‹ La bataille de Fontenoy, :Chapitre 7 sur 7 · DE F O N T E N O Y · texte numérisé non relu

DE F O N T E N O Y

Choifeuil & Lavauguion , 11 d’un indomptable effort. Arrêtent une Armée & repouffent la mort.

Dargenfon qu’enflammoient les regards de fon pere ,

La gloire de l’Etat , à tous les liens fi chere ,

Le danger de fon Roy , le fang de fes ayeux,

Affailiit par trois fois ce corps audacieux ,

Cette maffe de feu qui femble impénétrable :

On l’arrête, il revient, ardent, infatigable :

Ainfî qu’aux premiers temps, par leurs coups redoublés. Les béliers enfonçoient les remparts ébranlés.

Ce brillant efcadron , 21 fameux par cent batailles 5 Lui , par qui Catinat fut vainqueur à Marfàilles ,

Arrive , voit , combat , & foûtient fon grand nom.

Tu fuis du Chaftellet , jeune Caflelmoron; 2Î Toy , qui touches encore à l’âge de l’enfance,

Toy , qui d’un faible bras qu’affermit ta vaillance Reprends ces étendarts déchirés & fanglans ,

Que l’orgueilleux Anglais emportoit dans fes rangs : C’efl dans ces rangs affreux que Chevrier expire ; Monaco perd fon fang , & l’amour en fbupire.

zi Mrs. de la Vauguyon, Choifeuil, &c. aux Retranchemens faits à ht hâte dans le village de Fontenoy. M. de Crequi n’étoit point à ce polie, comme on l’avoit dit d’abord, mais à la tête des Carabiniers.

22 Quatre efeadrons de la Gendarmerie arrivoient après fept heures de marché , & attaquèrent.

23 Un Cheval fougueux avoit emporté le Porte-Etendart dans la Colomne Anglaife , M. de Bellet commandoit ces Efeadrons de la Gendarmerie ; il y eut un cheval tué fous lui, auffi-bien queM. de Chimenes, en reformant une Brigade.

Anglais fur Duguefclin deux fois tombent vos coups, Frémiflez à ce nom fi fiinefte pour vous.

Mais qqel brillant Héros , au milieu du carnage , Renverfé , relevé , s’efl ouvert un paflage ?

Biron , tels on voyoit dans les plaines d’Ivry ,

'Tes immortels Ayeux fuivre le Grand Henry.

Tel étoit ce Crillon, chargé d’honneurs fuprêmes , Nommé brave autrefois par les braves eux-mêmes , Tels étoient ces d’Aumonts , ces grands Montmorencis , Qui tous dans Fontenoy , reconnoiflent leurs fils. 24 Tel fe forma Turenne au grand art de la guerre ,

Sous un autre * 5 Saxon la terreur de la terre ,

Quand la Juftice & Mars , fous un autre Louis , Frappoient l’Aigle d’Autriche & relevoient les Lys.

Comment ces Courtifans , doux , enjoués , aimables , Sont-ils dans les combats des Lions indomptables ?

Quel affemblage heureux de grâces , de valeur ! Bouflers , Meuze , d’ Ayen , Duras bouillans d’ardeur , A la voix de L o u 1 s , courez , troupe intrépide.

Que les Français fontgrands quandleur Maître les guide ! Ils l’aiment , ils vaincront , leur pere efl avec eux ,

Il marche , il efl femblable à ce Maître des Dieux,

24 M. de Luxembourg , M. de Logni , & M. de Tingri.

25 Le Duc de Saxe Weimar, fous qui le Vicomte deTurenne fit feS pretnieres Campagnes. M. deTurenne ell arriere-neveu de ce grand homme.

Qui

Qui , frappant les Titans , & tonnant fur leurs têtes , D’un front majeftueux dirigeoit les tempêtes.

Il marche , & fous fes coups la terre au loin mugit, L’Elcautfuit , la Mer gronde , & le Ciel s’obfurcit.

S ür un nuage épais que des antres de l’Ourfe Les vents affreux du Nord aportent dans leur courfe , Les Vainqueurs des Valois defcendent en courroux : Cumberland , difent-ils , nous n’elpérons qu’en vous ; Courage , raffemblez vos légions altières ,

Bataves , revenez , défendez vos barrières ;

Anglais, vous que la paix fembloit feule allarmer, Vangez-vousd’un Héros qui daigne encor l’aimer;

Ainfi que fes bienfaits craindrez-vous fa Vaillance ?

Mais ils parlent en vain , lorfque Louis s’avance ; Leur génie eft dompté , l’Anglais efl abattu.

Et la férocité 26 le cède à la vertu.

C l a r e avec l'Irlandais , qu’animent nos exem* pies ,

Venge fes Rois trahis , fa Patrie & fes Temples.

Peuple fage & fidèle , heureux Helvétiens , 27 Nos antiques amis, & nos concitoyens ,

iS Ce reproche de férocité ne tombe que fur le foidat , & non fur les Officiers, qm font aufli généreux que les nôtres.

^7 les Régimens dî DiefbaK & de Betens.

