‹ La bataille de ChâteauguayChapitre 4 sur 14 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

IE 1*' octobre à Four Corners, Salaberry donna une chaude X alarme aux Américains durant laquelle les capitaines J.-B. Juchereau-Duchesnay et Gamelin-Gaucher déployèrent des talents militaires très précieux, puis, avec deux cents hommes qu'il avait il se replia, invitant, par des feintes habiles, l'ennemi à le suivre.

A partir de ce moment, les Américains avancèrent de jour en jour, mais avec lenteur, et cette marche si peu audacieuse fit concevoir au général de Watteville, qui était à La Fourche, ridée que Hampton attendait des renforts, par ^conséquent qu'il n'en serait que plus redoutable une fois en possession de toutes ses forces — ^tandis que, à vrai dire, Salaberry seul mesurq^it le temps et la distance au général ennemi. Watteville était à la fois un incapable et un jaloux. Prévost voulait avoir l'honneur de toute la résistance. Il lançait de Salaberry dans les aventures, croyant sans doute amoindrir sa valeur par des défaites partielles, car Salaberry avait du prestige auprès de ses hommes. Quant à l'espoir de remporter an

triomphe, ni Prévost ni Watteville ne s'y attachaient, voyant le chiffre des deux armées américaines et l'abandon de presque tout le Haut-Canada par les troupes anglaises. Il résulta de ce malentendu (on peut employer un terme plus fort) que la bataille de Châteauguay fut livrée et gagnée par des piquets envoyés le long de la riviëre, sans avoir été secourus. Combat d'avant-garde — ^voilà le mot. Et, ce qui rend la chose plus forte, il n'y avait pas d'armée derrière ce Bimple rideau d'hommes !

Les régiments de Meurons et Watteville, composés de Fran* çais, Suisses, Italiens et Polonais, faits prisonniers dans la <5ampagne de 1813 par Napoléon et renvoyés en Angleterre sur promesse de ne plus servir contre la France, étaient débarqués en Canada à la fin de l'été, et aussitôt après le colonel Louis de Watteville avait reçu de sir George Prévost (un Suisse lui aussi) le commandement de la frontière du Bas-Canada. Voilà pourquoi nous le voyons tout à coup en évidence.

Le Mercury de Québec, dans son numéro du 10 octobre, •dit que " sur la rivière Châteauguay il y a eu de légères escarmouches ces deux ou trois derniers jours ". Les nouvelles d'Europe, datant du commencement d'août, annonçaient plutôt une paix générale prochaine que la reprise des hostilités entre Napoléon et les puissances alliées contre lui.

Hampton travaillait à s'ouvrir une route par où le canon et la cavalerie pussent passer de Four Corners au Portage (aujourd'hui Dewitteville), distance de vingt-trois à vingtquatre milles, à travers fordts et marécages. Voyant cela,

de Salaberry quitta la place, vers le 19 octobre, et descendit au quartier-général de Watte ville, à La Fourche, pour prendre de nouvelles dispositions. Il avait une connaissance parfiEÛte de la rivière, des terrains qu'elle traverse et savait au juste comment utiliser le tout pour la défense. De Dewitteville à Ormstown ou Durham, il y a dix-sept milles. Persuadé que Hamptou avancerait plus facilement dès qu'il aurait dépassé Ormstown, d'où il pourrait suivre le chemin de voitures qui longeait des lors la rive gauche du Châteauguay, de Salaberry se proposait de construire des retranchements sur cette voie en profitant des incidents du terrain, et d'y tenir ferme contre une attaque générale devenue imminente à ses yeux.

Les têtes de colonne de Hampton débouchèrent sur Dewîtteville le jeudi 21 octobre et les troupes prirent un repos bien mérité. Le lendemain, le général y arrivait à son tour.

Le 21, Wilkinson exécutait une démonstration navale contre Kingston, mais son incurie, le mauvais temps, la résistance de la place, ensuite la maladie, le manque de provisions de bouche rendirent cet efiort absolument nul et cet officier s'en trouva amoindri de beaucoup.

Hampton ne connut cette malheureuse affaire qu'après sa propre défaite, c'est-à-dire les 29 ou 30 octobre.

Le gouverneur sir George Prévost, qui était à Kingston le 20, y rencontra le major George Macdonell des Qlengarry Fencibles qui avait formé un corps de six cents hommes,

presque tous Canadiens-Français, bien exercé et en état de servir. Il lui communiqua une dépêche du bureau de la guerre qui le remerciait de la prise d'Ogdensburg effectuée par un coup de main l'hiver précédent, à la tête de la garnison de Prescott, et lui ordonna de partir avec son nouveau bataillon pour se rendre à la rivière Châteauguay.

Michel O'SuUivan, aide de camp de Salaberry, auteur de la narration signée Un Témoin Oculaire^ s'exprime ainsi : " L'armée américaine, stationnée à Four - Corners sous le général Hampton, après avoir si longtemps fixé l'attention de nos troupes, commença enfin à s'approcher de nos frontières, le 21 du mois dernier".

Ce texte est daté des premiers jours de novembre. La frontière dont il est question n'est pas strictement la ligne de division entre les deux pays mais bien plutôt Dewitteville, au confluent de l'Outarde et du Châteauguay, car Hampton, entré en Canada le 20 septembre, en était sorti le 22 ou le 23 et n'était revenu que le 28 par un autre chemin. Rendu à Dewitteville le 21 octobre, il se trouvait dans nos établissements " à la frontière". Suivons O'Sullivan :

" Le même jour (21) vers quatre heures de l'après-midi, l'avant-garde de l'eimemi poussa notre piquet stationné à Piper's Road, environ dix l'eues de l'église de Châteauguay".

Dewitteville est à peu près dix lieues au-dessus du Bassin de Châteauguay. Les «îclaireurs de Hampton surprirent une bande de dix sauvages dont un seul fut tué.

" Aussitôt que le major Henry (Canadien-Français) de la milice de Beauharnois, commandant à la rivière des Anglais,

eot reçu avie de rapproche de l'eiiDemi, il en informa le major de Watteville et fit avancer iDimédiatemeot lea capîtaineB Lévesque et Debartzcli, avec les compagnies de flanc da 5* bataillon de la milice incorporée et environ deux centfl hommes de la division de Eeanharnois ".

La rivière dea Anglais coule an sud de la Châteauguay et va tomber dans celle-(;i à la Fonrche (un peu plus haut que Sainte- Marti ne) où ae tenait de Watteville ainsi que Salaberry en ce moment.

" Cette force s'avança d'environ deux lieues cette nuit-là et s'arrêta à l'entrée d'un bois à travers duquel il n'aurait pa^ été prudent de passer ".

L'endroit comprend aujourd'hui Allan's Corners et le ravin Bryson, à quatre milles au-dessous d'Ormstown. Alors, Lévesque et Debartzch furent donc dépêchés de La Fourche par df! Watteville, au Heu de l'être par Henry, comme aem blent le donner à entendre les mots " et fit avancer ".

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