ARTICLE PREMIER
Il sera formé une compagnie de bas-officiers invalides pour servir, d'ores en avant, à la garde du château de la Bastille, et remplacer la compagnie franche qui y etoit employée; laquelle compagnie de bas-officiers sera composée d'un capilaine en premier, un capitaine en second, trois lieutenans, quatre sergens, quatre caporaux, quatre anspessades, soixante huit fusiliers et deux tambours, et payée à commencer du premier janvier prochain sur le pied, par jour : de trois livres dix sols au capitaine en premier, trois livres au capilaine en second, cinquante sols à celui des trois lieutenans qui sera chargé du détail et quarante sols a chacun des deux autres, quinze sols à chaque sergent, douze sols à chaque caporal, onze sols à chaque anspessade, et dix sols à chaque fusilier ou tambour, independemment du bois et de la lumière, qui seront fournis en nature, aux frais de Sa Majesté, dans les quantités fixées par les marchés qu'elle en fera passer.
article 2.
Veut Sa Majesté que cette compagnie soit commandée en chef par le sieur Baisle, gouver-
neur du château de la Bastille, quelle soit directement sous ses ordres et qu'il ait sur elle toutte l'authorité qu'exige le service auquel elle est destinée.
article 3.
Les officiers, sergens, hautes payes, fusiliers et tambours de ladite compagnie seront paye's de leurs appointemens et soldes sur les revues qui en seront faites par le commissaire des guerres qui y sera prépose'; lesquelles revues seront signe'es, tant par ledit commissaire que par le sieur Baisle, et dresse'es dans la forme et ainsy qu'il est prescrit par l'ordonnance de Sa Majesté', du premier juillet de cette anne'e, portant règlement sur les revues de son infanterie.
Mande et ordonne Sa Majesté' au sieur Baisle, gouverneur du château de la Bastille, commandant en chef de ladite compagnie, de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance. Fait à Versailles, le trente un décembre mille sept cent quarante neuf. Signé :
Louis.
Et plus bas : M. P. de Voyer d'Argenson.
(Bibl. du l'Arsenal, ms. 12,602.)
De par le Boy,
Sa Majesté ayant jugé à propos de former, par son ordonnance de ce jour, une compagnie de bas officiers tirée de son hôtel Boyal des Invalides pour la garde du château de la Bastille, et le bien de son service exigeant que le sr de Baisle, gouverneur dudit château, ait une autorité immédiate sur cette compagnie, Elle a ordonné et ordonne, veut et entend que les officiers et bas-officiers dont elle sera composée luy seront directement subordonnés et luy obéiront en tout ce qui sera de son service pour la sûreté de la garde dudit château et tout ce qui aura raport à cet objet, à l'effet de quoi l'intention de S. M. est que ledit sieur Baisle prenne connaissance en détail des sujets qui la composeront, qu'il ayt attention à ce qu'ils se conforment exactement aux ordres qu'il leur donnera relativement à leur destination, et que, s'il s'y en trouve qui par leurs infirmités ne soient pas en état de faire le service ou qui, par leur mauvaise conduite méritent d'estre renvoyés, il ayt à en informer aussitôt le secrétaire d'État ayant le département de la guerre, afin qu'il soit pourvu à leur remplacement. Mande et ordonne S. M. à tous qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution du présent ordre. Fait à Versailles le trente un décembre 17&9.
Louis.
VOYER d'ArGENSON.
(Bibl. de l'Arsenal, ibkl.)
Lettre du ministre de la guerre au gouverneur de la Bastille. Versailles, le 7 janvier 1760.
J'ay receu, Monsieur, la lettre que vous avés pris la peine de m'ecrire le 10 de ce mois. J'y vois que vous croiés inutile de faire un règlement, comme vous l'aviés d'abord pensé, pour la police de la compagnie du château de la Bastille. Je crois, en effet, que les ordonnances pour la garde des places et la police générale des troupes y ont sufisamment pourvu. S'il survient quelque cas particulier, vous demanderés des décisions.
L'intention du Boy est, ainsi que vous le demandés, qu'en vostre qualité de Gouverneur du château de la Bastille et de capitaine commandant de la compagnie qui y est attachée, vous
aies, sur les officiers et les bas-officiers qui la composent, une autorite immédiate, et quelle ne reçoive des ordres que de vous seul. J'expe'dieray à cet effet un ordre du Roy. S'il se trouve dans la compagnie des sujets qui, par leurs infirmités, ne soient pas en état de faire le service ou qui par leur mauvaise conduite méritent d'être renvoyés, vous aurés agréable de m'en informer et je pourvoiray aussitôt au remplacement.
Il sera fait des revues de la compagnie par un commissaire des guerres, et les apoinlemens et la solde seront paie's sur ces revues. Cette règle, qui est générale pour toutes les troupes, n'est pas susceptible d'exception.
Je suis parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
VoïER d'ArGENSON.
(Bibt. de l'Arsenal, iras. 12,602.)
