‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 18 sur 78 · PRÉFACE LV · texte numérisé non relu

PRÉFACE LV

salut national : la répression de Juin, celle de la Commune, ont certes leurs heures. Elles peuvent être nécessaires. Elles peuvent être bienfaisantes. Elles relèvent de la chirurgie, et l'intervention chirurgicale est un procédé de guérison dans des instants de crise, elle n'est pas un régime.

Que faut-il donc entendre par le mot : ^ force, quand il s'agit d'une classe sociale? Tout simplement les qualités qui la constituent comme classe, portées à leur plus haut degré. L'intelligence d'abord, cette supériorité dans la culture, qui impose le respect même aux illettrés. Inviter la bourgeoisie à se défendre, c'est l'inviter à développer en elle le talent. Le prestige d'un patron sur ses ouvriers est fait surtout de sa compétence et de son assiduité. Etre les plus forts, pour les privilégiés de la fortune, c'est penser plus lucidement, et c'est vouloir plus nettement. Le travail est la seconde condition de la force d'une

classe. Ceux qui peinent de leurs bras sont certes disposés à méconnaître l'effort de ceux qui peinent du cerveau. H y a une chose qu'ils ne méconnaissent pas, c'est notre oisiveté. Le sentiment qu'ils éprouvent à comparer leur propre sort et le nôtre s'exaspère jusqu'à l'indig^nation, quand ils voient ceux qu'ils considèrent comme les iniques bénéficiaires de leur dur labeur mener une existence d'inutiles, dans un loisir occupé à quoi? à des amusements trop souvent dég^radés. J'ai reçu beaucoup de lettres d'ouvriers sur la Barricade. J'ai trouvé dans toutes la même note, cette colère, à base d'une très méprisable envie, mais trop naturelle, contre ce qu'une de ces épîtres appelle — vous reconnaissez la phraséologie déclamatoire de leurs journaux — « les vices, les tares, l'énervement des capitalistes dégénérés qui ne se défendent que par l'incompréhension d'une partie du prolétariat trahissant ses frères. » C'est une faiblesse

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