SCENE VII
HRESCHARD, PHILIPPE, LANGOUËT, TilUBEUF, BURLE, GARRIGUE, TRANCHANT, CHRISTIAN,
AUTUKS OUVRIERS.
LANGOUËT
Monsieur Breschard, nous vous présentons le camarade Thubeuf, délégué du syndicat de
rameublcment, qui est char^jé de vous soumettre quelques revendications, en notre nom à tous. fSe tournant vers les ouvriers.) N'est-ce pas, camarades?
BURLE, énergique.
Oui, à tous.
GARRIGUE, énergique.
A tous.
LES OUVRIERS, mollement .
Oui, oui, à tous, à tous.
THUBEUF
Enchanté, monsieur Breschard, de faire votre connaissance.
BRESCHARD, très froid.
C'est moi, monsieur, qui serais très heureux, en toute autre circonstance, de recevoir votre visite. Mais vous me permettrez de vous dire queje ne connais pas le syndicat de l'ameublement et que je ne veux pas le connaître. Par conséquent, pour moi, vous n'êtes le délégué de personne. Restons-en là.
LANGOUET
Pardon, patron, je viens de vous dire, comme contremaître de l'atelier, qu'il est notre délégué. Vous nous connaissez, nous. BRESCHARD, frémissant, puis de nouveau maitre de lui.
Oui, je te connais, toi! . . . (Sur un autre ton, s' adressant aux ouvriers.) Je vous connais tous, mes amis, et vous me connaissez. Jusqu'ici nous n'avons pas eu d'intermédiaire entre nous, et je n'admets pas qu'il y en ait... Si vous avez des revendications à formuler, comme il vient de le dire (Il a montré Langouët et de nouveau frémi), je vous invite à les formuler, individuellement. Vous n'avez qu'à venir les uns après les autres, dans ce bureau. Je vous recevrai tous, comme j'ai toujours fait, d'ailleurs. Je discuterai avec chacun de vous, mais d'homme à homme... Préférezvous commencer dès maintenant? Voyons, vous, Garri{jne, qii'avez-vous à me demander?
LA BARIUCADE 133
GARRIGUE
Pour moi, patron, rien. Mais je marche avec les camarades. Ils sont pour le syndicat, je suis pour le syndicat.
BRESCH.'VRD, haussanl les épaules.
Et vous, Burle?
BURLE
Moi, c'est comme Garrigue, patron.
BRESCHARD, plus impatient encore.
Et vous, Tranchant?
TRANCHANT
Qu'est-ce que vous voulez, patron? Moi, je me trouve très bien ici. Je suis content de ce que j'ai. Mais vous pensez bien que dans ces circonstances-là, on peut pas faire autrement que les camarades.
BRESCHARD
Alors, parce qu'un camarade ira se fiche à l'eau, il faudra que vous le suiviez?. .. Voyons, Tranchant, vous êtes un garçon intelligent. Avec vous, on peut raisonner. Je sais ce que
VOUS allez me demander, je le sais : l'unificalion des salaires. Vous gagnez ici le maximum, que vous réclamez pour les autres. C'est d'un brave copain, mais il n'y a pas que les copains, il y a le patron. Trouvez-vous juste qu'il paye le mauvais travail au même taux que le bon ?
TRANCHANT
Je dis pas le contraire, patron, mais je peux pas causer avec vous là-dessus. On est obligé de se tenir tous. Il faut que je marche avec les camarades.
BIŒSCHARD, 5e retournant vers un aittre.
Et vous, Christian, qui n'êtes pas Français, vous êtes cependant très content de gagner à Paris ce que vous n'auriez pas à Copenhague. Qu'est-ce que je vous ai demandé, moi, quand je vous ai embauché? Ce que vous saviez faire. Rien n'a changé, de vous à moi, depuis deux ans que vous êtes ici. De quoi avezvous à vous plaindre? Avez- vous une raison,
une seule, pour faire cause commune avec eux?