‹ La bataille de l'AisneChapitre 1 sur 31 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ceux qui croiraient trouver ici une résurrection ou un prolongement des discussions passionnées qu'a soulevées l'offensive brusquement interrompue du 16 avril 1917, se tromperaient grandement. Ce petit livre n'est ni un acte d'accusation, ni un panégyrique . Il ne cherche point à mettre sur la sellette des personnes dont les sentiments intimes ne peuvent être suspectés et dont les intentions demeurent à l'abri du blâme. Pas davantage, il ne dresse de réquisitoire contre qui que ce soit, ni n'oppose les uns aux autres des hommes qui, animés d'un même désir de bien faire, n'étaient divisés que sur la manière de le réaliser. Il se borne à exposer, avec franchise et vérité, des faits ou mal connus ou parfois complaisamment dénaturés. En un mot, il se borne à apporter une contribution loyale à l'histoire de la dernière guerre et une pierre à l'édifice monumental que cette histoire constituera plus tard.

Un périlleux émoi, dont le souvenir est encore dans toutes les mémoires, gagna les esprits il y a deux ans et demi, lorsqu'on apprit tout à coup que

l'attaque grandiose sur laquelle étaient fondés de si vastes espoirs prenait fin sans que se fût produite la rupture escomptée des lignes allemandes. Des pertes formidables, disait-on, et hors de toute proportion avec les résultats acquis, avaient paralysé l'élan de nos soldats. Des fautes grossières de conception, de préparation et d'exécution étaient les causes efficientes de ce dénouement démoralisateur, que d'aucuns n'hésitaient pas à qualifier de désastreux. De là à prétendre que les armées françaises étaient confiées à des généraux incapables qui, par le fait d'une présomptueuse assurance en leur propre mérite, venaient de gaspiller un sang précieux, il n'y avait qu'un pas. Il fut franchi au grand dommage de l'esprit public et de l'état moral des armées. Des exécutions aveugles, ou tout au moins imprudentes, suivirent, qui donnèrent un semblant de satisfaction aux réclamants les plus acharnés, mais désorganisèrent le commandement. Celui-ci en fut atteint non seulement dans son prestige, mais dans son autorité même, et s'il ne s'était pas trouvé là un général à l'âme droite, à l'esprit ferme, à la main experte, dont l'inflexible rigidité disciplinaire se tempérait d'une humanité bienveillante — j'ai nommé Pétain — on ne sait ce que le vent de folie qui venait de s'élever tout à coup et qu'enflaient des bouches scélérates aurait fait de ces soldats naguère encore si vaillants, si dévoués, si patients et si disciplinés.

La crise d'avril-mai 1917 est une des plus graves de cette longue guerre. Heureusement conjurée, elle n'a eu que des effets momentanés et circonscrits. Mais elle reste une grande leçon, et mérite pour cela qu'on l'étudié dans sa genèse, dans ses causes diverses et dans son développement. C'est ce travail que j'ai cherché à faire, en m'appuyant non pas sur les dires de tel ou tel, mais sur des documents certains. Je l'ai accompli sans parti pris, sans opinion préconçue d'aucune sorte. Je n'ai d'autre prétention que de le voir accueilli comme une œuvre de bonne foi.

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