‹ La Basse-Bretagne et le pays de Galles: quelques paroles simples etChapitre 4 sur 4 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

Le Prêtre. — Je vous disais dans notre premier entretien^ Monsieur^ que plusieurs de mes compatriotes ont rintention de tenter des efforts pour tirer vos misérables Gallois de leur état d'esclavage et de dégradation morale. Je ne doute pas que vous n'appreniez avec quelque surprise, aujourd'hui, que les Gallois, sous prétexte de distribuer la sainte Bible parmi nos pieux paysans, ont envoyé des émissaires dans notre pays pour y jeter la méfiance et la discorde.

Le Gallois. — Je n'en suis nullement snrpris, Monsieur. Puisque vous envoyez des missionnaires dans notre pays , pourquoi prendre en mauvaise part que nous suivions votre exemple à Tégard de la Basse- Bretagne? C'est le principe de la réciprocité des bons offices qui a inspiré les Gallois. Vous croyez, dans votre âme et conscience, que les Gallois sont victimes des huguenots et du d^mon ^ et vous désires; le$ lur^*

cher à ces deux ennemis de Thumanitél C'est un désir très louable^ et sans partager votre conviction^ nous respectons les efforts qu'elle vous inspire. Mais les Gallois^ de leur côté^ croient fermement que leurs frères Bretons devraient connaître et posséder la Parole de Dieu^ qu'ils ont ignorée jusqu'ici^ et sous Tempire de cette conviction y ils ont envoyé , non pas comme vous l'affirmez^ des émissaires chargés de semer la méfiance et la discorde, mais des messagers de la bonne Nouvelle du salut gratuit^ chargés de proclamer parmi leurs frères les miséricordes infinies de notre Dieu et de notre commun Sauveur. À ce titre, ils ont droit, de votre part, tout au moins au respect de leurs intentions et à la même liberté d'action qui est accordée aux agents de la propagande catholique dans notre pays; car vous savez que vos missionnaires jouissent d'une grande liberté religieuse dans le pays de Galles ; c'est un de vos savants laïques qui le dit en ces fermes : a Que ne peut-on attendre de la propagation incessante d'une foule d'écrits de toute espèce etdetout format répandus par les soins et le prosélytisme de catholiques dévoués? Que ne peut-on pas espérer, enfin , des efforts de l'épiscopat et des ordres religieux qui prient, qui prêchent, qui enseignent aujourd'hui en toute liberté dans la patrie d'Henri VIII et d'Elisabeth*? » J'aime à penser que les missionnaires gallois vous trouveront disposés à leur accorder la même liberté dans votre vieille Armorique.

Le Prêtre. — Certainement non. Monsieur, car nous

> M. L'Aimée.

prêchons la vérité^ et eux propagent le mensonge ! D'après les principes de l'Eglise^ les hérétiques jouissent de beaucoup trop de liberté dans notre pays, a Si nous avions ici le même j)Ouvoir dont jouit TEglise dans beaucoup de pays en Europe^ vos compatriotes seraient bientôt empêchés de propager leurs abominables erreurs parmi nos pieux paysans ^ »

Le Gallois. -—Dans ce cas^ les hérétiques compren* nent la liberté de conscience beaucoup mieux que votre Eglise. C'est une chose assez étonnante^ que ce soit précisément 7a wmVaôfc jF^/we qui ait oublié cette maxime du Sauveur : et Toutes les choses que vous voulez que les hommes vous fassent, faites-les-leur aussi de même, car c'est là la loi et les prophètes x> (Matthieu Vn, 12),

Le Prêtre. — Vous avez beau citer des paroles du

Sauveur, il est impossible de ne pas éprouver un

profond chagrin en voyant les hérétiques arriver dans

notre pays, et je sympathise avec M. Tabbé Souchet, qui

donne ainsi essor à ses pensées profondément tristes

sur Tapparition de Phérésie en Basse-Bretagne : a Au>

trefois au moins, dit-il, nos campagnes étaient fermées

au souffle de Timpiété; est-il maintenant beaucoup de

chaumières où elle n'ait pas fait entendre se$ blaspbè*

mes? Elle trouve encore une barrière, je ravoue,daus

ridiome breton, ce précieux débris des anciens âges,

qu'on s'efforce avec raison de restaurer et de conserver

parce qu'il n'a jamais été souillé par l'hérésie; mais

ces nobles efforts ne font qu'en retarder la ruine : les

* Paroles d'un ecclésiastique à l'auteur.

