologique, mais d'une action physique, de simple imprégnation des solutions salines et d'absorption des sols colloïdaux.
Oxydases et Péroxydases
La Barégine contient de grandes quantités d’oxydases et de péroxydases. Lorsqu'elle est recueillie récemment, si on la traite par de l’acétate de benzidine, après agitation du mélange, nous constatons qu’elle bleuit lentement (grâce à la fixation de l'oxygène atmosphérique sur le réactif benzidique, sous l'influence de l’'oxydase direct de la Barégine). Si nous versons ensuite à la surface du liquide une à deux gouftes d’eau oxygénée, les couches supérieures du liquide se colorent ainsi très rapidement en bleu intense, avec H? 0°, sous l'influence de la péroxydase (Denigès).