Questions cl administration intérieure. — Lettre du lieutenant de police au gouverneur de la Bastille.
A Paris, le h avril 1750.
J'ay rendu compte à M. d'Argenson, Monsieur, de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de ni'escrire, le mars dernier, et de l'elat qui y etoit joint, et voici ce que le ministre a décidé sur les quatre articles qui en faisoient l'objet :
icr article, concernant les frais que vous avés faits pour les corps de garde de la Bastille pendant les quatre mois qui ont précédé l'établissement de la nouvelle compagnie dans les cazernes, montants à trois cent dix neuf livres, quatre sols. Cette somme vous sera remboursée, et vous la porterés en dépense dans le icr état du mois de mars qui vient de finir.
2e article, concernant les porte-clefs. Le ministre les a fixés à cinquante sols par joui' pour chacun des trois porte-clefs, savoir vingt cinq sols pour ses gages et vingt cinq sols pour sa nourriture, et vous ferés un état sur ce pied de ce qui leur est dû jusqu'au présent mois d'avril, dont vous porterés le montant en dépense sur le 1e1' état du mois de mars.
3e article, concernant la recompense à faire au sergent de l'ancienne compagnie, que vous aviés gardé un mois pour instruire les nouveaux gardes. Le Ministre luy passe ce qu'il avoit coutume de retirer pendant un mois de solde ou autrement, lors de l'ancienne compagnie, et en outre, 2/1 ^ de gratification, dont vous porterés également le montant sur votre premier état du mois de mars.
Et à l'égard du kc article, concernant le commissionnaire que vous employés pour messager et porter les lettres, le Ministre l'a rayé, tant pour le passé que pour l'avenir, jugeant que cette dépense ne doit pas être sur le compte du Roy.
Je suis, avec respect
Berrïer.
(Bibl. de l'Arsenal, ms. 12,61a.)
Mémoire pour le chirurgien-major de la Bastille. (.75o.)
Ledit chirurgien ne doit jamais découcher de son logement, lequel logement doit être dans le château.
S'il a besoin de s'absenter dudit château dans le courant de la journée, il doit en avertir M. le gouverneur et les officiers, et laisser à l'officier de garde un billet qui indique l'endroit où on pourra le trouver en cas de pressant besoin.
Il doit avoir dans sa chambre ou dans sa pharmacie les remèdes qui sont les plus nécessaires pour des accidens imprévus.
Le chirurgien ne doit jamais entrer dans la chambre des prisonniers qu'il ne soit accompagné de quelques officiers dudit château, ou tout au moins d'un des porte-clefs, chacun de leur département, soit pour incommoditez, ou pour raser lesdits prisonniers.
Il ne doit jamais s'entretenir avec les prisonniers que de leurs infirmilez, et le tout en bref , et leur donner les secours dont ils ont besoin.
Ledit chirurgien rendra compte tous les jours à M. le gouverneur et aux officiers du château des maladies desdits prisonniers, et en rendra aussy compte au médecin dudit château, ainsv que des remèdes qui leur conviennent.
Le chirurgien aura beaucoup de circonspection dans ses parolles lorsqu'il sera avec les prisonniers, les écouter et ne point leur répondre que sur ce qui est de son ministère.
Ledit chirurgien ne s'informera point de leurs noms, ni pourquoy ils sont détenus.
Ledit chirurgien ne s'entretiendra jamais des prisonniers avec qui que ce soit d'étranger, en aucune façon, ni même avec ses plus intimes amis.
Si les prisonniers donnoient quelques billets audit chirurgien, ou qu'ils en introduisissent dans sa poche, il les portera sur le champ à M. le gouverneur ou aux officiers; il fera bien, même, quand il sortira de leurs chambres, de regarder dans ses poches.
Lorsque le chirurgien rase ledit prisonnier, il doit estre en garde sur ses rasoirs, n'en avoir qu'un seul dehors, dont il se sert, et avoir la même attention pour le ferrement dont il pourroit se servir.
Ledit chirurgien doit avoir beaucoup de douceur, de politesse et d'honnêteté pour les prisonniers.
Il doit être bien sur ses gardes de ne point se laisser corrompre par les prisonniers ou gens de dehors pour leur favoriser du commerce, soit en dedans ou dehors : il s'ensuivroit de sévères punitions.
Il parlera très posément dans les escaliers des tours, ainsy que dans les chambres des prisonniers.
Ledit chirurgien ne doit point quitter de vue les prisonniers lorsqu'il est avec eux, et être toujours en garde.
Ledit chirurgien aura grande attention que les remèdes qu'il donnera aux prisonniers soient propres, ainsy que le linge à barbe et ce qui sert à raser le soit pareillement.
L'instruction qu'on vient de lire est suivie d'une lettre et de quelques commentaires dont voici le texte : Monsieur,
J'ay l'honneur de vous envoyer la copie de l'instruction que vous avez trouvé à propos que
je fasse au nouveau chirurgien de la Bastille pour le bien du service et secret de la maison. Il m'en a demande' copie, ce que je n'ay pu luy refuser.