écoles le tuent ! o Puis il ajoute dans uaè note ; a N V vons-nous pas aussi la douleur de voir la propagande protestante mettre aujourd'hui tout en œuvre pour troubler le paisible sanctuaire de la chrétienne Araio<rique^ et travailler avec acharnement à profaner sa langue toujours catholique par le mensonge et PerreurY Les apôtres du protestantisme pénètrent jusqu'au fond de nos forêts; celle de Coatenos en Louargat est pour eux comme un grand centre d'où ils se répandent dans les paroisses d'alentour*. »

Le Gallois. — Si la sainte langue bretonne a été souillée par les protestants^ c'est un grand malheur^ j'en conviens. Quelle profanation de votre langue^ en effets que d'avoir imprimé en breton plusieurs excel» lents traités sur les doctrines fondamentales de la reli* gion chrétienne l Quelle profanation^ surtout^ que de s'en être servi pour publier une rétnsimi du Nouveûu Testament traduit par le savant Legmideclll Je serais vraiment curieux d'apprendre de quelle nature est la sainteté de la langue bretonne, puisqu'on la profane en l'employant comme organe des oracles de Dieu.*— Rassurez- vous toutefois^ Monsieur^ les Gallois qui sont venus en Basse-Bretagne n'ont jamais eu la pensée de profaner j par le mensonge et l'erreur, voire langue tou« jours catholigue; leur unique but est de mettre Vépie de r Esprit entre les mains du peuple^ et en cela ils partagent Topinion d'un excellent ecclésiastique breton ^ mort en 1722^ chanoine et scolastique de la cathédrale de Saint-Brieuc, M. Tabbé Souchet^ qui est lui-^mêmé

& Ja Pi4tébr^im9, imptiméâ à Saint^lrieat.

doyen du chapitre de la cathédrale de Saint-Brieuc^ a sans doute beaucoup de respect pour les opinions de son savant prédécesseur^ Jean Leuduger^ dont la vie^ écrite par M. Ropartz^ de Guingamp^ a paru en 1857. A la page 70 de cet ouvrage, on lit ces paroles : « L'éloquence du saint vieillard était devenue plus simple que jamais^ sans être devenue moins forte et moins touchante. Il avait coutume de répéter que la Parole de Dieu, enveloppée d'ornements humains , est comme une épée dans le fourreau, tandis que la Parole de Dieu, toute seule, est comme une épée nue; x) puis il ajoutait : a Est-ce qu'ii ne faut pas absolument que Tépée soit nue pour pénétrer jusqu'au cœurî » Paroles sublimes, éloquentes et bibliques! Tous les germes de FEglise réformée se trouvent dans ces paroles du cha* noine de Saint-Brieuc. Si ce saint vieillard a trouvé que rien n'égale la Parole de Dieu dégagée de toute a enveloppe d'ornements humains; » s'il a trouvé « qu'il faut absolument que l'épée soit n!^^ pour pénétrer jusqu'au cœur,» né se réjouirait-il pas de voir, tous les efforts tentés pour mettre cette épée entre les mains de chaque individu? Vous dites. Monsieur, qu'il y a plus d'un million de Bas-Bretons rangés sous les drapeaux de Christ. Dès lors que l'idée des protestants de la Basse-Bretagne est de fournir à chacun de ces soldats de Christ l'épée toute nue de l'Esprit, n'est-elle pas une idée excellente? Si le digne prêtre Jean Leuduger était aujourd'hui sur la terre, ne se réjouirait-il pas de voir la Parole de Dieu, le Nouveau Testament breton, dégagé de toute a enveloppe d'ornements humains^ » vendue au prix minime de cinquante centimes?

Le PaâTRE.-^U parait que la manie de parler toujoiirs de la Parole de Dieu^ est commMoe avtx protestants^ gc^Uois et aux protestants français. M. l'abjbé Souçhet dit que les habitants de certaines contrées de 1» Basse-Bretagne ont à soutenir des attaques très rudes dirigées contre leur foi^ non-seulement parles Anglais^ mai^ aussi par des Français. Ecoutez ce qu'il dit de la paroisse de Saint-Guay^ dans les Côtes-du-Nord : a Pendant \m demi-siècle un saint prêtre^ M. Lament-Auffray^i patif du lieu» a fait pleuvoir les salqtaires posées de^ la gr^ç^ 9ujr ce coin de terre chéri des cieu^.,... La sagiç^e d^s saints lui inspirait un moyen efficace de IQtaJAtenir et d'étendre» malgré les efforts e:i^traordinaires ie Satan» le règne de Dieu parmi ce peuple de marips toujours en rapport avec des protestants anglais» quelquefois même Français. » L'abbé ajoute en not(^ ^ que chaque semaine, en toute saison^ un navire ou deu]( de Jersey» montés par des protestants^ viennent prendra nn chargement de bestiaux au Pontrieux, OÙ ilç ont des correspondants pour leur commerce. »

