‹ La bataille de l'AisneChapitre 5 sur 31 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

plan du général Joffre comportait une attaque britannique entre Arras et la Somme, et une attaque française entre la Somme et l'Oise. Il découlait, en principe, de la manœuvre continue et liée sur un front plus ou moins développé, mais presque recti ligne. Une attaque secondaire devait, il est vrai, être déclenchée au nord de l'Aisne, à travers le massif du Laonnois, mais, faute d'artillerie lourde en quantité suffisante, cette attaque était reculée jusqu après que la réussite de l'affaire principale, entre Somme et Oise, aurait libéré 3e matériel indispensable, c'est-à-dire qu'elle était remise à quinze ou vingt jours plus tard. Or, un pareil retardement ne s'accordait pas a\ec les conceptions du général Nivelle, qui, ne pouvant compter ni sur un accroissement d'effectifs ni sur une dotation en canons beaucoup plus riche, songea à tourner la difficulté en faisant relever les troupes françaises par des éléments britanniques sur une certaine partie du front.

G est ce que, dans une lettre du 21 décembre, il exposait à sir Douglas Haig, après l'avoir tâté de vive voix deux jours auparavant. Il lui demandait de vouloir bien, avant le 2o janvier, prendre à sa charge le front compris entre Bouchavesne et la route d'Amiens à Rove. Mais le général anglais accueillait cette requête avec quelque réserve. Il voulait bien renoncer, jusqu'à nouvel ordre, à ses projets de dégagement de la côte belge, par une offensive sur Ostende et Zeebruçre. Mais il subordonnait formellement son acquiescement à l'envoi

de six nouvelles divisions qu'il avait demandées en Angleterre. Et nul ne savait quand celles-ci arriveraient.

Sur ces entrefaites, le général Nivelle fut invité à se rendre à Londres, devant le War Committee. Là, il exposa ses projets et leurs développements immédiats. Il ajouta que le temps travaillait pour l'ennemi qui, vainqueur en Roumanie, activait fiévreusement ses fabrications et ses formations nouvelles. 11 montra que l'intérêt bien entendu des alliés leur commandait de prendre sans retard l'initiative des opérations et, par sa parole persuasive, enleva son auditoire. Tout ce qu'il demandait fut accordé en principe. Seulement il ne put obtenir, pour la fin de la relève, une date plus rapprochée que les premiers jours de mars, et, pour l'entrée en action des armées britanniques, une fixation moins éloignée que le 1er avril.

Conférence de Calais. — L'unité de commandement. — Malheureusement on avait oublié de compter avec l'engorgement des voies ferrées, qui ne donnaient qu'un rendement insuffisant pour assurer les transports de troupes en temps opportun. Cette difficulté fut soumise à une conférence interalliée, qui, réunie à Calais les 26 et 27 février, s'efforça d'y parer de son mieux, mais qui, tout de suite aussi, s'occupa d'une question autrement grave, autrement importante et dominatrice, celle de l'unité du commandement1.

3. Assistaient à cette conférence, du côté anglais : MM. Lloycl George, les généraux Robertson, ïlaig et Geddes ; du côté fran-

Sur ce point, le siège de M. Lloyd George était aux trois quarts fait. Dans une conversation privée, tenue quelques jours auparavant, le 14 février, le premier ministre anglais avait nettement exprimé son opinion, enregistrée immédiatement par l'un des auditeurs :

Pour ma part, disait-il, j'ai une entière confiance dans le général Nivelle, et la certitude absolue qu'il est seul capable de mener les opérations à bonne fin cette année même. Mais, pour cela, il faut qu'il puisse disposer en dernier ressort de toutes les troupes opérant sur le front français, des nôtres comme des armées françaises.

Je fais tous mes efforts pour entraîner vers ce but l'avis de mes collègues, mais ne puis garantir le succès, à moins que le général Nivelle et le gouvernement français ne prennent nettement position à ce sujet, en déclarant que, pendant la bataille, la direction générale doit être unique, suivant une modalité à arrêter entre nous.

A mon avis, le War Committee doit entrer en contact, au plus tôt, avec le général Nivelle et le Comité de guerre français, en particulier avec MM. Briand, Ribot et Albert Thomas, dans lesquels nous avons une réelle confiance.

Sans doute, le prestige dont jouit le maréchal Haig * sur le peuple et l'armée britannique ne permettront probablement pas de le subordonner purement et simplement au commandement français ; mais si le

çais, MM. Briand, Claveille. les généraux Nivelle, Lyautey, ministre de la guerre, et Kagueneau, ainsi que divers chefs de service.

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