Commissaire adaiinistrateur de la Comédie-Française
comédiens étaient au roi, que les supérieurs ne faisaient que les prêter au public, qu'en conséquence, il venait d'écrire à M. le duc d'Aumont que c'était à lui de s'arranger avec la police, en me répétant encore que la détention des comédiens ne devait pas la regarder. Enfin il m'a paru fort piqué. S'étant encore consulté avec la demoiselle Clairon et le sieur Armand, qui me regardaient avec des yeux noirs, M. de La Ferté m'a appelé pour me dire qu'il allait chez M. de Sartine et a chargé le concierge de la Comédie d'envoyer chez lui un gagiste à qui il remettrait l'ordre de liberté en cas que M. de Sartine ne lui donnerait.
La suite du rapport de La Janière au lieutenant de police peint l'esprit des comédiens à cette époque :
Les Comédiens se sont répandus en propos un peu libres sur ce que la police retenait la Mort de Socrate — il s'agit du drame de Voltaire imprimé en 1761 — disant que, si on voulait, on ferait des applications dans toutes les pièces que l'on joue actuellement.
Comme je les gênais, ils s'en sont pris aux sieurs Le Kain et Dauberval, qui sont les deux qui ont eu. Monsieur, l'honneur de vous parler pour cette pièce ; en disant qu'au lieu de la défendre, ils avaient été les premiers à convenir qu'il ne fallait pas la jouer.
Je ne puis m'empêcher de dire que la troupe de ce spectacle est le plus vilain tripot que je connaisse, que ces gens-là ne méritent aucun égard, que, mercredi au soir, j'avais été le premier à leur conseiller d'aller eux-mêmes vous rendre compte, Monsieur, de ce qui venait de se passer, afin d'adoucir l'affaire auprès du Magistrat (lieute-
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nant de police), s'il était possible. Enfin, plus j'agis bien avec eux, plus ils me regardent de mauvais œil.
J'ai appris que, lorsqu'on a fait à l'assemblée le répertoire des pièces pour la semaine, le sieur Mole s'était chargé de jouer hier le rôle de Crispe dans Héraclius ; mais, depuis, ne s'en étant vraisemblablement pas soucié, il l'a fait jouer par un nommé Deshayes, danseur, qui est le neveu de la dame Préville ; ce qui a paru singulier à tout le monde, que les comédiens se fassent doubler par d'autres que par leurs camarades. J'en ai parlé à M. de la Ferté qui m'a dit que ce danseur était reçu pour cela.
Ce sont des libertés que le public n'approuve pas, étant d'usage qu'on fasse débuter et qu'on annonce au public un acteur qui n'a pas encore joué. Il paraît que M. de la Ferté — administrateur de la Comédie-Française — se prête et se laisse aller à tout ce que les comédiens veulent faire, ce qui est contraire à l'article 27 de leur règlement.
Je pense que, sous votre bon plaisir, il serait à propos que vous eussiez la bonté de m'adresser l'ordre de liberté du sieur Bonneval, pour faire sentir à tous ses camarades qu'ils dépendent du Magistrat (lieutenant de police), puisqu'ils murmurent d'y être assujettis en celte occasion K
Bonneval demeura au For FEveque du 24 au 28 juin 1762 -. Il avait débuté à la Comédie, le 0 juillet 1741, dans le rôle d'Orgon du Tartuffe. Il était face comiqiiement, suivant l'expression d'un contemporain. Son jeu était très simple et fut goûté de plus en plus, à mesure que le théâtre se rappro-
\. Dibl. de V Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 121ol, f. 100-101, 2. IhUL, ms. 12151, f. 94-102.
clia du naturel. On citait de lui un trait de présence d'esprit, qui lui avait valu un vif succès. Au troisième acte de VAvare, Cléante paraît mécontent du choix qu'Harpagon fait de Marianne:
Si les choses dépendaient de moi cet hymen ne se ferai! point.