Le Gallois. — Il faut avouer que les fidèles de Saint- Guay mettent leur foi bien en danger parleurs rapports constants avec des protestants anglais! surtout avec des protestants anglais qui viennent acheter des bestiaux! C'est quelque chose de vraiment surnaturel que ce peuple de marins n'ait pas fait naufrage quant à sa foi. M. l'abb Souchet devrait prendre des mesures énergiques pour empêcher tout au moins que l'argent anglais^ échangé contre des bestiaux bretons^ ne porte rhérésie dans les ceetirs des habitants de « ce coin de terre chéri des cîeux. x>

Le PRtTRB.-<-Je ne sais pas par quels moyens les protestants qui viennent de Jersey cherchent à séduire les pieux habitants de Saint-Guay^mais écoutez ce que M. Fabbé Souchet dit des moyens employés par un protestant français* : a II n'y a pas quatre ans^ un Français de pays éloigné occupait là (Pontrieux) un poste important qui lui donnait de l'influence. Il ne cachait pas qu'il était protestant et i! travaillait avec une incroyable ardeur à séduire les habitants. Voyant leur attachement à la bonne doctrine, il s'abstenait de parler contre l'Eglise, contre les prêtres : c'eût été une maladresse de sa part. Il donnait à tous ceux qui voulaient en recevoir des écrits protestants, il distribuait aussi des aum^es. Il allait même visiter les malades et leur faire des lectures de ses mauvais livres. Travaillant là à une retraite, on me remit seize imprimés différents plus ou moins volumineux qu*il avait distribués. Aune retraite suivante, j'en recueillis encore d'autres» Il évitait la controverse dans ses écrits comme dans ses entretiens. Croyez y priez, lisez la Bible et vous serez sauvés. Voilà toyte sa doctrine. Avec cela seulement, fût-on libertin, voleur, assassin, on va droit au ciel. Ao reste, d'antres protestants promettent le ciel à plus bas prix encore. Selon ceux-ci, la prière, la lecture ne sont pas nécessaires, mais seulement la foi. Pourvu qu'on ait la foi, en tuant son père et sa mère on fait son salut. x>

Le Gallois. — Ce Français de pays éloigné devait

^ n s'agit probablement de M. Salomon, capitaine de vaisseau, neveu des MM. Monod, un des noixfs les plus distingués et les plus vénérés dans la France protestante.

étre^eu eiïet^ un bomme bien dangereux^ surtout puisqu'il ne cachait pas qu'il était protestant! Avec une connaissance un peu plus étendue des maximes des fils de Loyola^ il aurait pu cacher son protestantisme sons le voile du papisme et obtenir^ de son incroyable ardevar à séduire les habitants^ des succès beaucoup plus brillants. Quelle hardiesse aussi^ d'oser visiter les malades pour leur faire de mauvaises lectures! Puis^ quelle monstrueuse croyance que celle de cet étranger qui disait à tous ceux qui voulaient l'entendre : a Croyez, priez, lisez la Bible et vous serez sauvésIII» Par un rapprochement tout naturel et qui n'a pas pu échapper à H. l'abbé Souchet, je vois que ce protestant français était complètement imbu do l'hérésie do saint Paul, qui> du fond do sa prison de Philippes^ criait à son geôlier : -» a Crois au Seigneur Jésus^Uhrist, et tu seras sauvé » (Actes XVl^ 31). Il est à supposer, de plus, qu'à la vue de libertinsj de voleurs, d'assassins, ce protestant français dut éprouver, comme saint Paul, des moments de ravissement et d'ineffable joie, puisqu'il voyait ces gens a marchant droit au ciel; » et comme conséquence toute naturelle de tels principes, il a falhi que ce protestant étranger fût lui-même un libertin, un voleur, un assassin. Ôr, s*e8t-il conduit de Cette manière pendant son séjour à Pontrieux? Voilà ce que M. l'abbé Souchet n'a pas osé affirmer, étant lui-même pleinement convaincu du contraire; mais les choses écrites à ce sujet par le doyett du chapitre de la cathédrale de Saint-Brieuc, suffisent amplement pour inspirer à tout lecteur la plus profonde pitié, car vous avouerez. Monsieur, qu'il est triste de penser qu'un doyen ait pu écrke de pareilles choses. -^

