AMI
( '.<■ que j <-ii (\\^. c'est pour vous : rapp< lez-vous que, neuf fois sur dix, en pareille matière, 1<* malheur arrive par les confidents comme la fièvre typhdïdi
HUBERT, "t.
...vient |>;ir l'eau, vous avez mille fois raison... Mais il le fallait : Chavresac, avec son automobile, pouvait aller à Saint-Lunaire cl en revenir dans un bref délai. Ce matin, j'avais besoin d'un chauffeur rapide, j'.ii pris Chavresac; à présent, j'ai besoin d'un conseil éclairé, d'un dévouement intelligent, je m'adresse à vous.
a mi': ni' i Attendons ( lhavresac.
HUBERT, sas-seyant.
Il n'y a que ça à faire... u»»a«oce.) Ali !
j'ai passé une nuil affreuse. Je me vois encore accoudé à la fenêtre de notre chambre pendant cet orage... et les onze mots de cette dépêche me martelaient le crâne. Onze mots, il n'y en a pas plus, je les ai comptés... C/est effrayant, quand on pense que pour onze sous on peut boulêveréer un homme de cette façon!... Ah ! oui, je m'en souviendrai, de celte dépêche, envoyée de la pointe du Décollé... la pointe du Décollé ! tout y est.
AMKDÉE
Le fait est que c'est un nom sinistre.
Alors, ma pensée se reportait là-bas, cl je voyais une mer démontée, des vagues hondissant par-dessus le phare et, dans un chalet, une chambre faiblement éclairée et, dans cette chambre, peut-être, une femme
us LA BAS* i I i.
échevelée <pi<' cette brute était en train de piétiner.
AMI. h M.
Oh : oh : oh !
Ah ! ah ! ah ! Il if Y a pas de oh ! oh !
oh ! toul es! possible.
\Mlhl' I
Ce Blancas est donc un homme violent?
Tirs doux... très doux... du moins, \\ parait, je ne le connais pas... mais justement, il y a tout à craindre des gens calmes quand ils se mettent en coière : ils ne connaissent plus rien.
AMKDÉE. souriant.
Vous avez trop d'imagination.
Une imagination terrible. Combien de temps suis-je reste ainsi à cette fenêtre ? Deux heures, peut-être plus. . . je ne saurais le dire. La pluie me fouettait le visage, je ne m'en apercevais même pas ; les éclairs entrouvraient le ciel, le tonnerre grondait. Je m'enivrais d'horreur î... J'ai senti que je m'enrhumais; alors, je suis revenu me coucher auprès de ma femme, de ma pauvre petite femme. Elle dormait tranquillement, sa respiration était régulière comme celle d'un enfant; en la voyant si calme, j'ai eu envie de la réveiller.
AMÉDÉE
Pourquoi l'aire ?
Pour lui dire tout.
160 l.\ l*AS( i I I
wiî.ki'i.
Vous <•!<•- fou !
IIUBER1
M ; i i s non... J'ai pensé qu'un homme « j • i i s'accusera il loyalement, dans la nuit. qu'un mari coupable « 1 1 1 i «lirait la vérité, cela ne manquerait pas d'une certaine grandeur I laquelle une femme comme Marguerite ne j)ouv;iil pas être Insensible.
smi'.dû:
Ces! une chose qu'il ne faut faire qu'à la dernière extrémité. Vous avez bien fait «le ne pas la réveiller, d'autant plus que tout n'est pas perdu. Voyons, raisonnons un peu : en supposant que ce Blancas veuille vous demander une explication, il ne vous télégraphierait pas de venir... dans ce cas, c'esl à lui à se déranger.
Il me semble.
AMÉDÉE
Et puis, quelle explication peut-il vous demander? Vous ne le connaissez pas, vous n'êtes pas son ami», vous n'avez pas trahi sa confiance.
Certainement.
AMÉDÉE
D'un autre eôté, puisqu'il n'est pas le mari de sa femme el qu'ils sont séparés amiablement, vous ne lui causez aucun préjudice.
Aucun.
AMÉDÉE
Enfin, pardonnez-moi le mol. Madame
Bernier est rentrée dans la circulation., elle circule avec «roua, voilà loul . c'est que je dirai au mari, si vous me chargei de voa intérêts.
( '-«'la va -.m- dire... \<>n- el < lhavresa vous voyez que j'ai bien fail de le mettre au courant .
UfÉDÉE
N'allez pas si vite... j'espère que nous n'en arriverons pas là... Pour moi, cette dér pêche signifie tout autre chose... Quoi? je n'en sais rien... attendons Chavresac.
Ali! si jamais ma femme... ma pauvre petite femme !...
AMÉDÉE
Elle vous pardonnerait.
Non... vous l'avez entendue tout a l'heure; elle est pleine de confiance, elle est à cent lieues de se douter... et, quand elle saura que je l'ai trompée pendant qu'elle était à Luxeuil et qu'elle parcourait douze fois, matin et soir, son allée de platanes, elle se tuera comme elle l'a dit.
AMEDEE
Mais non.
Mais si. Ah ! vous ne la connaissez pas... elle se tuera. Alors, qu'est-ce que je deviendrai, moi? Je ne pourrai pas lui survivre ; je vous assure qu'il faut me plaindre.
AMEDEE
Oh ! je vous plains. Mais, enfin, expliquezmoi quelque chose que je ne comprends pas
i.-.i I \ BASCl II.
très bien : quand <»n a peur, poinl . <!«■
faire de la peine aux gens, c'esl qu'on les aime .. voua aimez votre femm<
m Tendrement.
AMl'.hl'l.
