SCENE PREMIERE
TAllDIEU, PHILIPPE TARDIEU
Bonjour, Philippe. Ma fille n'est pas encore là?
PHILIPPE
Non, monsieur Tardieu.
Votre sœur et votre beau-frère ont dû la prendre chez moi à une heure. Il en est deux. Et j'ai rendez-vous à trois près du parc Monceau !. . .Je voudrais pourtantbien voir sur place l'appartement que vous arrange Derivière. Hein? mon g^arçon, Breschard vous gâte?
Toute une aile de l'hôtel pour vous y installer. Vous en avez de la chance, Cécile et vous, de
débuter ainsi dans la vie. Quand j'épousai Mme Tardieu, moi, c'était l'appartement au quatrième, le mobilier payé à tempérament, l'unique bonne. C'était une brave femme, allez, ma pauvre femme. Ce qu'il nous a fallu trimer!
PHILIPPE
Je travaillerai aussi, monsieur Tardieu.
Vous savez la nouvelle? Je suis associé dans la maison.
TARDIEU
Breschard me l'avait dit. Il fait bien. Le fils qui continue le père, toute la famille est là. (Un soupir.) Je n'en ai pas de fils, moi, pour me continuer. Bah! Je suis jeune. J'attendrai mes petits-fils, et gaiement... Je suis optimiste, vous le savez, et voyez ce qui se passe ici : ça me donne-t-il assez raison? Qui nous aurait dit, il y a trois mois, que les choses tourneraient de la sorte? J'emmenais Cécile en Italie. Votre père voulait épouser cette petite
Mairet. Il se brouillait avec les Derivière. Cette grève éclatait. Vous étiez infecté, vous, d'idées socialistes. Vous voilà patron. La grève est finie. Cette créature vit avec son Langouët. Votre père m'a demandé pour vous la main de ma fille. Et nous dînions tous ensemble hier chez votre sœur pour célébrer vos fiançailles. Un fameux dîner! Il faudra qu'elle me donne la recette de son a poulet à l'Étoile " et de son « pudding aux dattes " . Tout est-il pour le mieux dansle meilleur des mondes, oui ou non?
PHIUPPE
Oui et non. Mon père m'inquiète.
TARDIEU
Moi pas. Breschard est trop fier pour accepter jamais un partage ignoble. C'est bien fini.
PHIUPPE
En attendant, il souffre.
TARDIEU
Il vous a parlé?
PHILIPPE
Pas un mot. En apparence il est tout entier à cette ligfue des patrons qu'il a fondée et à la réorganisation de son atelier. Mais je le connais, et je le sens très malheureux.
TARDIEU
Une trahison comme celle-là, et pour qui! C'est dur à tout âg^e. Ça lui passera. Il se raisonnera. Dans l'avenir, il se défiera des bonnes fortunes. Et tout sera pour le mieux.
Ce n'était pas une bonne fortune. C'était un amour. Chut! Le voici.