Si M. Tabbé avait voulu se mettre en rapport avee ce protestant français % il aurait acquis promptement la conviction que la Bible^ qui faisait léâ délices de Cet étranger^ lui inspirait la plus profonde faorretrr pour te iibertmnge, le vol et le meurtre, puisqu'il y est dit : « La grâce de Dieu^ salutaire à tous lesbommes^ a été manifestée ; et elle nous enseignts qu'en renonçant à l'impiété et aux convoitises du monde^ nous vivions datis la tempérance^ dans la justice et dans la piété x» (Tite 11^ 11^ 12). Lès meilleurs jages^ sur ce points sont les habitants de Pontrîeux^ ce me semble; eh bien^ quelle est leur opinion sur ce Français? Je suis persuadé que pas un seul habitant de ce pays-là n'accuse ce protestant étranger de lui avoir iu un mauvais livre; et je porte le défi à M, l'abbé d'indiquer un seul fnauvm livre parmi les diSërents imprimés qui lui ont été remis^ à moins qu'il n'appelie de ee nom d'excdlenfs traités sut îles sujets religieux^ eu même la ^Inte Parole île Dieu ! 1 ! M» Tabbé se trompe s'il croit entrairer la marche et les principes de la Réforme en Bretagne^ en portant des accusations aussi gratuites contre un homme respectable et pieux auquel l'opinion publique et le bon sens populaire ont déjà retfdu justice. Quant à ces protestants qui promettent le cSel à pins bas prix que le Français de pays éloigné, et qui

^ Nous serions enchantés de prêter quelques discours du vénéré défujrt Â. Monod; oucie de M. Saiomon^ à Itf. Souohet. Xi y yeiïraiila vraie éloquence cfir&iennciyaL si noas pouvIoDS persuader à M. l'abbé de lire Lucile par ie ooêine au^ur^ il ferait alors^ nous Tespèrons du moins, tout son possible pour répandre la Parole de Dieu parmi ses compatriotes.

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disent « qiàe, pourvu qu'on ait la foi^ en tuant son père et sa mère on fait son salut ^ d si M. Souchet les connaît^ j'espère qu'il se hâtera de leur donner la Parole de Dieu^ alin de les détourner d'une croyance qui ne peut que les perdre. Hais s'il ne les connaît pas^ je prendrai la liberté de lui rappeler ce commandement du Seigneur : a Tu ne diras pas de faux témoignages contre ton prochain (Exode XX^ 16).

Lb Prâtre. — Le protestantisme ne fera jamais de progrès dans notre pays. Nous ne craignons pas les efforts de l'hérésie^ et je dirais en empruntant les paroles de l'abbé Karis, de Pedemec : a Que les prosélytes qu'il arrive parfois au protestantisme de faire ou de trouver tout faits parmi nous^ sont des individus qui attendent quelques bénéfices pour solder leur apostasie^ marchandise de leur conscience*... Ce sont des individus vivant depuis longtemps dans le mépris des devoirs^ dans la haine de l'ordre divin^ dan^; l'adoration de leurs penchants déréglés dont ils sont effirontément les apologistes. La religion catholiquo leur est odieuse par ses lois sévères^ ses menaces^ ses exemples. Quel bonheur pour eux de rencontrer la Réforme, qui les établit libres penseurs, pour pouvoir être libres faiseurs;... des vaniteux, des fanfarons, des hommes irréligieux, des voluptueux, des lâches, des chrétiens dont les croyanees sont en décrépitude> et

* Toujours la vieille calomnie. Depuis Touverlure de notre temple à Quimper^ plus de cent soixante personnes se sont présentées chez nous pour se faire protestantes, moyennant de l'argent. Si Tassertion de l'abbé était vraie, nous pourrions en avoir un nombreux troupeau sous peu.

qui veulent une morule «a grand rabais^ Voilà les mauvaises herbes qui passent par-4esias om nmrs dans les champs àe Luther^ comme s'en eA plaÎBt «n ministre protestant. Qu'on leur demande 4]«eUe doctrine ils embrassent en enfant dans le protedantismt^ ils ne le disent pas ear ils ne le savent pas« Q^i'w J««r demande à laquelle des mille et nne sectes iprottfttantes ils vont croire et appartenir^ {leu leur iiBp<»tç^ pourvu qu'il n'y ait plus pour eux de c— feasioa , de messe, de jeâne, d'abstinence, de vaux, de «élthat, d^ gêne, etc., etc. Ils vont à I^uther une grisëtte-entoe les bras^ et justifieront toute iacontanenet p«r te système de Bufbn dans VHùtoire naturelle des an^ maux. Un homme que je connais et tpA ^passe pour protestant parce qu'il est irréligieux et qu'il OMt des agapes avec des vierges protestantes envoyées «n mission > a donc raison de dine : Lsprvfeetantipne est vme ganacherie ^ p J'espère que vos Gallois pnifiteroat d^ «ette description juste et éloquente des prosâytes <«p'il arrive parfois au protestantisme de Eedre p^ind aods. Ls Gaixoi3. — Quel style élevé et chrétien que oehii de votre abbé Karis I Quelle élévation d^ sentiments <et de pensées ! Surtout quelle «charité éyangéliqne! Du reste, le style, les ^ntiments et la noMesse des pensées sont parfaitement en rapport avec les «Qiivmations déloyales et plus qu'étrapges dA J'auteor de ce fragment, que vous venez de me citer. H. VdSbhk Karis et ses collègues savent parfaitement qi|e le protestantisme ne solde jamais ses prosélytes; Us

