LA NOURRICE
Oui, Madame.
Elle sort.
J'aurais tant désiré un pelil être comme ça... rien qu'un... Je ne suis pourtant pas exigeante. C'était mon seul rêve, je donnerais je ne sais quoi; mais, maintenant, il n'y a plus d'espoir.
lit; i.\ BASC1 LE
wii.i.i'i.
Pourquoi?
IIARGUER] i !.. '
Oh ! au bout de quatre ans de mariag
MARTHE
Dans notre famille, pourtant, on ;i eu
toujours beaucoup d'enfants... Regarde
noire grand'mère, notre mère et moimême.
MARGUERITE
C'est vrai. Comment faire ?
AMEDÉE
11 n'y a qu'une chose à faire.
MARGUERITE, ingénument.
Nous la faisons.
MARTHE
Il ne faut jamais désespérer.
MARGUERITE
Mais persévérer.
MARTHE
Nous connaissons une dame qui élail restée treize ans sans avoir d'enfants... Elle avait tout essayé, elle avait eu recours à la religion et à la science. Elle avait fait le pèlerinage de Roquamadour, elle élail même allée en Belgique pour mettre le pied dans l'empreinte du pied d'un saint, sainl je ne sais quoi, prés de Spa... enfin, c'esi très recommandé. Ensuite, elle avait consulté des médecins, elle avait bu toutes les eaux imaginables, toujours rien. Enfin,
il- LA BASCl I l
bu houille treize années, elle a eu trois enfants, Bans ;i\ oir le temps de respirer.
MARGl BRI ! i
Avec son mari?
mari m.
Oh! certainement... avec son mari.. -
lu v<>\ .lis la bonne femme. ..
MARGl il; m:
Raconte-moi encore des choses coi
l an tes,
A M Khi
Il y a l'histoire de la fruitière de Lan-
uion.
MARGUERITE
Racontez.
MARTHE
Voyons, Amédée, vous n'allez pas raconter cotte histoire-là.
AMÉDÉE Pourquoi ?
MARTHE
Ça n'est pas convenable.
MARGUERITE
Oh ! moi, ça ne me choque pas du tout; j'en ai entendu bien d'autres, dernièrement, pendant quej'étais à Luxeuil. Je vousassure que les femmes qui étaient là, dans le môme but que moi, ne se gênaient pas pour parler entre elles de ces affaires-là, et avec des détails!
190 I. \ BAS( i LE
M \l;l lll.
< )n prétend qu< aux de Luxeuil sonl
très efficaces,
M \i;«,i BRI i l.
On le prétend, nous allons bien voir... mon médecin me les a fortement conseille
El puis, il -,\ son gendre qui esf médecin là-bas. Enfin, si ça ne fait pas de bien, ne peul pas faire de mal.
\Mi'.hi.i:
Vous avez compté là-dessus !
MARGUERITE
Et j'ai bu de l'eau. J'ai suivi le traitement consciencieusement; j'ai pris des douches, des bains. Il faut du courage, ça n?esi pas drôle de rester vingt-cinq jours )à-bas sans son mari. Ça ne m'amusait pas d'aban-
donner mon grand Hubert; c'était la première fois depuis que nous sommes mariés que nous nous séparions.
MARTHE
C'est vrai... c'était la première fois.
AMÉDÉE
C'est cette séparation précisément qui est excellente... a condition, toutefois, que le mari n'en profite pas pour se distraire.
MARGUERITE, sursautant.
11 ne manquerait plus que ça ! (Songeuse. Amédée, vous venez de m'ouvrir des horizons.
AMÉDÉE
Fermez-les.
MARGUERITE
Le fait est que ça n'est pas très prudent
m LA HASCl II
de laisser un homme tout seul à Paris, i posé à toutes les tentations.
A \! \. Ml
Taisez-vous donc] Vous étiez bien tranquille... quand <»n a le bonheur d'avoir une femme comme vous, jolie, intelligente, aimante, dévouée...
I1ARGUERI1 B
( l'esl bien ce que jeme dis.
MARTHE
El modeste, avec ça '.
MARGUERITE
Et encore, ça n'es! pas une raison. Avec les hommes, on n'est jamais sûr... n'est-ce pas. chéri ?
Ouoi donc?
Tu ne protestes pas.
Je n'ai pas entendu.
MARGUERITE
Décidément, aujourd'hui, tu es dans les nuages. Regardez-le installé dans son fauteuil, il ne se doute pas que c'est de lui... de lui que je parle. Oh! gredin, va ! (Elle va remhrasser.) Voilà ce que j'aime. . . l'embrasser là, dans le cou... il le sait : quand je m'approche, il baisse la tête.
