‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 2 sur 78 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La position d'un écrivain qui discute avec

la critique sur « son » roman ou sur « sa >» pièce, risque toujours d'être ridicule. C'est rejouer la scène immortelle du Misanthrope :

Et moy je vous soutiens que mes vers sont fort bons...

affirme Oronte. A quoi le désagréable mais trop juste Alceste de répondre :

Pour les trouver ainsi vous avez vos raisons,

Mais vous trouverez bon que j'en puisse avoir d'autres

Qui se dispenseront de se soumettre aux vôtres...

Oronte ne le trouve pas bon, et le public se moque de lui. Pourquoi? Un humoriste l'a expliqué d'un mot, avec un irréfutable bon sens. « Vous me demandez de vous dire que

VOUS avez de l'esprit. C'est me donner le droit de vous dire que non et que vous n'êtes qu'une bête. » Je me souviens que Taine exprimait la même idée dans des termes moins brutaux. «Nul œil ne peut se voir soi-même, " répétaitil. Absolument convaincu de cette vérité, la logique voudrait que, publiant aujourd'hui en volume la Barricade, je ne misse à cette pièce aucune préface. Ainsi ferais-je si ce drame, lors de sa représentation sur le théâtre du Vaudeville, cet hiver, avait été jugé par la critique du seul point de vue littéraire. Je crois, en effet, que l'auteur est le plus incompétent des lecteurs et des spectateurs de son propre ouvrage. Oui, si l'on m'avait dit simplement : a Vos personnages ne sont pas vivants, votre dialogue est lourd, votre action maladroite, votre style médiocre et votre pièce ennuyeuse, » je n'aurais jamais protesté — du moins tout ' haut. Mais la Barricade n'est pas uniquement \une pièce de théâtre, elle est aussi une étude

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