â<? LA BATAILLE.

Votre marche affûtée , égale, inébranlable

Des ardens Neuflriens *8 fuit la fougue indomptable |

Ce Danois, 29 ce Héros , qui des frimats du Nord,

Par le Dieu des combats fut conduit fur ce bord ,

Admire les Français qu’il ed venu défendre.

Mille cris redoublés dans les airs font entendre , Rendez-vous , ou mourez , tombez fous notre effort ; C’en eft lait, & P Anglais craint Louis & la mort.

Allez, brave d’Eflrée , achevez cet ouvrage , Enchaînez ces vaincus échapés au carnage 3 Que du Roy qu’ils bravoient ils implorent l’appui ,

Ils feront fiers encore , ils n’ont cédé 30 qu’à lui.

Bien-tôt vole après eux ce corps fier 8c rapide , 31 Qui femblable au Dragon qu’il eut jadis pour guide,

T ouj ours prêt,toû jours prompt, de pied ferme, en courant. Donne de deux combats le fpeclacle effrayant.

18 Le Régiment de Normandie, qui revenoità la charge fur la colomne Anglaife , tandis que la Maifon du R-oi, la Gendarmerie, les Carabinier-s , Sec. fondoient fur elle.' . -

29 M. de Lovendal.

30 Depuis S. Louis, aucun Roi de France n’avoit battu les Anglais en

perfonne, en bataille rangée, ■ • --

31 On envoya des Dragons à la pourfuite : Ce corps étoit commandé

par M. le Duc de Chevreufe, qui s’étoit diftingué au combat de Sahy , ou il avoit reçu trois bleflîires. L’opinion la plus vraiftmblable fur l'origine du mot Dragon, elt qu’ils portèrent un Dragon dans leurs Etendarts fous' le Maréchal de Brifîac, qui ijaftitiia ce Corps dans les guerres ' jé-» mont. ...

DE FONTENOY. %j

Ê’efl'ainfî que l’on voit dans les Champs des Numides,

Différemment armés des chaffeurs intrépides ;

Les courfiers écumans franchisent les guerets ,

On gravit fur les monts , on borde les forêts ;

L’un attend , l’autre vole , 8c de fang font trempées Les lances , les épieux , les fléchés , les épées ;

Les Léopards fanglans percés de coups divers , D’aflfeux rugiflemens font retentir les airs ;

Dans le fonds des forefts il vont cacher leur rage.

Ah! ceft affez de làng, de meurtre, de ravage g Sur des morts entafles c'efl marcher trop long-tems. Noailles 3 2 ramenez vos Soldats triomphans ;

Mars voit avec plaifir leurs mains victorieufes Traîner dans notre Camp ces machines afffeufès;

Ces foudres ennemis contre nous dirigés.

Nous lancerons les traits que leurs mains ont forgés.

Ils ouvriront pour nous les murs de cette Ville ,

Du Batave indécis la Barrière & l’afile.

Ces premiers 33 fondemens de l’Empire des Lis,

Sous les mains de mon Roy déformais affermis.

32. LeComte de Noailles attaqua de fon côté la colomne d’infanterie Anglaife avec line Brigade de Cavalerie, qui prit enlùite des Canons.

33 Tournav principale Ville des Français fous la première race , dans laquelle on a trouvé le tombeau de Childeric.

aS LA BATAILLE

Peuples -, ne penfez point que ce jour de viétoire Soit allez pour Louis , & fuffife à là gloire ;

C’eft peu que le front calme, & la mort dans les mains , Il ait lancé la foudre avec des yeux ferains ;

C’eft peu d’être vainqueur, il eft modefte & tendre. Il honore de pleurs le fang qu’il fît répandre ; Entouré des Héros qui fuivirent fes pas ,

Il prodigue l’éloge , & ne le reçoit pas ;

Il veille fur des jours hazardés pour lui plaire :

Le Monarque eft un homme , & le Vainqueur un pere , Il daigne confoler jufqu’à fes ennemis.

Ah ! quels cœurs déformais ne lui feront fournis ?

Il peut régler l’Europe , il peut calmer l’Empire.

Grand Roi! Vienne fe tait, Londres pleure & t’admire ;

La Bavière confufe au bruit de tes exploits ,

Gémit d’avoir quitté le proteéleur des Rois ;

Naple eft en fureté , Turin dans les allarmes ;

,Tous les Rois de ton fang triomphent par tes armes , Et de l’Ebre à la Seine en tous lieux on entend:

Le PLUS CHERI DES RoiS EST AUSSI LE PLUS GRAND. Ah ! qu’on ajoute encore à ce titre fuprême ,

Ce nom fi cher au monde & fi cher à lui-même , Ce prix de fes vertus qui manque à fa valeur ,

Ce titre augufte & faint de Pacificateur ;

Que

£>Ë FONTENOt 'Que de ces jours fi beaux de qui nos jours dépendent ? La courfe foit tranquille , & les bornes s’étendent. Qu’il revienne adoré i mais qu’il fonge aujourd’hui , Que le fort des Français fut de trembler pour lui.

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