J'ay l'honneur d'estre avec beaucoup de respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur : Signé Berryer.
De la Bastille, le 20 avril 1760.
Il faut que M. Le Cocq aprenne le nom des huict tours, et lorsqu'il rendra compte de la maladie d'un prisonnier, qu'il se serve du terme comme cy après, sçavoir :
La 1" de la Liberté a eu la fièvre toute la nuit. La calotte Bazinière a craché le sang.
La 3e Comté a eu des tranchées, toute la nuit, d'un cours de ventre. La 4e du Puits vient de prendre une médecine.
La 5e du Coin a une rétention d'urine, et ainsy des autres. On en usera de même aux apartemens qu'aux tours, le tout comme par caractères.
11 y a eu des occasions que l'on a fait entrer des chirurgiens autres que celuy du château, pour de certaines maladies et incommoditez des prisonniers expérimentez, soit pour le scorbut, rétentions d'urines, tirer des dents, saignées difficiles, et autres.
Le médecin du château et le chirurgien doivent s'y trouver quand ces cas arrivent.
M. le gouverneur ne laisse point introduire ces personnes du dehors auprès desdits prisonniers, sans des ordres du Ministre ou du magistrat qui est en place.
(Bibl. de l'Arsenal, ms. 12,602.)
Description et mobilier de la Bastille.
(Entre 1 760 et 1780.)
Les archives de la Bastille conservées à la Bibliothèque de l'Arsenal contiennent, dans le dossier 1 2,60/1 , un relevé descriptif dressé par le major Chevalier, entre 1750 et 1780, de l'état des tours de la Bastille et de la destination de chacune des chambres qu'elle renferme. Cet état, informe, car il ne sortait pas des mains du major, porte des abréviations que nous avons eu à deviner sans peine : entre autres, m signifiait meublé; 1 lit de d: un lit de domestique; 1 lit de m : un lit de maître, etc. Dans le texte ci-après, nous avons restitué tous ces signes de convention.
Tour de la Liberté.
Un cachot, avec un lit de maître et un lit de domestique.
La irc : une chambre à feu, avec un lit de maître.
La 2e : une chambre à feu, avec 2 lits de domestique.
La 3e : une chambre à feu, avec un lit de maître.
La 4e maître.
La 5e
une chambre à feu, avec un lit de
une chambre à feu et 2 lits de
maître, et un lit de domestique.
La 6e : une chambre à feu, et 2 lits de domestique.
Calotte.
Total : 8.
Tour de la Bertaudière.
Cachot : 1 lit de domestique.
irc : meublée.
2e : meublée.
3e : à feu; 1 lit de maître.
4e : à feu ; 2 lits de domestique.
5e : meublée.
Calotte : 1 lit de domestique.
Total : 7.
Tour de la Bazinière.
Cachot : 2 lits de domestique, i rc : à feu; 1 lit de domestique.
2e : meublée; î lit de maître; 2 lits de domestique.
3e : à feu; î lit de maître; î lit de domestique.
4e : à feu.
Calotte : à feu; 2 lits de domestique. Total : 6.
Tour de la Comté.
Cachot.
irc : elle sert à mettre les imprime's saisis. 2e : 2 lits de domestique.
3e : à feu; î lit de maître; î lit de domestique.
ke : à feu; î lit de maître; î lit de domestique.
Calotte : 2 lits de domestique.
Total : 6.
Tour du Trésor.
irc : pour les archives.
2e : 2 lits de maître; à feu.
3e : à feu; î lit de maître.
Total : 3.
Tour de la Chapelle.
irc : magasin de meuble.
2° : 2 lits de maître; à feu.
3e : î lit de maître; î lit de domestique;
à feu.
Total : 3.
Tour du Coi\.
Cachot : 3 lits de domestique.
irc : à feu.
2e : î lit de maître; î lit de domestique; à feu.
3e : î lit de maître; î lit de domestique; à feu.
kr : î lit de maître; à feu.
ier entrepôt : meublé.
2e entrepôt : î lit de domestique.
Calotte.
Total : 8.
Tour du Puits.
Cachot : 2 lits de domestique.
ire : meublée.
2e : à feu; 2 lits de domestique.
3e : î lit de maître; t lit de domestique; à feu.
he : t lit de maître; î lit de domestique; à feu.
Calotte : î lit de domestique.
Total : 6.
Total général : 67.
En outre, le corps de logis de la cour du château comprend : aurez de chaussée, la chambre du conseil et la cuisine.
Au ier étage : deux chambres avec leurs cabinets.
Au 2e étage : le logement de M. le lieutenant du roy et celuy du major.
Le corps de logis tenant au corps de garde comporte :
Au 1" : le logis du chirurgien.
Au 2e : le logis des porte-clefs.
Le corps de logis, à gauche en entrant desus la cuisine : un petit corps de logis de 2 chambres , où logent les cuisiniers du château.