‹ La Bastille des comâediensChapitre 76 sur 122 · Ibid., ms. 12073, f · texte numérisé non relu

Ibid., ms. 12073, f

mures du public ». Mais il fut presque aussi loi réclamé par le directeur du lliéâlre, qui avait besoiu de lui et obtint sa liberté ^

Le cas de M"^ Chapotin apparaît véritablement comme un abus de pouvoir, bien qu'il fût conforme, semble-t-il, aux règlements. Catherine Ducloziau, dite Chapotin, était, à l'Opéra-Gomique, danseuse «surnuméraire», c'est-à-dire non rétribuée. Allard, maître des ballets, lui ayant donné un coup de canne : « Ne recevoir comme émoluments que des coups de bâton, c'était trop, disait-elle, ou plutôt trop peu. » Bar, exempt de robe courte, chargé de la police à la foire Saint-Laurent, en écrit au lieutenant de police : « La demoiselle Chapotin, danseuse figurante, a manqué au ballet oii elle devait danser. Elle avait de même refusé de venir à la répétition quoique avertie. Cela lui est déjà arrivé plusieurs fois. Elle a même ajouté à ses refus un ton qui est de mauvais exemple. » 11 faut observer que l'exempt parle sur le rapport du directeur et du maître de ballets. « L'article 5 de votre règlement pour le service de l'Opéra-Comique, pour-

1. Bibl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 12079, f. 283.

suit l'exempt Bar, en s adressant au lieutenant de police, porte que, lorsqu'un acteur ou actrice, danseur ou danseuse, manquera, il y aura une amende de 6 livres; mais cet article ne peut être exécuté vis-à-vis de la demoiselle Ghapotin qui n'a point d'appointements. 11 y a toujours, dans les ballets de rOpéra-Gomique, plusieurs danseuses qui s'engagent sans appointements parce que, n'ayant pas encore les talents requis, elles espèrent se former en travaillant et venir au point d'en gagner. L'entrepreneur compte sur ces sujets, ils lui sont nécessaires et, s'ils se croyaient autorisés à s'absenter, il arriverait, au moment qu'on s'y attend le moins, que le service manquerait et le public ne pourrait être satisfait. Comme l'absence de la demoiselle Ghapotin a déjà fait sensation parmi les autres danseuses, je vous supplie. Monsieur, de donner vos ordres pour qu'il soit fait un exemple. » La pauvre fille fut détenue au For l'Évêque, du 13 au 20 septembre 1761. Elle sortit après avoir adressé au lieutenant de police un placet, où elle promettait d' uetre plus obéissante à l'avenir^ ».

Audinot, qui se rendit au For l'Évêque le 4 oc-

1 Blbl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 12H4, f. 213,

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tobre 1761, est une des figures les plus intéressantes du théâtre français. Voici le rapport de l'officier de police :

Le sieur Audinot, acteur de rOpéra-Comique, a été conduit au For l'Évêque, de rordonnance du roi concernant les spectacles, le 30 septembre 1761, pour avoir retardé la représentation de ce jour, où il ne s'est rendu qu'à six heures et quart, ce qui a obligé de changer la première pièce et fait murmurer le public K

Il fut mis en liberté le 1"'' octobre suivant.

Nicolas-Médard Audinot était né à Bourmont en Lorraine, en 1732. Il fut successivement attaché au concert de la ville de Nancy, musicien chez le duc de Gramont, acteur a l'Opéra-Comique (17r8- 1762), acteur à la Comédie-Italienne, directeir de spectacle à Versailles, et enfin fondateur d'i n théâtre qui existe encore aujourd'hui : l'Ambigi . Audinot commença sa carrière de directeur de spectacle, en 1769, par l'ouverture, à la foire Saint-Geimain, d'un théâtre de marionnettes. Celles-ci furent peu après remplacées par des enfants. Pour ces petits acteurs Pleinchesne et Molène écrivirent des pièces charmantes. La vogue de la petite troupe d'Audinot dépassa le succès môme de Nicolet à l'époque du fameux singe Turco-.

\. Bibl. de l'Arsenal, Arch. de la Bastille, ms. 12109, f. 114. 2. Campardon, les Spectacles de la foire, 1, 32.

Dans te Triomphe du Temps, la comédie de Legrand, reprise le 25 juin 1762 à la Comédie-Française, Bonneval devait jouer le rôle du beau Cléon, qui paraissait au troisième acte. A son défaut Berneau devait le remplacer. Ni l'un ni l'autre ne vint au théâtre, en sorte que les deux premiers actes étant joués, M"''' Le Kain dut paraître devant la rampe pour dire au public, que les Comédiens lui faisaient leurs plus humbles excuses, mais qu'ils ne pouvaient jouer le troisième acte^ l'un d'entre eux venant de se trouver mal.

« On l'a beaucoup applaudie, dit l'inspecteur de police La Janière; mais après qu'on a été sorti, on a su dans les cafés la vérité; sur quoi, tout le monde s'accordait à dire qu'il était honteux que de pareils gens eussent le droit de se moquer du public, que M. le lieutenant de police devrait bien les punir pour leur apprendre à faire leur devoir. »

La suite montre en un curieux tableau, les comédiens français transformés en magistrats qui siègent en tribunal et prononcent la peine — ce sera l'incarcération au For LEvêque — qui sera inlligée à leurs camarades.

u Les comédiens, poursuit La Janière, étaient

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parlâmes pour savoir lequel de leurs camarades (Hait le plus coupable. Berueau avait joué en dernier lieu ce rôle; mais Bonneval pouvait, de son coté, faire dire à Berneau qu'il ne pouvait pas jouer. On a décidé qu'ils méritaient tous les deux d'aller en prison. Les comédiens m'ont promis que deux d'entre eux allaient. Monsieur, — La Janière s^adresse au lieutenant de police — vous rendre L^ompte sur le champ de ce qui venait de se passer. » Bonneval et Berneau se rendirent donc au For l'Evêque. Ils en sortaient librement pour venir jouer à la Comédie et retournaient tout seuls se remettre en prison. Cependant, l'affaire avait été conduite en dehors du duc d'Aumont, gentilhomme de la Chambre.

M. de la Ferté ', écrit La Janière au lieutenant de police, a montré beaucoup d'humeur hier au foyer de la Comédie- Française, de ce que vous aviez, Monsieur, fait écrouer de Tordre du roi le sieur Bonneval. Il a tenu conseil avec les demoiselles Clairon, Bellecourt et autres. Il m'est venu dire qu'il quittait M. de Sartine (lieutenant de police) qui ne lui en avait rien dit, qu'il savait que l'usage en pareil cas était d'avertir M. le lieutenant de police, pour qu'il écrivît seulement au concierge de recevoir le prisonnier, mais non pas de le faire écrouer, attendu que cela était la faculté de MM. les gentilshommes de la Chambre et de donner la liberté quand ils le jugeront à propos; en ajoutant que les

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