‹ La barricade; chronique de 1910Chapitre 43 sur 78 · CHRISTIAN · texte numérisé non relu

CHRISTIAN

Le chevaleresque!

THUBEUF, intervenant.

Ce n'est pas la peine d'aller plus loin, monsieur Breschard, n'y mettez pas d'amourpropre. Est-ce que j'en mets, moi? Causons ensemble, devant ces braves g^ens, qui sont des résolus et des conscients, vous le voyez. Ce que j'ai à réclamer en leur nom n'est pas si effrayant, je vous assure. Vous serez trop heureux, si l'on ne vous demande jamais rien de plus. D'ailleurs, je constate que vous êtes au courant. (J'irant un papier de sa poche.) Pour plus de précision, cependant, nous allons lire ensemble les articles élaborés par le syndicat.

BRESGHARD, nioîns maître de lui.

Rengainez votre chiffon de papier, monsieur. Je ne veux rien savoir. Encore une fois, me« affaires ne regardent que moi, et je n'accorde à personne le droit de s'entremettre ici. Veuillez vous retirer, je vous en prie.

THUBEUF

Je m'y attendais. Savez-vous de qui je me fais l'effet en ce moment, monsieur Breschard? de Roland chez Louis XVI, vous vous rappelez, quand on voulait le mettre à la porte parce qu'il avait des cordons au lieu de boucles à ses souliers... Ça vous étonne? Mais je lis un peu depuis que. ..

BRESCHARD, de movis en moins mainte dehii.

Depuis que ces imbéciles vous font des rentes. Mais moi, monsieur, je ne suis pas un imbécile, et je n'aime pas beaucoup qu'on vienne se payer ma tète chez moi.

THUBEUF

Vous voyez comme j'ai raison. Vous me

recevez, moi, le représentant de vos ouvriers, comme les nobles, il y a cent ving^t ans, recevaient les représentants de la bourg^eoisie. C'est tout ce que je voulais dire. Quant à nous payer votre tête, comme vous vous êtes, vous, les bourgeois, offert la tête des nobles en 93, non, nous sommes meilleurs garçons que vous. Ce n'est pas la tête que nous visons, nous, c'est la poche. Remarquez comme je vous dis cela sans colère, monsieur Breschard. Je ne suis pas unénergumène, moi, je suis pour la révolution bon enfant. (Avec une rondeur jouée, en tirant un cigare de sa poche, quil allume.) On peut fumer, ici? Tenez, monsieur Breschard, acceptez un de ces cigares; et causons, maintenant que vous me connaissez, moi aussi. Ils sont excellents, vous savez, ils me viennent de quelques camarades d'une manufacture de tabac dont j'ai fait aboutir la grève, comme je ferai aboutir celle-ci. Car vous me permettrez bien de vous dire, au nom de vos ouvriers,

qu'ils vont se mettre en grève, à moins que vous ne vouliez causer... Eh bien, nous causons? BRESCHARD, lui loumant le dos et tirant sa montre. Il est quatre heures trente-cinq. Voilà plus d'un quart d'heure de perdu, mes amis. C'est déjà trop. Il est temps que vous alliez tous reprendre votre travail.

THUBEDF

Langouët, monsieur Breschard veut tenir la déclaration de grève de son contremaître. Vasy, mon vieux.

LANGOUET

Gomme vous l'a dit le camarade Thubeuf, monsieur Breschard, l'atelier est en grève à partir de maintenant. Et il restera en grève jusqu'à ce que vous vous soyez entendu avec le délégué du syndicat sur les revendications que nous l'avons chargé de vous soumettre, je vous le répète au nom de tous, et les camarades vont vous le redire eux-mêmes.

// se tourne de nouveau vers les ouvriers.

LA BAIUUCADE I3'J

LES OUVRIERS, d'un élan.

Oui. Tous. Tous.

THUBEUF

Voyez, monsieur Breschard, comme je suis conciliant. Vous avez désiré que la déclaration de la grève passât par eux. Elle a passé par eux. Vous êtes bien avancé, maintenant.

BRESCHARD

C'est sérieux, Lang^ouët?

LANGOUET

Est-ce que j'ai l'air de quelqu'un qui plaisante, moi, monsieur Breschard?

BRESCHARD, aux ouvriers.

Mes amis, je fais un dernier appel à votre conscience. Combien de fois, quand le travail manquait, ai-je trouvé le moyen de vous occuper, pour vous donner du pain? Est-ce vrai? (Silence des ouvriers.) Ils ne répondront pas!... Y en a-t-il un parmi vous qui puisse dire que je ne l'ai pas augmenté de moi-même quand il le méritait? Vous, Cen-

sier, la semaine dernière encore, vous vous

rappelez?

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