AMÉDÉE
Résigné .
MARGUERITE
Oh! il n'est pas bien à plaindre. Enfin,
1 2 i LA BASCULE
n'est ce pas chéri, que tu n'aurais pas eu !<• triste courage détromper une pauvre petite femme qui était à trois cents lieues de toi, qui buvait de la vilaine eau, <jui parcours il \ aillammenl sou ail
Quelle allée
M kRGUERl l l.
Il faul vous dire qu'il y a là-bas, en face de rétablissement, une grande allée de platanes, et le docteur m'avait ordonné dé
la parcourir douze lois chaque matin et chaque soir, après la douche. Alors, pendant que je me livrais à c<> footing solitaire, quand je pense que lu aurais pu... < Hi ! non, c'est impossible, un homme qui serai! capable d'une telle trahison, ce serait affreux; car enfin, on est dans une situation d'infériorité... on ne peut pas se défendre...
Ce serait lâche, il n'y a pas d'autre mot, lâche, et il faudrait le tuer.
MARTHE
Oh! absolument... un homme qui vous trompe, quand il est certain qu'on ne peut pas le lui rendre, c'est monstrueux. Moi, je n'aurais pas la moindre pitié.
AMÉDÉE
Encore un crime passionnel ! Alors. Marguerite, vous tueriez ce pauvre Hubert ?
MARGUERITE
Oh ! je dis ça, mais je ne le ferais pas... je l'aime bien Irop... non, je préférerais le
faire souffrir.
AMÉDÉE
A la bonne heure, vous voilà revenue à des sentiments plus humains.
LA DASCUJ l.
m \im.i BRU i:
Ali ! par exemple, jf n'hésiterais pas... je me vengerais, je l<- tromperais ;i mon loin-... il ne l'aurai! pas volé. .!< !<• tromperais toul de suite, ;i\<-«- 1<- premier venu : au besoin, '\r ferais monter le concierg
wn'.hi'.i:
En âupposanl qu'il puisse quitter sa i il es! vrai qu'il n'aurai! «ju'nn écriteau à mettre : le concierge esl dans l<' septième ciel.
IfARGl KRITE
( )h ! je dis ça, el je ne le ferais pas non pins; pourquoi se venger? La vengeance suppose de la colère et je n'aurais que du dégoût... ou plutôt, un immense chagrin, el alors, si je souffrais trop, je me tuerais. c'est bien simple. Oui. e'est ça, je me tue-
rais... (A Hubert.; Tu serais bien plus puni parce que, lel que je le connais, tu serais accablé de remords; la vie serait empoisonnée, tu ^entends, empoisonnée... tra la
la, tra la la, c'est bien fait. (Elle danse en battant (les mains comme une enfant et tout d'un coup s'arrête,
srrieuse.) C/esl égal, je Qe danserais pas, ce jour-là ! Oh ! non, je ne danserais pas.
Elle fond en larmes.
M ARTHE
Voyons, tu pleures à présent.
HEBERT, venant auprùs d'elle.
Ou'cst-ce que lu as ?
MARGUERITE
Mais non, je ne pleure pas, je ne pleure pas... tu es bien trop bon, d'abord, pour me l'aire jamais de la peine.
L88 l.\ BASCI II.
Mais, l>i«'ii sûr, il n'est pas question <l«-
M tRGI l.l:l I I.
Je >;ii> bien... seulement, rien que l'idée, n'est-ce pas .' c'est stupide... .!<• >ien
que cela n'arrivera jamais.
m \nnii:
Alors, c'esl inutile d'y penser pour -<■ mettre dans un étal pareil.
AMKDKK
C'est curieux, le besoin qu'on éprouve de
se tourmenter, quand on est en plein bonheur !
MARGUERITE à Amédùe.
C'est votre faute, aussi, vous n'aviez pas besoin de parler de ça.
AMÉDÉE
Allons, bon! voilà que c'est ma faute, à présent.
MARTHE* à Araédée, pendant qu'Hubert console Marguerite.
Mais certainement, mon ami, vous savez combien elle est susceptible pour ces cboses-là.
AMÉDÉE
Si j'avais su, je n'aurais rien dit.
MARTHE
Vous auriez aussi bien fait.
MARGUERITE
C'est fini, maintenant, c'esl lini... Je vous demande pardon... C'est ridicule, mais c'est plus fort que moi.