SCENE XII
Les mêmes, BONNEVILLE
BRESCHARD, allant au-devant de Bonneville.
Bonjour, monsieur le comte. Gaucherond vient de me dire cette idée qu'il vous a suggérée, celle d'une coopérative avec Langouët à la tête. Mais c'est excellent, excellent! Il faut faire cette affaire aujourd'hui même, mon-
sieur le comte, et tout de suite . fS'assejant à son bweau. JYoic'i l'adresse de Lang^ouët : 3, rue Beautreillis. C'est à côté, allez-y de ce pas. Ce soir, il serait trop tard. Je sais de bonne source qu'on lui fait des propositions pour être un des délég^ués de son syndicat. Il hésite encore. Je crois savoir aussi qu'il est chez lui en ce moment... Par conséquent...
BONNEVILLE
Laissez-moi souffler, Breschard. Vous allez... Vous allez... Moi, j'étais venu vous consulter, étudier l'affaire...
GAUCHEROND
Il n'y a pas d'affaire à étudier, monsieur le comte. Il y a un capital à trouver. N'est-ce pas, monsieur Breschard?
BRESCHARD
Évidemment. Gaucherond vous a donné des chiffres exacts. C'est vingt mille francs à leur avancer. Ce sera du bon cinq pour cent. Je connais le marché du meuble. Je connais
leur travail. C'est un placement sûr, tellement sûr que si vous me promettez le secret tous deux, mais absolu (Il insiste), et à l'égard de tout le monde...
BONNEVILLE
Vous avez ma parole.
GAUCHEROND
C'est juré, patron.
BRESCHARD
J'entre dans l'affaire. Et la preuve que c'est très sérieux... fil a pris dans un tiroir un carnet de chèques.) Gaucherond m'a dit que vous mettriez cinq mille francs? (Geste d'assentiment de Bonneville .J . . . Je fais les quinze mille autres, et voici le chèque... Mais courez rue Beautreillis, monsieur le comte, (Il s'est levé pour forcer Bonneville îi partirj et revenez me dire ce que vous aurez conclu.
BONNEVILLE, s'e7i allant, et mettant le chèque
dans son portefeuille .
C'est égal, mon cher Breschard, vous ne
m'empêcherez pas de vous dire que vous êtes un fier original.
BRESCHARD, le reconduisant.
Moi, ce que je suis simple! N'est-ce pas, Gaucherond? (Geste de celui-ci.) Surtout, fil s'adresse de nouveau à BonnevilleJ queLian^ouët croie qu'il est très désagréable à tous les patrons, et à moi en particulier, en acceptant votre offre... Et quand la coopérative sera fondée, si vous entrez par hasard dans l'atelier et si vous l'entendez qui dit : « Cette canaille de Breschard ! . . . » laissez-le dire. Ça me fera plaisir.
Rideau.