PRÉPARATIFS DE L'INVASION
BTB DE 1813
L'ANCIENNE armée de Dearborn, qui comptait 7,000 hommes, fut confiée au brigadier général George Izard, natif de Londres, mais élevé dans le sud des Etats-Unis. Il avait suivi un cours à l'école du génie de Metz, en France^ puis était passé par d'autres institutions de ce genre en Allemagne et en Angleterre, après quoi fixé à Baltimore en qualité d'ingénieur, vers 1800, la guerre était venue lui procurer de l'avancement. Sa famille appartenait à la classe aristocratique ; elle exerçait de l'influence dans les affaires d'Etat. Il avait sous ses ordres le colonel James Purdy, commandant tout ou partie de l'infanterie.
Izard tira bon parti de ses hommes. Il les forma aux exercices, les plia à la discipline et les équipa au complet, sauf peut-être un peu d'oubli du côté des vêtements d'hiver — mais on était encore en juillet et, une fois à Montréal, on se disait que tout irait bien.
DearborD fut envoyé à Sackett's Harbour, sur le lac Ontario, avec instruction de traverser cette nappe d'eau et de prendre Kingston, avant que d'opérer sa descente par le Saint-Laurent, mais, se croyant plus habile que son chef, il se dirigea vers York (Toronto), fit beaucoup de dégâts, ne gagna rien, perdit du temps, des vaisseaux, des provisions, des hommes, et s'en retourna à Sackett's Harbour.
Le plan du ministre exigeait la prise de Kingston le l*' avril 1813 ; en juillet, Dearborn n'était pas encore remis de sa déconfiture d'York et n'attendait que l'arrivée de son successeur, le général Wilkinson, pour abandonner le com* mandement.
Le ministre de la guerre avait fait appel à deux anciens officiers pour prendre la direction des deux corps importants qu'il destinait à envahir le Bas-Canada : Wilkinson par le Saint-Laurent, Hampton par les comtés de Huntingdon et Châteauguay.
Wade Hampton était né aux environs de 1753 et avait servi durant la guerre de l'Indépendance ; après 1784 il était devenu politicien de marque ; en 1809 on le nomma brigadier général, avec résidence à la Nouvelle-Orléans, mais Wilkinson l'ayant remplacé, il en conçut de la haine contre celui-ci. Au printemps de 1812 il devint major général, grade équivalent, je crois, à celui de général de brigade. Bientôt après, on lui enjoignit de prendre la direction de l'armée que Izard venait de remettre sur pied.
Hampton était trës riche, par suite de spéculations sur les terrains. Il possédait trois mille esclaves en Virginie et était regardé comme le Yanderbilt des Etats-Unis à cette époque. Trop plein de lui-même, arrogant et buveur émérite, il arrivait avec ses soixante ans d'âge, au milieu d'un pays nouveau, en face des trente-cinq ans de Salaberrj et de l'expérience que ce dernier avait acquise à la guerre dans cinq ou six campagnes toutes récentes et fructueuses.
James Wilkinson aussi était un type qu'il nous faut connaître. Né au Maryland, en 1757, il étudiait la médecine lorsque la guerre de l'indépendance éclata. En 1775 il s'enrôla ; au mois de mars suivant, il passait capitaine, se trouvant alors an siëge de Québec, sous Arnold. Ensuite, il alla au Nev^-Jersey, près du général Washington. Elevé au rang de lieutenant-colonel en janvier 1777, il accepta, un peu plus tard, le poste d'aide de camp du général Horatio Gates, à Tannée du nord, fut présent à la défaite de Burgoyne, à Saratoga, l'automne de 1777, et reçut ordre de porter cette bonne nouvelle au Congrès siégeant à Philadelphie ; mais, par une étourderie inqualifiable, il s'amusa en route, de sorte qu'il arriva trop tard — et le Congrès lui vota unanimement un fouet de cavalier avec une paire d'éperons, pour stimuler *Bon allure. Nous verrons bientôt que, trente-six ans plus tard, il était encore assez lent à se mouvoir.
Vers 1778-79, Gates étant devenu président du bureau de la guerre, Wilkinson le suivît en qualité de secrétaire, mais des intrigues, des cabales s'étaiit produites dans ce milieu contre le général Washington, il fallut se séparer, et Wilkin-
son accepta la charge d'inpecteur général des habillements de Tarmée. Après la guerre, il tenta d'entrer dans le commerce au Kentucky, n'aboutit à rien, retourna au service militaire et on le rencontre comme l'un des deux commissaires qui reçurent, au nom des Etats-Unis, le territoire de la Louisiane vendu par la France (1803). Il fut mis commandant du "département du sud," avec résidence à la Nouvelle- Orléans. Lorsque Burr entreprit d'envaliir le Mexique, il l'encouragea, puis se tourna contre lui, de sorte que les historiens l'ont stigmatisé pour ce fait qui laisse comme une tache sur sa vie.
Il était donc envoyé à la frontière du nord, l'été de 1813. Au commencement d'août il arrivait à Albany et de là expédiait ses instructions à Ilampton, qui se croyait libre dans le commandement de son corps d'armée et qui tempêta sur tous les tons pour recouvrer son indépendance. A la fin, Ilampton envoya sa démission. Nouvel obstacle au plan du général Armstrong. Celui-ci parvint à dissuader le récalcitrant et lui fit promettre d'attendre au mois de décembre.
Wilkinson se rendit à Sackett's Harbour, y trouva 7,400 hommes de troupes qui pouvaient être augmentés jusqu'à neuf mille, et qui atteignirent dix mille au moment de l'action. Il donna ordre de préparer une fausse attaque contre Kingston, afin d'en profiter pour masquer sa marche sur le fleuve afin de descendre jusqu'à l'île Perrot, où il devait rencontrer Hampton.
Tout à coup, le général Armstrong, ministre de la guerre, transporte son bureau de Washington à Sackett's Harbour,
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disant qu'il veut anivre les opérations de plus près. "Wilkïnaon se ^he, tombe malade, perd tout espoir ; les choses s'embroaillent ; plus de direction, rien qui avance ; on le calme cependant, mais " cette déplorable campagne nous fait penser au monstre à trois têtes, lesquelles se mordaient et jappaient l'ane contre l'autre (Armstrong, Wilkinson et Hampton) avec une furie qui leur devint fatale, et à la honte de nos nationaux ", selon que s'exprime un auteur américain.
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