Bachaumont, XIY, 284-8o
4. De Vismes du Valgay, nommé directeur en 1177, avec un privilège de douze ans. 11 lit de louables efforts pour relever l'Opéra. 11 doubla les receltes, mais la dépense augmenta. Les cabales de Beaumarchais, de M"" Guimard et d'Auguste Vestris rendirent la direclion impossible. Après deux années d'exercice, il renonça à son privilège (Alphonse Royer, Histoire de rOpéia, p. 215-16).
vives et plus fréquentes. » On se voyait forcé de réclamer sans cesse l'appui de l'autorité.
— Le ministre veut que je danse, disait M"' Guimard, qu'il prenne garde, je pourrais le faire sauter.
Les gentilshommes répétaient ce trait au roi, choqués de tant d'insolence :
— C'est votre faute, Messieurs, dit Louis XVI; si vous les aimiez moins, elles seraient moins insolentes.
Le grand Vestris répondait à M de Vismes qui lui disait :
— Mais, monsieur Vestris, savez-vous à qui vous parlez?
— Au fermier de mon talent.
Le jouiio Vestris trouva un prétexte pour refuser de doubler son père dans les derniers ballets d'Armide. Ce fut le motif de la lettre de cachet qui l'écroua au For l'Evoque.
Vestris le prit sur le ton de la Clairon :
— Allez, mon (ils, dit-il au milieu du foyer; voilà le plus beau jour de votre vie. Prenez mon carrosse ; demandez rappartement de mon ami le roi de Pologne, je paierai tout.
Dauberval fut incarcéré le même jour au For l'Évèque pour « discours séditieux ».
La Correspondance de Grùnm conclut : « Cet acte de sévérité fit l'impression la plus terrible et, sans
la sagesse des mesures prises depuis, il aurait eu peut-être h l'Opéra des suites encore plus fâcheuses que n'en eut au Parlement, du temps de la Fronde, Tenlèvement de Blancmesnil et de BrousseU. »
Vestris, il est vrai, n'hésita pas à user lui-môme des « ordres du roi » pour maintenir à l'Opéra son prestige vis-à-vis de ses subordonnés. M"*" Dorival, qui dansait avec beaucoup de grâce, l'ayant envoyé... promener, il invoqua sa qualité de supérieur hiérarchique comme maître des ballets, pour obtenir contre la jolie ballerine une lettre d'incarcération. Malheureusement pour le « dieu de la danse », M'^' Dorival était très aimée du public. Le soir même, au moment oii Vestris paraît en scène, costumé en « galant Berger », s'élève dans la salle un tumulte effroyable :
— La Dorival ! Vestris au For TEvôque 1 Vestris essaye d'une harangue qui redouble le tumulte, tant et si bien que tout le personnel du théâtre, y compris le directeur et jusqu'à l'inspec-
1. Correspondance de Griynrn, éd. Maurice Tourncux, XII, 232-33. En septembre 1784, le jeune Vestris fut l'objet d'une nouvelle lettre de cachet pour avoir refusé de danser devant Gustave 111, Le For TEvèque était détruit. L'artiste fut écroué à l'Ilôtel de la Force.
teur de police, pressent l'illustre danseur de céder. Il se jette dans son cabriolet : les chevaux partent au galop.
M''*' Dorival était au For FEveque en joyeuse et galante compagnie : la table était chargée de cristaux, de fruits et de bouteilles dont la plupart étaient déjà, vides, on riait, on chantait, on dansait.
— Mademoiselle, dit Vestris, vous êtes libre. On vous réclame en scène.
— Vraiment, Monsieur, on me réclame en scène, mais je suis très bien ici.
— Mademoiselle, je vous en prie.
Pour se faire pardonner, Vestris dut encore vider, de compagnie avec la jeune captive, deux bouteilles de Champagne. Cependant, à l'Opéra, la salle trépignait. Enfin la Dorival parut dans une tempête d'acclamations 1.
M"" Laguerre, cantatrice à FOpéra, avait acquis une grande notoriété, non seulement par son talent, par la beauté de sa voix, mais par ses mœurs qui laissaient loin derrière elle celles même de la Clairon. Elle venait de ruiner coup sur coup le prince
'1. Paul d'Eslréc, le Ménestrel, 1895, p. 349-50.
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de Bouillon et run des plus riches fermiers généraux, Haudry de Soucy. « Une très belle voix, dit le rédacteur de la Correspondance secrète^ une figure passable, une ûmc de boue, c'est de quoi aller très loin. » A la deuxième représentation d'//j/u*^t'/ize en Tauride de Piccini (janvier 1781) elle parut sur la scène, ivro au point qu'après la fm du premier acte elle tomba sur une figurante qu'il fallut aussitôt plonger dans un bain. Soulagée, M'^^ Laguerre put chanter la partition jusqu'à la fm.
Apprenant l'accident arrivé à sa camarade : — Ce n'était pas Iphigénie en Tauride qu'on jouait, dit Sophie Arnould, c'était Iphigénie en Cham- 2)agne.
M'" Laguerre fut envoyée au For l'Evêque. Elle en sortit pour tenir son rôle dans la troisième représentation. (( Elle chanta comme un ange », si bien qu'au dernier acte on lui apporta son ordre deliberté, que Piccini lui-même, ne pouvant la remplacer par aucune cantatrice d'égale valeur, s'en était allé solliciter. « On dit qu'il est incroyable combien s'est bu de dilîérentes sortes d'excellents vins au For rÉveque, pendant sa résidence dans cette prison. Les guichetiers regrettent beaucoup cette brillante pensionnaire ^ »
1. Correspondance secrète (faussement attribuée à Métraj, XI, 13-74 (à la date du 7 février 1781); — Correspondance de Grimm, éd. Maurice Tourneux, XII, 474.
En 1781, le célèbre chanteur Lays, de l'Opéra, était saisi chez lui et écroué dans les prisons du roi, parce qu'on avait été averti qu'il cherchait à passer à l'étranger. 11 fut rendu libre après deux jours, ayant signé l'engagement de rester en France ^
Le dernier comédien qui ait été incarcéré au For l'Evêque — à une date oii la fermeture de cette prison était déjà décidée — est Joseph-Florence Laferrière, dit Florence, de la Comédie-Française, où il jouait principalement les confidents de la tragédie. Le premier en date que nous ayons rencontré est Moligny, enfermé pour duel, et le dernier, FJorence, est enfermé pour duel également. A la deuxième représentation de Caliste^ tragédie de Golardeau (août 1781), Florence tardait à venir, La Rive, semainier, l'envoie chercher. Florence répond avec impertinence et quand il arrive, fort en retard, il l'invective grossièrement en lui mettant son épée