Cf. H. Taine, V Ancien régime, éd. in-lG, J
plient pas aux mouvements de la pensée et du sontiment. Il s'efforce de s'adapter à la vie réelle dans ses variétés infinies. Et c'est l'histoire de ses [irisons.
Supposons un groupe d'arrestations provoquées par une publication interdite : l'auteur, s'il est homme de mérite, sera mis à la Bastille ou à Vincennes, tels Voltaire, La Beaumelle, Marmonlel, l'abbé iMorellet, Diderot, le marquis de Mirabeau, vingt autres ; le libraire et l'imprimeur seront ciii'ermés au For TEveque ; les colporteurs, camelots de l'époque, seront envoyés à Bicetre. Parlant d'un certain Beaumanielle, le ministre Voysin écrit à d'Argenson, qu'il ne mérite pas assez de « ménagement » pour être enfermé à la Bastille^. Le commissaire Divot fait arrêter une bande de tapageurs nocturnes de la pire espèce. Parmi eux se trouve le chevalier de Faiol, « auquel s'intéressent quelques personnes de considération». Ce qui vaut au chevalier d'être conduit au For l'Évêque le 13 août 1725, tandis que ses compagnons sont écroués à Bicèire-.
Ce qui devait être le plus désagréable aux prisonniers détenus rue Saint-Germain-l'Auxerrois, c'était le manque de place. L'immeuble avait,
1. Texte publié par Fr. Ravaisson, Archives de la Baslille, XI II,
2. Bibl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 10882, f. 8-24.
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a-t-on dit, 9 mètres de large sur 35 de long. Il avait quatre étages. Dans cet espace relativement resserré se trouvaient parfois réunis 250 prisonniers, 500 môme, si nous en croyons des textes qui paraissent autorisés ^ 11 y passait jusqu'à 1.800 prisonniers par an. Ajoutez le concierge et sa famille, le personnel de la prison, les domestiques. Les détenus devaient s'y trouver serrés, par endroits, comme des sardines dans des boîtes bien closes. Dans des cellules, qui n'avaient pas 2 mètres carrés et où l'on ne pouvait se tenir debout, on enfermait jusqu'à 5 prisonniers à la fois-. Là est le principal reproche que l'édit de suppression adressera à cette prison.
Quelques détenus, pour des raisons spéciales, étaient mis au secret, le plus souvent pour peu de temps, dans les « cachots clairs » ou les « cachots noirs ». Les autres vivaient dans une liberté absolue; une liberté que nous n'imaginons plus aujourd'hui : à condition, bien entendu, de demeurer dans l'intérieur de la prison. Ceux des captifs qui étaient fortunés donnaient au For l'Eveque de véritabes fêtes et réjouissances. Nous y verrons la Clairon recevoir « tout Paris » aune table servie d'une manière princière. Quelques détenus ont auprès d'eux
1. Projet concernant l'élahlissement des nouvelles prisons (1176), publié par Dauban [les Prisons de Paris sous la Révolution, p. 4).