1 Lettre de M. l'abbé Karfs à l^autie^i

n'^ovent pas ^av^iotage que celles de leurs ouiiilles qui fiassaut au psotestantisooe sont;^ d'ordinairci des catbdiqu^ droits et siocères^ que Texeès des superstitions romaines a fini par éclairer^ et qui rejettent le jou{[ insupportable des lois sévères, des menaces cléricdes et des exemples parfois fort tristes de la religion catholique^ pour se charger du ffjoug doux et làciie de Jésas*Christ (Matthieu XI^ 29^ 30). Mais j'avoue qu'il arrive ausçi assez fréquemment que des wmiteuxy des fanfarons, des hommes irréligieux^ des veiupiueuXf des lâches, qui, diaprés Tabbé Karis lui<^ inème> étaient tels dans ki catholicisme^ viennent frapper ^ la port^ du protestantisme. Dans ce çaS| conformément aux enseîgpements de notre divin Maitre^ ç nous ouvrons a celui qui frappC;» 9 nous lui donnons la Parole de Dieu, nous le plaçons sur le etiemio qui conduit à Christ, et nous raccompagnons de nos prières, laissant à la grâce toute-puissante du Seigneur le soin de convertir les cgeurs et de les purir fier parle sang de Christ. Notre conduite en pareilLç <:ireonstaj^ peut déplaire k M^ Tabbé Karis et h ses leollègues^ i^ais elle a certainement la plus complète jSpprobalion de celui qui a est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc XJX, 10), et qui n'a jamais repoussé ui les péagers, ni les gens de mauvaise vie. C'est ainsi, Monsieur, que des chrétiens doivent se coBdu^'e à Tégard de leurs malheureux frères tombés dans la dégradation; aussi je plains bien sincèrement ce certain ministre protestant qui, d'après M* Karis, trouvait mauvais que les champs de

Luther fussent ouverts aux mauvaises herbes du jardin

du Vatican. Ce pauvre ministre comprenait donc Uen mal la volonté du Seigneur et les devoirs de ll^lise chrétienne à l'égard du monde inconverti ! Après tout^ ces maitvaises herbes^ méprisées par M. Tabbé Karis^ qui passent par-dessus vos murs^ si mauvaises qu^elles soient^ sont toujours des créatures de DieUy des âmes immortelles ; c'est le péché^ sans doute^ qui les a dégradées^ souillées^ privées de leur nature primitive^ maïs si elles sont restées à Fctat de a mauvaises herbes^ i n'est-ce pas aussi un peu la faute du système de culture qui leur a été appliqué dans le jardin de l'Eglise romaine? Je le crois fenïiement, car « la confession^ la messe^ le jeune forcée les vœux^ etc.^ etc.^ d sont des préceptes de culture morale que je ne trouve indiqués nulle part dans l'Evangile. Quand donc a ces mauvaises herbes » passent par- dessus vos murs et viennent dans les champs du protestantisme^ nous ne les repoussons jamais, mais nous les soumettons à l'action purifiante et sanctifiante de la Parole de Dieu^ et ce moment est solennel et décisif! Pour les unes^ la Parole de Dieu est une « odeur de vie qui leur donne la vie o (2 Cor. 11^ 16)^ et les change en a plantes célestes qui s'accroissent pour le ciel. » Pour les autres^ cette même Parole de Dieu est une a odeur de mort x> qu'elles ne peuvent supporter parce qu'elles veulent persister dans leurs iniquités^ qu'elles méprisent la Bible et qu'elles refusent de changer de conduite^ et de vivre a dans la tempérance^ la justice et là piété ; x> et celles-ci^ le protestantisme^ pas plus que le catholicisme^ ne les compte au nombre des disciples de JésusGhiist; H. l'abbé Karis le sait fort

