‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 19 sur 78 · PREFACE LVII · texte numérisé non relu

PREFACE LVII

pour une classe privilég^lée, qu'une partie de ses membres puisse mériter ces reproches. C'est une force au contraire, pour elle, d'avoir des mœurs. Breschard a raison quand il se repent du scandale qu'il a donné. Les vertus de famille sont des énergies de classe, comme aussi les vertus civiques. Se défendre, pour une classe, c'est encore montrer une entente sagace des intérêts de la collectivité. Si tous les Breschard avaient, depuis cent vingt ans, connu et pratiqué la vérité politique, ils n'en seraient point à s'écrier, quand sonne l'heure du danger : « Il y a pourtant une police, un gouvernement, » et à s'entendre répondre : a Si peu! » Se défendre, pour une classe, c'est aussi manœuvrer les passions de la classe adverse, et désarmer celles qui peuvent être désarmées. L'aristocratie anglaise a duré, parce qu'elle a su accepter, comme un des éléments de son recrutement, l'ambition des membres les mieux doués de la classe moyenne. Si la bourgeoisie fran-

Lvm LA BARRICADE

çaise avait devancé certaines revendications de la classe ouvrière, en étudiant de près la situation vraie de celle-ci, elle serait aujourd'hui en meilleure posture, et surtout si elle avait maintenu, autour de ceux dont le déchaînement la menace aujourd'hui, une autre atmosphère d'idées. Les historiens de l'avenir n'en reviendront pas de constater qu'elle ait pu avoir, au service de la stabilité morale du pays, un outil aussi efficace que les Congrégations religieuses et qu'elle l'ait volontairement brisé. Être la plus forte, enfin, pour une classe, c'est intéresser la classe adverse, malgré elle, à la durée de ce qui est, par cet accroissement constant du bien-être général que procure une bonne gestion des affaires publiques et privées. Cette gestion peut être dure. Elle se doit d'être utile et que tous le sentent. Nous sommes loin de la théorie de la barre de fer et de l'appel aux « flics » . Nous sommes loin aussi de l'optimisme béat et*

PRÉFACE Lix

de riiumanitarisme aveuli. Cette édiicatioiL^ai' la résistance, dont M. Georges Sorel a signalé la possibilité et que j'ai essayé de montrer dans la Barricade, ne saurait s'accomplir qu'avec un triple sentiment, celui des devoirs de la classe à laquelle nous appartenons, mais aussi celui de ses droits, et celui de l'implacable hostilité de la classe qui veut déposséder la nôtre. Il y faut ce mâle sursaut que la bataille éveille dans les races encore capables de vaincre. Taine a écrit sur les armées de la Révolution cette phrase profonde : " Elles furent ramenées au sens commun par la présence du dang^er. » C'est cette sensation du danger présent que j'aurais voulu donner dans la Barricade, sûr, si j'avais pu y réussir, d'avoir servi utilement ma classe et par conséquent mon pays. Il m'eut été facile, comme tant d'autres, de me procurer le succès qu'obtiendra toujours une étude sociale traitée avec des

idées généreuses. Mais la sociolog^ie est une science, et, en science, je ne connais pas d'idées généreuses. Je ne connais que des idées vraies ou fausses. Il ne vaudrait pas la peine d'écrire si ce n'était pas pour énoncer les idées que Ton croit, que l'on sait vraies.

Février 1910.

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