‹ La Bastille des comâediensChapitre 44 sur 122 · DM. nat., mn. Joly do Fleury 1203, f · texte numérisé non relu

DM. nat., mn. Joly do Fleury 1203, f

chambres de pistole, c'est-à-dire plusieurs ensemble, il était recommandé par le règlement général de réunir les « prisonniers d'honnête condition et d'observer que chacun, suivant son ancienneté, ait la chambre ou la place la plus commode ». Le même règlement faisait défense au concierge « de recevoir de l'argent des prisonniers pour les mettre dans une chambre plutôt qu'une autre».

Les draps blancs des lits devaient être renouvelés, toutes les trois semaines au moins en été, et tous les mois en hiver.

Aux prisonniers à la paille celle-ci devait être mise toute fi'aîche, chaque mois dans les « cachots clairs », tous les quinze jours dans les « cachots noirs ». Concierge ou guichetiers avaient Tobligation de visiter les cachots au moins une fois par jour; ils étaient tenus, le cas échéant, de faire appeler sans retard^ le médecin ou le chirurgien.

A peineest-il utile d'ajouter que les femmes étaient séparées des hommes. Le règlement général disait: (( Les femmes et filles prisonnières seront mises dans des chambres séparées et éloignées de celles des hommes prisonniers, et ne pourront parler aux hommes que par la fenêtre de leur chambre, ou, à la morgue, en présence du geôlier. Elles auront la liberté d'aller sur le préau, ou dans la cour de la

1. Ordonnance criminelle d'août 1G70, titre Xlil, publiée dans le recueil d'isauibert, XVllI, 3D5.

prison, tous les jours, depuis midi jusqu'à deux heures, et pendant ce temps les hommes seront renfermes. »

Un autre article, encore plus sévère, portait:

<( Défense aux geôliers et guichetiers, à peine de destitution, délaisser entrer dans les prisons aucunes femmes ou filles, autres que les mères, femmes, filles ou sœurs des prisonniers, lesquelles ne pourront leur parler dans leurs chambres ou cachots, mesme dans les chambres de la pension, ni en aucun autre endroit ou lieu, que sur le préau ou dans la cour en présence d'un guichetier, à l'exception des femmes des prisonniers, lesquelles pourront entrer dans la chambre de leur mari seulement, et à l'égard des autres femmes et filles, elles ne pourront parler aux prisonniers qu'à la morgue et en la présence d'un guichetier et non sur le préau. » Quelle rigueur! Mais nous sommes au xviii'' siècle. On verra ce qu'il en advint.

Au point de vue de la nourriture, les prisonniers du ForlEvequese divisaient en trois classes :l°ceux qui faisaient venir leurs aliments du dehors. Comme il était interdit au concierge d'y mettre un obstacle quelconque, les hôtes du For l'Eveque eurent parfois table princière.

La deuxième classe était composée des prisonniers « de la pension », c'est-à-dire de ceux qui vivaient de la table du concierge, auquel ils

devaient une redevance qui ne pouvait dépasseï' 3 livres par jour, y compris le loyer delà chambre^ : le concierge leur fournissait ainsi à prix fixe, non seulement logement et mobilier, mais la nourriture. Enfin, aux prisonniers de la paille, le concierge devait remettre quotidiennement, moyennant un sol par jour, un pain «de bonne qualité de blé et du poids moyen d'une livre et demie». La fourniture du pain aux prisonniers du For TEvêque donna lieu à bien des procès et difficultés. C'était un point capital auquel, à son honneur, le pouvoir veillait avec soin. Par sentence du 13 février 1739, le lieutenant criminel condamna le boulanger Felize, chargé de la fourniture du pain aux prisonniers du For l'Evéque et du Ghâtelet, à 2.000 livres d'aumône et 100 livres d'amende. Le magistrat s'élait fait représenter le pain livré: la ration ne pesait que 19 onces, au lieu des 22 onces réglementaires; en outre, le pain était mal cuit et d'une pâte qui sentait Faigre^.

1. Règlement de 1663, confirmé par celui de 1690. Le nouveau règlement du 11 février 1690 établit que, sur les :> livres tournoi^, 10 et 1d sols étaient pour le logement, le reste pour la nourriture. Le concierge du For l'Evèque se plaignit de cette distinction, disant que «le nouveau règlement attribuant 15 sols et 10 sols pour le loyer des chambres, les prisonniers auront le plus grand' intérêt à se faire apporter du dehors, des auberges voisines, leur nourriture, que de se mettre à la table du concierge. — Objections contre le règlement général, 1690 [Blbl. nat., ms. franc. 12712, f. 303 verso).

3. BibLcle VArsenaL Arch. de la Bastille, ms. 11425, f. 107-8.

LE FOR l'ÉVÊQUE 97

En 1760, Pierre Malisset, maître boulanger, représentait au Conseil que, malgré l'attention du ministre et des magistrats pour quo le pain des prisonniers fut de bonne qualité, la fourniture s'en faisait toujours avec des marcbandises inférieures, ce qui occasionnait murmures et troubles dans les prisons.

Malisset en explique les raisons :

(( Les adjudications, faites tous les ans et môme pour six mois seulement, sont cause de cette mauvaise fourniture, attendu les frais qu'elles occasionnent, ce qui, joint à l'envie qui règne entre ceux qui se présentent aux adjudications, lesquels par émulation font des rabais inconsidérés, il en résulte qu'ils se trouvent souvent hors d'état de remplir leurs engagements; on peut encore l'attribuer à la mauvaise économie dans le travail, car, ne pouvant pas profiter sur leur entreprise, ils tâchent de trouver dans une fourniture en marchandises inférieures la récompense de leurs travaux. »

Malisset s'offre à livrer une qualité d'un tiers meilleure, si on veut lui accorder la fourniture pour neuf années.

Il établira, aux portes de Paris, des magasins de blés et de seigle qui pourront être visités à tous moments. Le pain se composera, pour un tiers de seigle, un tiers de quatrième farine de froment et

un tiers, moitié farine de froment et moitié seconde farine de gruau : cuit de la veille, il sera rassis, chaque ration du poids de 22 onces, la ration fournie au prix de 33 deniers'. Par'arrêt du 14 novembre 1760, le Conseil du roi accepta les oflres de Malisset^.

La condition des prisonniers pauvres, des prisonniers à la paille, notamment, était améliorée par les aumônes.

Le For l'Evêque était la prison de Paris qui en recevait le plus. Il avait pour les aumônes une organisation particulière. A la façade du bâtiment, quai de la Mégisserie, se trouvait une boîte, un tronc, 011 les personnes charitables versaient ce qu'elles voulaient attribuer au soulagement des détenus pauvres. L'argent était déposé en d'autres endroits encore. « Et seront lesdites aumônes recueillies et resserrées en une boueste forte, fermée de trois serrures, dont trois anciens prisonniers de divers cachots, choisis et nommez à la pluralité des voix, auront chacun une clé, qui en feront l'ouverture tous les jours, au soir, dans la cour de ladite prison,

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