bien. — Je ne suivrai pas M. Karis dans ses dernières affirmations sur le protestantisme. Le tableau qu'il en fait touche de trop près à Tobscénité pour qu'une justification soit même nécessaire. Je m'étonne^ Monsieur^ qu'un prêtre catholique^ qui a cru devoir faire vœu de célibat perpétuel pour atteindre une sainteté parfaite de corps et d'esprit^ puisse après cela souiller à tel point son imagination en caressant des objets d'une obscénité aussi révoltante ! Est-ce donc par nécessité de position. Messieurs, que vous adhérez si unanimement à cette maxime de Lorola : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose?» Ah! Messieurs, cette odieuse maxime a pu vous ser* vir dans un temps d'ignorance universelle, elle peut bien vous servir encore contre le protestantisme dans des contrées reculées comme la Basse-Bretagne, mais elle ne vous servira plus longtemps. Nous sommes dans un siècle où la vérité se fraye un passage par toutes les fissures de l'édifice vermoulu du romanisme. La Parole de Dieu est répandue partout!... L'Amérique est toute ouverte à l'Evangile ; l'Océanie voit ses peuples, naguère encore idolâtres et anthropophages, servir le vrai Dieu et Jésus-Cbrist qu'il a envoyé ; l'Asie cède aussi à la pression de la vérité biblique; l'Afrique est en fleurs sur bien des points; et l'Europe, Monsieur, cette vieille Europe qui avait pu descendre dans Tabime des ténèbres jusqu'à s'asseoir sur les degrés de l'inquisition ! elle aussi se dégage de ses liens; déjà plusieurs pays ont brisé avec la servitude monacale et la tyrannie du Vatican pour se placer sous l'élendard glorieux de l'Evangile, Cette

<Buvre d'émancipatioii marche d'un pa» tnrme; actuel* lèment elle agit même en Italie où hi liberté de con* science^ ce Boble apanage de Phomme^ a liBut tomber les barrières élevées par les papes^ pour faire place aux colporteurs bibliques et aux hérauts de KEvapgile! Quant à ceux qui sont sortis de vos rangs^ en Basse- Bretagne^ j'espère qu'ils comprennent et pratiquent mieux que M. Tabbé Karis cet enseignement de saint t^aul : a Redierehez avec ardeur la charité qui est patiente^ douce^ qui supporte tout; qui n^est ni en* vleuse^ ni insolente^ ni malhonnête; qui ne cherche point son intérêt, qui ne s'aigrit points qui ne soup*çonne point le mal » (i^Cor. Xlli^ k^l; XVf, I). Les Gallois voim^t dans cette charité bien comprise et bien pratiquée les conditions essentielles de la paix des peuples^ de» familles et des individus; or comme la Bible seule l'enseigne et que la Bible n'est pas eonnue en Bcisse-Bretagne, je pense que mes compatriotes ne reculeront devant aucun sacrifice légitime pour la faire parvenir à tous leurs frères d'Ârmorique«

Lb PRâriis. -^ Vos Gallois feraient mieux de rester chez eux que de venir dans notre pays jeter leurs Bibles sur tous les rivages. A vous entendre^ on dirait que la sainte Eglise infaillible n'a pas eu soin de donner la Parole de Dieu à ses enfants 1 Je ne orain» pas d'affirmer^ Monsieur, que les Bas-Bretons préférât l'interprétation de TEglise catholique à votre iuter^prétation individuelle. Us ont plus de <;onfiànce dans l'assistance de leur clergé que dans les paroles des apôtres de mensonge. Je vous porte lé défi de soutenir le reproche que vous nous faites d'avoir la Bible en

dédain ^ 4e préférfr à saP&Hrie celle 46 la tra<lfti«n, 4es ooiidie^ et d^ p^ids»

Le fiAixon« -^ i^aeeipte votre déd^ A wi Iieu4€ ieme af^pd à la i»Iomiiie^ l^aonii ettcor^ recouis à j^idques foUs simples ^ véddiqites. Les Toici : ±^ Vj^trc Eglise a ajouté plusieurs fifres apocryphes «É érid^auttefit hnmaitis bla pks pure Parole de Dieu; Jivres qui m'ont jaiaais été veeoums par les juîft et par les premier ehf étiens coaQme iinres inspkés ; livres dont plusieunssont édifiants^ li la Térité^ nais doat lieauoDiip d^auitreB sont en «ppositton javee la loi de Meise, justifient le mensonge, la aovoefieriej ibat l^éloge du suicide, de la vanité, renJfemQnt des làMes, et sont remplis de contradiottoas; livres recçnnus bamains par les auteurs sacrés eux-mêmes : par Melitp, évéque de Sardes; par Origène, Hilatre, Atha^ nase, Cjriite de Jj^rasaleos, JSpipfaaiie, Grégoire de Nazianee, Jéntane, le concile de Laodioée en S^j et qui, pour plus grande preuve, n'ont jamais été cités par Jésus -Christ et les apôtres dans les six cents citations environ qu'ils font de FAacioi Testament; livres qui n'ont jamais été écrits en hébreu, et qui n'ont point été admis dans le classement que Tbisto^ rien juif Josèpke a fait des livres de l'Ancien Testa«ment. ^^ Vous avez mis les tradilions huinaiaes au niveau de la Parole de Dieu, doctrine réprouvée par iésusi^Christ, par les apôtres et par les chrétiens primilife. « C'est en vain qu'ils m'honorent, dit Jésus- Cbirtst^ enseignant des maximes et des ordonnances humaines » (Malth. XV, 9). a Pourquoi violez* vous le commandement de Dieu par votre tradition? »