Alors, pourquoi vous êtes-VDua embarrassé de cette Rosine Bernie
Pourquoi... pourquoi? Estn e que je sais? J'avais connu Rosine autrefois, qqandj'étais garçon; je l'avais aimée même, à cette époque, on tout bien, tout honneur... je l'ai revue dans celle pièce où elle est admirable !
A M Khi' I
Vraiment ?
LA HASCl'Li: 156
Oh ! mon cher, vous ne pouvez pas vous en faire une idée, c'est une grande artiste. Elle a surtout un charme auquel il est impossible de résister. Bref, je suis allé la voir, un soir, dans sa loge, nous avons soupe... voilà comment ça sVsl fait. J'avais aussi la griserie de Paris où nous venions de nous installer, après trois ans d'un clair lune de miel solitaire.
AMÉDÉE
Vous avez voulu y ajouter une étoile.
Je n'ai rien voulu du tout... Seulement ma femme est partie faire celle saison à Luxeuil et, alors, j'ai eu vingt-cinq jours de liberté... comprenez-vous, de liberté! J'ai pu oublier que j'étais marié et, pendant
LA BASCI l l.
vingt-cinq jours, j'ai connu la maîtresse fa plus exquise, la plus amoureuse, la plus passionnée. El puis, cette femme-là com pond tellement au besoin que j'ai d< <le roman... parce que, moi, n'est-ce ; suis un cérébral.
Wll'.l.l'.l.
Ali !
Mais oui, mon cher, n'en doutez pas.
Alors, Rosine Bernier, c'est la maîtresse idéale; elle a tout : l'esprit, l'élégance, la fantaisie... c'est la Fantaisie en personne. .le vous citerais d'elle mille traits charmants, cl elle l'ait penser à ces délicieuses créatures du xvmc qui nous apparaissent un peu comme ries déesses !
AMÉDÉE
Dites-moi... depuis tout à l'heure, vous aimez toujours votre femme ?
lASCULl
HUBERT, très sincère.
Tendrement. Pourquoi ?
AMEDEE
Pour rien... pour savoir.
Mais ça n'a pas le moindre rapport. Dans la vie, il y a la sécurité, le foyer, le bonheur, c'est entendu, et puis il y a aussi la curiosité, l'aventure, le plaisir; mais ma pauvre petite femme ne comprendra jamais ça, el pourtant, c'est ce que je me tue... à ne pas lui dire!
AMEDKE
Vous faites bien, parce que tout cela ne se concilie guère; la preuve, c'est que vous payez votre plaisir par trop de tourments.
i.\ BASCULE
III Bl RI
Les tourmenta sonl peut-être m lires à certaines natui i
A.Ml'.hl'.l.
Le calme es! une chose inappréciable.
On dif un calme plat.
AMl' hl'.l.
Sans doute et, pourtant, il faut choisir. Voire femme vous aime, elle ne vil que par vous et pour vous... cela éclate flans tous ses gestes ei dans ses moindres paroles..
elle en est touchante...
Je sais bien. Ah î depuis hier soir, j'envie ceux qui sont aimés moins exclusivement...
ceux-là peuvent tromper Jour femme sans qu'elle en meure et même, si j'osais dire toute ma pensée...
AMÉDÉE
Dil es-la toujours.
HUBERT, lui lïappaM sur l'épaule.
Hé bien! croyez-moi, mon cher, il vaut cent fois mieux être cocu.
Pourquoi me dites-vous ça, à moi?
Je vous dis ça, à vous, parce que vous eles là... c'est une idée générale que je formule.
AMÉDÉE
Ali ! bien... bien.
L60 LA I. \m:i II.
El puis, vous, ce a'esl pas la même chose... vous dc serez jamais dan là, vous n'avez pas le besoin de L'aventui vous n'avez pas la moindre imagination,
ami' ni i.
I técidémentj vous me combl<
Mais vous possédez d'autres qualités précieuses. Vous êtes un homme sérieux, pondère ; vous avez l'oc wpation la plus noble :
vous cultivez la terre, cinq cents hectai «le vieille terre armoricaine auxquels vous appliquez les méthodes nouvelles. Tr— ému. Depuis que je suis arrivé ici. dans ce vieux château rempli de traditions el de souvenirs de famille, je me sens enveloppé d'une atmosphère honnête... vous donnez l'impres-
siondu bonheur véritable. Croyez-moi, vous avez une vie exccllenle !
Il lui tend la main.
AMÉDÉE
Mou bon ami...
Et, quand je compare voire existence à la mienne, qui n'est que complications, mensonges et remords, je suis rempli de respect et d'émotion.
11 se jette dans ses bras.
AMÉDÉE
Voyons, mon brave ami, mon brave ami . . . si mon exemple pouvait vous inspirer de sages résolutions, je serais tout à l'ail heureux. Je ne sais pas ce qui va sortir de tout ceci; mais, à votre place, quoi qu'il arrive,
I6S l.\ UA8CI II.
je renoncerais dores el déjà ;'• revoir cette femme.
m BBRT ,
< )li ! pour ça, soyez tranquille, fini, c'esi bien fini... J'ai prié Chavresaede lui remettre une lettre dans laquelle je lui explique que ça n'est pas possible de continuer dans ces conditions. Ali ! dame, je msais pas comment elle le prendra... <;;» n'ira pas toul seul «le ce cô té-là... parce qu'elle m'aime.
AMl'.hÉi:. sondant
Elle aussi ?
Ah ! mon cher, je n'en tire pas vanité ! n lui frappe sur l'épaule. ( iroyez-moi, il vaul cent fois mieux être...
AMEDEE, le coupant.
Oui.^. oui, vous me l'avez déjà dit.
Dans le même moment, par une des portes-i'enùtres on voit entrer Chavresac. 11 est en tenue de chauffeur et couvert de boue.
Ali ! enfin ! voici Chavresac !
Il se précipite au-devant de lui.