QUI SOON
Que de choses restent encore à découvrir dans ces zooglées de nos sources sulfurées ! et la complexité déjà très grande des substances variées qu’elles renferment, nous laisse supposer la place qu’elles doivent tenir en thérapeutique hydrominérale.
La matière azotée vivante qu'elles contiennent secrète des diastases en grande quantité ; nous les avons étudiées dans la formation des gels pectiques, dans le métabolisme du soufre et du fer et dans les désintégrations des matières albuminoïdes. Il va sans dire que de tels ferments ingérés, ne peuvent avoir que des effets actifs sur les fonctions vitales de l'organisme,
Bordeu, en pleine période empirique, relate que certains médecins ont donné des Barégines à ingérer, mais il ne parle pas des résultats obtenus ; lui-même se hasarde à essayer cette thérapeutique : « Je ne sais même pas si, comme « je l'ai pensé, on ne pourrait pas avaler ces glaires. Dans « quelque cas, j'en ai fait avaler de Cauterets ét ne vis rien « qui me détournat de l’idée que j'en avais. ».
Il est à remarquer que chaque fois qu'il ingère de l’eau minérale, le malade ingère en même temps une certaine quantité de ces composés pectiques dissous, que nous avons étudiés sous le nom de « Barégine dissoute » ; or, nous avons vu la teneur de ces composés gommeux en oxydases et en peroxydases. Et aujourd’hui, que l’on connait mieux ces maladies par carence (1) (avitanimoses), il serait peutêtre intéressant d’essayer un traitement par la Barégine qui apporte en même temps, que des matières essentiellement vivantes, des principes curatifs, anti-toxiques, etc... Les anciens praticiens ont du reste exprimé cette idée, qui n’est pas neuve, däns le langage de leur époque : « si certains infusoires (sic), nous dit Balard, sont producteurs de maladies ; d’autres espèces, dans d’autres circonstances, peuvent être considérées comme agents thérapeutiques. Les infusoires
() Le Bret. — Le traitement de la Pellagre par les eaux de Barèges, Paris, 1864.
peuplent nos voies digestives, on en trouve dans la bouche et tout le long du tube intestinal. Leuvenhoeck en trouvait dans sa bouche, autant que la Hollande contient d'habitants. Leur influence n’est pas malfaisante : ils ont une part dans l’acte de la digestion. Pourquoi, appliqués sur la peau malade, n'en modifieraient-ils pas le mode de fonctionnement, en échangeant la nature des produits excrétés dans les maladies dont elle peut être le siège ? »
D'après Molinéry : « L'activité de ces microorganismes, à un effet immédiat qui est de provoquer des réactions biochimiques continues et qui s'effectuent à des températures moyennes, pouvant se continuer dans l’organisme ; et d’être plus créatrices que destructrices d'éléments simples, susceptibles de rentrer dans le métabolisme vital. C’est cet effet immédiat, effet diastatique, qui est sans doute le plusintéressant, au point de vue thérapeutique, mais qui est aussi le plus mal connu etle plus difficile à étudier ».
Les qualités de la Barégine ont été de tout temps utilisées. Chaque vallée, siège de sources thermales, avait autrefois ses « frétaïres » ou frotteurs : ceux-ci, en effet, nous dit Bordeu, ont été très nombreux, au temps où l’on employait la Barégine en frictions, plus couramment qu'on ne le fait de nos jours. Du reste, l’onctuosité particulière des eaux due, en majeure partie, aux matières en suspension ou en pseudo-solution, permet le massage sous l’eau, par Le malade lui-même (aucun masseur ne pourrait vivre dans une pareille atmosphère, plusieurs heures de suite). C'est à cette onctusité qu'est due également en grande partie, la vertu sédative de certaines de nos sources (Barzun).
Dans le domaine de la chimie minérale, nous avons vu que la Barégine, à côté d’un grand nombre de’sels contient principalement de la silice précipitée gélatineuse, entraînée avec la Barégine compacte, mais aussi du soufre sous deux formes différentes : cristallisé et soluble dans le sulfure de carbone et la benzine : amorphe et colloïdal insoluble. Ce soufre récemment réduit par les bactéries oxydantes, peut
être considéré comme un métalloïde à l’état naissant, et doué par conséquent d’une grande puissance.
Les Barégines sont donc de véritables « pâtes de soufre » qui ont la valeur d’une pommade soufrée, infiniment plus active que les topiques que nous livre la pharmacopée, puisqu'elle contient un métalloïde vivant, accompagné de ferments solubles, secrétés aussi par des êtres vivants.
Ces propriétés topiques sont connues depuis très longtemps. Déjà, Fantoni, en 1725, recommandait comme précieux moyen thérapeuthique, l'emploi en cataplasmes de ces substances organiques concrètes qu'il appelait « mussae ».
C’est surtout avec Bordeu, que nous voyons la Barégine entrer en thérapeuthique ; il écrivait, en effet, en 1:66 : « IL y a beaucoup de recherches à faire, par rapport à ces glaires, le temps nous apprendra beaucoup. Je ne puis pas me persuader qu'elle n’ait pas des usages fort étendus. » (Lettres sur les eaux minérales du Béarn, p. 175). Puis on lit à la page 98 de ces mêmes lettres : « les glaires servent pour les ulcères et pour les tumeurs, mieux que quelque baume que ce soit. »
En 1827, Anglada reconnaît, avec les auteurs « les bons effets de l’application topique des glaires pour le traitement des ulcères, des dartres et autres maladies externes. » Il veut que dans l’avenir on spécifie mieux les cas morbides, et surtout qu’on reconnaisse une différence radicale entre la glairine dépourvue de soufre et celle qui renferme « des proportions plus ou moins notables de soufre ou d'hydrosulfate alcalin et devant, dès lors, à des réactions que sa propre putréfaction peut faciliter, l'émission du gaz acide hydrosulfurique, qui caractérise dans ce cas la décomposition avancée. » La glairine dépourvue de soufre aurait une action émolliente, tandis que l’autre serait excitante est résolutive : Cette distinction, nous dit Lambron, est une vue de l'esprit ; car il est impossible de trouver de la sulfurine qui ne renferme que de la matière organique. « Selon nous, au