(Maith. XV^ 3.) Voyez aussi Tépltre de saint Paal auxGalates^ ch. I^ y. !&• ; Coloss. II^ v« 8^ etc. a Cessez, dit saint Athanase, de nous exposer ce qui n'est pas écrit. Les livres de Dieu suffisent pour l'acquisition de toute vérité. Us sont seuls Técole de la piété, et nous ne voulons ni entendre ni alléguer que ce qu'ils renferment. » — a Cest renier publiquement la foi, c'est une arrogance criminelle, dit saint Basile, que d'ajouter à l'Ecriture ce qui a'est pas écrit, puisqu'en elle est l'instruction suffisante du Saint-Esprit. » Je pourrais ajouter les opinions d'Irénée, deTertullien, de Clément d'Alexandrie, de Cyrille d'Alexandrie ^ de Cyprien, de Chrysostome, de Jérôme et d'Augustin, etc. S» Vous avez ajouté et retranché; vous avez ainsi altéré la pure Parole de Dieu. C'est à la faveur de vos traditions que vous avez établi vos dogmes déraisonnables, votre hiérarchie moitié judaïque, moitié païenne, vos cérémonies théâtrales et cette prétention à dominer sur l'esprit, la conscience et l'intelligence des hommes. Vous dites que les Bas- Bretons préfèrent l'interprétation de V Eglise à notre interprétation individuelle. L'Eglise est un mot magique dans votre bouche. Vous avez réussi à persuader à des- millions d'âmes qu'il y a un ordre de personnes formant V Eglise qui pensent ^ croient, prient et agissent pour les autres. Dites-moi sérieusement, je vous en prie, où je pourrai trouver cette remarquable réunion de personnes qui doit me conduire à la vérité. Vous me dites : a Adressez* vous h TEglise catholique, romaine et apostolique. x> Pour encourager ma docilité> vous allez sans doute me fournir tous les moyens

possibles d'éclairer ma conscience. Vous ne me parlerez peut«^tre que dn dernier concile œcuménique^ du -concile 4e Trente , celui qui a déclaré articles de foi isin grand nombre de doctrines enseignées par quelques docteurs, nais non encore universellement reçues léatis votre Eglise^ cependant infaillible. Vous placerez donc devant moi ces immenses in-folio y recueils des canons de ce concile qui chercha pendant vingtcinq ans la vérité > et vous me direz : Voilà f opinion de F Eglise. Mais après avoir parcouru ces énormes volumes^ nous trouverons que c'est ce concile qui a ajouté les livres apocryphes à la Parole de Dieo> qui a sancttoimé la doctrine antiscripturaire des péchés f>èniel8 et du purgatoire, celle du mérite des œuvres^ celle> si productive^ des prières pour les morts , celle de la transsubstantiation^ et beaucoup d'autres. J'avoue ^e j*e suis peu satisfait de cet e&amen^ et ces déci- «ions^ prises les unes & la majorité de i3inq voix^ comme pour les lirres apocrjrphes^ d'autres sans m^ jorilé aucune^ comme pour le retranchement de la ^coupe au peuple^ etc.^ ne m'inspirent pas^ je vous Tavoue^ une bien grande confiance. Passant par-dessus Je concile de Trente^ vous me faites rétrograder vers le moyen ftge^ et là, que me montrez-vous! Un amas de prêtres et de conciles toujours s'appelant V Eglise, •et professant les doctrines les plus extravagantes^ en partie épicuriennes^ en partie aristotéliennes^ en partie cérémonîales> et assez peu évangéliques ; pourtant 9 y a enoore «ne gftmde différence entre eux et le con- ■die 4e Trente. Enfin^ toujours à la recherche de h vérité, J^urai un peu plus loin^ et alors (|«e ^rottvons^

nousT Nous trouvons papes contre papes^ conciks contre conciles, évéques contre évèques s'excommuniant, s'anathématisant les uns les autres ; une ignorance complète de TËcriture sainte, que les ecclésiastiques même ne connaissaient pas» comme le prouvent plusieurs textes de sermons contre la traduction du Nouveau Testament par WiclefT, que des prêtres romains appelaient un lii^re nouveau, rempli 4f hérésies. Au milieu de ce cbaos de disputes et de divisions entre papes et conciles, comment puis-je découvrir V Eglise, et V Eglise infaillible? Vous me répondez toujours : a C'est FEglise romaine qui seule prétend à ce titre. » Hais nous avons vu le concile de Trente, qui non-seulement est en désaccord avec les autres conciles, mais qui, s'élevant au-dessus de tous et même usurpant la puissance de Dieu, change la doctrine et ajoute de nouveaux livres à la Parole révélée. Nous avons vu les luttes du moyen âge, dans lesquelles les principes du païen Aristote étaient préférés aux paroles de Jésus-Christ et des apôtres; nous avons vu les interminables inimitiés des scotistes et des thomistes qui divisèrent TEglise pendant si longtemps, et nous vous demandons : Où est la vérité? Enfin, après bien des recherches, nous arrivons aux temps primitifs de rEglise , et alors je vois avec transport ce que je cherchais, je trouve des hommes que Tamour du pouvoir, des richesses, de Tinsatiable désir de dominer sur la conscience n'ont point corrompus ; je trouve des hommes qui, aussi, croyaient à une Eglise aussi bien que vous, mais à une Église composée de tous les fidèles, et non pas de prêtres

seulement. De plos^ ces hommes posaient^ comme règle infaillible, que tout ce qui est nécessaire au salut se trouve renfermé dans TÂncien et le Nouveau Testament^ et que si aucun homme ou réunion d'hommes^ on mieuz^ un ange da ciel venait à ensei« gner des doctrines contraires à celles qui sont révélées dans la Parole de Dieu , TEgHse , loin de les croire^ devait prononcer anathème contre eux.

Et maintenant, en terminant cette petite discussion^ je vous dirai que ce n'est pas en lisant Thistoire^ ni par de simples ouï-dire que j'ai formé mon opinion sur le degré de connaissances évangéliques que possèdent les paysans bretons. Non^ j'ai visité moimême un grand nombre de familles dans la Basse- Bretagne, j'ai conversé avec elles dans leur propre langue, je les ai trouvées un peuple bien intéressant; mais dire que les Bretons sont éclairés sur les vérités de l'Evangile^ ce serait avancer une grande absurdité. Ils sont crédules et superstitieux au suprême degré, ce qui nous autorise à déclarer dans les propres paroles de l'Ecriture qu'ils ont du zèle pour Dieu, mais que leur zèle n'est pas selon la science. Vous avez bien réussi à faire croire à des milliers de vos compatriotes que Jésus-Christ a chanté la première messe, que saint Pierre disait souvent une basse messe à neuf heures 9u matin, que saint Paul chantait les vêpres en latin l'après-midi, que saint Jacques prêchait très souvent sur le purgatoire, et ainsi du reste. Les Gallois désirent du fond de leur cœur persuader à leurs frères les Bas-Bretons d'étudier pour eux-rnêmes la sainte Parole de Dieu ; alors ils sau-

ront tous la force et la vérité de ces paroles, écrites par un savant français, lorsqu'il eut quitté TEglise de Rome pour se joindre à TEglise évangélique ; a Sachez bien qu'au temps des apôtres, la religion chrétienne n'était pas défigurée comme elle Test aujourd'hui dans TEglise romaine; il n'y avait ni s^ttues, ni tableaux, ni ornements éblouissants, ni cierges, ni cérémonies, ni processions, ni confessionnaux^, ni absolution^ ni autels, ni messe, ni vêpres, ni eau bénite, ni mois de Marie, ni rosaires, ni scapulaires, ni médailles, ni chapelets, ni litanies^ ni indulgences, ni pèlerinages, ni extrême-onction, ni purgatoire^ ni abstinence de viandes, ni gras, ni maigre, ni carême, ni quatre-temps, ni vigiles, ni célibat des prêtres, nj. curés en soutane, ni évêques crosses et mitres, ni' pape coiffé d'un trirègne, ni infaillibilité, etc., etc. Non, il n'y avait rien de ce vain échafaudage que l'avarice et la mondanité du clergé romain dressèrent successivement à la faveur de l'ignorance et de la superstition des siècles suivants. Tout cela est de l'invention des prêtres et des moines. Ce sont des nouveautés. Où est donc la religion de nos pères dans ce chaos? » Faites disparaître toutes ces choses. Revenez, comme les Gallois, à l'ancien culte, au culte en esprit et en vérité, tel qu'il a élé établi par Jésus- Christ et les apôtres , et alors nous serons unis en esprit par le lien de la paix. Âmen !

Taris. — Trpograpbie de Cb. Mcyracis et Cic, rue des Grte, II.

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